X NOTICE
ce que j'ai fait de la manière dont vous le recevez. Vous êtes trop juste pour douter du motif qui m'a fait agir. Celui qui regarde Dieu est le premier, mais s'il eût été seul , d'autres âmes ëtoient aussi précieuses pour lui que celles de vos eufans, et j'en aurois pu convertir qui m'auroient moins coûté. C'est donc l'amitié que j'ai toute ma vie eue pour vous qui m'a fait désirer, avec ardeur, de pouvoir faire quelque chose pour ce qui vous est le plus cher. Je me suis servie de votre absence comme du seul temps oii j'en pou vois venir à bout; j'ai fait enlever votre fille par l'impatience de l'avoir et de l'élever à mon gré ; j'ai trompé et affligé madame votre femme pour qu'elle ne fût jamais soupçonnée par vous, comme elle l'auroit été, si je m'étois servie de tout autre moyen pour lui demander ma nièce. Voilà, mon cher cousin, mes intentions, qui sont bonnes et droites, qui ne peuvent être soupçonnées d'aucun intérêt, et que vous ne sauriez désapprouver dans le même temps qu'elles vous affligent. Comme je vous fais justice et que vos déplaisirs me touchent, faites-la-moi aussi , et recevez avec tendresse la plus grande marque que je puisse vous donner de la mienne, puisque je fâche celui que j'aime et que j'estime, pour servir des enfans que je
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«ne puis jamais tant aimer que lui, et qui me « perdront avant que je puisse connoître s'ils se- « ront ingrats ou non *. »
M. de Villette finit par s'adoucir à l'ëgard de ses enfants, mais les efforts de madame de Maintenon, pour l'amener à abjurer lui-même, demeurèrent longtemps inutiles. La religion de M. de Villette était un obstacle à toutes les démarches de sa cousine pour lui procurer de l'avancement : on peut voir, dans une note de M. Jal '^, avec quelle dureté on traitait les officiers huguenots ; on en sera moins surpris en voyant madame de Maintenon écrire ce qui suit à son cousin : « J'ai « donné votre lettre au Roy ; il vous estime au- <c tant que vous le pouvez désirer, et vous pource riez bien le servir, si vous vouliez. Vous mante quez à Dieu , au Roy , à moy et à vos enfans « par votre malheureuse fermeté ; je le prie de «vous éclairer^. » Déjà, dans une lettre précé-
* Lettre de madame de Maintenon à M. de Villette , du 5 avril 1681, édition de La Beaumelle , t. I, p. 273, rétablie sur la copie de mademoiselle d'Aumale, 23* lettre, p. 278.
" Pag. 177 de ce volume.
' Lettre de madame de Maintenon à M. de Villette , du 16 juillet 1684, édition de La Beaumelle, t. I, p. 290, rétablie sur la copie de mademoiselle d'Aumale, p. 288 de ses manuscrits. A la place de ces mois : « Il (le Roi) vous estime autant que vous le « pouvez désirer, » La Beaumelle, qui altère tout ce qu'il touche, a substitué ceux-ci : « Il (le Roi) vous estime autant qu'il peut « estimer un hérétique. »
xxij IsOTICE
dente, madame de Maintenon l'avait pressé de la manière la plus énergique de songer à une affaire si importante : « Humiliez-vous devant Dieu « et demandez-lui d'être éclairé ; convertissez-vous « avec lui , et sur la mer, où vous ne serez point (c soupçonné de vous être laissé persuader par et complaisance, enfin convertissez-vous de quel- « que manière que ce soit. Je ne puis me consoler a de votre état*. »
Le marquis de Villette, sollicité par madame de Maintenon, vaincu peut-être par l'argument qui entraîna la conversion de Turenne, n'était pas très-éloigné de rentrer lui-même dans le sein de l'Eglise , mais il craignait que l'on ne pensât qu'un motif d'intérêt avait pu l'y déterminer. Après avoir longtemps balancé, il finit par faire son abjuration, à une époque qu'il est difficile de pré-
^ Lettre de madame de Maintenon à M. de Villette , datée de Versailles, le 30 janvier 1683, édition de La Beaumelle, p. 284, rétablie sur les copies de mademoiselle d'Aumale , p. 293. Au lieu de ce qu'on voit ici , on lit dans La Beaumelle : « Songez à cette « grande affaire, humiliez-vous devant Dieu, demandez-lui d'être « éclairé. Pouvez-vous être environné de gens qui ont reconnu « l'erreur, et être inaccessible au doute sur ce que vous appelez « vérité? Convertissez-vous comme tant d'autres , convertissez-vous « avec Dieu seul; convertissez-vous sur mer, où vous ne serez soup- M çonné ni de foiblesse , ni de complaisance ; convertissez— vous « comme il vous plaira , mais enfin convertissez-vous. Je ne puis « me consoler de votre état. »
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ciser, mais qui est antérieure à 1687. Il fut en effet promu au grade de chef d'escadre, le i®*^ janvier 1686, et dès le mois de septembre i68y, nouveau converti, il travaillait déjà à ramener les huguenots. On le voit en outre, au mois d'avril 1688, obtenir une grâce qui ne lui aurait vraisemblablement pas été accordée s'il avait continué de professer la religion réformée *.
