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camp au mois d'août 1687 ^' ^^* employé successivement en cette qualité dans l'armée du duc de Longueville, et dans celle du maréchal de Châtillon ^. Le Roi lui donna, en i64o, de sa propre volonté, et sans avoir demandé l'avis du cardinal de Richelieu , le commandement de la province de Normandie, troublée par l'insurrection des/>«W^nus. De nouvelles lettres lui continuèrent les mêmes pouvoirs pendant l'année i64i ^.
Le comte de Coligny a parlé, dans ses Mémoires, de cette mission donnée à son père; il raconte même à cette occasion une aventure scandaleuse arrivée au comte de Saligny; nous avons été obligé d'effacer quelques expressions échappées à sa plume ; elles se ressentaient trop de la licence des camps *.
Jean de Coligny-Saligny, connu sous le nom de comte de Colignj, auteur des Mémoires, naquit au château de Saligny, le ^5 décembre 1617; il était le second fils du comte de Saligny. Gaspard IIP, son frère aîné, appelé le marquis dOrne, obtint, en 1647, ^^ charge decapitaine-
' Lettres patentes données au château de Madrid, le 8 août 1637, dans les Preuves de l'Histoire de la Maison de Coligny, par Du Bouchet. Paris, 1662, in-f% pag. 1183.
» Ibid., p. 1184.
^ Ibid.,^, 1186 et 1187.
' Voyez plus bas, p. 12.
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lieutenant des gendarmes du Roi , que remplissait avant lui le maréchal l'Hospital ^ Il fut tué à l'attaque de Charenton le 8 février 1649; il laissait un fils qui est mort sans postérité, et une fille, depuis mariée au comte de Montpeyroux , auquel elle a porté la fortune de sa branche.
Le comte de Coligny prit ce titre après l'extinction de la branche aînée de sa maison. Il donne dans ses Mémoires quelques détails sur sa première jeunesse. Son père le mit avec son frère aîné au collège des jésuites de Moulins; il passa de là dans un petit collège de Paray-le-Monial , où il resta peu de mois; il vint ensuite terminer ses études à Paris, au collège de Beauvais.
Son père, en i633, le fit entrer page du cardinal de Richelieu; Coligny y resta deux ans, puis il passa dans la première compagnie du régiment des gardes , commandée par M. de Rambures. A la fin de l'année i635, son père, peu disposé à faire pour lui de grands sacrifices, le plaça dans les mousquetaires à pied, ou gardes du cardinal. Il y menait une vie dissolue: l'ennui et l'oisiveté le jetaient dans le désordre, quand un de ses oncles lui procura, en 1689, une compagnie de dra-
" Lettres patentes données à Paris le 27 février 1647, aux Preuves, déjà citées, p. 1188.
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gons; il passa en Italie, et se trouva au combat de
la Route , où il se distingua.
En i64o, il accompagna son père en Normandie,- il le quitta en i64i, pour suivre en Italie le comte d'Harcourt qui lui avait donné une compagnie dans son régiment. Il alla en i645 en Espagne, quand le comte fut nommé vice-roi de Catalogne;' il s'y exposa à de grands dangers, pu.is il passa en Flandre en i6ij, et, dans un quartier d'hiver, s'étant querellé, à Abbeville, avec un intendant de Picardie , il fut envoyé à la Bastille, d'où il sortit bientôt pour se trouver à la bataille de Lensque gagna M. le Prince, le 26 août 1648. Suivant l'habitude du temps , Coligny, défié avant le combat par un colonel étranger, fit le coup de pistolet au milieu des deux armées, et il eut un bras cassé dans ce combat singulier. Le Prince le fit, en 1649, mestre-de-camp-lieutenant du régiment d'Enghien. Ce choix décida du sort de Coligny; il s'attacha à la fortune du Prince, et ne le quitta plus jusqu'à la paix des Pyrénées.
Il serait superflu de suivre pas à pas l'histoire du comte de Coligny; il la raconte dans ses Mémoires. Nous venons de tracer rapidement les faits antérieurs à l'année 1 649, pour fixer l'époque à laquelle Coligny s'attacha au prince de Condé. Nous avons voulu prévenir ime erreur
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dans laquelle la similitude de nom nous avait un moment entraîne.
Il est question, dans plusieurs Mémoires du temps, d'un Coligny, qui, dès sa première jeunesse, était au nombre des seigneurs qui composaient la société la plus intime du Prince. « Ceux qui étaient le plus avant dans sa familia- (f rite, étaient le duc de Nemours, Coligny, d'Ancc delot, le jeune La Moussaye % etc. » Ce Coligny n'est pas le nôtre ; c'était Gaspard , comte de Coligny, cousin du marquis d'Andelot, ce brillant Coligny, duc de Cliâtillon en i646, qui épousa mademoiselle de Bouteville, et auquel Voiture adressa cette épître charmante oii il convoque pour ce grand hyménée
Tout ce que le monde a d'Amours.
