P.VOE 64, NOTE
...Rien ne prouve mieux la licence et le relâchement des mœurs du temps de la Fronde, que de trouver dans les lettres de madame de Sévigné, l'aveu du plaisir qu'elle avait à recevoir les visites du marquis de Pomenars, du dMn Pomenars, ainsi qu'elle l'appelle, parce que cet homme l'amusait ptrla gaieté et les saillies de son esprit. Ce gentilhomme breton, efflrontément dépravé, passait sa vie sous les coups d'accusations et même de condamnations criminelles. SI le roi avait ordonné qu'on tint en Bretagne les grands Jours^ comme autrefois en Auvergne et en Poitou, Pomenars n'aurait certainement pas échappé aux châtiments infligés par les Juges de ces redoutables assises. Il avait été accusé de fausse monnaie, il fut absous, et paya lei éptces de son arrêt en fausses espèces (I ). Il parait qu'un nouveau procès s'était renouvelé contre lui, peut-être pour ce dernier méfait; et de plus« il se trouvait encore poursuivi pour avoir enlevé la fille du comte de Créance. Tout cela ne le rendait pas plus triste et ne Tempéchait pas de venir ma Etats» et d'y montrer tant d'audace et d'impudence que « journellement, dillladame de Sévigné, il fait quitter la place au premif^r président, dont il esl l'ennemi, aussi bien que du procureur général (2). » Il allait chez la duchesse de Cbaulnes, aux Rochers, partout où il pouvait s'amuser(3). Il sollidUU gaiement ses juges avec une longue barbe , parce que, avant de se doDoerla peine de la raser^ il fallait, disait-il, savoir si sa tête, que le roi loi disputait, lui resterait. II est probable que quand il parlait ainsi, c'est de l'accusation de fausse monnaie qu'il était question. L'autre accusation était d'une nature moins grave. 11 s'agissait de la demoiselle de Bouille, tQle de René de Bouille, comte de Créance, et cousine de la duchesse du Lode; cette demoiselle qui, après avohr vécu quatorze ans avec Pomenars, s*a¥isa un jour de le quitter, de se rendre à Paris, et de le faire poursuivre pour crime de rapt(4). « Pomenars, dit madame de Sévigné à sa fille, qui s'inté-
(1) Sévigné, Lettres (11 novembre 1671).
(«) Sévigné, Lettres (7 et 19 août 1671).
W Sésïgné, Uttres (26 juillet 1671).
(\) AnielotdcLa Houssayc, Af^mo/reA- (1737, iii-ll, U II, p. 107).
3'10 AfFK.NDICE.
ressait beaucoup à ce gentilhomme qu'elle connaissait, ne fait que de sortir de ma chambre. Nous avons parlé assez sérieusement de ses aibires, qui ne sont jamais de moins que de la télé. Le comte de Créance Teut à toote force qu'il Tait coupée^ Pomenars ne veut pas : voilà le procès (1). >
Il fut jugé et condamné par contumace cinq mois après, et fit aux Rochers une nouvelle visite à madame de Sévigné, qui raconte ainsi ce fait à sa fille: <r L'autre jour, Pomenars passa par ici ; il venait de Laval, où il trouva une grande assemblée de peuple ; il demanda ce que c'était : (Test, lui dlt-oo, que l'on pend un gentilhomme qui avait enlevé la fille du comte de Ccéanœ. Cet homme-là fSire^ c'était lui-même (2). Il approcha, Il trouva quelepeiotie l'avait mai habillé ; il s'en plaignit ; il alla souper et coucher chez les Jnges qui l'avalent condamné. Le lendemain, il vint Id se pâmant de rire; Il es partit cependant de grand matin le jour d'après (3). » Il se rendit ensuite à Paris, et nous le retrouvons assistant à une représentation de Bqfazet^ oà était madame de Sévigné. « Au-dessus de M. le Duc, dit-elle, était Pomenars avec les laquais, le nez dans son manteau, parce que le comte de Créance le veut faire pendre, quelque résistance qu'il fasse (4). •
Pour qui ne connaît pas ces temps, tout parait mystérieux dans la vie de ce don Juan breton, et dans l'indulgence dont 11 était l'objet. Les témoignages d'amitié que ne craignaient pas de lui donner des personnes reconmandables sont une chose si étrange, qu'ils ont besoin de quelques explications. Nous apprenons que, huit jours après celte représentation de Bajazet, Pomenars fut taillé de la pierre; qu'il reçut la visite de la duchessf de Chaulnes et de madame de Sévigné. Elle écrit à sa fille : • Madame dt' <' Chaulnes m'a donné l'exemple de l'aller voir. Sa pierre est grosse comm » un petit œuf : il caquette comme une accouchée ; il a plus de joie qu'il n'si " eu de douleur; et, pour accomplir la prophétie de M. de Maillé, qui dit a « Pomenars qu'il ne mourrait jamais sans confession, il a été, avant l'opérar tion, à confesse au grand Bourdaloue. Ah ! c'était une belle confession que n celle-là! il y fut quatre heures! Je lui ai demandé s'il avait tout dit; il m'a <' jure que oui, et qu'il ne pesait pas un grain. II n'a point langui du tout > après Tabsolution, et la chose s'est fort bien passée. Il y avait huit ou dix «t ans qu'il ne s'était confessé, et c'était le mieux. Il me parla de vous, et ne <' pouvait se taire, tant il est gaillard (5). »
On ne peut douter que madame de Sévigné et la duchesse de Chaulm-^
il) StWigné, I/'/^cv (iiJjuilI.'l 1071).
