‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 77 sur 178 · STO IMPORTANCE DE LA CHARGE · texte numérisé non relu

STO IMPORTANCE DE LA CHARGE

ment meilleur; qa*en un mot, j*étois entièrement résoln d*at* tendre tranquillement F heure qu'il ayoit destinée à mon soulagement, et que, par sa sainte grAce, je me sentois incapable d'abandonner son bras tout-puissant pour me tourner indignement vers ceux de la chair. Or, Toici où j'en tcux venir pour justification de tout ce que dessus ; c'est que Dieu m'a tenu tout ce que je me promettois de lui ; il est même allé jusqu'au miracle pour me soulager, puisque c'en est un aussi manifeste qu'inouï que la manière dont il m'a procuré, dans ses miséiicordes, le glorieux poste dont j'ai été reTétu dans ces bienheureuses Provinces; merveille si grande, que tous les Flamands, qui n'ont envisagé ce fi^it que dans les vues humaines, sans songer que cela étoit d'une direction toute divine, sont encore dans l'étonnement, comment un étranger nouveau venu , et ne paraissant avoir aucune particulière distinction , avoit emporté à la barbe de leurs plus huppés prétendants et à leur exclusion, un emploi (1) qui n' étoit ordinairement rempli que par des sujets naturels du pays, favorisés et soutenus des plus poissantes recommandations.

(1) Il nous a paru utile de pn'scntcr ici quelques détails sur la natnro et lo« prérogatives de la nouvelle charfce occupée par Jean Roa ; nous devons les rensoignements qui suivent à rextrènie obligeance du savaut archiviste en chef des Pavs- Bas, M. Backuizen van den Brink, qui a bien voulu, dans ce but, se livrer à des recherches dans les archives de la Haye :

« Le titre officiel de Jean Rou était : « Translateur de Leurs Hautes Puissances* » Les états généraux n'avaient pas de s«?crétaire proprement dit ; leur premier ministre ou secrétaire était le greffier, porsonnag»! d'une haute position dans Taiicienno république néerlandaise, et dont les attributions se compareni habitueiiement a celles d'un ministre des affaires étrangères de nos jours. I^es affairos de l'intérieur avaient moins d*étenduc dans l'assembl»^ des états généraux ; gr✠à Tancien fédéralisme, chaque province soignait pour elle-même ses intérêts. Pour régler les relations mutuelles des provinces ou quelques alTain^s de Tintérieur qui étaient du ressort de la généraliU*, le greffier était assisté quelquefois par un second greffier, plus régulièrement par le commis de rassemblée de Leurs Haotei Puissances (i^rsonnage chargé des fonctions de premier clerc du greHier, ci qui même devait le remplacer en cas d abs»?nce) .

« Quelque distinguée que fui la position de translatrar^il n*étaii toutefois qu'un comBûs «0 sous-ordre ei d'im rang moins éle^é que le conunis de Tasumblée «k

PE TRANSLATBVR DBS BTATS GBNBRAUX 271

Pour reTenir à cette heure ou j'eu étois, je ne puis raisonnablement passer de cet endroit de mon histoire à de nouvelles matières sans faire honneur, par quelque peu de lignes, à la mémoire du greffier défunt (1 ), à qui j'ai des obligations si étroites, puisqu'il est certain qu'avec tout le bon cœur dont le prince et la princesse étoient portés à me faire du bien, jamais leurs obligeantes vues pour moi n'auroient réussi si ce troisième et généreux patron (qui, dans la vérité, n'embrassa mes intérêts avec tant de chaleur qu'aiin de leur complaire) ne s'y fût pas pris avec autant d'affection qu'il fit. Aussi est-ce la considération de ces grands bienfaits qui me fait de la peine dans les vérités que j'ai

ficurs Hautes Puissances. Eu dehors du translateur^ un clerc aux chiffres et un clerc pour Texpédition de lettres patentes se trouvaient attachés au greffe.

« Un des prédécesseurs de Rou,lc célèbre Abraham Wicquefort,avait^ par son extrême habileté^ rehaussé considérablement l'importance de la charge de translateur des états généraux ; nommé à cet emploi, le 11 décembre 1666, il n'avait d'abord joui que d'un traitement de 1,200 florins ; en récompense de ses travaux extraordinaires, à Toccasion de la triple alliance, ses appointements furent augmentés do 400 florins, par résolution du 30 janvier 1670. Gérard van der Meulen^ qui le rempUça depuis juin 1675^ jouit du même traitement^ et rien ne fut changé à cet égard pour Jean Ruu, qui reçut, pendant la durée de ses fonctions, les appointements de 1^^600 florins par an; c'était le traitement accordé au commis de rassemblée de Leurs Hautes Puissances (résolution du 7 août 1670)^ avec cette différence que les copies qu'il délivrait lui procuraient un profit considérable.