On assure qu'ayant été présenté à Louis XIV après son abjuration, il fit cette noble réponse au Roi qui l'en félicitait : « Sire, c'est la seule oc- « casion de ma vie où je n'ai pas eu pour objet ce de plaire à Votre Majesté ^. »
Après la résistance que M. de Villette avait apportée à son changement de religion , on a quelque sujet d'être surpris que lui-même soit tombé, à l'égard de ses anciens coreligionaires,dans des excès de zèle qui lui attirèrent des reproches de sa cousine. Elle lui écrivait : « Prenez garde à « toutes les affaires dont vous vous chargez , car « il seroit désagréable qu'elles ne se trouvassent
* M Le Roi a donné mille écus d'augmentation à M. de Villette , « chef d'escadre. » {Journal manuscrit de Dangeau , à la date du 8 avril 1688.) aieM ut 'smrhmi t^h aiJJoJ '
* Notice sur monsieur et madame de Villette, par Auger, dans son édition des Lettres de madame de Maintenon. Paris, i^\fi ■, in-i2, t. ll,p. 158. ,.jVv
xxiy NOTICE
« pas comme vous les avez proposées. M. de Sei- « gnelay a persuadé au Roy que mademoiselle de « Saint-Laurent était sur le point de faire sa réu- « nion,et si elle part sans que cela soit fait,-on en « sera assurément mécontent. Ne vaudroit-il pas « mieux la remettre aux Nouvelles Catholiques j « et qu'elle s'en démeslât comme il lui plairoit. Je «vous advoue que je n'aime j3oint à me charger ce envers Dieu, ny devant le Roy, de tous ces retar- « démens de conversion , et que j'aurois aussi du a chagrin de vous voir déplaire quand vos inten- « tions sont bonnes. On prétend aussi que cette « mademoiselle de Boisragond n'escoute point, « et qu'elle ne sera de longtemps convertie ; cela « sera encore sur votre compte*. »
Depuis sa conversion , la faveur du marquis de Villette alla toujours en croissant j il fut créé lieutenant général des armées navales par lettres du 1 •*' novembre 1 689 , et il exerça cette grande charge jusqu'à l'époque où notre marine se réduisit à des armements en course , qui firent tort à nos ennemis, sans contribuer beaucoup à la gloire de la France ^. Nommé commandeur de
' Lettre de madame de Maintenon à M. de Villette, du 4 sep> tembre 1687, t. I , p. 298, de l'édition de La Beaumelle , revue sur les copies de mademoiselle d'Aumale , p, 310.
'■• Mémoires dé yUleitc, p. 140.
SUR LE MARQUIS DE VILLETTE. xxv
l'ordre de Saint-Louis, en 1697, il ne tarda pas à en devenir grand-croix.
M. de Villette, ayant perdu sa première femme, épousa en secondes noces, au mois d'avril 1696, mademoiselle Marie-Claire Deschamps de Marsilly, jeune personne douée de tous les agréments de l'esprit et de la beauté, mais entièrement dénuée des avantages de la fortune *.
