‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 72 sur 178 · S42 CONT HO VERSE · texte numérisé non relu

S42 CONT HO VERSE

< on voit, est bien éloigné de ce qu*on prétend de Textinction <« de Tarianisme par voie de carnage et de violence.

« Je viens, Monseigneur, aux autorités dont on se peut pré- « valoir, tirées des constitutions des empereurs et de la con- » duite des autres rois et princes, qui est cette conséquence de « la seconde partie de votre lettre, que je me suis engagé de « traiter. Sur quoi je vous dirai, Monseigneur, premièrement ' que ces autorités sont des autorités humaines qui ne font <« point de conviction, parce que les princes qui ont fait ces •< constitutions ont d'autant plus aisément pu se tromper, •^ qu'ils étoient trop fraîchement sortis de ces affreuses téné- « bres du paganisme sanguinaire et persécuteur, où des quatre « et cinq siècles de massacres avoient inculqué ce préjugé dans « les esprits, qu'il étoit permis d'ensanglanter la religion, et « c'est une raison à peu près semblable qui fit que du temps « de nos réformateurs, dont le papisme avoit fait tant de cruel- « les boucheries, ces bonnes gens en avoient conservé cette « opinion, qu'en matière de cas comme celui de Servet, ou pou- « voit eu venir à l'exécution de pareils châtiments ; car, comme « a dit un grand homme, on ne revient pas ainsi tout d'un « coup de ses préjugés. De plus, Servet étoit, comme j'ai dit, « un blasphémateur, un chef de secte qui n'étoit point autori- « sée par traités ni par édits, et, en un mot, un perturbateur '^ du repos public.

n Je dis en second lieu. Monseigneur, que ces lois ne con- " danmoieut pas généralement tous les hérétiques, mais seule- " ment ces abominables comme les manichéens, qui, par leurs >« pratiques et leurs doctrines plus que diaboliques, si cela se

< peut dire, niinoicnt l'essence du christianisme, blasphé- " moient contre le Sauveur, disputoient contre la vérité de son « divin corps, nioient la résurrection, se plon^eoient dans ton- • tes sortes de voluptcs brutales, et qui, encore une fois, n'a- «^ voient point dédits ; pour les autres hérétiques, on se con- " tentoit de les censurer, de les séparer de la communion des

AVKG BONSUE'l. S43

fidèles» de les bauoir et de conlisquer leurs biens. Théodose et Valeutiiiiei) disent expressément qu*ou ne doit pas punir tous les hérétiques avec la même sévérité, et si la loi de Martien fait mention du dernier supplice, ce n'est qu'à l'égard de quelques sectaires particuliers et distingués par un tel endurcissement, qu'on craiguoit qu'il ne gâtât tous les autres; de sorte qu*il étoit de la prudence d*en faire des exemples pour tenir tout le reste en bride par la crainte; cai: il faut bien distinguer entre la punition de deux ou trois chefs de parti et celle de deux millions d^habitants de tout un royaume. Dans les plus grands crimes d'£tat et de lèse-majesté au pre mier chef, ou ne punit que les auteurs principaux, et non pas tous leurs complices, parce que ce sont toujours les premiers qui sont cause du mal, les peuples étant comme la mer, et eux comjne les vents, celle-là demeurant toujours tranquille si ceux-ci ne remuent. En effet, il ne se trouvera point dans rhistoii*e qu'on ait brûlé ni massacré les ariens et autres hérétiques; c* étoit eux qui, comme j'ai dit, étoient les persécuteurs et les boute-feu contre les catholiques. 11 en est de même des donatistes, dont les horribles tragédies contre les fldèles sont si fameuses du temps des Vandales, et devant et après, en un mot dans l'Afrique et ailleurs. Ou fait à leur sujet uu grand triom[)he d'un passage de saint Augustin dans ses Rétractations^ sur lequel je dirai en deux mots, premièrement que saint Augustin, tout grand homme que nous le reconnaissons, a pu tomber en erreur aussi bien qu'un autre ; eu second lieu, qu'il nétoit tombé dans ce sentiment que par une trop grande préoccupation de zèle, à cause du resbeutiment où il étoit de l'excès des fureurs que les donatistes exerçoient contre les fidèles, de sorte qu il n'est pas étonnant qu'il ait été du vis qu'on leur reudit le change et qu'on donuât desU paur dent. Cependant il faut remarquer que saint Augustin ne consenloil point à la mort des donatistes, puiaque sou épitre U à fioniface porte qu'il les lalloit seule-

akk (:0MR0VfilL>E

<« ment châtier de peines modérées ; ce qui se justifie par le « titre même de la lettre, qui est De modcrate cocrccndis /tare- « tieis. Je tiens cette seconde remarque du même savant dont « j*ai tantôt parlé.