« Grâce à la grande habileté de Wicquefort^ sa mission était devenue une mission de eonflance ; il parait qu'il rédigeait souvent lui-même les réponses à faire ; c'est probablement pour cette raison que lui et son successeur Van der Meulen, dans le ferment qu'ils devaient prêter aux états généraux, étaient tenus de promettre qu'ils ne communiqueraient à personne ni les pièces dont ils feraient la traduction^ ni kê mgrédienis secrets qui leur seraient subministrés de par les ^ats généraux, pour en former des lettres, réponses, etc.

c ÏA serment prêté par Rou, en sa qualité de translateur^ fut eu tout point contbmie à eelui de ses prédécesseurs, Wicquefort et Vau der Meulen. Après la mort de Jean Rou^ la charge de translateur n'eut plus la même importance ; son succesleur, Daniel I^ouis, avocat devant la cour de Hollande, ne put obtenir les mêmes appointements; les états généraux décidèrent, le 29 décembre 1714, qu'il serait ftvé k raison des traductions qu'il serait appelé à faire. Les états généraux arrêtèrent enfin, par résolution du 17 juillet 1717, que dans les cas où les traductions ^11 aurait à faire rapporteraient moins que 600 florins par an, on y suppléerait jusqu'à concurrence de cette somme. C'est à ces gages que Philippe Saurin succéda à Daniel Louis en 1737^ et Pierre Uonet à Philippe Saurin en 1738^ dans l'emploi de translateur. »

(1) U mourut le 11 février 1690, à .... heures après midi. iNo/e de tauteur,]

272 ÉL(MiB DU GREFFIER HENRI FAGIL.

à dire, ayant regret d'exposer une justice aussi bien fondée qu'est celle-là aux soupçons qu'on se pourra mettre dans Tesprit que ce que j'ai à produire sur ce sujet n'est qu'un pur effet d'intérêt et de politique ; c'est ce qui fera que je ne dirai pas làdessus tout ce que je pense et tout ce que je sais, mais me retrancherai à deux ou trois coups de pinceau sur lesquels je suis sûr que personne ne me donnera le démenti : c*est que je dirai toujours, dans la sincérité de mon cœur, que Henri Fagel, greffier de Leurs Hautes Puissances, tout revêtu qu'il étoit de gloire et d'honneur par un poste si distingué dans l'Etat, étoit encore plus considérable par son mérite personnel, par une yertu universelle et accomplie, par une piété solide et sans faste, par une âme naturellement bienfaisante et par une charité jetée dans le moule de celle que nous a caractérisée saint Paul. Aussi Dieu a-t-il béni cet illustre défunt de plusieurs héritiers non-seulement de ses grands biens, mais de toutes les vertus dont il leur a donné l'exemple, n'y ayant guère personne dans cette sainte maison qui ne soit un vrai modèle de probité et de sage conduite (1 ). Le greffier d'aujourd'hui principalement a encore renchéri sur la gloire de son père, puisqu'on peut dire de lui hardiment ce qu'on ne pouvoit pas tout à fait si bien dire du défunt, qu'il est de ces génies supérieurs que Dieu ne suscite qu'extraordinaircmeut pour la conduite et pour le salut des Etats dans des temps difficiles, et lorsqu'ils ont besoin d'un secours surnaturel; étant ceitain que quoique cette florissante république ne manque pas d'excellents sujets, et capables de remplir les plus hautes fonctions, peut-être scroit-il malaisé d'en montrer encore trois pareils au grand pensionnaire, au secrétaire Slingeland et au greffier d'aujourd'hui (2).

Le principal devoir auquel je me crus obligé, après une si

(1) Le prénéral Fagol, ancien ministre des Pays-Bas à Paris, descend du greffier Fagel ; ceux qui ont connu cet excellent et estimable vieillard, nous disent qu'on retrouve chez lui les intimes qu^Uités que Rou reconnaît à ses ancêtres.

(i) La maison d«? l'agel porte de fjueulca, à deux chevrons ahaùse'x iTnr, arcotn* pagne' lera le chef de deux pigeons (C argent affrontée. [Note de F auteur.]

