MÉMOIRE DU 15 AVRIL 1680, A LA ROCHELLE
Je receus avant-hyer les ordres et les instructions du Roy % auxquels je tascheray de me conformer avec le res-
' Voici ces instructions tirées des Archives de la Marine :
Instrdction que le Roy veut estre mise ez-mains du sieur comte d'Estrées, vice-admiral de France en Ponant.
A Saint-Germain, le i*' avril tG8o.
« Bien que S. M. luy ayt desja expliqué ses intentions, avant son départ « d'auprès d'EUe, sur l'employ des escadres de ses vaisseaux qu'EUe «fait armer cette année en Ponant, Elle estime encore nécessaire «de les luy faire connoistre par la présente instruction, afin qu'il « puisse s'employer avec son zèle et son application ordinaires à faire « réussir les desseins de S. M. dans l'armement de ces vaisseaux.
« Il est informé que le chevalier de Chasteau-Renault doit comman- « der l'escadre armée à Brest, dont il trouvera la liste cy-j ointe.
« 11 trouvera pareillement cy-jointe la liste de l'escadre armée à ': Rochefort avec laquelle il doit sortir en mer.
«Ces vaisseaux doivent avoir sept mois de vivres, en partant des t rades du Royaume, et comme S. M. veut qu'ils tiennent la mer pen- « dant dix mois , Elle donnera les ordres nécessaires pour faire partir,
pect et le zèle que je dois. On profilera cependant du premier vent favorable pour mettre à la voile —
« au commencement de septembre prochain , pour trois mois de vivres , '< sur une fluste qui sera envoyée à la Martinique.
« Il doit avoir en veûe trois choses principales , en quoy consistent « les intentions de S. M. dans l'armement de ces vaisseaux.
« Le premier et le principal est la continuation de la protection que « S. M. veut donner à ses sujets, habitans des isles de l'Amérique, en « faisant paroistre souvent ses vaisseaux dans les mers desdites isles , Il facilitant leur commerce , et empeschant celuy que les estrangers '( y pourroient faire, et ensuite la continuation de la visite qu'il com- (f mença l'année dernière des postes que les Espagnols occupent dans nie golfe de Mexique, pour leur faire toujours connoistre que s'ils « ne faisoient pas justice aux François dans le commerce qu'ils font au « retour des galions , S. M. est tousjours en estât de les forcer à le faire, n soit par l'attaque des galions , ou mesme par l'attaque de ces postes.
« Le second point regarde la guerre à faire aux corsaires de Salé et « autres corsaires d'Affrique, qui ont fait des prises sur les sujets de « S. M. ; et le troisième est la veûe générale que S. M. aura tousjours « dans les armemens de paix , qui est de maintenir et d'augmenter la <( réputation que ses forces navales se sont acquise , d'exercer conti- '< nuellement les officiers qui La servent, et d'establir parmy eux la n discipline militaire plus exacte et plus régulière qu'elle n'a esté "jusqu'à présent.
« Le premier point , qui est le principal , ne doit estre que le second « dans l'exécution, et S. M. veut qu'il passe à Salé, pour y joindre le « chevalier de Chasteau-Renault , afin que la veiie de ces deux escadres, « et la présence dudit sieur vice-admiral, puissent porter le gouver- « neur de cette ville et les corsaires qui s'y retirent à donner des asseu- « rances de ne plus faire de prises sur les sujets de S. M. , et de les « laisser libres dans leur commerce. En cas qu'il puisse faire ce traité, c< en y séjournant mesme quelques jours davantage , S. M. veut bien « qu'il le fasse , sinon Elle veut qu'il passe outre, après y avoir séjourné « trois ou quatre jours, et qu'il sera persuadé qu'un plus long séjour « ne produira pas cet effet ; S. M. luy fait remettre pour cet eflfet le « projet de traité cy-joint.
« S. M. fait joindre à cette instruction la copie de celle qu'Elle a
Le mauvais temps avoit empesché le commerce des chaloupes d'icy aux vaisseaux et l'embarquement des rafrais-
« donnée au chevalier de Chasteaq-Renault, par laquelle il counoistra « ses intentions au sujet de la guerre à faire auxdits corsaires de Salé. « Après avoir fait ce qui est dit cy-dessus à l'égard des corsaires « de Salé, Elle veut qu'il aille en droite route aux isles de l'Amérique , « et qu'il y arrive, s'il est possible, à la fin de may ou au commence- « ment de juin, afin d'avoir les mois de juin et de juillet tout entiers « pour faire la visite des isles, avant les ouragans, et d'en pouvoir « repartir avant qu'ils commencent, pour faire la visite des Espagnols « au golphe de Mexique.