C'est encore du même Coligny-Châtillon que parle mademoiselle de Montpensier, quand elle nomme les principaux gentilshommes qui formaient, en 1639, la petite cour de madame la Princesse, née de Montmorency ^.
Le duc de Châtillon mourut en 1 649 5 et tout
^ Mémoires de Pierre Lenet , deuxième partie, dans la Collection Michaud et Poujoulat , 3^ série , II , 450.
" Mémoires de mademoiselle de Montpensier, Collection Petilot , 2« série , XL , 403.
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porte à croire qu'à compter de cette époque, le cadet de la branche de Saligny prit le titre, devenu caduc, de comte de Coligny; c'est celui qu'il a toujours porté depuis, et sous lequel il est connu.
Ce fut donc seulement en l'année 1649 que Coligny s'attacha au prince de Condé ; de ce moment il se consacra tout entier aux intérêts du Prince et à ceux de son illustre maison.
Le comte de Coligny était à Limoges en i65o, quand il eut avis de l'arrestation des Princes. Aussitôt il donna en secret rendez-vous aux régiments de Condé et d'Enghien, et aux gardes de M. le Prince, s'empara de Vichy et vint à Bellegarde-sur-Saône, place qui était au prince de Condé. Obligé de capituler devant les troupes du Roi , Coligny se rendit à Mont-Rond , auprès de la princesse de Condé , malgré la parole qu'on avait exigée de lui de ne pas servir M. le Prince*. De ce moment Coligny fut de tous les conseils tenus par la princesse de Condé, née de Brezé; on pensa même à lui confier le commandement de la place de Mont-Rond; mais le comte de Saligny, son père , lieutenant des gendarmes du Roi , était dans le voisinage , et il n'était pas de la prudence , dit
' Mémoires de Colignf, page 20, et Mémoires de Lenet, déjà cités, tom. LUI delà CoUeclion Pelitot , pag. 220,
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Lenet, de laisser le fils à la portée des persuasions du père ^. Il fut donc décidé que Coligny ferait partie de l'escorte de la Princesse.
Le 9 mai i65o, la princesse de Condé, avec le petit duc d'Enghien, son fils, sortit à minuit de Mont-Rond. I^e i o mai, au point du jour, elle quitta son carrosse, et monta en croupe sur le Brezé, derrière Coligny. Celui-ci la faisait passer pour une femme riche qu'il avait enlevée; il donne à entendre que la Princesse se prêtait à cette feinte avec des complaisances qui rendaient son récit vraisemblable. Ce voyage se fit par journées plus ou moins longues , suivant les difficultés des chemins, et les distances des châteaux oii s'arrêtait la cavalcade. La princesse séjourna pendant plusieurs jours à Turenne, chez le duc de Bouillon, qui la reçut au bruit du canon avec une extrême magnificence : « Il y avoit soir et matin , dit Lenet, « une table pour elle seule , une pour le duc son « fils, une pour madame de Tourville à laquelle (( mangeoient les autres dames ; servies chacune « dans des lieux séparés, et dans la grande salle il « y avoit quatre tables de vingt-cinq couverts cha- «cune, toutes magnifiquement servies, et sans ce bruit, que celui qui commençoit à s'élever après
* Mémoires de Lenet, audit lieu , p. 229.
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<c que l'on avoit desservi les potages , et qui alloit « augmentant petit à petit jusques à ce que la plu- « part fussent dans une gaieté approchant de <c l'ivrognerie. On commençoit les santés et on les « finissoit par celle du prince de Condé : on la bu- « voit debout, à genoux, et de toute manière, (c mais toujours le chapeau bas et l'épée nue à la « main. Le duc de Bouillon la commençoit touce jours, avec des protestations de mourir pour son « service, de ne remettre jamais l'épée au four- « reau qu'il ne le vît avec le prince de Conti et le (.(. duc de Longueville en liberté. Il portoit telles ce santés, tantôt d'une, tantôt de deux et de trois ce rasades, par fois dans des verres, par fois dans ce des gobelets à l'allemande, et elles étoient suivies ce par toute l'assistance de protestations et de serce ments de le seconder ; tous les valets en faisoient ce de même, etc. * »
Cette scène de mœurs nous a paru mériter d'être consignée ici, Coligny s'étant contenté de louer d'une manière générale la réception faite à la Princesse.