KOU PRÉSENTE SES UEMËKCIMENTS A LA IIEINE. 273

heureuse révolution, fut d'aller remercier très humblement la princesse, et ce fut le sieur d'Ablancourt qui lui eu demanda pour moi la permission. Dès que j'eus fléchi le genou devant elle, lorsque en passant par sa galerie elle me fitFhonneur de s'arrêter à moi : « Eh bien, me dit-elle en me relevant, tout est- « il bien allé ? — Aussi bien, dis-je. Madame que toutes choses « iront toujours lorsqu'une aussi grande princesse que votre « Altesse royale voudra bien s'en mêler. — Je suis bien aise, « repartit son Altesse, que vous soyez content, il y a long- « temps que je n'avois fait aucune chose avec tant de plaisir. » — La princesse continua là-dessus son chemin pour entrer dans son appartement, et, jetant les yeux sur un exemplaire de mes Tables que j'avois fait mettre sur un siège pour lui être présenté de ma part par un de ses officiers, qui étoit d'intelligence avec moi aussi bien que le sieur d'Ablancourt, afin qu'elle fit moins difficulté de le recevoir, elle demanda aussitôt ce que c' étoit? et le sieur d'Ablancourt lui ayant dit que sur ce que j'avois appris de l'honneur que son Altesse royale avoit fait à mon ouvrage d'en témoigner quelque estime, je prenois la hardiesse de la supplier qu'il lui plût de souffrir que cet exemplaire, que j'avois sauvé comme de l'embrasement, trou* ^àt un asile dans sa galerie. — « Oh! dit la princesse, je sais

* qu'il n'a que cet exemplaire, et je n'ai garde de l'accepter,

* quelque plaisir que je me fisse de l'avoir ; ainsi je dirai comme « David dit au sujet de l'eau de ses trois preux : Qu'il ne m'ar^ « rive jamais, ô Eternel, de faire une telle chose ; car n'est-ce « pas là le sang de cet homme que cet ouvrage qu'il a fait, « comme au péril de sa vie? » — C'est du sieur d'Ablancouit même que j'ai su cette particularité, car je n'étois plus là pressent.

La princesse s'embarqua pour l'Angleterre le 20 février 1 689, ^ étant arrivée le 22 à Whitehall, elle fut couronnée le 21 avril &uhant (1), sept semaines après que le prince son mari et elle

(1) Mon père aurait dû dire huit semaines; car depuis le tk do féTrier auquel il

371^ IL coxpon UN dialogub

eurent été proclamés roi et reine par les deux chambres assemblées do Parlement, ce qni avoit été fait le 24 février. La joie que j'eus de cet heureux succès ne pouvant être renfermée dans mon cœur, et ce cœur voulant encore moins nég^ger ao* cune occasion de renouveler ses très humbles actions de grâce à Leurs Majestés, je pris occasion d'une lettre que j'avois à répondre à un ami que j*avois à la cour, pour tourner cette réponse de manière qu'elle pût servir au dessein de ma juste reconnaissance. Mais comme j'étois bien aise de m'assnrer du sufiDrage d'un bon juge en telles affaires, j'envoyai ma pièce ao sîeur Bajle, mon ami, accompagnée d'un billet que voici, lequel fera mieux connaître le but et l'économie de tout ce petit manège. Voici donc ce que je lui écrivis le. . . février 1 690

A M. BaylCf professeur en philosophie et en histoire à Rotterdam.

« Je n'interromprois pas les graves occupations du cher « M. Bayle par une bagatelle comme celle-ci , si je n'espérois « qu'il entrera dans les raisons qu'il y a pour moi à m'assurer « de son sentiment sur la manière dont je me prends à exéco- « ter un dessein qu'il y a longtemps que j'ai dans Fesprit. Les « grandes obligations que j'ai à la reine me pèseront toujours, « tant que je n'aie eu l'honneur de lui marquer combien mon « cœur y est sensible. Si jepensois aller de plain-picd jusqu'au « trône, je ne parviendrois pas seulement à passer la salle des « gardes ; j'ai donc imaginé une espèce de momerie, et comme «< à la faveur d'un masque on entre en tel palais, d'où l'on se- •« roit assurément repoussé sous un habit de cérémonie , j'ai *< cru que par le tour que je donne à une réponse que j'étois « d'ailleurs obligé de faire à la lettre d'un de mes amis qui a « l'honneur d'être de ses officiers, il ne seroit [vxs impossible • que Sa Majesté elle-même ne m'entendit. Ses domestiques « familiers lui cherchent avec empressement toutes les petites

dit qno !•• roi Guillaume nt la mine Marie furent pnxlaniés jubriu'âu il d'avril, il \ u uOccs&iirenienl huit ^iemaiae^. ^Sote dtà fils de r auteur,-