« Pendant le temps qu'il pourra demeurer auxdites isles, avant « les ouragans, S. M. veut qu'il se fasse voir à toutes, en commen- « çant par les premières qui se rencontrent, en conservant toujours « l'avantage du vent, et comme le service de S. M. veut qu'en se fai- « sant voir dans toutes les isles, il asseure toujours ses sujets, qui y « sont habitués , de sa continuelle protection , qu'il fasse connoistre « aux Anglois qu'ils ne doivent pas tenter de leur faire aucun tort, et « qu'il travaille toujours à en bannir le commerce étranger. S. M. veut « qu'il profite des vents qui le pourront porter dans toutes les mers « desdites isles.
« Elle désire qu'il visite les postes fortifiez en chacune desdites isles ; « pour luy en faire sçavoir l'estat à son retour, et Elle escrit au comte « de Blenac de les visiter avec luy, voulant que ledit sieur comte « d'Estrées luy donne ses avis sur tout ce qui se pourra faij-e pour '< mettre ces postes en meilleur estât.
. <c 11 s'informera aussy de l'estat des compagnies des soldats de la « marine, qui servent dans lesdits ports, pour en rendre pareillement « compte à S. M. après son retour.
« S, M. veut qu'il fasse tousjours connoistre aux Anglois qu'il a « ordre d'entretenir une bonne correspondance avec eu^, et demain- « tenir tousjours l'amitié et la paix qui est entre S. M. et le roy de la « Grande-Bretagne ; mais en mesme temps qu'il leur fasse sentir et a connoistre, par ses forces, que s'ils n'entretiennent pas la mesme « bonne correspondance, S. M. est assez puissante pour les y obliger. « Il fera tout ce qui sera possible pour exécuter avant les ouragans « ce qui est expliqué cy.?dessus , et partira ensuite pour aller recon-»
chissemens et de quelques vivres qu'il falloit encore aux
capitaines. J'ay depuis réveillé tout le monde , et comme je
« noistre les postes que les Espagnols occupent , tant à la coste de « Terre-Ferme , que dans les isles et principalement ceux de Cartha- « gène et de Saint-Domingue , pour estre toujours informé de la « scituation et des avantages de ces postes et des facilitez et difficultez « qui se rencontreroient à les attaquer. S. M. veut qu'il s'informe s'il « y a des François que lesdits Espagnols retiennent prisonniers ; et '( comme Elle a appris qu'ils avoient pris depuis peu quelques petits « vaisseaux appartenans à ses sujets, dont ils ont retenu les équipages, « S. M. veut qu'il les redemande et qu'il se serve mesme de l'occasion « que cela luy donnera de demeurer quelque temps devant lesdites « villes, pour en faire tous les plans et en mieux observer la scituation. « S. M. a eu avis qu'il y a dans le golphe de Mexique quelques pe- « tits vaisseaux espagnols qui ont donné chasse à des vaisseaux mar- « chands , et qui ont mesme pris un petit bastiment armé en guerre , « commandé par le nommé Longchamps; S. M. veut qu'il les cher-» « che , et comme ils ont commencé une guerre qu'ils prétendent estre « légitime , à cause de la défense qu'ils ont faite de naviguer dans ces « mers, S. M. veut qu'il les combatte, s'il les rencontre, et lesameine, « ou les envoyé dans les ports de son obéissance.
