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« récit ne vous coûte quelques larmes , mais elles « seront de joie: pour moy j'en ay une bien grande « qu'ils se soient fait nommer, et j'espère que le a Roy s'en souviendra en temps et lieu. Les Saintce Hermine ont aussi très-bien fait; j'en escris à (c madame de La Laigne. Adieu , ma chère coûte sine , conservez-moi vostre amitié dont je vouée drois bien pouvoir jouir *. »
Madame de Maintenon ne tarda pas à féliciter son cousin relie lui écrivit le 26 février 1676: «Il est vrai que j'ai senti une extrême joye d'apprendre, par le Roy mesme, que vous avez fait des merveilles, et j'ay connu, en cette occasion, la tendresse que j'ai pour vous, depuis si longtemps. M. de Seignelay m'a promis de faire soutenir Sa Majesté, dans toutes les occasions, de ce que vous venez de faire, et de nos neveux aussi. M. le chevalier de Chaumont n'en a oublié aucun, et je n'ai plus rien à désirer de vous pour fonder mes bons offices 5 je feray assurément de mùn mieux, mais continuez a vous aider, car mon crédit est médiocre, et ce que vous avez fait fera (plus) auprès du Roy et aura plus de
^ Lettre de madame de Maintenon à madame de Villelte , du 24 février 1676, tirée des copies manuscrites de mademoiselle d'Aumâle, 33' lettre, p. 298. Cette lettre a été publiée avec dés altérations par La Beaumt'lle, t. I, p. 292, de l'édition de 1756, et par Augcr, t. II, p. 181, de l'édition dé 1815.
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<c succès que les offices de tout ce qu'il y a de « dames en France. J'ay escrit à madame votre « femme; je crois qu'elle sera bien aise de ce que « je luy mande , et qu'elle pleurera bien de joye <c sur ce que je luy dis de son fils. On en conte « des choses charmantes. J'ay montré la lettre à « madame de Montespan , qui m'a dit qu'elle par- « leroit au Roy^ »
Le combat de Lipari fut suivi de celui d'Agosta, livré le i22 avril 1676; Ruyter y fut tué; d'Almeyras, notre vice-amiral d'avant-garde, y fut emporté d'un coup de canon. Du Quesne commandait l'escadre; Villette, toujours à l'arrière- garde, sous les ordres de M. de Preuilly, attaqua, avec une grande énergie, Haën, vice-amiral hollandais, (c Cela se passa heureusement, dit Villette, « car encore qu'il eût vingt-quatre canons et deux ce ou trois cents hommes de plus que moi , et qu'il « m'ait tué bien du monde , il me laissa après une « heure et demie d'un feu fort vif ^. » Villette raconte avec modestie ce qui le concerne; il ne
' Lettre de madame de Maintenon à M. de Villette, du 26 février 1676, tirée des copies manuscrites de mademoiselle d^Aumale, 34* lettre, p. 299. Cette lettre a été imprimée avec de nombreuses altérations par La Beaumelle, dans son édition des Lettres de madame de Maintenon. Amsterdam, 1756, t. ï, p. 268. .;;4;i..-i/l.
" Mémoires, p. 37. v, • ■ ■; - j - ' ^\---\
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nomme même pas son jeune fils , blessé dans ce combat. Les relations officielles sont silencieuses sur le jeune de Mursay, et cette circonstance glorieuse serait restée dans l'oubli, si madame de Maintenon ne l'avait pas relatée dans ses lettres. Elle écrit à sa cousine, le y juin 1676 : « Je ne « sais si M. de Villette vous a mandé que son fils « a été blessé légèrement à cette dernière occa- « sion ; mais je sais bien que vous ne vous atten- « dez pas au compliment que je vous en vais faire, « qui est que j'en ay esté ravie; je l'ay fait savoir « au Roy et à madame de Montespan , et quand « le premier mouvement de tendresse sera passé , « je suis siire que vous penserez comme moi , et « que vous vous saurez bon gré d'avoir mis un « petit héros au monde. Resjouissez-vous-endonc, a ma chère cousine , puisqu'il est vray, sans flat- « terie, que vous avez le plus joli et le plus sur- « prenant enfant que l'on ait veu *. »
Le Roi était en Flandre, où madame de Montespan l'avait accompagné, quand le chevalier de Chaumont arriva, porteur des dépêches du maréchal de Vivonne, qui annonçaient ce grand évé-
' Leltredemadame de Maintenon à madame de Villette, du 7 juin 1676, 35^ lettre, p. 300, du manuscrit des copies de mademoiselle d'Aumale ; elle a été publiée par La Beaumelle. Amsterdam, 1756, in-12, t. I, p. 26 ; et par Auger. Paris, 1815, in-12, t. II, p. 159.