Mademoiselle de Marsilly, née en 1676, était entrée à Saint-Cyr en 1686 : elle en sortit le ay mars 1690, et le Roi et madame de Maintenon prenaient à cette jeune personne un intérêt si vif qu'ils la placèrent dans la communauté des filles de Sainte-Geneviève, dirigée par madame de Miramion. Elle sortit de cette pieuse retraite, le 3 avril 1696, pour épouser le marquis de Villette^
Madame de Maintenon contribua sans doute au second mariage de M. de Villette; mademoiselle de Marsilly avait été élevée sous ses yeux, et madame de Maintenon avait continué de veiller sur
* « M. de Villeite, lieutenant général de la marine, épouse mademoiselle de Marsilly, que nous avons vue à Saint-Cyr. Elle est fort jolie et n'a nul bien. M. de Villette a attendu que M. de Mursay, son fils, fût marié pour conclure cette affaire. » {DangeaUy Journal manuscrit, 6 avril 1695.)
* Bibliothèque royale. Cabinet généalogique. Carton Deschamps de Marsilly.
xxvj NOTICE , M aa fl ^
elle, après sa sortie de Saint-Cyr, en la confiant aux soins de la pieuse fondatrice des Miramionnes. On est un peu surpris de voir le marquis de Villette, qui»^ avait plusieurs enfants de son premier mariage , contracter une nouvelle union avec une demoiselle de vingt ans , sans fortune ; mais ses enfants étaient bien pourvus, et les conseils de sa cousine ne durent pas lui manquer. Le marquis, engage' peut-être par sa nouvelle épouse à se rapprocher de la Cour, avait manifeste' l'intention de vendre sa terre de Mursay : madame de Maintenon, en femme d'expérience, lui écrivait à ce sujet : « Je vous conjure de bien considérer ce ce que vous allez faire; si vous abandonnez Murce say, vous serez dans la nécessité de demeurer à ce Paris; votre femme est belle, N.... est dangeccreuse; elles seront naturellement liées, et je ce crains pour vous une suite de déplaisirs plus ce cuisans que ceux que vous avez. Je sais que ce madame votre femme est sage, mais je connois ce aussi le danger des occasions, et que Paris est ce tourné de manière que les pères, mères et maris ce voudroient leurs filles et femmes à Versailles , ce comme en un lieu de siireté, par rapport à la ce dépravation de Paris \ »
^ Lettre inédite de madame de Maintenon à M. de Villette , tirée des recueils manuscrits de mademoiselle d'Aumale, 48* lettre, p. 316.
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Le marquis de Villette mourut à Paris , au mois de décembre 1 70^7 , à l'âge de soixantequinze ans. Il eut avec Turenne ce point de ressemblance qu'à sa mort , au lieu d'un lieutenant général de marine, on en créa deux : Du Casse, homme de mérite, et d'O, homme de faveur*. On put dire aussi la monnaie de Fillette.
Madame de Scudéry, belle-sœur du poëte, dans une lettre adressée à madame de Maintenon, disait en parlant de la mort du marquis : « Je le « voyois presque tous les jours ; il vint encore chez ce moi la veille de sa mort. 11 parloit peu depuis « quelque temps, mais je vous assure que, ce jource là , il nous tint de très-bons discours , et fort ce chrétiens ; j'espère que Dieu lui aura fait misé- «ricorde, car c'étoit un des meilleurs hommes ce que j'aye jamais connus^. »
Villette avait perdu ses deux fils, nés de son premier mariage. Il laissait un petit-fils , enfant de son fils aîné, madame de Caylus et trois enfants du second lit.
' Mémoires de Saint-Simon. Paris , 1829, in-8°, t. VI , p. 80.
* Lettres de mesdames de Scudéry, de Sahan de Saliez., et de mademoiselle Descartes. Paris, in-12, Léopold CoUin , 1806, p. 181. La lettre y est datée, à tort, du 12 décembre 1709. Villette est mort en décembre 1707. Voyez Y Armoriai de France, déjà cité.
xxviij NOTICE
Philippe Le Valois, comte de Mursay, cornette des chevau-legers, en i683, et mestre de camp du régiment Dauphin, en 1688, fils aîné de Villette, était mort prisonnier de guerre au siège de Turin , le 9 novembre 1 706, laissant un fils de son mariage avec Marie-Louise Lemoine.
Henri-Benjamin Le Valois, marquis de Mursay, colonel des dragons de la Reine, second fils du marquis, mourut, le 3 aoiit 1692, de blessures reçues au combat de Steinkerque. Il avait épousé Madeleine de Beaumont de Gibaud, dont il n'eut point d'enfant.