(î) Allusion i\ l*(»pitro de Glrmeiit Marotau roi» Vour avoir été flet-vbé.
(a) Sévigné, Lettres (Il novembre H»71).
{\) Sévigné, Ijettres (15 janvier lH7ieti9 sepUnnbi'o 1073 .
'5) Sévijjrné, £>//rrv (li janvier 1080).
ne fussenl parfaitemeni inslruites de la vie scandaleuse de Pomenars. Madame de Sévigné, quinze jours après la lettre que nous venons de dter, ayant à demander à sa fille cet affreux procès de la Voisin l'empoisonneuse, dans lequel tant de grands \)ersonnage8 se trouvèrent compromis, lui dit : « Pomenars a été taillé; vous rai-]e dit? Je l'ai vu; c'est un plaisir que de « l'entendre parler de tous c«s poisons; on est tenté de lui dire: Est-il pos- « sible que ce seul crime vous soit inconnu? (1) »
Ged nous apprend que Pomenars parlait avec chaleur contre la duchesse de Soissons, dont la fuite prouvait la complicité avec la célèbre empoisonneuse, et que cette ardeur contre de tels coupables étonnait madame de Sévigné, sans que pourtant elle crût Pomenars capable d'un tel crime. Ce qu'elle a dit de lui, démontre qu'elle le connaissait depuis longtemps {%). Il était probablement, avec Tonquedec, au nombre de ces gentilshommes bretons qui, au temps de la Fronde, fréquentaient sa maison comme amis de son mari, devenus ensuite les siens. 11 est évident qu'il était protégé à la cour par des hommes puissants, contre les ennemis qu'il s'était faits dans sa province et contre les Juges qui l'avaient condamné. Le procès qui lui fût intenté pour fausse monnaie était ancien, et datait probablement de cette époque où, en hahie de Mazarin, tout paraissait permis contre le gouvernement, alors que les auteurs ou complices de tels brigandages ne perdaient pas pour cela la qualification d'honnêtes hommes. Ce qui me confirme dans cette idée, c'est que madame de Sévlgné dit que Pomenars se mettait peu ea peine de son affiEdre de fausse monnaie (3}.
Louis XIY, qui exilait le mari de madame de Montespan, ne pouvait apprendre avec plaisir que mademoiselle de Bouille, pour se venger d'un amant dont l'amour était éteint, l'eût fait poursuivre comme ravisseur, et que des Juges de province eussent osé prononcer la peine capitale contre on gentilhomme, pour un fait de galanterie avec une femme non mariée.
Lorsque la duchesse de Chaulnes et madame de Sévlgné allèrent voir Po- ■eiiars à Paris, on lui avait fait grâce ou il avait purgé sa contumace, car widame de Sévlgné n'en parie plus. A Vitré et aux Rochers, Pomenars, |tr sa gaieté, ses manières, son langage, lui rappelait sa folle Jeunesse et les aimables fectieux d'une époque de Joyeux désordres. Pomenars lui avait aidé à supporter les ennuis d'une ville de province et de la tenue des Etats. (Walckenaer, Mémoires sur Madame de Sévigné, t. IV, p. U à 17.)
(1) Se vigile, Lettres (26 janvier 1680). (i) Sévigoé, Lettres (13 août 1671).
(3) Sévigné, Utti^s (<ik juin 1671).