« S. M. est persuadée qu'il pourra employer deux ou trois mois à « naviguer dans ledit golphe de Mexique, à bien reconnoistre les « postes qui y sont, et à chercher et à prendre, s'il est possible, les '( vaisseaux espagnols, armés en guerre, qui prétendent en défendre « la navigation aux vaisseaux françois, et qu'il pourra revenir ensuite, « après que les ouragans seront finis , aux isles de l'Amérique , pour y « passer les mois de novembre et décembre, en exécutant cependant « ce qui luy est ci-dessus marqué de la visite desdites isles , et de la « protection à donner aux sujets de S. M. et qu'il pourra partir dans « la fin de cette année, ou dans le commencement de la prochaine ({ pour venir désarmer à Rochefort. Lorsqu'il n'y aura plus de vivres « que pour son retour en France , il partira avec deux vaisseaux , une * frégate et un bruslot, et laissera auxdites isles un vaisseau, deux « frégates et une barque-longue, sous le commandement du plus an- « cien capitaine , pour y demeurer jusqu'au mois d'avril de l'année <! prochaine, et servir pendant tout ce temps à empescher le com-
m'embarque aujourd'buy, ou demain au matin, sans faute,
<f merce estranger dans lesdites isles, à protéger celuy des sujets de « S. M., et aux autres choses auxquelles les différentes occurrences « rendront leur service nécessaire.
« S. M. se remet à luy pour ce qui regarde la discipline à establir « et à faire observer par tous ses officiers, tant pour l'armement de ses « vaisseaux que dans le cours de la navigation et dans le désarmement ; « voulant au surplus qu'il s'applique toujours à perfectionner le « projet de règlement qu'il a commencé de la discipline militaire de « la marine.
" S'il arrivoit que quelqu'un des capitaines des vaisseaux de son « escadre se séparast du vaisseau commandé par ledit sieur comte « d'Estrées, S. M. désire qu'il luy en donne advis , afin de l'interdire. « Elle veut aussy que pendant tout le temps qu'il sera en mer, il « visite le plus souvent qu'il pourra lesdits vaisseaux , et remarque les « capitaines qui tiendront leurs vaisseaux en bon estât et la propreté « dans leurs bords , n'y ayant rien de si nécessaire pour y conservei « la santé, dequoy S. M. désire qu'il lui donne advis.
« Ledit sieur comte d'Estrées s'appliquera aussy à faire observer (' soigneusement les règlemens et ordonnances de marine, et particu- « lièrement celle qui défend aux officiers de coucher hors de leur « bord.
« Il fera souvent faire l'exercice du canon sur son bord , et excitera « les capitaines des autres vaisseaux à suivre son exemple, afin de « rendre les canonniers experts et diligens à la manoeuvre du canon, « et d'en multiplier le nombre.
« Il tiendra aussi la main à ce que les escrivains de chaque vaisseaa « prennent garde à la conservation de leurs agrez , apparaux et re- « changes, munitions, armes et ustanciles, et qu'il ne s'en fasse au- « cune consommation superfliie.
« S. M. veut que ledit sieur comte d'Estrées l'informe par toutes « les occasions qui s'offriront de ce qu'il aura fait en exécution de ses « ordres. Elle veut qu'il s'applique soigneusement à maintenir la dis- « cipline entre les soldats qui serviront sur lesdits vaisseaux, et bannir « les différends et les démeslez qu'il y a eus jusqu'à présent entre les. « officiers qui y ont esté embarquez.
« Elle veut aussi qu'il travaille avec application à l'exercice pour
je ne laisse plus d'espérance à personne que l'on puisse différer la partance au delà de jeudy prochain ' .
Je ne saurois croire que l'escadre de Brest' aye beaucoup
n la manœuvi'e des matelots , et qu'il fasse en sorte , pendant le cours « de cette campagne, de parvenir à composer un projet de règlement « sur la manière dont cet exercice peut estre estably, et pour le rendre a aussy juste que l'exercice de l'infanterie. »
( Collection des ordres du Boy, vol. XL VIII, fol. i55 v°-i6o, aux Archives de la Marine. ) (A. J.)
' L'amiral d'Estrées trouvant que l'escadre qu'il allait commander n'était pas assez considérable pour la mission qu'il avait à remplir, en avait écrit à la Cour, et M. de Seignelay lui répondit de Châlons, le 8 mars 1680 : « Monsieur, J'ay rendu compte au Roy du « contenu en la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire, le « 29^ du mois passé; S. M. n'a pas approuvé la proposition que vous « avez faite d'augmenter l'armement qu'EUe a destiné pour les isles « de l'Amérique : Elle ne doute point que vous ne soyez à présent « parti pour vous rendre à Rochefort, où elle envoyé ses ordres pour « faire tenir tous les vaisseaux prêts de partir pour le i5® avril au « plus tard. » (Collection manuscrite des ordres du Roy, vol. XLIX, fol. 127, aux Archives de la Marine. ) L'escadre commandée par le Comte d'Estrées était composée de l'Excellent , vaisseau de troisième rang, du Hazardeux, de quatrième, et des Jeux, de cinquième rang; des frégates la Diligente, le Marin, la Tempesle ; de la barquelongue la Belle ; du brûlot le Brutal , et de la flûte le Dromadaire. [Ibid. vol. XLVIII, fol. 97-IOO.) (A. J.)