Ainsi le marquis n'avait conservé de son premier mariage que cette charmante comtesse de Caylus , auteur des Souvenirs, à laquelle nous avons déjà consacré quelques pages dans la collection des Mémoires^ ; qu'il nous soit permis, en la nommant ici, d'ajouter à ce que nous en avons dit quelques traits empruntés d'un écrivain qui avait vécu dans son intime société.
« Elle étoit née avec beaucoup d'esprit et avoit «eu l'avantage d'être élevée par la femme du «monde qui avoit le plus de connoissance des (c vrais agrémens. Aussi personne n'avoit une po- « litesse plus noble, plus aisée, ni une plus grande
' Mémoires relatifs à l'Histoire de France , collection Petite! , 2«série, t. LXVI, p. 335-356.
SUR LE MARQUIS DE VILLETTE. xxix
« exactitude sur toutes les bienséances que ma- « dame la comtesse de Caylus.
« La curiosité et la société de plusieurs hom- « mes de réputation l'avoient rendue savante malce gré elle , quoiqu'ils ayent , je crois , toujours été « plus occupés de lui plaire que de l'instruire. « D'ailleurs son éloignement pour ce que l'on apte pelle beaux esprits répondoit à la beauté natu- (c relie du sien et à la délicatesse de son goiit.
u Elle ne mettoit point de rouge et ne pensoit
«pas à son ajustement : ce qui peut-être venoit
«autant de la connoissance qu'elle avoit de ses
« propres forces que de son indifférence pour
-« plaire.
(c Après avoir admiré la droiture de son bon « sens dans les conversations sérieuses , si on se « mettoit à table, elle en devenoit la déesse; alors « elle me faisoit souvenir de l'Hélène d'Homère.... « Madame de Caylus menoit plus loin qu'Hélène ; « elle répandoit une joie si douce et si vive, un « goût de volupté si noble et si élégant dans l'âme « de ses convives, que tous les âges et tous les ca- « ractères paroissoient aimables et heureux; tant « est surprenante la force ou plutôt la magie d'une «femme qui possède de véritables charmes^. »
' Portrait , ou plustôt Ebauche , dans les OEui/res diverses de
^*x NOTICE
Le marquis de Villette laissait de son second mariage un fils et deux filles. Le fils, Ferdinand- Tancrède-Frédéric Le Valois de Villette, lieutenant de Roi en Poitou, fut tué en Hongrie, en I y I y ; l'une des deux filles, Isabelle-Sophie-Louise Le Valois , devint abbesse de Notre-Dame de Sens, et la seconde, Constance-Lucie- Adélaïde Lé Valois , épousa , le 1 5 février 1 72^ , Jean-Baptiste-Francois de Montmorin Saint-Herem, baron de Volore , gouverneur et capitaine des chasses de Fontainebleau*. '-^ ■ ; -iiio.c:!
La marquise de Villette, douairière, s'était liée d'une étroite amitié avec lord Bolingbroke, vicomte deSaint-John, ministre disgracié de la reine Anne; ce seigneur anglais avait trouvé un asile en France. Madame de Villette le suivit à Londres, en 1 7^5 , et l'épousa. De ce moment ses rapports avec la France cessèrent. Elle est morte en Angleterre, vers l'année i ySo ^.
Les Mémoires du marquis de Villette se bornent au récit de ses compagnes de mer. Ce sont des extraits de son journal de bord. Villette, plein de modestie, parle peu de ce qui le regarde,
M. Vabbé Gédorn, de l' Académie françoise. Paris, De Bure, 1745, in-12,p. 229. -^''^'^^
' Bibliothèque royale. Cabinet généalogique. Carton Le Valois.