— PAOB 79, Lions 33. —
... Ilpeui y avoir des évéchesses... — Ce mot prouve combien étiit public le scandale causé par les relations de l*archevéque de Paris (Voy. p. ft6, note S) avec madame de Bretonvilliers, que les ouailles du prélat surnommaient ta Cathédrale. François de fiarlay de Champvallon, archevêque de Paris, mourut à Conflans, près de Paris, d'une attaque d'apoplexie, le 6 août 4695, à Tâgc de soixante-dix ans. 11 ne put même recevoir set sacrements. « 11 s'agit maintenant de trouver quelqu'un qui se charge de Foraison funèbre du mort. On prétend qu'il n'y a que deux petites bagatdles qui rendent cet ouvrage difficile : c'est la vie et la mort. » (Stadame de Coulanges i^ madame de Sévigné, 12 août 1695.) Cette oraison funèbre fut laite par le P. Gaillard, qui ne s'en chargea qu'à la condition de très peu parier du mort. « Il a imaginé de faire un sermon sur la mort au milieu de la ce- « rémonie, de tourner tout en morale, d'éviter les louanges et la satire, qui « sont deux écueils bien dangereux; tout le prélude des oraisons funèbres « n'y sera point; il se Jettera sur les auditeurs pour les exhorter; il para lera de la surprise de la mort, peu du mort ; et puis Dieu vous conduise à u la vie étemelle. » (Madame de Coulanges à madame de Sévigné, 45 sep* tembre4695.)
« Vous me faites souvenir de cette sottise que Je répondis pour ne
« Ar chez madame de Bret que je n*avois qu*unJiU; cela fit trem — :.
A hier vos prélats. » (Lettre de madame de Sévigné, du 45 Juin 4680.) Vois M «ir aussi : Lettre de madame de Scudéry à Bussy, du 42 Juillet 4675. Suppl M moi, de Bussy, ^^ partie, p. 4 89. •« On dit que Sa Majesté se lasse de H. de Pa- « ris et de sa vie : il sera quitté comme les maîtresses. » (30 Juin 1680 — « On croit M. de Paris interdit, il ne dit plus la messe: il faut un sacrilég « au peuple pour remettre le prélat en bonne réputation. » (24 Juillet 1680* ^CD.j Du reste, Harlay de Champvallon était doué d'un esprit trùs brillant; iliirl Mprovisait avec une facilité extraordinaire. Un religieux prêchant devjint li^ ^^ le jour de la (Conception, se trouva mal, et fut obligé de descendre de cbalai ^K après avoir établi ses divisions. M. de Harlay, alors archevêiiue de Eouev -^, prit sa place, se renferma dans le plan qui venait d'être tracé, et pronoBi p le discours sans aucune préparation. (Note de M. Monmerqué»)
— l'AOE 84 , >OiK 4 . —
Baltliazar de Crevant d'Humières, chevalier de Malte, commandeur df Villiers au Liège, abbé de Saint-Maixant et de Preuilly, mort en septemtn'
4684. Madame de SéYigné écrit le i7 septembre de celte année : « La mort « de madame de Cœuvres est étrange- et encore plus celle du chevalier (t d'Humîères ; hélas! comme cette mort va courant partout et attrapant de « tous côtés ! »
-— PàGB 83, UGNB 47. —
C'est le 3« des 426 Quatrains du seigneur de Pibrac, dont voici les deux autres vers:
Le soir aussi, ton labeur finissant^ Loue-le encore^ et passe ainsi rannée.
On voit combien étaient familiers à nos pères ces quatrains de Pibrac et les doctes Tablettes du conseiller Mathieu, que Gorgibus recommande à Célie comme « ouvrage de valeur,»
Et plein de beaux dictons à réciter par oœur.
— PAGESSjKOTEa.- ToUt le monde connaît sur Tavocat Gauthier ces vers de Boileau (satire IX) :
Dans vos discours chagrins, plus aigre et plus mordant, *
Qu*unc femme en furie ou Gautier en plaidant.
— PAOE408, U0NB3.
« Enfermé a Saint-Médard de Soissons, puis réfugié à Saint- Denis, Abeilard fut obligé de fuir cet asile. Il s'était avisé de douter que saint Denis FAréopagite fût Jamais venu en France. Toucher à cette légende, c'était s'attaquer à la religion de la monarchie. Dès lors la cour, qui le soutenait. Taiiandonna. » (MIchelet, Histoire de France^ t II, p. 294 .}
Le même fait est rapporté dans la biographie d'Abeilard (Encyclopédie des gens du monde^ 1. 1. 33).
Voyez aussi ks Mémoires de l'abbé de Marolles, pag. 536-241, édil. de 4656.