' L'escadre commandée par M. de Château-Renault, destinée à agir contre les corsaires de Salé, se composait du François, vaisseau de quatrième rang, nommé d'abord ÏAsseuré, de ï Hercule, de cin-p quième rang ; des frégates la Mutine, la Fée et ï Eveillée, et du brûlot le Périlleux. ( Collection des ordres du Roy, vol. XLVIII, fol. 61, aux Archives de la Marine.) Le 8 avril i68o, le Roi envoya au chevalier de Château-Renault l'ordre de détacher une frégate de son escadre pour se rendre à Cadix. Voici les termes de la lettre du Roi : « Comme « j'appi'ends par le consul de la nation françoise audit lieu ( Cadix) « et par les marchands qui ont intérêt à ce commerce que les galions « en doivent partir dans le commencement du mois de juillet pro-
d'avance devant nous 5 j'ay donné part de Testât de celle-cy à M. le chevalier de Chasteau-Renault , afin qu'il songe à se trouver devant Salé plus tost que le 1 5 du mois prochain, où j'espère me rendre aussy de mesme 5 car outre qu'il faut tascher d'empescher le plus qu'il se pourra la sortie de tous les corsaires , je tirerois l'advantage de cette diligence que j'arriverois plus tost aux Isles, et dix jours seulement que l'on gaigneroit donneroient moyen de faire avec plus de seureté et d'exactitude ce qu'il plaist à Sa Majesté d'ordonner.
J'ay reçeu il y a trois jours une lettre du gouverneur de la Jamaïque que je joins icy : elle peut servir à faire connoître la disposition de l'esprit des Anglois dans l'Amérique , et combien la présence des vaisseaux du Roy dans ces mers y fait respecter son nom et craindre sa puissance , car d'ordinaire cette nation-là n'a pas accoutumé de pencher du costé d'une trop grande civilité.
J'avois escrit à ce gouverneur au suhject de quelque demeslé, arrivé aux isles Caïmants', entre les François et les Anglois, pour la pesche, entièrement dans le style dont il me paroist par mes dernières instructions , que le Roy veut que l'on use avec eux dans les occasions.
Le sieur de Pouancay, qui a pris soin de me faire tenir cette lettre , me mande qu'il luy a fait dire sous main qu'il
« chain , et qu'il est très important, pour faciliter le commerce que « les François font au chargement desdits galions , de faire paroistre « quelques uns de mes vaisseaux de guerre à la rade de Cadix, je « vous fais cette lettre pour vous dire que je vtux que vous détachiez « une des frégates légères qui sont sous votre commandement , etc. » ( Ibid. fol. 168. ) (A. J.) ( Voyez plus haut les Mémoires du marquis de Fillette, note de la page go. )
' Ou îles des Lézards, situées dans le golfe du Mexique , entre la Jamaïque et Cuba.
desireroit que le projet du traité, mis sur le tapis il y a deux ans, entre les isles françoises et angloises, eust son efFect, et que l'on y feroit entrer très volontiers la Jamaïque et la Barbade.
Quoique je connoisse déjà, à cause de deux voyages que j'ay faits à Salé, ce que l'on y peut entreprendre, il me semble qu'il vaut mieux différer, jusques à ce que j'y sois arrivé, à parler des moyens qui peuvent estre plus propres à réduire et à ruiner ces corsaires. Il ne me sera peut-estre pas trop difficile d'y réussir, si l'on fait cette petite guerre avec beaucoup de vigilance et d'application, mais je ne crois pas qu'il fut aisé de rien tenter avec des forces médiocres contre la ville et les forts qui ont une garnison reiglée, et sont soutenus par un grand nombre de milices et de peuples qui habitent aux environs.
Le comte d'Estrées.
Suit la lettre du Comte de Carlisle, gouverneur de la Jamaïque, à M. le comte d'Estrées j elle étoit jointe à la précédente.