SUR LE MARQUIS DE VILLETTE. xxxj
et il n'aurait vraisemblablement pas composé de Mémoires, s'il avait pu résister à la demande qui lui en fut faite. « Je n'écris, dit-il, que pour une « seule personne, et je me renferme a ce qu'elle « me demande. » Cette personne était le comte de Toulouse, amiral de France, fils légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan. Elevé par madame de Maintenon , ainsi que le duc du Maine, et supérieur immédiat de Villette, comment celui-ci aurait-il pu lui refuser l'objet de sa prière.^ Le comte de Toulouse était un prince distingué ; naturellement studieux , il ne laissait échapper aucune occasion d'acquérir des connaissances dans tout ce qui se rapportait à la marine. Tandis que Villette écrivait pour lui ses Mémoires,M. de Valincourt composait, pour àon instruction, des traités succincts et judicieux. On en a publié deux, l'un sur les prises, et l'autre sur le droit des congés^. Valincourt promettait à son illustre élève, dont il était devenu le secrétaire des commandements, de composer pour lui \ Histoire de la Navigation. Nous ignorons s'il a
* Le Traité sur les Prises, pour l'usage de M. le comte de Tou" louze , amiral de France, par M. de Valincourt, secrétaire général de la marine, suivi du Traité de l'Etablissement des congés dans la Méditerranée et dans l'Océan , a été publié par M. Eugène Sue, 'dans V Histoire de la Marine française. Paris, 1838, gr. in-8% tilV, p. 40-58. ' " "% ' '
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rempli cette promesse, mais si l'ouvrage a été composé, il est bien à craindre que le manuscrit n'ait péri, en 1726, dans le fatal incendie qui, en dévorant la bibliothèque de Valincourt, a détruit les travaux de Racine et de Despréaux sur l'histoire du Roi. Nous venons de retrouver, dans un recueil manuscrit, contenant plusieurs ouvrages de Valincourt, un Mémoire sur la marine de France ^ composé par lui pour le prince, qui pourrait bien être la première pensée de VHistoire de la Navigation. Valincourt, tout dévoué au comte de Toulouse , était homme de sens et de droiture; il y trace en quelques pages les causes qui entraînèrent la décadence de la marine après la mort de Colbert et de Seignelay. Nous croyons devoir placer ce document curieux et tout à fait inconnu, à la suite de cette notice; on peut le considérer comme une pièce justificative qui explique et complète une partie des Mémoires contenus dans ce volume ; nous y joindrons un Mémoire au Roi, sur la marine de France , par le comte de Toulouse. C'est peut-être le seul opuscule qui nous soit parvenu du père de l'illustre et vénérable duc de Penthièvre.
Les marins français ont laissé peu d'écrits.-Nos deux collections des Mémoires n'offrent de relatif à notre marine que les Mémoires du chevalier de
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Forbin et ceux de Duguay-Trouin *. lies Mémoires de Villette et les correspondances qui les accompagnent contribueront à combler cette lacune.
Le manuscrit des Mémoires de Villette, acquis par l'éditeur, il y a environ vingt ans, forme un volume grand in-folio, couvert en maroquin rouge, dont les trois derniers feuillets sont autographes. Nous nous proposons d'en faire hommage aux archives de la Marine, où il serait à désirer que ces sortes de documents se trouvassent réunis.
Pendant que nous nous livrions aux recherches qu'exigeait la publication des Mémoires du comte de Coligny et du marquis de Villette, une découverte importante est venue suspendre nos travaux, et en reculer le terme pendant un temps beaucoup trop prolongé. M. Etienne Gallois, sous-bibliothécaire de la Chambre des Pairs , connu dans le monde savant par plusieurs ouvrages d'érudition, ayant communiqué à M. le Ministre de l'Instruction publique d'importants manuscrits dépendants de la collection de madame la duchesse Decazes, il s'est trouvé parmi
* On ne peut pas mettre au nombre des Mémoires sérieux les prétendus Mémoires de Touri>iUe. Paris, 1742, 3 vol. in-12. Ils sont de l'abbé Margon, qui ne paraît pas avoir eu de matériaux suffisants ; ils ne méritent aucune confiance.
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ces pièces des correspondances officielles du maréchal d'Estrées et de Du Quesne avec le marquis de Seignelay, écrites dans le cours de plusieurs des campagnes de mer, dont les récits font l'objet des Mémoires du marquis de Villette.
Ces pièces , ayant été renvoyées par M. Villemain à l'examen du comité historique, établi près de son ministère, nous crûmes devoir faire remarquer que les lettres de l'amiral d'Estrées et de Du Quesne devenant le plus utile commentaire des Mémoires de Villette, il semblerait naturel de réunir toutes ces pièces dans une même publication.
Le comité historique partagea notre opinion, et , de l'assentiment de M. le Ministre , de madame la duchesse Decazes et de M. Etienne Gallois, nous fûmes autorisés à proposer au Conseil d'administration de la Société de l'Histoire de France de publier ces correspondances à la suite des Mémoires de Villette.