KT LB DBDIE A LÀ RSINl. 275

« pièces qui peuvent donner une innocente occasion de rire, et « qui sait si, sans aller jusqu'au marquis de la Muce, à Faide seule > de la première femme de chambre, Theure du petit coucher « ne pourra pas être pour ma lettre une espèce d'heure du « berger? La question n'est donc plus que de savoir si, comme « ce n'est pas une petite entreprise que de faire rire les sages, « j'aurai été assez heureux pour attraper ce secret-là. Taillez, <« rognez, mon très cher Monsieur, coupez bras et jambe, je <( vous croirai de tout, jusqu'à consentir à une suppression en* « tière; ou, si vous ne voulez retrancher que quelques parties, « jetez un grain de sel sur tout le reste, et y répandez deux ou « trois de ces fleurs que vous savez cueillir à poignées.

fi...

M. Bayle ne manqua pas de répondre à mon billet, et voici ce qu'il m'écrivit le... février 1690 : (1)

« Vous m'avez fait un très insigne plaisir, mon trts cher - Monsieur, de m'avoir communiqué le dialogue de vos Ariston « et Eugène ; leur entretien m'a fort plu, et je souhaite de toute « mon &me qu'il plaise autant aux grands objets que vous avez

• en vue. Si cela arrive, je vous regarde à coup sûr déjà dans

• une élévation éclatante, et posté en un lieu d'où vous pour-

' riez regarder au-dessous de vous bien des gens caractérisés.

" Je puis vous dire avec sincérité, et comme notre ancienne

« amitié et le droit que vous voulez bien m'accorder par votre

« lettre me le permettent, que je trouve la pièce admirable et

« ? oodroîi seulement que, puisque on pourra la montrer à la

« reine, il y fût plus tôt parlé d'elle ; qu'il y eût presque après

« les premières lignes quelque trait vif et singulier qui se rap-

« portât à l'éloge de ses vertus extraordinaires, et que sortant

« 4e là pour débiter ce que vous faites dire à vos deux interlo-

« coteurSy ou y revint justement au temps que vous commen-

l) V(Âr U lettre 77* de la collection des Lettres choisies de Bavle. Edition de

276 IIKMARQUË> KT COHKËCTIOiNS

« cez d'en parler ; mais je voudrois m'y arrêter un peu plus, '< faisant toujours semblant, comme vous le faites si bien, de • n'avoir pas envie d'entamer un si grand sujet. Mille et mille « grâces de l'honneur que vous me faites de me consulter ; « votre amitié vous fait avoir meilleure opinion de moi que je « ne mérite quant aux lumières; mais quant à la cordialité et « au zèle pour votre service, vous ne pourriez jamais, mon cher « Monsieur, aller par vos idées au delà du vrai. C'est votre très « humble et très obéissant serviteur.

Après avoir fait une sérieuse attention aux deux choses que H. Bayle me marquoit par cette lettre, je retouchai ma pièce entièrement dans ses vues, et la lui ayant renvoyée dans ce nouvel état, voici comme il m'en écrivit, mais en n'y exigeant rien de plus, car pour le léger scrupule du petit vers : « // en aurait jusqu'à demain^ » il se rendit à la remarque que je lui fis que cette expression ne se devoit pas prendre au pied de la lettre et par sous-entente d'un temps si borné, mais pour une équivalence de cette autre expression : « // n'aurait jatnais fait^ » qui, bien loin de signifier un temps court, emporte une espèce à! éternité. Ainsi M. Bayle approuva ma pièce telle qu il la reçut après cette révision. Voici donc la deuxième lettre de M. Bayle sur cet article; elle est du commencement de mars 1690:

« C'est me traiter avec des cérémonies, mon très cher Mon- " sieur, qui pourroient passer pour des défiances de mon goût, " que de me faire des excuses de la révision de votre charmant A dialogue. L'importunité ne seroit pas à craindre à la dixième « lecture, selon la maxime Dccies rcpctita piacebunt, quand ce ne «» seroit que la môme chose ; à plus forte raison ne Test-ellc « pas lorsqu'il s'agit de revoir une seconde fois une bonne « pièce refondue et très différente du premier état. J'ai été, « je vous le proteste, encore plus charme de cette nouvelle