« Je Tiens, Monseigneur, aux nestorieus et aux pélagicns, dont » votre lettre fait mention. A F égard des uns et des autres, je pré- « tends faire voiries mêmes deux circonstances que j'ai justifiées « déjà au sujet des ariens : Tune, que c'étoit eux, et non pas les « catholiques, qui étoient les persécuteurs et que ceux-ci étoient « les persécutés ; Fautre, qui en est une conséquence, c'est qu'ils « n'ont point été détruits par la force de ces armes temporelles ' dont on se veut prévaloir. 11 est bon lû-dcssus de remarquer, " ([u'à commencer par Nestorius lui-même, il est constant et « avéré, qu'après avoir fait prêcher son hérésie par le prêtre » Anastasc, puis par l'évêque Dorothée, tous les auditeurs avant •< frémi de l'anathème que cet évêque prononça dans une église •t de Constantinoplc contre ceux qui traitcroient la bienhcu* « reuse vierge Marie de mère de Dieu^ >'estorius ne laissa pas de « le recevoir à sa communion, et qu'il passa jusqu'à persécuter » ceux de son Eglise qui avoient témoigné d'en être offensés; « que lorsque au concile d'Ephèse, qui est le troisième des géné- « raux, ou travailla à la déposition de cet hérésiarque, outre ' que les Pères qui le composaient et qui \ signèrent ne pas- " sèrent point les bornes d'une déposition simple, il ne parait " point que les lettres par lesquelles ils rendoient compte de leur " conduite à Théodose exigeassent de lui qu'il joignît ses fou- • dres à ceux de l'Eglise. Ces lettres ne demandoient à Tenipe- « reur qu'une approbation des actes du concile : elles furent " d'abord interceptées, mais enfin on fit tant qu'elles tombè- " rent entre ses mains. Il fut ensuite surpris et trompé par le « parti des hérétiques; mais ayant après tout reconnu la mérité «' du fait, il fit justice aux orthodoxes. Cependant, tout ce qui « arriva de sa détermination, en ce qui concerne les héréti- '^ ques, fut une simple confirmation du jugement du concile

AVEC BOSSt'F.T. 2&>5

« au sujet de la déposition de Nestorius, en la place duquel un a moine nommé Maximin fut établi; et, en tout cela, pas une « goutte de sang. Nestorius, abusant de la grâce qu'on lui avoit « faite de le renvoyer en son monastère, continua de répandre « le venin de ses hérésies. On ne le tua point cependant; on « se contenta de le reléguer et de confisquer ses biens, et enfin •< il mourut en exil d*uue chute quïl fit, après bien de la lan- « gueur. Qu'est-ce que firent après lui ses partisans, et qu'est-ce

• qu'ont fait ensuite ses sectateurs ? Ils n'ont point été éteints, « comme on prétend; l'exil et la mort de l'hérésiarque n'ont pu « étouffer l'hérésie : elle est encore aujourd'hui répandue

• presque dans tout TOrient, et elle a pénétré jusqu'aux Indes, « comme il parait par toutes les histoires de ces pays, et par ^ toutes les relations des voyageurs.

H II me reste à parler des pélagiens, qui ne me tiendront ])as

• longtemps. Une de leurs plus considérables hérésies étoit au

• sujet de la grâce. Pelage, leur chef et l'auteur de la secte, " excita une furieuse persécution contre saint Jérôme; mais il

• fut terrassé par saint Augustin, et cela non point par armes, " mais par de savants écrits. Honorius le chassa de Rome, mais " il ue le fit point mourir, ni ne logea chez lui aucunes troupes - prétoriennes : on le laissa finir sa vie en repos parmi les ' siens. Ses sectateurs furent condamnés depuis par divers « synodes, et ensuite par le concile dTphèse, duquel nous

■ avons parlé ; saint Augustin fut commis pour écrire conti-e ' <îu\, et, en tout cela encore, point de persécuteurs ni de " |)ersécutious.