Le Conseil ayant été de cet avis, nous avons nous-même copié toutes ces pièces sur les originaux , ne croyant devoir nous en rapporter à personne pour un objet qui exigeait tant de soins. Des portions notables de ces lettres sont écrites en chiffres, dont les valeurs ont été placées dans les interlignes, au moment de la réception. Il nous
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a semblé utile d'en conserver la trace, et en conséquence les copies ont été disposées de manière à ce que tous les passages chiffrés fussent imprimés en caractères italiques.
L'édition des Mémoires de Villette et des correspondances qui s'y joignent présentait un genre de difficultés qu'à nous seul nous ne pouvions surmonter. Il était indispensable de donner une juste interprétation des termes de marine qui y sont employés fréquemment; il fallait aussi faire connaître les marins, et même les principaux bâ timents de guerre dont les noms s'y rencontrent presque à chaque ligne. Nous avons eu récours à la complaisance du savant auteur de l'Archéologie navale, du Mémoire sur quelques documents génois relatifs aux deux croisades de saint Louis, du Virgilius nauticus, et de tant d'autres ouvrages dont M. Jal, historiographe de la Marine, enrichit chaque jour notre histoire et notre littérature. Notre prière a été accueillie par M. Jal avec un zèle dont nous lui serons à toujours reconnaissant. Il a bien voulu se livrer aux recherches les plus étendues, comme les plus minutieuses, dans les divers États de la Marine, dans les recueils manuscrits des ordres du Roi , et ce que nous n'avions pas d'abord soupçonné, ni par conséquent espéré, les Instructions, rédigées par Col-
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bert, on Seignelay, et approuvées par Louis XIV, sont venues se placer au bas des correspondances des amiraux qui racontaient leur mise à exécution. C'est ainsi que, par les soins de M. Jal, les Mémoires de Villette, enrichis de tant de documents authentiques, viennent se placer au rang des ouvrages les plus riches qui aient encore paru sur l'histoire de notre marine, pendant le règne de Louis XIV.
Nous n'avons malheureusement qu'une partie de la correspondance de Du Quesne; il existe encore un volume de ses lettres manuscrites, qui n'est pas en la possession d'un français. Nous publions ici ce qu'il nous a été possible de recouvrer ; d'autres, plus heureux, compléteront, un jour, cette correspondance, et nous avons la confiance que la rivalité, qui a trop souvent divisé deux nations, ne s'opposera pas à ce que les lettres du brave Du Quesne, vives et abruptes comme sa parole, soient enfin entièrement connues de la France et de l'Europe, où elles ne peuvent manquer d'être accueillies avec empressement.
Il était désirable de joindre aux Mémoires de Villette les lettres qu'il avait lui-même adressées aux différents ministres de la Marine. On n'en connaissait qu'une seule, publiée par M. Eugène Sue. Nous nous sommes adressés à M. d'Avezac,
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archiviste de la Marine, qui a bien voulu en faire la recherche , et a mis à notre disposition les copies, faites sous ses yeux, de six lettres autographes du marquis de Villette. La première est celle qui, donnée par M. Sue, a été reproduite par nous*. Les cinq autres sont inédites; l'une d'elles complète le récit du combat de Malaga ; elle offre des détails que Villette a négligés dans ses Mémoires. Ces cinq lettres, dont les copies nous sont parvenues un peu tard , sont placées à la fin du volume.
Une lettre écrite en espagnol s'est rencontrée parmi celles du maréchal d'Estrées. M. Ferdinand Denis, l'un des conservateurs de la Bibliothèque de Sainte -Geneviève, très-versé dans les deux littératures de la Péninsule , a eu la complaisance d'en faire la traduction, et d'en surveiller l'impression sur le texte original.
Nous avons cité plusieurs fois V Histoire de la Marine française sous Louis XIV. Les archives de la Marine ayant été ouvertes à l'auteur, il y a puisé d'importants documents que nous lui avons plusieurs fois empruntés. Ce n'a pas été sans quelque scrupule que nous nous en sommes référés à un ouvrage oii les richesses d'une imagination
* Dans Y Histoire de la Marine française sous Louis XIP^, t. IV, p. 3735 cette lettre est réimprimée p. 159 de ce volume.
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brillante sont trop souvent mêlées aux récits de l'histoire. Dût-elle déplaire à des esprits légers, une Muse aussi sévère ne doit se parer que des couleurs de la Vérité. On doit au reste cette justice à l'élégant auteur de V Histoire de la Marine, qu'au milieu de pages, dont une invention trop féconde a fait les principaux frais, il a semé fréquemment des pièces importantes que l'histoire viendra revendiquer, comme ne devant appartenir qu'à elle seule.