MOIVSIEUR,
Je reçeus y il y a quelque temps ^ vostre lettre de la baye de Blewfeld, et je suis fasché que vostre prompt départ du Fort-Rojyaly aussj bien que la distance de ladite baye, en ce climat chaud, m'ait empesché de vous faire le présent que je m'estois proposé, et que j'envojraj toute la nuict à la mer, dans l'espérance de vous joindre , par le respect que j^ay pour vostre personne , aussj bien que V estime que je porte à la Couronne de France.
Je ne suis pas moins fasché de la manière d'agir des Espagnols, lesquels ont pris une petite frégate , commun^
dée par M. de Longchamps , sur la coste de Carthagène , laquelle vous appartenoit. Aussitost que ledit capitaine et son lieutenant, avec trente hommes d'équipage, furent arrivés en ce lieu {dans un bateau anglais , lequel lesdits Espagnols avoient pris sur nous, et ensuite rendu au maistre et à son équipage par une générosité toute particulière que M. Vevesque de Panama poHe à ceux de nostre nation) , je leur fournis d'argent et leur donnay un bateau pour les porter à la coste de Saint-Domingue , d^oii j'espère qu'ils seront en estât d'accomplir leur désir, qui est de vous trouver. Je leur souhaite ce bonheur et vous asseure que , de mon costé, je noublieraj rien pour maintenir une belle et longue amitié entre les deux Couronnes , à la continuation de laquelle j' apportera^- sans cesse tous mes soins. Je suis avec beaucoup d'estime et de respect, Monsieur, vostre très humble serviteur,
CÀRLISUE,
ji la Jamaïque, ce 12' septembre 1679.
LETTRE DU COMTE D'ESTRÉES AU MARQUIS DE SEIGNELAY
Monsieur ,
Nous nous sommes déjà entretenus, M. l'intendant et moy, touchant le départ de la fluste qui doit apporter des vivres aux Isles , et je luy en envoyé le mémoire ce matin. Je ne laisseray pas d'avoir l'honneur de vous dire qu'elle doit partir, dès le 15" ou 20" d'aoust, pour estre à la Martinique au 10' ou au i 5" d'octobre, et que, comme le munitionnaire aimeroit peut-estre mieux embarquer des eaux-devie que des vins, tant à cause de la commodité du transport que du bon marché, il importe extresmement à la santé des équipages de suyvre la règle que vous avez si sagement establie que l'on n'embarquast jamais plus d'un tiers d'eauxde-vie , avec deux tiers de vin ' . Quoiqu'ils soient foibles cette année, ils ne laisseront pas d'estre salutaires et de sauver la vie à beaucoup de gens.
Je prends la liberté d'avoir Thonneur de vous dire , au suject des instructions" de M. de Chasteau-Renault que je
' « S. M. ayant été informée que les eaux-de-vie sont fort nuisibles « à la santé des équipages, Elle a donné ordre au munitionnaire « général des armées navales de préparer pour quatre mois et demy « de vin , et pour deux mois et demy d'eau de vie , pour les sept mois « de vivres qui doivent estre embarquez pour les vaisseaux qui seront « envoyez auxdites isles. » Lett. de Seignelay à Demuyn; i8 fév. i68o. {Collect. manusc. des Ordres du Roy, vol. XLVIII, fol.95v°. Arch. de la mar. ) (A. J.)
' Voici ces instructions, datées de Saint-Germain, du 23 mars i68o.
INSTRUCTION POUR LE SIKUR CHEVALIER DE CHASTKAU-BENAULT , CIIEF-d'eS- CADEE DES ARMEES NAVALES, COMMANDANT LES VAISSEAUX DESTINEZ POU» NAVIGUER DANS LES MERS DE PONANT.
« Il est informé que cette escadre est composée de deux vaisseaux.
ne croyois pas que les corsaires de Salé vinssent jusques à Saint-Sébastien et à Bilbao , et passassent le cap de Finisterre
trois frégates et un bruslot, mentionnez en la liste qui a esté mise en ses mains , ausquels le munitionnaire doit fournir pour sept mois de vivres, pendant lesquels S. M. veut que cette escadre demeure en mer.
« S. M. attend de la vigilance et de l'application dudit chevalier de Chasteau-Renault qu'il aura visité luy mesme ces vaisseaux, frégates et bruslots , et qu'il aura tenu soigneusement la main à ce que les radoubs ayent esté bien faits , en sorte qu'il soit en estât de tenir la mer pendant ledit temps et de donner chasse à tous les vaisseaux-corsaires de Salé , et autres endroits de la coste d'Affrique qu'il pourra trouver dans sa navigation.