Coligny donne des détails sur la guerre de Bordeaux, dans lesquels nous ne le suivrons pas; nous ferons seulement ressortir le jugement sévère qu'il porte sur le duc de La Rochefoucauld.
' Mémoires de Lenet , audit lieu , p. 264.
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« Ce dernier duc , dit-il , faisoit une pitoyable «figure au fait de la guerre, à Bordeaux, quoi- « qu'il ait écrit dans ses Mémoires qu'il y avoitfait « des merveilles , et qu'il ait cité les lieux où il « n'estoit pas , comme aux barricades de Cau- (.( deranty. Je crois assurément qu'il a été plus « propre au lit et à la plume qu'à la guerre *, etc. » Le comte de Coligny ayant perdu son père en i65i, la Reine-régente, qui avait pour lui plus de bonté qu';7 ne méritoit envers elle ^, chercha à le ramener au Roi; elle hii offrit le guidon des gendarmes, dont son père avait eu la lieutenance. Coligny refusa; la Reine porta si loin la bonté et l'indulgence, qu'elle voulut qu'il en eût la récompense, et le brevet lui fut remis à la condition de traiter ile cette charge ^.
Coligny continuait de faire la guerre pour M. le Prince, au mois d'avril i653, quand il fut fait prisonnier au moment oii, à la tête de cinq ou six cents Espagnols , il cherchait à se rendre maître du château de Couvin , dans les Ardennes * ; on le conduisit à Rocroy, de là à Reims , et il fut ensuite envoyé sur parole dans son château de Ija
' Mémoires, pag. 32.
' Ibid., pag. 49.
' Ibid., pag. 50.
•* Lettre du comte de Brienne , citée plus bas, pag. 49.
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Motte-Saint-Jean, où il passa dix-neuf mois. II était en si grande estime à la Cour, que l'année suivante, étant venu à Paris, en se rendant à Péronne où il devait être échangé avec le comte de Grandpré, M. Le Tellier lui fit toutes sortes d'offres de la part du cardinal Mazarin, s'il vouloit s'attacher au Roi : «Je ne voulus jamais y encc tendre, ditColigny , ni lui répondre un seul mot * . » Coligny n'a pas dit tout ce qu'il savait; un de ses contemporains prendra le soin de compléter son récit. On lit dans l'abbé de Clioisy : « J'ai oui dire à M. Le Tellier que le cardinal avoit envie de donner sa nièce et tout son bien au comte de Coligny.... I^e cardinal lui envoya M. Le Tellier pour lui proposer de quitter le service de M. le Prince et de s'attacher à lui, avec ordre, s'il acceptoit le parti de bonne grâce, de lui dire tout de suite que son éminence lui donnoit sa nièce et qu'il le déclaroit son héritier. Coligny répondit fièrement qu'il n'abandonneroit point M. le Prince dans son malheur, et Le Tellier ne se déclara pas davantage, mais..., lorsque le Roi nomma Coligny pour commander les six mille hommes qu'il envoyoit en Hongrie, Le Tellier, en lui donnant ses instructions, lui dit : Vous
• Mémoires , pag. 53.
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«souvenez-vous, Monsieur, de la visite que je «vous fis.... J'avois ordre de M. le Cardinal, si t( vous eussiez voulu quitter le parti de M. le (c Prince, de vous dire qu'il vous choisissoit pour « épouser sa nièce et pour vous faire son héritier. fc J'ai fait mon devoir, lui répliqua Coligny; je ne « saurois m'en repentir *. »
Si Coligny, moins fidèle au prince de Condé , avait consulté ses intérêts , si des vues politiques avaient pu le diriger, il devenait l'héritier de Mazarin en épousant une de ses nièces ; mais il avait trop de droiture dans l'âme pour accepter une semblable transaction, et il nous semble fort douteux qu'il eiit consenti, pour tous les trésors du monde, à permuter le beau nom de Coligny, contre celui de Mazarin qu'il avait tant de fois maudit ^.
A la bataille des Dunes, en i658, Coligny sauva la vie au prince de Condé ^, et il courut
' Mémoires de l'abbé de Choisj, Collection Petitot , 2^ série , t. LXIII , p. 205. Choisy place ce fait en 1658 ; il ajoute que cette conversation eut lieu à Calais , où Coligny avait été conduit comme prisonnier après la bataille des Dunes. C'est une erreur rectifiée par le récit même de Coligny.
' M. de La Meilleraye , en épousant Hortense Mancini , consentit à prendre le nom de Mazarin ; on sait comment il l'a porté.
^ « Coligny et Bouteville font face à l'ennemi, et se sacrifient pour « donner (au prince) le temps de s'échapper. » {Histoire de Condé , par Désormaux, t. lY, p. 139.)