« Comme je m'aperçois. Monseigneur, d'avoir un peu étendu

■ ces matières, je tâcherai de me resserrer à l'égard de celles

■ qui me restent. La première qui se présente est une objection

• qoe vous nous faites de ce que vous prétendez qui se corn-

■ met, en Suède et ailleurs, contre ce que vous appelez les ca-

• tholiques. Je suis surpris, Monseigneur, que l'Angleterre et

• h Hollande, étant un peu plus h nos portes, et moi particu-

2i6 f.ONTnOVRRSE

« lièrement que yous honorez de vos lettres, étant tout porté *« dans cette dernière, vous ne me les opposez pas plutôt que « les glaces du Nord qui sont comme un pays perdu, et dont « on ne peut pas avoir des nouTcIIes si faciles et si d^^brouillées « que le seroient celles du i)avs d'où je me donne Fhonneur de « vous répondre. Que puis-je inférer de là, Monseigneur, sinon « que vous cherchez à vous sauver à la faveur des ténèbres, et x que vous craignez Téclat du grand jour. J(* ne suis pourtant « pas, grâce à Dieu, si peu instruit de se qui se passe dans le « monde, que je ne sache fort bien ce qu'il y a à dire sur Taf- « faire de Suède, et en deux mots voici ce que c'est : première- « ment, il n'y a jamais eu de massacre ; il s'y est fait tout au « plus quelques exécutions particulières ; si l'on en veut savoir « la raison, c'est qu'il n'est pas permis à un naturel habitant du « pays d'embrasser la religion de Kome, et ox)mme c*est une

• loi fondamentale de l'Etat on punit ceux qui l'enfreignent, il « n'y a rien de plus naturel. Mais étions-nous en France sur " ce pied-là, Monseigneur; n'avions-nous pas, au contraire, un « établissement fondé sur un édit authentique, et cet édit ne - dcvoit-il pas être notre l)oucIier et notre rempart?

♦« Je trouve après cela, Moiisoiiîneur, que vous sombl(»z re- « connaître un peu plus d(î vrnisemblancc à In crainte» que nous

nous faisons d'adorer un morceau de pain, au lien d'adorer « le Dieu du ciel et de la terre; et là-dessus vous dites, Mon-

• seigneur, (jue c'est une crainte pareille qui faisoit dire aux •« ariens et aux disciples de Paul de Saniosate, (prils nv vou-

• loieiit pas rciidrc les honniuirs divins à un homme, à un en- « faut, à une créature, etc., après quoi vous cri(»z fort contre

• les préjugés des sens et les lumières (\v la raison humaine. « Mais, mon Dieu! quelle ccmiparaison! Les ariens et les sa-

• niosatiens étoient des hérétiques formels, dont les opinions « criminelles n'avoient pas d'antre fondement que les creuses « imaginations d'un cerveau démonté ou les entêtements dune

raison opini-'itre et corrompue; e(»s opinions étoient haute-

« ment combattues par des passages nombreux et formels de la

« sainte Ecriture, et cette même Ecriture qui leur étoit si di-

« rectement contraire en ces endroits, ne leur en laissoit pas

« un seul autre qui étant bien pris et dans son véritable sens,

« leur fournît au moins un prétexte apparent de quelque expli-

« cation prétendue en opposant passage à passage, et en com-

« battant un lieu par l'autre. Nous sommes, quant à nous, des

• gens à qui vous même, Monseigneur, avez rendu cette jus-

« tice, que toute notre croyance étoit si bonne dans le fonds,

« que pour nous rendre la vôtre moins odieuse, vous avez cru

« ne pouvoir mieux faire que de tâcher de nous persuader

« qu elle n*étoit pas si éloignée que nous voulions le faire

« croire de celle que nous professons; que la vôtre conservoit

« tous les fondements de la nôtre, et qu'ainsi toutes nos dis-

" putes et notre opiniâtreté ne rouloient que sur des formalités

•< et des dehors, en un mot sur un malentendu entre les parties.