Nous regrettons d'avoir connu trop tard l'ouvrage de M. Léon Guérin* :il nous aurait été d'une grande utilité, et nous l'aurions plus fréquemment cité.
. Nous avons nommé plusieurs fois mademoiselle d'Aumale; elle est encore peu connue; il ne sera pas inutile d'en dire quelques mots.
Mademoiselle d'Aumale a laissé des Mémoires que nous avons été sur le point de publier^. Un libraire, qui venait d'en acquérir le manuscrit, nous l'avait confié. Nous ne tardâmes pas à reconnaître que les Mémoires de mademoiselle d'Au-
* Histoire maritime de France depuis la fondation de Marseille jusque à nos jours. Paris, Abel Ledoux, 1843, 2 vol. gr. in-S".
' La publication des Mémoires de mademoiselle d'Aumale a été annoncée dans la Notice sur madame de Cajlus. — {Collect. des Mémoires relatifs à l'Histoire de France, édil. Petilot, 2'^ série , t.LXVI, p 355.)
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maie y sont tellement entremêlés de documents étrangers, qu'au milieu de ces interpolations on ne peut signaler avec certitude qu'un petit nombre de morceaux, qui lui appartiennent véritablement ; nous avons dû renoncer à publier un ouvrage, dont, en conscience, on ne pouvait attribuer que des fragments à la personne dont il porte le nom.
Mais si, dans ces manuscrits, il était difficile de distinguer l'ouvrage de mademoiselle d'Aumale , l'histoire lui ayant de véritables obligations, il est indispensable de la faire connaître.
Marie-Jeanne d'Aumale, issue d'une ancienne famille de Picardie, naquit le A juillet 1683. Elle entra à Saint-Cyr en 1690 ; madame de Maintenon l'appela près d'elle, en 1704-, pour lui servir de compagne et de secrétaire. La noblesse des sentiments de mademoiselle d'Aumale, sa piété et sa candeur lui méritèrent la confiance de madame de Maintenon , qui ne tarda pas à épancher son âme dans la sienne. Peu à peu le Roi s'accoutuma à sa présence, et plusieurs fois il voulut l'établir; mais remplie de reconnaissance envers sa bienfaitrice, mademoiselle d'Aumale ne consentit jamais à se séparer d'elle. Après avoir perdu madame de Maintenon , elle se retira dans sa famille , et elle mourut à Soissons, au mois de décembre 1755.
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Dans sa retraite, madeiiioiselle d'Aumale écrivit ce qui était resté gravé dans sa mémoire, et elle joignit ses souvenirs à ceux que madame de Caylus , son amie^, lui avait donnés écrits de sa main. Tels ont dû être ses Mémoires primitifs que nous ne désespérons pas de retrouver. Elle fit faire des copies de toutes les lettres de madame de Maintenon, qu'elle pût découvrir*, elle recueillit ses Conversations'^ et ses Proverbes; mais sa timide modestie ne livra rien à l'impression.
La Beaumelle obtint à Saint-Cyr la communication des écrits de mademoiselle d'Aumale, de ses recueils et de beaucoup de lettres originales de madame de Maintenon ; mais cet éditeur, privé de toute conscience littéraire, altéra les textes, et, par une sorte de vertige , il a gâté tout ce qu'il a touché. Ne pouvant le citer, nous avons eu recours aux copies de mademoiselle d'Aumale ^, dont il existe plusieurs exemplaires, soit dans la bibliothèque du séminaire de Versailles, soit dans celle de M. le duc de Noailles. Le caractère simple, loyal et franc de mademoiselle d'Aumale»
' Notice sur madame de Maintenon , placée en tête des Conversations inédites. Paris, Biaise, 1828, in-12, p. 81.
' Les lettres de madame de Maintenon à la famille de Villette, sont plus nombreuses dans les copies de mademoiselle d'Aumale que dans La Beaumelle. Celui-ci n'a donné que vingt lettres . et mademoiselle d'Aumale en a recueilli quarante neuf.
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son respect pour tout ce qui provenait de son illustre protectrice, nous sont de sûrs garants de l'exactitude des documents qu'elle a rassembles.
