‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 90 sur 178 · SON ELOGE. SU · texte numérisé non relu

SON ELOGE. SU

du défont, dont la compagnie ayant eu connaissance, et m*ayant prié de lui communiquer cette pièce, elle lui plut si fort qu'elle chargea le secrétaire de Tinsérer dans ses caliiers; mais, comme par quelque raison que ce puisse ètre^ il ne me la demanda point, et que, de mon côté, je ne jugeai pas à propos d'y témoigner de Tempressement, elle demeura enseyelie dans mes papiers, d'où maintenant je la tire, à la fbTeur de cette occasion naturelle qui s'en présente ; et la voici :

Eloge de M. Claude le fils*

L'Eglise française de la Haye ne se préparoit qu'à des actions de grâce pour les heureux succès des armes de l'Etat , lorsqu'elle se vit obligée de verser des larmes pour la perte d'un de ses plus chers pasteurs, Isaac Claude, digne fils du fameux Jean Claude, dont la mémoire est en si bonne odeur A toute la Réformation. Il y avoit cinq mois qu'il languissoit d'une maladie d*abord assez équivoque , mais dont l'issue ne fut que trop certaine pour les intérêts de l'édification et de la consolation de son troupeau. C'étolt proprement une phthisie ; mais il ne fout pas douter que les grands efforts du défunt pour la prédication n'eussent beaucoup contribué à le réduire dans ce fâcheux état. Il avoit de très beaux talents pour la chaire, un extérieur agréable, une prononciation distincte, le geste naturel, la diction pure, les expressions grandes et nobles; mais il s'agitoit un peu trop pour une poitrine aussi délicate qu'étoit la sienne, et qui lui avoit été gâtée dès la Jeunesse par quelques remèdes trop violents. Pour sa doctrine, elle étoit très saine, et jamais on n'y trouva rien à reprendre. Aussi avoit-il puisé dans des sources trop pures pour s'être laissé entacher du moindre poison d'hétérodoxie. Ses idées aussi étoient assaisonnées de tant de bon sens, et il étoit si naturellement ennemi des manières trop affectées, qu'il ne pouvoit souffrir ceux qui donnoient tant soit peu dans ce défaut. Bon juge, au reste, de tous les ouvrages de délicatesse et d'esprit, mais surtout d'un cœur admirable, et qui étoit fort tendre envers les nécessiteux. Sa piété étoit intérieure et éloignée du faste, son discours fluide et propre, son entretien facile et agréable, sa taille grande et droite, son visage d'une beauté mâle, son port Buyestueux, sa contenance grave et douce. Son jugement, qui étoit sa principale pièi'^, comme c'étoit aussi celle de son illustre père, étoit sain, clair et rassis, et qu'on lisoit dans ses yeux, où il avoit une vigueur et une doaceur extraordinaires. On ne sauroit lui refuser la justice d'un désintéressement dont peu de gens de lettres seroient capables : c*est que son savant père, l'ayant laissé maître du trésor de plusieurs excellents ouvrages, qu'on sait même qu'il n'avoit composés que pour les études de ce cher flls, i-elttl-ci, sans se laisser tenter du désir de se faire un ornement propre de

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ces riches dépouilles, mais rapportant tout cet honneur à sa source naturelle, s'en étoit dessaisi pour en enrichir TEglise. Il mourut enfln, le Ï9 Juillet 4 693, sur les six heures et demie après midi, âgé de 42 ans, 4 mois et 24 Jours (étant né le 5 mars 4653), après avoir donné à un illustre pasteur de ses plus intimes amis (iM. de La Devèze) , qui reçut ses dernières paroles, toutes les marques d'un chrétien fortement persuadé des grande» vérités qu'il avoil si solidement et si éloqnemment annoncées, et laissant à son cher troupeau des regrets fort sincères, à toute sa parenté une douleur inconcevable, et à une société de gens de lettres, dont il étoit membre, un souvenir éternel do son nicTlle.

J'arrête et teniilno ici la deuxième partie de ces ^irmoires, quoi qu'il me reste encore plusieurs choses à y ajouter, mais qui ayant à me mener trop loin, et ù rendre par là cette partie trop inégale à Tautre, se trouveront dans les Suppléments dont je me propose de faire comme un troisième volume, mais sous cette simple idée de SvpplétneniSj afin que la proportion entre ces trois sortes de parties soit plus exactement gardée ; et afin de finir cette seconde par un retour vers Celui que je veux toujours avoir en vue dans toutes mes actions, je lui dirai, avec le même PRalmiste dont j'ai déjà tiré tant de traits d'élévation d'âme et de soumission à ses saints décrets :

Louange au Si igneur soii donnêt\

Lequel m'est entre tous

Si benln et si doux, Et m'a telle grâce accordée

Que de voir à tin mise

relie mienne entreprise. [Ps. XXX L p. 3 et 4»

Fl> DE LA DEUXIEME PARTIE.

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