> >ous sommes des gens à qui l'Ecriture est favorable dans

« tous ses passages, et auxquels, supposez encore une fois

■ qu'on ne fasse point de violence au sens, elle n'est contraire

« CD aucun. Nous sommes des gens à qui votre Eglise, pour

" persuader que ce qui se prend dans le sacrement de la sainte

• Eucharistie est le corps réellement transsubstantié de notre

• Seigneur Jésus-Christ, ne nous donne qu'un passage tronqué

- et falsifié tout à lu fois, au lieu de nous le donner entier et " fidèle ; vous nous dites : Notre Seigneur a dit : Ceci est mon

- eorpsy ceci est mon sany^ et là>dessus vous voulez que ce corps ' et ce sang soient transsubstantiés ; or le texte ne porte point

• cela; le texte de saint J.uc (XXIf, 10, 20) porte en termes

- exprès : 6Vri est mon corps danné ou livrée et celui de saint Paul

• (1 Cor. XI, 25) : Mon corps rompu, dette caupe, disent saint

- Paul et tous les autres évangélistcs, est la nouvelle «llianoc CD mon sang répandu. Ces mots livré, rompu, répandu, sont

• des choses qu'ordinairement vos missionnaires et vos con-

- trovorsistes laissent en arrière, et quaiid ils sont contraints

2i8 CONTROVERSE

^ par uos instances de les représenter, en la place du tronque- « ment qu*ils ayoient fait, ils substituent une falsification, ils » donnent un futur pour un présent, et traduisent qui sera <* livrée qui sera rompu^ qui sera répandu^ au lieu que le grec • porte qui est livré, qui est rompu, qui est répandu; Stoi^uvov et « non pas csOy;7^|j.£vsv ; et ainsi de y.Xa>pi£V9v et d'éxx^vi;jL£V9v, pour " lesquels, selon vous, il devroit y avoir y.Xa5i[jLsvov et sxyu^jcc- « |uvov. Voilà le nœud gordien de toute la dispute ; car, si c'est » un corps livré et rompu, et un sang répandu dans le temps « présent, Jésus-Gbrist ne pouvoit dire cela dans Tinstitution

> de la sainte Gène que dans un sens figuré, puisque la chose ^ n'arriva que le lendemain; et lorsque saint Paul (1), quel- « ques années depuis, appeloit encore ce pain le corps rotnpu de ( Jésus-Christ dans un temps présent, ce ne pouvoit être en- « corc que d'une manière figurée, puisqu^il n'étoit plus vrai » que ce corps fût rompu réellement, Jésus-Christ étant alors '< glorieusement ressuscité; en un mot, il s'agit dans rcucha-

< ristie du corps mort de Jésus-Christ, de son sang répandu et « de ce sang séparé du corps, ce qui ne se peut trouver que

• dans un état de mort; or, Teucharistie ne me peut donner « aujourd'hui le corps mort de Jésus-Christ que d'une manière ' sacramentale et figurée, et non pas dans un sens au pied de

la lettre. Si TEglisc romaine a en cela d'autres vues, et pré-

> tend nous donner un corps glorieux au lieu d'un corps mort

< et dans un état d'ignominie, ce n'est plus la sainte Cène de notre Seigneur, elle a d'autres objets et d'autres intentions; et cela étant, elle trouvera bon que nous allions chercher une

« autre communion que la sienne. Enfin, quand la nature es-

• sentielle des choses, quand les lumières de la raison, quand » le témoignage des sens, quand l'autorité de l'Ecriture, quand

l'explication des Pères, quand la pratique constante de trois

(l) t Corinth. XI, «3, 24, Î3-29. Notez que sainl Paul n'a point appelé \e paiu le l'i/rft^ rompu de Jésus-ChHit : mais il ra|>|H)rt'^ S'HiKincnl les paroles liii Seiirii»'ur qui l'avoit appelé ainsi. [Note de routeur.]

AVFC BOSSIET. 12^19

'• OU quatre sièd(\s de pureté dans FEglise, suivis de quatre ou <• cinq autres moins purs à la vérité que ces premiers-là, mais » qui le sont toujours assez pour le fait dont il s'agit; quand, « dis-je, toutes ces choses, par un concours bien unanime, au- " ront convaincu des gens comme les ariens et les samosatiens, ^ que Jésus-Christ n'est qu'un homme, qu un enfant, qu'une

- créature, je ne les insulterai pas sur le refus de leurs adora- » tions ; mais quand la nature essentielle d'un sacrement qui H veut que les expressions qu'on y emploie soient figurées et » non littérales; quand ma raison, qui me dit qu'il n'est ni juste ^ ni apparent que le corps de notre Seigneur soit incessamment ^ exposé à des ignominies sans nécessité, puisque présente- « ment tout est accompli; quand ma vue, quand mon goût, •< quand mon tact, quand mon odorat, tous sens auxquels notre

• Seigneur a montré positivement qu'il ne vouloit point faire •^d'illusion; quand l'autorité de l'Ecriture qui éclaircit, dé-