DE BAYLR. 2T7

« forme que de la première, et c'est une marque que vous avez « su retoucher partout comme il le falloit, car autrement ceux - qui ajoutent à une première production, et qui retiennent « des morceaux entiers de cette première, courent risque de « faire un ouvrage beau à la vérité, à ne le considérer qu'en ^ ses parties, mais mal entendu et mal assorti quand on le '< considère en son tout, parce qu'on n'attrappe pas aussi aisé-

• ment la convenance qui doit être entre les parties qui avoient » déjà été ajustées avec d'autres, et de nouveaux morceaux, que « celle qui doit être entre des parties formées en même temps.

« Je vous donne à examiner un scrupule qui m'est venu d'a-

• bord sur ce vers de la 184* page \ ^ Il en auroit jusqu'à a demain. » Il me semble que cela ne donne pas une assez « grande idée, et que le lecteur étant plus frappé du petit « espace de temps qui n'est que du soir au matin, qu'il ne Test •« de ce qu'au fond cet espace est plus que suffisant pour parci courir un nombre innombrable de vertus, ne trouvera pas « réloge représenté par des traits assez relevés. D'autre côté,

• ce seroit tomber dans le froid et le cacozèle ( pour me servir " de ce terme des anciens rhéteurs ) , que de vouloir métamor- •< phoser demain en un siècle. Ainsi il vaudroit mieux peut-être

• prendre la chose ainsi, qu'en vain on voudroit donner aux « vertus de la reine les éloges qui leur sont dus, puisque pour

• compter seulement ses excellentes qualités « on en auroit

• Jusqu'à demain. »

•< L'opposition est plus sensible entre compter et donner les

• justes éloges, qu'entre éplucher et parcourir; et, de plus, un

• chicaneur vous diroit fort bien que, s'il ne tient qu'à être oc- « cupé du soir au matin, ce ne seroit pas en vain qu'on eutre- ^ prendroit un ouvrage, n'y ayant rien de plus aisé que de *< s'engager à nn travail aussi court que celui-là. J'avoue néan- " moins que, comme il faut plus de temps pour éplucher que ** pour parcourir, ou répondroit pour vous, s'il le falloit, per- ** tinemment à ce chicaneur. Je ne vous marquerois pas ces

278 autubs remarques

« petites bagatelles, si je ne yonlois tous conyaincre entière- « ment que Tapprobation que je donne à tout le reste est ayee « une sincérité tout à fait sans flatterie.

^ Je suis, mon très cher Monsieur, etc. « B. »

Pendant que je me trouye sur les consultations que je pris pour m'assurer du prix tel quel de cette pièce, je ne saurois oublier celle qu'entre autres je tirai de Tillustre et sayant M. Gousset (1), mon ancien ami du temps de nos études à Saumur, parce qu*ayec la solidité de ses grayes et profondes études, il ayoit une délicatesse pour les ouyrages d* esprit dont les gens doctes ne sont pas toujours capables. Cet excellent ami étoit yenu faire un tour à la Haye pour quelques affaires particulières, et son bon cœur ne lui ayant pas permis de s*en retourner sans me yoir, il m'ayoit fait Fhonneur de me chercher. La confiance réciproque que nous ayions Tun enyers Tautre pour tout ce qui regardoit nos occupations, fit que je lui communiquai mon Dialogue^ et comme il étoit sur le point d'aller prendre la barque pour s'en retourner chez lui, il me pria de lui laisser cette pièce pour le désennuyer par le chemin, me promettant de me la renvoyer sitôt qu'il seroit arrivé, et avw les remarques que je lui avois demandées dans toute la sincérité de son cœur.

Comme M. Gousset u' étoit pas tout à fait bien entré dans ma pensée, il parut dans ce qu'il m'écrivit un peu plus difficile que 51. Bayle, qui après ma révision n'avoit pas trouvé véritable matière de glose. C'est ce qui me détermina avec moins de peine à combattre les petites difficultés qu'il me fit ; de sorte

(1) Ja(*ques Gousset desservait l^E^lisc réfonnéfi do Poitiors, lors<îu«» la révocation de ITdit de Nantes le força à se retirer d'al)ord en Anprleterre, puis en Hollandi* ; il d«vint l'un des past*»ur8 de l'Ejlise de Dordrecht, puis, quelques années plus tard^ il fut app«Ié .\ l'académie de Groniiipue, comme professeur d<» irroc «^ de tlirolo>rii»; v'i^i lii qu'il mourut en 1704. (T^aa;?. France pntttstante.)