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nement maritime. Madame de Maintenon vit M. de Chaumont à son retour de l'armée, et elle apprit de sa bouche la belle conduite de M. de Villette et de son jeune fils. Elle se hâta d'en instruire madame de Villette : « Le chevalier de Chaumont , « qui a porté au Roi la nouvelle de la plus grande « action qui se soit jamais faite sur la mer, a re- « passé par ici , et m'a conte' des merveilles de « M. de Villette , de son fils et de nos neveux ; il « m'a appris aussi que mon cousin a demandé son <c congé et qu'il l'aura au premier jour; ainsi vous « pouvez compter que vous le verrez bientôt, etc.* » M. de Villette continua de faire partie de l'escadre de Sicile jusqu'au moment où M. de La Feuillade vint remplacer le maréchal de Vivonne. Il était chargé de retirer aux Messinois le secours de la France, et il ne craignit pas d'accepter l'odieuse mission de tromper ces peuples , et de les abandonner aux réactions et aux vengeances.
Profondément convaincue de la vérité absolue de sa foi religieuse, mue peut-être aussi par le regret de ce que l'obstacle de la religion s'opposait à l'avancement des siens , madame de Maintenon ne cessait de former des vœux pour voir rentrer
' Lettre inédite de madame de Maintenon à madame de Villette, écrite de Saint-Germain-en-Laye , le 2 juillet 1676. 36" lettre de la copie de mademoiselle d'Aumale , p. 301.
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au sein de l'Église ceux de ses parents qui professaient encore le culte dissident. Ses efforts plusieurs fois réitérés, auprès de son cousin, pour obtenir qu'il lui confiât ses enfants, étaient demeurés inutiles. Elle crut, dans une cause aussi sainte, pouvoir recourir à la ruse , et mettant dans ses intérêts le marquis de Seignelay, elle obtint pour Villette un commandement qui devait l'éloigner de l'Europe pendant un temps assez considérable. Une expédition navale était sur le point de sortir de La Rochelle , se dirigeant vers l'Amérique. L'amiral d'Estrées, déjà signalé dans ces mers par deux campagnes, en prenait le commandement. Le but de Louis XIV était d'une haute portée : protéger nos colons; leur montrer que la métropole ne cessait pas de veiller à leurs intérêts; faire respecter et craindre le pavillon français dans l'autre hémisphère ; intimider l'Espagne, qui ne cachait plus la prétention de s'attribuer exclusivement le monopole du commerce des Indes Orientales, et refusait de recevoir, sur ses galions, des marchandises au compte des naturels français; reconnaître les places du royaume de Terre-Ferme et des principales îles espagnoles, s'en procurer des plans, et aviser aux moyens d'attaquer un jour ces peuples, endormis au sein de possessions qu'aucune puissance ne semblait
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leur disputer ; exiger d'eux des réparations pour des prises faites, en temps de paix, sur des Français, par des corsaires mexicains soutenus de l'amiral d'Espagne, et, en particulier, de la petite frégate l' Utile , dont l'équipage, retenu contre le droit des gens, avait été abreuvé d'humiliations; en cas de refus, combattre sans être arrêté par la crainte de rallumer la guerre : telles étaient les principales instructions dressées par Seignelay et signées du Roi*.
Le marquis de ViUette, comme on le voit dans ses Mémoires, entra parfaitement dans l'esprit de ces belles instructions; il commanda, pendant cette campagne , les Jeux, vaisseau de Irente-six canons, sur lequel il reçut trois capitaines et quatre lieulenants. Ces expéditions n'avaient pas seulement une grande importance politique, elles étaient encore une véritable école - pratique de marine, et elles couvraient de grandes pensées qui ne tardèrent pas à se révéler. Nous ne suivrons pas Villette dans ce long voyage, dont il a décrit les circonstances principales, et nous reviendrons à sa famille.
Madame de Maintenon suivait en France l'exécution de son plan. Elle n'avait pas cru de-
* Instruction pour le comte d'Estrées , aux Pièces justificatives, en note, p. 163 et suiv.
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voir demander à madame de Villette de lui confier ses enfants; cette dame était catholique; sa cousine, craignant de la compromettre vis-à-vis de son mari , eut recours à des moyens détournés. Madame de Villette était venue passer quelques jours à Niort, chez une de ses sœurs, nommée madame de Fontmort. Celle-ci la pria , à son départ, de lui laisser sa fille jusqu'au lendemain; mais à peine madame de Villette avait-elle quitté Niort, que madame de Fontmort partit pour Paris, emmenant avec elle mademoiselle de Mursay^ D'un autre côté, M. de Chasteau-Renault avait reçu l'ordre d'envoyer à Versailles le jeune comte de Mursay, qui servait sur son escadre; le second fils, connu alors sous le nom de M. de Marmande, était aussi appelé à Paris.