- \eloppe et décide en cent endroits ce qui étoit un peu moins > expliqué dans un seul autre (1); quand des Pères de la pri- « mitive Eglise, sur ce qui-vive de la question, s'il m'est permis

• de parler de la sorte, me diront : Prenez garde, ne vous y trom-

• T^z pas; ce n'est pas réellement, mais en figure, que le pain ' îs\ le corps de Jésus-Christ; quand enfin la pratique de huit

• ou dix siècles, penda ut lesquels on n'a su dans l'Eglise ce que "■ c'étoit que de transsubstantiation et d'adoration, puisque la ' définition de l'un de ces termes et le commandement de ' l'autre ne sont que de l'an 1215 et de l'an 1 220 ; quand, dis-

jc, toutes ces choses concourront ensemble pour fixer et dé* ' terminer une créance, si par respect ou quelque autre raison

• je ne fais pas pis à ceux qui me mettent en parallèle de pré- ' vention avec les ariens et les disciples de Paul de Samosate,

'Il H n'y a que saint Matthieu qui dise simplement : Ceci est mon corp.^ ; car saint ^c ne (bit pas tHre compté à c«'t égard, puisque son évangile n'est qu'un abrégé ^ ^ c*lui de saint Matthieu. [Sote de routeur.]

250 OONTROVKKSK

•< ils me pardonneront au moins, si je dis que j*ai de la compas- « sion pour les préjugés qui les aveuglent eux-mêmes.

« Il : e me reste plus, Blouseigueur, que ce que vous dites « au sujet de Bérenger; mais son histoire, à mon avis, n'est <^ nullement avantageuse à TEglise Romaine^ puisqu il est « constant et avéré, qu'il ne tomba dans Tapostasie que par ' fragilité de sa part, et par violence du côté do sc^s ennemis; « et quant à cette autorité vivante et parlante, sans la recon- « naissance de laquelle vous prétendez que TEglise chrétienne «< seroit la plus faible et la plus malheureuse de toutes les « sociétés du monde, je vous dirai. Monseigneur, qu'il ne faut " point d'autre autorité que celle du Vivant aux siècles des '« siècles, lequel parle clairement à nous dans toute sou Kcri-

• ture à regard des choses qui concernent le salut, et qu'il ne " faut point d'autre autorité pour l'explication de cette Kcri-

• ture que l'Ecriture eUe-môme, puisque partout où une cer- •« taine religion seroit dominante, soit fausse, soit vraie, il est '< certain que ceux qui la professent prétendront toujours que " leur autorité y soit seule reconnue, et par là il arriveroit que ' l'Eglise romaine elle-même perdroit en Angleterre, en Hol-

• lande, en Brandebourg et ailleurs ce qu'elle gagneroit eu ' France, en Espagne et en Italie, et ce seroit encore pis chez « les Indiens et chez les Turcs, pour toute la chrétienté eu gé-

• lierai, puisqu*on seroit forcé d'y être païen et mahométan.

• C(*la étant, il ne faut pas conclure que Ton viendra donc â « vivre sans religion et à sa fantaisie ; si nous n'avons pas une

• autorité cléricale et mondaine, c'est assez que nous ayons

• une clirétienne obéissance à ce que Dieu nous prescrit dans •< sa Parole.

* Je ne crois pas. Monseigneur, que vous vous plaigniez que*

• j'aie rien dissimulé de la force de vos raisons ; et si cette foi» non plus que l'autre, ce n'est pas un ministre qui me prête sa

« plume, comme je vous leprot^^ste encore, j'en tirerai contre

• vou<; Cî» nouvel avaiifage, que, puisqu'un simple parliculii-r

AVKf: HOSSIKT. 251

•• saiiâ autre caractère (raucune mitre profession que celle du ' bari'enu, mais aidé de son seul petit sens, ou tout au plus de •• quelque teinture qui lui est restée des lectures par lesquelles

- il tâche de charmer les heures de sa solitude, a suffisanmient

• trouvé en lui de quoi vous répondre, que ne seroit-ce point,

- Monseigneur, si tel docteur que vous et moi pouvons con-

• naître, avoitété chargé de cette commission?

• Je suis, avec tout le respect que je vous dois, Monsei- " pneur, votre, etc.

