ASSASSINAT DE SON PERE
(inattention à ce qu'il faisoit , qu'on peut dire qu*un morceau D*attendoit pas l'autre) :
Si la foi du serment Vous défeDd raliment, Voyez-moi manger seulement, Vous n'en mourrez pas moins.
Exemples l'un et l'autre, qui quelque éloignés que peut-être on les trouvera de mon sujet, n'y conviennent pourtant pas aussi mal qu'on diroit, puisque mes leçons m'étoient comme autant de coups de poignard, et les bonbons dont on tâchoit de m' allécher, une espèce de repas de mort.
A tout cela ma complaisante mère ajoutoit que quelque difficiles que ces commencements des études parussent à la plupart de la jeunesse, au bout du compte ils conduisoient bientôt à la connoissance de mille belles choses, sur quoi je m*écriois : « Ah ! ma chère mère, si ces choses que vous dites sont si belles, j'ai une grande prière à faire au bon Dieu. — Et quelle, mon enfant? me dit ma mère. — C'est, dis-je, octroiemoi esprit pour les comprendre (Psaume CXIX); car je vous assure que jusqu'ici je n'y entends rien. » Je m'arrête un peu à toutes ces minuties, parce qu'elles me sont nécessaires pour rendre plus sensible une réflexion que j'ai à faire sur quelque petit bruit qu'a fait, entre autres, un de mes ouvrages, et dont je suis bien aise que mes enfans profitent; c'est que: Ttmtes choses aident ensemble en bien à ceux qui aiment Dieu; qu'il délie la langue à ceux qui, comme Moïse, se reconnoissent ne faire que bégayer, et que Sa vertu s'accomplit en nos plus grandes faiblesses. Je m'expliquerai plus au long sur tout ceci dans l'endroit de cet ouvrage que j'ai en vue, mais au- (juel je ne viendrai pas encore si tôt.
En 1647 (1) etlorsque je n'avoispas encore neuf ans, je perdis mon père, qui fut assassiné la robe sur le corps, en revenant
fl) c Jacques Roa^ vivant Procureur au Parlement de Paris^ âgé de 55 ans^ aété enlnré an cimetière de Saint-Père, le dimanche îA"" mars 1647. » (Reg. in-^ des cnlemments à Saint-Père, Saint-Marcel et la Trinité, de 1646 à 1651, fol. 33. Loc. cit.
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<lii piMsj pBt deul de ses cletes qtd ataient môme rhontieut d'être ses neveux à la mode de Bretagne. Ces misérables firent ce maudit coup dans la vue de se sauver de la potence, à quoi mon père les avoit fait condamner pour un vol qu'ils lui avoient fait quelques jours auparavant d^une somme de six mille livres, qu'ils savoient avoir été fraîchement touchée par lui et qu*ils lui avoient vu serrer dans son bureau ; ce bureau étoit dans son étude, où en leur qualité de clercs ils étoient occupés la plupart du jour, soit en présence soit en absence de mon père. Ils prirent leur temps un jour que leur maître gardoitle lit pour quelque indisposition, et ayant crocheté le bureau ils enlevèrent cette somme que mon père n'avoit pas encore eu le temps de placer; car il étoit trop habile pour laisser longtems moisir un tel morceau sans le mettre à profit. Ces scélérats ayant été condamnés, comme j'ai dit, se sauvèrent en corrompant un messager qui les amenoit à Paris les pied^liés sous le ventre de leurs chevaux et les fers aux mains, lui ayant été confiés après qu'on eut mis la main sur eux (car ils étoient en fuite, et le procès ne leur avoit été fait que par contumace). S'étant après cette évasion rendus sourdement à Paris, ils y firent leur malheureux complot, et la veille mémo de son exécution, mon père qui s'alloit quelquefois promeuer dans le Pré-aux-Clercs, les y trouva dans un endroit fort solitaire, où sans doute ils prenoient leurs dernières mesures. Je ne sais pas ce que mon père pensa sur Theure, d'une telle rencontre ; mais le soir en se chauffant auprès de ma mère avant que de se mettre au lit, il lui conta cette aventure. « Ah! mon Dieu, s'écria-t-elle aussitôt, à quoi pensez-vous d'aller ainsi vous exposer dans un désert, sachant que ces misérables, quoique cachés, sont pourtant en cette viUe ; car qui les cmpéchoit de vous donner là d'un coup de pistolet dans la tête?» Les craintes de la pauvre femme n' étoient que trop bien fondées, comme l'événement le fit voir. Cependant mon père se moquant des fktiyeurs de son éponse: « Bon! lui dit-ii, in les
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lâi^seMië eh fé|)oâ %mi doùtë Û eëlë àrmoit? Ciofiiffiiëfit, repartit ma mère, jie les lalsscrols dn topos! et qii*en scroît-il de moins? totites tties poursuites et ma Vengeance voiis reiidroietit-elies la tié? Ah) Je Voilâ prie, plas de promenade au Pré-atii-Clei*cs. i* Le pre&sdfatimèht de tnâ pahvre mère ne fut que trop tôt hiis & effet. Dès le lendemain, le coup de pistolet si appréhendé par ma mëré mit son paiivre mari hors d'état de s*allet promener quelque part que ce fût. Il lui fut porté par ces coqUlUs à deux cents pas de notre maison, etinà mère qui en dUIt lé brUit, comme elle di*essoit le potage particulier de môU jpère qu'elle délicatoit fort : « Ahi mon Dieu, ë'é<îria-t-elle, Yoilâ un éoup terrible et qui, sans doute, h' est pas éomiUë ceux de badlUcrie et de divertissement ; ce sont apparemment des voleUrs ; qu'on aillé vite fermer la porte, crainte qu^ils ne s*y sauvent ; » et â peiUé eut-elle dit cela, qu*elle y entëUdit firàpper fort i^udement, et en inême teins, une voix tout éttpdyéê : « Madame Bon, venez vite, voilà qtt'ôti Vient de tUéi? M. Èou. » La désolée veuve n'eut pas là force de descéfadre ; on la jetta stir un lit, d'où même tous lèé amis voisina, qtli sUfvihfent d'abord, l'eussent empêchée de sortir quand elle Tauroit voulu faire, afin de lui épargner une si terrible vile, j^àllâi àoïï6 seul au triste lieu où je voyois eodrir tout le inbiide, et je né vis que trop tôt pour mon pauvre ccfeUr ce pitoyable objet. Quel spectacle pour ufa fils, lUes chers enfants ! et comment pourrois-jc vous le décrire ? Je né reconnus mon pauvre père couché tout de son long contre une muraille, qu'à son habit, quoique cet habit eût entièrement changé de couleur ; car poUr le visage, on ne le pouvoit discerner : le sang eu sortoit à gros bouillons, par la bouche, par les narines, et par la gorge, où le coup avoit été donné. Le pauvre homme voulut me tendre les bras, mais il n'en eut pas la force ; et aussitôt quatre oU cinq hommes l'emportèrent sur un matelas qu*on avoit fait venir du logis, où il rendit le dernier soupir sur le pas de la porte.