‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 73 sur 178 · A LA REINE CHRISTINE UE SUKUË · texte numérisé non relu

A LA REINE CHRISTINE UE SUKUË

« sommes de nous conserver un si grand bien par toutes sortes « de démarches. Mais, Madame, comme Votre Majesté, pour « revêtir quelqu'un de ce caractère, a jeté les yeux sur la perte sonne du sieur de Brémont, nous nous trouvons obligés de « représenter à Votre Majesté que c'est un sujet naturel du roi « de France, lequel attaque cet Etat d'une manière illégitime « et par une guerre tout à fait injuste; que, suivant cela, nous « ne pouvons le regarder que connue un homme qui étant dans « la dépendance de notre ennemi, seroit plutôt porté par un « zèle naturel à nous desservir qu'à travailler à ce louable des- « sein de la conservation d'une bonne intelligence avec Votre « Majesté, duquel nous venons de parler. La persuasion où « nous sonunes. Madame, que cela est entièrement contre votre « intention royale, et que, même dans le temps que Votre Ma- « jesté a eu cette vue pour ledit sieur de Brémont, elle ne savoU

• aucunement la déclaration de guerre du roi de France, ou « du moins que cet homme fût né son sujet, nous fait espérer

• de son équité et de sa haute prudence, qu'elle voudra bien

« que nous la suppliions de ne pas trouver mauvais que nous

« n'admettions point le susnommé en la qualité de résident, et

« ainsi donnions lieu à ce que se mettant à couvert de votre

« protectiou royale, il nous desserve contre l'intention même

« de Votre Majesté, à qui nous protestons que nous ne refuse-

« rons point la reconnaissance de ce caractère pour telle autre

« personne qu'il lui plaira de choisir, et à l'égard de laquelle

« de pareils inconvénients ne se rencontreront point.

« Noua prions Dieu, Madame^ etc., de Votre Majesté, etc.

« Les Etats généraux des Provinces-Ukies. »

Réponse de la reine Christine.

« Hauts et puissants Seigneurs ,

• Vous avez l'art d'obliger en refusant, et votre lettre du * iS passé est si pleine d'honnêteté pour moi, qu'au lieu de

358 KÉPOHSB M CURffmiI.

< m'offenscr de Totre refus, je me trouTe engagée à toqs re- « mercier de me Favoir donné avec tant d'honnêteté. Cepenn dant, je vous dirai que le ehoix que j'ai fait du sieur de Bré- « mont étoit fondé sur ce (ju'il m'a servi quelques années avec « beaucoup de fidélité, et qu*il étoit un Français exilé sans reo tour, qui a passé une si grande partie de sa vie parmi vous, « que je le crojois naturalisé. J'ignorois aussi la dédaraticm de « la guerre, et, quelques lumières que Dieu m'ait données pour « prévoir de fort loin tous les grands mouvements de l'Europe, « je vous avoue que je ne croyois pas que la France, quelque « puissante qu'elle soit à présent, vous déclarât la guerre en « un temps où elle se trouve tant d'ennemis sur les bras, qui « ne sont pas à mépriser; et, bien que je pusse vous être ga« « rante de la fidéUté du sieur Brémont, j'entre toutefois dans « vos justes sentiments en une matière si délicate, parce que • je serois inconsolable si un homme dépendant de moi vous « pouvoit donner quelque ombre de soupçon, quoique fort éloi- « gué de la vérité. Ce doute m'oblige à souscrire au refus que « vous m'avez fait, sans m'en offenser, puisque ma grandeur et « votre honnêteté me rendent invulnérable; vous priant de « faire la gr&ce au sieur Brémont de ne lui pas faire souffirir « aucune autre mortification que celle de ce refus, dont je le « consolerai par d'autres emplois qui ne lui seront pas moins « honorables. Je connais ma faute, qui est d'avoir pris cette « résolution en un temps où la gloire et la fortune avoient éloi- « gné de vous mon cousin, M. le prince d'Orange. Son auto- « rite m'auroit peut-être obtenu de vous la grâce pour le sieur n Brémont, que je n'exigerai plus, entrant entièrement dans « vos sentiments, et priant Dieu qu'il vous ait en sa sainte et » digue garde.

« Messieurs, votre bien bonne amie ,

« Ghbistike*Alexakdre.

« Et plus bas : Aadré Galii£]IB1.ai).

« Bome, ce 22 janvier 1689. >•

Page 1