Le fils aîné abjura le premier; à l'arrivée de sa sœur il était déjà converti. On le voit par une lettre inédite de madame de Maintenon à madame de Villette , dont nous citerons deux passages : « Quoique je sois bien persuadée que a vous me donnez votre fille de bon cœur, et que « vous avez une grande joie de la conversion de « mon neveu, je ne laisse pas de croire que vous « avez besoin de consolation , et c'est pour y con-
' Souvenirs de madame de Caylus. Collection Petitot , 2" série , t. LXVI , p. 37.3.
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« tribuer que je vous escris. » Madame de Maintenon donne ensuite des détails sur M. de Mursay, puis elle parle de M. de Saint-Hermine, de mademoiselle de Mursay, et elle continue ainsi : a Que je vous plains, ma chère cousine, dans « l'agitation où vous estes, entre un mari et des «enfans; c'est avoir le cœur déchire par les ente droits les plus tendres. Je le suis si fort pour ce a que j'aime que je comprends, mieux qu'une « autre, votre douleur. Consolez-vous en Dieu et « dans mon amitié. Je ne doute pas que l'enlève- « ment de votre fille ne fasse bien du bruit; je « l'ai voulu ainsi pour vous tromper la première, « ne craignant rien plus que de vous commettre <c avec monsieur votre mari.... M. de Seignelay « m'a dit aujourd'hui que M. de Villette seroit « ici au mois de février. J'espère que la tendresse « qu'il a toujours eue pour moi l'empêchera de « s'emporter, et qu'il démêlera bien, au milieu de « sa colère, que tout ce que j'ai fait est une marque « de l'amitié que j'ai pour mes proches *. »
Madame de Maintenon en entretient encore sa cousine dans une autre lettre déjà connue : « Si
" Letire inédite de madame de Maintenon à madame de Villette, du 23 décembre 1680, tirée des copies manuscrites de mademoiselle d'Aumale, 20* lettre, p. 271. Nous en avions déjà cité un fragment dans la Notice sur madame de Caylus , Collection Petitot, 2* série, t. LXVI, p. 336.
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VOUS aviez été de la même religion que monsieur votre mari, je vous aurois priée de m'envoyer votre fille, et j'aurois espéré autant de complaisance qu'en ont eue monsieur et madame de La Laigne, et monsieur et madame de Caumont; mais j'ai eu peur que l'on ne vous soupçonnât d'avoir été bien aise de me la donner, et de quelque intelligence avec moi sur la religion. Voilà, ma chère cousine, ce qui m'a obligé de vous tromper, et pourveu que M. de Villette ne soit pas mal content de vous, je me démeslerai bien du reste. J'espère qu'il ne prendra pas si sérieusement l'enlèvement de mademoiselle de Mursay, et qu'il consentira qu'elle demeure avec moi jusqu'à ce qu'elle soit en âge de dire sa volonté. Ne la plaignez point; elle se trouve fort bien ici, et je suis ravie de l'avoir; elle est jolie et aimable, et le talent que j'ai pour 1 éducation des enfans sera tout employé pour elle. Adieu, ma chère cousine, votre lettre me fait pitié, ou, pour mieux dire, votre estât, mais enfin vous êtes catholique, et il est impossible que , dans votre cœur, vous ne soyiez bien aise de voir vos enfans dans le chemin oii je les ai mis. Vostre fils ne servira plus sur mer. Je suis sensiblement touchée d'affliger mes cousines parles marques les plus essentielles que je puisse
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« leur donner de mon amitié, car, assurément, je « songe à leur témoigner, dans la personne de « leurs enfants, la reconnaissance et la tendresse « que j'ai pour elles, et que j'aurai toujours, quoi <c qu'elles puissent faire, quand même elles viencc droient à me haïr *. »
M. de Villette revint, en effet, de sa campagne d'Amérique, au mois de mars 1681, et, apprenant que ses enfants avaient été conduits à la Cour, à l'aide d'une tromperie, il entra en fureur contre sa cousine, à laquelle il adressa les reproches les plus violents. On n'a pas conservé ses lettres, mais on peut juger de leur amertume par la réponse de madame de Maintenon : « Je viens a de recevoir deux lettres de vous, lui mande- « t-elle, et je vois avec douleur que la moins douce « est la dernière. Cependant je ne m'en plains (c point : avec tout autre que vous j'essuierois de « plus grandes aigreurs ; je ne suis point trompée « dans votre procédé, et, quoi qu'on m'ait pu (c dire, j'ai soutenu que rien ne vous feroit emporte ter contre moi. Je connois votre tendresse et <c votre raison , c'est ce qu'il faut pour recevoir
' Lettre de madame de Maintenon à madame de Villette, du 25 décembre 1680, édition de La Beaumelle, Amsterdam, 1756, t. I , p. 270, rétablie sur la copie de mademoiselle d'Aumale, 2lMettre, p. 274. ..,, . ,,..,. , .,,.. ,, . .-