Qu'il nous soit permis de dire, en passant, que M. le duc de Noailles élève en ce moment un monument durable à la mémoire de madame de Maintenon, cette femme célèbre, si diversement jugée. Il rassemble les matériaux d'une édition de ses lettres, et, d'une main habile, il trace les principaux traits de son histoire. Un fragment, publié à petit nombre *, fait désirer vivement de connaître l'ensemble de l'ouvrage. C'est surtout à M. de Noailles, qui compte les d'Aubigné au nombre des alliés de sa maison, qu'il appartient de rétablir des faits trop souvent altérés par la passion, et de venger le caractère de la compagne des derniers jours de Louis XIV.
Ne serait-il pas superflu de prévenir les lecteurs que le marquis de Villette, si fréquemment nommé dans la correspondance de Voltaire, n'avait aucune relation de parenté avec les Le Valois de Villette.*^ Charles , marquis de Villette, eut pour père un trésorier de l'extraordinaire des guerres , qui acheta le titre de marquis, et laissa son fils sei~ gneur de cent cinquante mille livres de rente.
' Saint-Cyr : Histoire de la maison royale de Saint-Louis. Paris, 1843, in-8».
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En terminant , nous adresserons nos remerciements à monsieur La Cabane, l'un de messieurs les conservateurs des manuscrits du Roi; il a bien voulu diriger nos recherches dans le cabinet généalogique de la Bibliothèque royale, avec une patience que nous avons souvent mise à l'épreuve.
Nous ne fermerons pas cette notice sans exprimer à Messieurs les membres de la Société de l'Histoire de France le regret que nous ressentons du retard qu'a éprouvé la publication de ce volume.
Des devoirs impérieux, qui nous laissent peu de loisirs à consacrer aux lettres , en ont été la principale cause ; les découvertes successives de pièces qu'il a fallu éclaircir, en les rapprochant des monuments connus , ont encore contribué à prolonger notre travail. La publication des Mémoires inédits entraîne souvent beaucoup plus loin qu'on ne l'avait d'abord pensé. C'est ce qui est arrivé pour les Mémoires de^J^illette. Nous espéroçi^ue l'examen de l'ouvrage prouvera aux plus impatients qu'il aurait été difficile de mettre de la rapidité dans sa publication.
Les Mémoires du comte de Coligny sont impri-
SUR LE MARQUIS DE VILLETTE. xlîij
mes depuis deux ans. Leur peu d étendue n'a pas permis à la Société de les émettre séparément; ainsi ce volume se compose d'une première partie, imprimée en 1841, et d'une seconde, qui porte la date de 184-4-.
Depuis Fimjjression des Mémoires de Coligny, nous nous sommes aperçus d'une omission que nous regrettons de ne pouvoir réparer dès aujourd'hui, mais il n'en est plus temps.
Coligny, pendant la campagne de Hongrie, rendait compte directement au Roi de tout ce qui se passait d'important dans la petite armée qu'il commandait, et Louis XIV lui répondait de sa main. Les lettres du Roi sont imprimées depuis longtemps, et elles ont par malheur échappé à nos recherches. Elles se trouvent cependant dans les OEuvres de Louis XIV, rassemblées par le général Grimoard, et publiées par Grouvelle ^. Nous avions inutilement consulté les Mémoires de LouisXlV, qui sontmuets sur l'expédition de Hongrie, et nous avons négligé d'interroger la correspondance du Roi. Nous le regrettons d'autant plus qu'elle contient, sous toutes les faces, la haute approbation de la conduite de Coligny. C'était la meilleure réparation que celui-ci pût recevoir des
• Œuvres de Louis XIV. Paris, Treultel et Wurtz, 1806, 6 vol. in-8°^ tom. V, passim.
xliv NOTICE SUR LE MARQUIS DE VILLEÏTE. attaques que la jactance de La Feuillade n'a cessé de lui adresser.
Nous serions heureux si nous pouvions plus tard compléter cette correspondance royale, en y intercalant les lettres du comte de Coligny.
Les minutes de ces lettres sont conservées par M. Des .Meloises , descendant de Coligny par les femmes, dans les archives duquel se trouve aussi le manuscrit original des Mémoires *. Nous serions très-reconnaissant , s'il voulait bien nous en faire la communication. La partie des Mémoires de Coligny, qui est relative à la campagne de Hongrie, serait ainsi complétée par Coligny luimême.
15 décembre 1843.