« VHILLAC. •'

Ces deux réponses à M. de Meaux que je lis pour M. de Vrillac

et à sa prière furent bientôt imprimées à la Haye (1), mais

comme si ce n'eût été que la copie d'une première édition faite

en Suisse, et cela pour des raisons qui ne subsistent plus. Mais

avant cette unique impression en Hollande, la vérité est qu'elles

«voient été envovées manuscrites en Suisse à un vénérable

pasteur, qui, après avoir passé quelque temps à la Haye et

m'avoir fait Fhonneur d'y rechercher ma connaissance, s'étoit

retiré à Berne, où une de ses intimes amies d'ici, et qui étoit

aussi la mienne, lui avoit envoyé mes lettres, dont pour cet

effet je lui délivrai une copie. M. Modenx, qui étoit le véné-

nble pasteur dont je parle, fit un authentique remerclment à

(1) Lti SMuctinn éliulée ou Lettres de M, Vévéque de Meaux à un de ses diocé-

Mânx, qui s'est sauve de la persécution, arec les réponses qui y ont été faites, et

doHi Ifi pn'ncipale est demeurée sans réplique. Sur la copie, iinpiimée à Beime, en

^\Mse. Petit livrot iii-18 do 90 papros. On y a joint un(^ complainte en vers intitulée:

Wnin/e des fidèles persécutés, mais qui marque leur résignation à la Provideîice

flitine. Rien no nous montre cjue Uou soit l'auteur de cett*» pièce do vers. Bayle

iWK» apprend (liîttre du 24 février 1«>89) que la Sédurtion éludée deJKou futcri-

liqii6; dans la Réponse d'un nouveau converti à la lettre d'un réfugié, pour set*vir

'tttJditù)tj au livre de dmn Denù de Sainte-Matihe , intitulé Réponse aux plaintes

<tfi pnitestants. Sur t imprimé à Paris, chez Etienne Soél, 1089, i7i-12. Cette

rtpnnse Tut d'abord attrilMiée à Pélisson, mais il piiralt plus probable que Ravie

loi-ini-me eu l'ut l'auti-ur, car il y a une c<îrtaine analope entre 1*'? sfîuliments ex-

l»riin»*'s dans re! ùvi it et cuux qu'on trouve dans VAvi^ auj- réfugiés : Desuiai-

^UT l'a plnr<^/» flntip «om édition d*»?* (lEurres dirersf*s de Bayle,

252 ELLE EST IMPRIUÉE

notre amie commune de Tcnvoi qu'elle lui avoit fait, et dans réditiou que je vins à publier quelques mois après, je me servis de cette ample lettre pour eu faire comme une dédicace de la part de M. Modenx à Mademoiselle Husson (1), qui étoit cette commune amie dont je viens de parler. Cette lettre est, mot a mot, copiée de Foriginal que je garde encore, à la réserve des quinze ou vingt lignes de la fin que j'ajoutai de moi-même pour couvrir le jeu de la feinte édition en Suisse. Voici cette lettre de 3f. Modenx à Mademoiselle Husson.

« 3[ademoiselle,

<^ Je vous suis bien obligé de la bonté que vous a>ez eue de ti m'envoyer les lettres que vous m'aviez promises, (^est votre » ordinaire de me combler toujours de nouvelles faveurs; le •« mien est de vous être inutile, «le vous être même à cliarge, (*t *' de ne vous pouvoir témoigner ma très humble reconnais- " sauce que par les vœux que je fais à Dieu pour voti'e pro- •' spérité. L*excellent M. Rou a fait voir mes nouvelles à « MM. Claude et Jurieu, et moi j'ai fait voir ces lettres à » tout ce qu'il y a de plus distingué dans Berne pour l'esprit « vt pour le cœur ; elles ont été longtemps (Mitre les mains de « M. l'Avoyerd'Erlach, et ensuite en celles de M. Torman, le « ministre, qui a eu Vlionneur de connaître Tauteur à Paris et " de le voir depuis en Hollande. Sans mentir, il y a di? quoi « bénir Dieu de ce que nous avons d'antres pei'sonni's parmi " nous que des ministres à (jui Monseigneur l'évéqnede Meau\ » donne du lustre, et ce ne m'est pas un petit plaisir qu'un des « hommes du monde pour qui j'ai le plus d'estime et de ten- " dresse est celui qu'il a plu à la Providence de choisir pour " cela. Je souhaiterois bien que la plume ne tombAt-pas des " mains de l'évêque, et qu'elle voulût bien fournir à l'illustre

(h Elle s'ost depuis cela rt'tirée \ h Huw, ■'t «li»ineure f.n'spnlcmenl A Bois-lel)iic. Sotf (la Vnuteui'. .