DE M. (;OUSSET. 179

qnty Boit par complaisance on autrement, il se rendit à mes raisons (1). Yoici nos deux écrits, chacun en son rang :

« A Dort, le 20 mai 4 690.

« Je vous renvoie, Monsieur, votre aimable écrit, qui m'a « doucement entretenu dans la barque. Il ne se peut rien de « plus pur, de plus naturel et de plus animé que le style, et il » répond à la naïveté et à la vivacité des pensées. Hais, puisa que vous m'avez engagé à vous dire tout ce que j*en pense, « j'ajouterai & ces vérités que les parties dont il est composé « ne semblent pas assez proportionnées. Il y en a deux, Fen- • tretien d'innocente débauche et les louanges de Leurs Ma- « jestés ; leur longueur est trop égale, la première n'est re- « gardée par le lecteur que comme un préambule, et la seconde « est attendue comme le corps de la pièce: d'où il s'en suit que « celle-ci devoit être beaucoup plus étendue que l'autre, et, à « faute de cela, on n'en est pas bien rempli. Je vous dirai aussi « que la suscription est trop négligée : c'est le moindre en- « droit de tout l'ouvrage, et c'est pourtant celui qui fait la « dernière impression dans l'esprit. Mais vous rirez de m'en- « tendre faire le savant sur votre métier. Je passe donc & un « autre sujet, qui est sur la recette que Je vous a vois promise...

^ Je suis de tout mon cœur à vous, et je garde une recon- •> naissance profonde de toutes vos honnêtetés.

« GOUSSBT. • Réponse.

« La première de vos remarques. Monsieur, est si juste, et je

(1) Voici, en eflet, ce que m'en écrivit M. Mutel dans sa lettre du 8 juillet 1690 : « A regard des obsenrationp de M. Gonsset sur votre Dialogue, U m*a charfté de « Tous dire qu'après les éclaircissemnnts que vous lui avez donnés, il est satisfait, « il acquiesce, et il vous confesse de plus qu'il reconnaît que c'est une chose asc aez difficile qu<^ de vouloir criticfuer des auteurs qui vivent encore. » [Soie de routeur,]

280 RBMARQUES CRITIQt'ES

« Tobsenre moi-môme si soigneusement dans les rencontres, < que je u'aurois pas manqué de la suivre, principalement en « cette occasion, si je n'avois eu en vue une chose tout autre- « ment essentielle, et qui, selon moi, est tout le secret et comme « Fâmc de la pièce, je veux dire ce dessein de cacher mon jeu, « dont j'instruisois M. Bayle par le billet que je vous ai corn- « muniqué, et dont je m'étonne que vous ne vous soyez pas « souvenu en travaillant à votre judicieuse critique; car je ne « vous Tavois montré que dans cette vue-là ; en un mot, je n'ai « pas voulu donner lieu à la reine de croire que ma pensée fût « en aucune façon que cet écrit dût jamais avoir Thonneur de « paraître devant Sa Majesté ; je feins au contraire que ce n'est « que par rencontre qu'il y est parlé d'elle, afin d'éloigner toute « idée d'affectation, ce qui énerve toute l'efficace des plus justes « louanges, et qui s'appelle populairement parmi nous donner « de l'encensoir par le visage. C'est donc proprement une lettre « à un ami, lequel doit par conséquent en faire presque tout le « sujet, mais dans laquelle deux mots de reconnaissance s' étant « glissés comme par hasard, j'ai seulement pu espérer qu'il ne « seroit pas impossible que par hasard aussi la grande princesse « qu'ils ont pour objet en eût connaissance. Cela étant, mon « cher îlonsieur, j'ai plutôt lieu d'appréhender d'avoir encore « fait un trop grand plat de cet accessoire, et de m'étre phis « montré que je n'avois prétendu , puisque c'est cela seul qui « vous a donné lieu de croire que je faisois de ce simple épi- « sodé mon affaire principale.

« Cette manière détournée de couler sans bruit une louange « a été , comme vous savez , embrassée généralement par tous « les grands maîtres, et je suis persuadé que Virgile n'avoit en- « trepris les dix mille vers (ric-()-ric, 9,900) de son admirable « Enéide que pour ces deux et demi-ci seulement :

Hic vir, hic est, tibi quem promitii sœpitis audts, . tugusfus Cu'sar^ dinnn genus ; nurea rondet

Page 1