«- t>AOE 448, LIGKB 3. —
Ce pastiche de Voiture molive et justifie assez bien la mauvaise pointe
qui iciminc le dizain de Claude Le Petit, qu'on trouvera plus loin (t. Il, p. 348):
Si tu n'es tout à fait Voiture, Rou, du moins tu Tes à moitié.
Ces sortes de lettres étaient, comme Ton sait, dans le goût du temps. On en trouve un échantillon curieux dans les œuvres de Matthieu de Montreuil (Paris, 4680, in-42, p. 267). C'est une lettre de quatorze pages à mademoiselle ***, dans laquelle il lui raconte son voyage à la frontière d'Espagne, et tout ce qui se passa à Fontarabie, à Saint- Jean de Luz, et à 111e de la Conférence, lors des cérémonies du mariage de Louis XIY, en mai et juin
Grosse viande mal cuite et petite aile, — Il eût fallu écrire aile ou aie, signiflant alors, dans la pensée de Rou, petite bière, ou mauvaise boisson.
Je prends ma bisque^ pendant que vous n*étes encore qu^une Jeun demoiselle... — Au jeu de paume, le joueur a le droit de prendre une bis que, c'est-à-dire un quinze^ dans le cours de la partie, quand il le juge ^ propos ; il s'agit de savoir la prendre, de bien saisir son moment, de tire ' parti de cet avantage. De là l'expression flgurée, pour dire : profiter habv lement d'un avantage quelconque. Voici quatre vers de Matthieu de Mo treuil  un rival qui avait envoyé un botiquet à une dame de ses amie!r=s
Quoi donc, vous me jouez, faux ami (jue vous êtes ? Allez en d'autres lieux débiter vos douceurs! N'était-ce \k\s assez de me pass^T en fleurs, Sans me donner encor quinze et bisque en fleurettes?
-ner ^
— PAGE 1i9, LIGNE 7. —
Henri Justel, succéda à son père, Christophe Juste!, dans la charge ^ie secrétaire du roi à Sedan. Le commerce intime qu'il entretenait avec beaucoup de savants de son époque, a rendu son nom célèbre dans le monc/^ protestant de la dernière moitié du dix-septième siècle. Quelques années
avant la révocation de l*Edit de Nantes il se réfugia en Angleterre , devint bil>]iothécaire du roi, et mourut à Londres en 4693.
CToir les Mémoires concernant les vies et les ouvrages de plusieurs tnod^wjtes célèbres dans la République des lettres j par Cb. Ancillon ; la France pr€}tesiante de MM. Haag. )
Jm duchesse de Portsmouth — Elle avait été conduite à Londres en
4 C70, par Henriette d'Angleterre.
«Charles II, allié de Louis:Xiy, lui était dévoué, et se conduisait par ses conseils... Ce fut lui qui donna à ce roi faible, et dominé par la volupté, (mvm€ maîtresse française, mademoiselle de Kerouel, que Cbarles II fit ducbcsse de Portsmoutb. Louis XIY la dota de la terre d'Aubigny sur Nière, ^C fixa d'avance le sort des enfants que le roi d'Angleterre pourrait en avoir, comme il aurait fait des siens propres. » (Voy. Lettres patentes du mois de décembre 4673, portant donation de la terre d'Aubigny sur Nière k roadenaoiselle de Kerouel.) Telle fut l'origine des ducs de Ricbmont et d'Aul>if[ny.
Louis XIY écrivit à M. de Kerouet (sic)^ pour essayer de lui faire retirer s^t malédiction donnée à sa fllle, reconnue maîtresse de Cbarles II.
Void cette lettre curieuse, dont Tautograpbe est en la possession de la fiainille de Trogoff. M. de Kerouet était frère du grand-père de madame de Tïogoff:
t lloD (tal et cher sqjet, les services importants que la duchesse de Portsm Boiith a lendos à la France m'ont décidé à la créer pairesse, sous le titre « dedBefaesse d'Aubigny, pour ell» et toute sa descendance.
< J'espère que vous ne serez pas plus sévère que votre roy, et que vous « reilremhi malédiction que vous avez cru devoir faire peser sur votre mal- « beareuse fille. Je vous en prie en ami, mon féal sujet, et vous le demande «en roy.
« Louis. »
(WalclLcnaer, Mém. sur Madame de Sévigné, t. IV, p. 268-364.) £b 4675, le parti anglais voulut opposer la duchesse de Mazarin ù la duclKsse de Portsmouth.
^•A l^ Crois f huissier fameux par ses captures. (Voir aussi page 5o,
. ^1 ^ sait que cet exempt fut dépêché en Hollande pour y opérer l'arresta-
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