A LA HAVE. â33

•' laïque les occasions de nous faire voir de nouvelles merveilles ;

« mais, à vous dire la vérité, je pense que dans la colère où le

« clergé de France est à présent contre les réformés, il ne

" plaira pas à Monseigneur de Meaux de nous faire goûter une

« si grande douceur. Assurez , s'il vous plait, cet illustre ami

" de mes très humbles respects, et dites-lui que quoi qu'il fasse

« de grand et de beau, je le défie de me jamais surprendre. Je

« vous supplie très humblement, Mademoiselle, de lui présen-

« ter M. Steiguer et son camarade M. de Ver lorsqu'ils seront

" arrivés, et de les lui recommander de ma part.

' Je suis avec plus d'estime et de tendresse que je n'en sau-

« rois exprimer. Mademoiselle, votre très humble et très obéis-

« sant serviteur.

« MonE:Nx. » - De Berne, le 19 d'août 1686. »

H n'est pas hors de propos de faire remarquer ici aux lecteurs, qu a^ant que de faire imprimer tout ce que dessus, je fus bien aise de m'assurer du suffrage de M. Bayle, sans quoi j'hcsitois à rien tenter, quoique j'eusse déjà celui de M. Jurieu et môme celui de 31. Claude, le père, dont le dernier particulièrement me sollicita fort à cette impression. Voici là-dessus deux extraits de lettres dudit sieur Bavle, des 9 février et •21 mai 1686(1) :

• (2) J'ai lu aveè un plaisir extrême, mon cher Monsieur, tons les manuscrits que vous m'avez communiqués ; ils sont ■ écrits et avec beaucoup de pureté et avec force et avec zèle ; ' j'en pourrois dire beaucoup plus de bien si je voulois égaler^ 'par mes expressions, ce que j'en pense (3). Mais j'ai à vous

(i) Os deux lettres sont imprimées dans la collection des Uttres choisies de

% C«»8i la %y du sieur IJaylc. [Soie de fauteur.]

W Cela est dans la 29- lettre, savoir du 9 février 1686. [Sote de V auteur,] te imméros (19 et 33) correspondent probablement à ceux de la classification ^- i«an Roa aura probablement faite des lettres ((ue Bayle lui a écrites ; nous ^^T^^eneflet^ d'après une note marginale de sa main (page 185), qu'il avait ^^etnameroté les lettres de Jurieu reçues par lui.

254 OIMMON l'R H.WLK

" dire, sur Yotrc scrupule de uominer et votre dessein de sup- " primer les noms et les dates , eu cas que vous en veniez à u rimpression, que je ne suis point du tout de ce sentiment, « parce que les lecteurs seront tout autrement curieux, quand « ils sauront que cela rcgai*de Monseigneur Tévêque de Meaui. »

Voici un autre extrait du vendredi 10 janvier 1G87 et du même M. Bayle.

« Depuis le commencement de cette année je cherche une « voie d'ami, tant pour vous renouveler les assurauces de mou « amitié et de mon estime sinpruliëre à ce renouveau d'an que « pour envoyer les nouvelles de décembre avec une réitération << d*excuses sur la table alphabétique, qui m'a contraint de « renvoyer au journal suivant la mention de votre ouvra«i:e. Je '• ne vous saurois exprimer le déplaisir que j'ai du juste sujet «< que vous avez eu de ne savoir que penser de ma conduite <« pendant le long temps que vous avez ignoré le dénoùment. «< Je vous prie d'en tirer cet usage à mon intention et profit, « que si à l'avenir pareils sujets vous étoient donnés de réflc- " chir sur moi, vous so}ez inébranlable sur la persuasion que « je snis toujours pour vous ce que je dois être, c'est-a-dire « plein d'une vérilable amitié fondée sur une estime particu- « lière que votre (excellent mérite me demande, et que \ous te-

• liant ferme là, vous attendiez tranquillement un dénoùmeut < semblable à celui de ces jours passés; j'en reviens toujours ' là, ({ue je ne saurois songer sans douleur à ce que vous a>ie/

• pensi de moi pendant plus d'un mois ; ce qui me cousole. " c'est qu'enfin vous avez vu mou innocence. Vous me donnez, « au reste, une confusion qui en vérité me fait honte, quand « vous me traitez d'///M.s7ri'; au nom de Dieu, plus de cérérao- '^ nie, je vous en montre l'exemple, quoi que je pusse, avec « plus de raison que vous, la garder et vous donner de uiagni- " fiques épithctes ; cependant, pour vous donner un plu.N tort

SUR (C LA î^KPlCTION ÉLI'DKE. » 255

' exemple, je ne finirai que par la familiarité cordiale d'ami •< qui est tout à vous.

