AVEC BOSSUET
« les manichéens et les donatistes; Tantre est cette consé- » quence que vous tirez de là, que les princes ont donc droit de faire servir leur épée à Tavancement de la religion. J*ai à vous dire là-dessus, Monseigneur, que dans toute T histoire ancienne et moderne, tout ce qu'il y a eu de voies de fait exercées par les princes en matière de religion n'a jamais été regardé que comme des spectacles d'horreur, et que le nom de ces princes-là ne se profère encore aujourd'hui qu'avec exécration. Tout le monde sait que le fameux supplice de Priscillien et de ses compagnons, sur la fin du quatrième siècle, fut généralement désapprouvé, au rapport de Sulpice Sévère; au reste, je ne nommerai point ces princes persécuteurs, car, outre que j'aurois mauvaise grâce à faire une parade de quelque science d'histoire devant un prélat qui m'en feroit lui-même des leçons, je ne veux point être soupçonné de vouloir faire des comparaisons et des applications odieuses. Je prévois là-dessus. Monseigneur, que vous voudrez séparer ces malheureux princes, qui ne sont regardés que comme des monstres , d'avec ceux dont la mémoire est en bonne odeur et en bénédiction, et que vous demanderez qu'on ne confonde pas les Pharaon et les Antiochus avec les Constantin , les Théodose et les Marcien ; mais je vous dirai , pour me retrancher dans vos seules citations, de peur de vous èlre trop importun, que les ariens et leur secte n'ont point été éteints par voie de persécution et de carnage ; d'où il s'ensuit qu'on n'en peut rien inférer de louange ou de blâme à l'égard d'aucune puissance ; comme c'étoit une fausse Eglise, elle est tombée d'elle-même, et les seuls rayons de la vérité du soleil de justice ont dissipé tous ces nuages de ténèbres de la superstition et de Terreur. Voici comment : < De tous les peuples de l'empire, depuis qu'il avoit été converti au christianisme sous le grand Constantin , aucun ne i*étoit laissé infecter si fort du venin de l'hérésie arienne que celui des Gotbs , et comme ils étoient paitagés en deux
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'< branches, celle d'Espagne et celle d'Italie, ces deux nations •' avoicut été les deux gi*auds théâtres où ces malheureux « avoient également répandu le poison de leurs iiernicieuses « erreurs et le sang de leurs persécutions outrées. Je continue « à dire, Monseigneur, qu'en Tune et en Tautre ils étoient les << insultants et les persécuteurs, comme, en effet, leui*s souve- « rains faisoient profession de cette secte, qui par là étoit la " religion dominante ; que les catholiques ont toujours été, à « leur égard, les insultés et les persécutés, et que, tant la pois- <^ sance ecclésiastique que la temporelle , ne les ont attaqués " que par le bras de la chair. L'arianisme a pris fin chez Tun ^ et chez Fautre de ces deux peuples, mais imperceptiblemeut « et sans massacre, comme sans abjurations forcées ; ou si les ^ armes mondaines y ont eu lieu, ce ne fut que comme il arri\e « d'ordinaire dans tous les grands mouvements des Etats, où « les grands et ceux qui gouvernent font enti*er la religion <• panni la politique, pour servir de prétexte à leur ambition » et de leurre aux peuples. L'empereur Justinien, qui, aussi « bien que ses ])rédécesseurs, ne voyoit qu'avec douleur Ten- <« vahissement qui avoit été fait de T Italie par les Ostrogoths, " ayaut enfin trouvé leurs affaires en assez grand désordre - pour eu es[)érer Tachèvement de leur ruine et la réunion de «• ce beau morceau à l'empire, y envoya Karscs, qui, comme " étant un capitaine accompli, exécuta bientôt ce grand dcb- " sein par plusieurs vaillants exploits; les Goths se rendirent à " sa discrétion, et comme généralement tous ceux qui ne péri- « rent pas à la guerre furent envoyés par lui à Gonstantinople, « et qu'il n'en demeura pas un en Italie, ce royaume y prit lin, " et, par même moyen, l'arianisme ) cessîi aussi.
• Pour ce qui regarde l'Espagne, il est d'une notoriété re-
• connue que la plupart des rois Wisigoths ne se sont distin-
• gués que par les fureurs et les barbaries qu'ils exercoient
• contre ceux qui ne vouloient pas embrasser leurs sentiments.
• jusque-là qu'on s'cntr égorgeoit pour ainsi dire de frêrc à