« Baylë. »

J'ai marqué ci-devant, qu'étant encore dans mon précédent poste, j'avois été mis sur le pied de dresser toutes les lettres que TEtat écrivoit aux puissances étrangères, ce qui, en effet, n'a jamais manqué depuis ce temps-là, c est-à-dire dès le commencement des six années de ma vacation au greffe de LL. HH. PP.

Sur la fin de cette sixième année, savoir en décembre 1688, la feue reine Christine de Suède avant eu dessein d'établir le sieur Brémont en qualité de son résident auprès de heurs Hautes Puissances, elle leur écrivit à cet égard une très obligeante lettre, qui aussitôt me fut mise entre les mains pour y faire une réponse d'acceptation respectueuse. Je puis dire en toute vérit<* que je romi)is le coup; et voici comment. Je m'étois trouvé en Angleterre dans un temps où Brémont y avoit fraîchement répandu de lui un bruit de conduite qui ne lui faisoit pas d'honueor, et principalement sur des pratiques sourdes contre le gouvernement, qui ayant été découvertes, il avoit eu le bonheur d'échapper au dessein qui étoit tout formé de se saisir de loi; de là il s' étoit intrigué auprès de la reine Christine, et ensuite étoit passé dans ces provinces, d'où il avoit mendié auprès de cette princesse le poste dont je viens de parler, à la fareur des bonnes grâces qu'il s' étoit ménagées dans son esprit par de petites galanteries qui étoient son fort, comme aussi elles étoient assez du goût de Christine (I).

Quoi que je n'eusse aucune habitude avec Brémont, je savois néanmoins, par des gens qui le pratiquoicnt, une bonne partie de sa conduite, du moins assez pour me croire obligé d'en avertir mes maîtres. Je m'en ouvris donc à M. le greffier (le père de

(1) I! ff*étoit insinué auprès (VoWe à peu près do la manicro qu'.ivfâl fait BourdcloL [Soi€ de fauteur, i

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celui d'aujourd'hui^ y lui disaut que, dans le poste où je me (rouvoi>. iiou-seulemeut je me crovois obligé de dire ce que je savoi>, mais que je me croirois même erimiuel si je ue le faisoi*) pas ; que mon inclination iiétoit nullement de nuire à personne; que d'ailleurs je ne prétendois point m'ériger eu délateur, d'autant plus que dans le fond je n'avois pas de formelles preuves à produire, mais seulement des préjugés légitimes et des bruits qui de plusieurs endroits étoient venus à mes oreilles ; sur toutes lesquelles choses je m'étois cru oblige de m'en ouvrir à une personne de la prudence de 31. le greffier, afin qu'il en us<it selon que cette même prudence le lui dictei*oit. M. le greffier me remercia et fit rapport de tout à l'assemblée, laquelle aussitôt, cbaufieant d*a>is, me donna ordre de droser une réponse toute contraire à celle que d'abord on avoit eu en vue, cest-à-dire une lettre d'excuse, mais dans la manière du monde la plus boiinéte et du tour le plus délicat que je serois capable d*y donner. Je me mis donc en devoir d*e\écuter mon ordre du mieux qu'il me fut possible. La lettre que je fis eut le bonheur d'être approuvée; et ou verra, par la deuxième lettre que la reine écrivit à l'Etat sur ce sujet, que Sa Mîijeslé méuie en fut contente, jusqu'à exalter fort le tour qu'on avoit donné au refus qu'on lui faisoit. Voici la première de ces deux lettres, savoir la mienne :

« À ta reine Chrisfine.

• Le 18 docembre 1688.

« 3ladume,

" II y a quelque chose de si obligeant dans l'honneur qu'il « plaît à Votre Majesté de nous faire par l'offre d'un résident « de sa part auprès de cet Ktat, et nous sommes si disposés â « regarder cela comme une marque incontestable de son incli- « nation à entretenir avec nous une bonne correspondance, « que nous ne pouvons y répondre que par de très humbles " actions de grâces, et par ^a^>surance de la résolution où nous

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