« Les nouvelles qu'Elle a receues ne luy laissent pas lieu de douter que ces vaisseaux ne soient bientôt en estât de partir de Brest , et Elle veut qu'il mette à la voile dans le commencement du mois d'avril prochain, pour l'exécution des ordres contenus en la présente instruction, après avoir exécuté tout ce qui est de son devoir, pour la visite des vivres des vaisseaux et pour la revue des équipages , et s'estre mis en estât de pouvoir satisfaire aux ordres qui luy sont donnez, en quoy S. M. veut qu'il exécute ponctuellement tous les articles de ses règlemens de marine , qui concernent le devoir des officiers sur les radoubs des vaisseaux, les équipages et les vivres.
« La fin que S. M. s'est proposée , en mettant en mer cette escadre , est de tenir les costes de son royaume entièrement libres et nettes de tous corsaires , fourbans et coureurs de mer, la faire voir, selon les vents et les rencontres , sur les costes d'Espagne et de Portugal , pour obliger toujours ces royaumes à faciliter le commerce de ses sujets, donner asseurance aux marchands qu'ils seront protégez dans tous leurs voyages , obliger les corsaii-es d'Alger et de Tunis , en cas qu'ils passent dans l'Océan , à maintenir les traités de bonne correspondance que S. M. leur a accordés, et particulièrement pour faire la guerre aux corsaires de Salé, et les obliger de donner les asseurances de ne plus prendi'e des vaisseaux françois , ou les ruiner ; et comme ce dernier point est le principal, S. M. veut qu'en partant des costes de son royaume , il navigue droit au cap de Finisteri'e , et qu'il détache dans sa route deux frégates pour aller voir Saint-Sébastien et Bilbao, visiter
et les isles de Bayonne , où ils vont quelquefois faire de
l'eau, et qui sont situées devant Tembouschure de la rivière
cette estendue de mer, et s'iaformer s'il n'y auroit aucun corsaire de Salé.
« Il donnera des rendez-vous certains à ces frégates pour le rejoindre, et naviguera cependant , suivant les vents, entre les caps de Finisterre et de Saint-Yincent.
'«Après avoir rassemblé cette escadre, visité toute l'étendue de mer qui est entre lesdits caps , chassé ou pris ceux desdits corsaires qu'il pourra trouver en mer, il fera sa route vers Salé, et suivant les advis qu'il recevra des lieux où il y aura des corsaires, il pourra détacher quelques vaisseaux, ou frégates, pour les aller chercher depuis le cap Saint- Vincent jusqu'à Cadix, et le venir retrouver ensuite devant Salé.
« Aussy-tost qu'il y sera arrivé , il séparera son escadre en deux , et demeurera devant ladite ville avec un vaisseau , une frégate et un bruslot, et détachera l'autre vaisseau et les deux frégates pour continuer à chercher dans toutes ces mers lesdits corsaires qui seront sortis en mer, pendant que de sa part il tiendra bloquez ceux qui seront dans le port.
« S. M. lui recommande de s'informer avec soin , tant avant son départ, par le moyen des marchands de Bretagne, qui font commerce en Espagne , que pendant sa route jusqu'à Salé, des lieux où ces corsaires naviguent ordinairement, se remettant à luy de donner aux commandans des vaisseaux et frégates qu'il détachera, les ordres de naviguer dans les lieux où ils pourront rencontrer lesdits corsaires.
« Quoiqu'il n'y ait pas d'apparence que ces corsaires acceptent les conditions de paix que S. M. leur fera proposer, qu'après leur avoir fait sentir par leurs propres pertes combien la continuation de la guerre leur seroit préjudiciable, S. M. ne laisse pas de faire joindre à cette instruction les articles qu'ElIe veut leur estre proposez ; et pour cet effet, S. M. veut qu'après avoir demeuré pendant quelque temps aux environs de cette place, comme il est bien difficile que le gouverneur ne luy envoyé , ou ne luy fasse demander par quelque François, qui y sera habitué, ce qu'il désire; en ce cas, son intention est qu'il lui fasse sçavoir qu'il a ordre de S. M. de naviguer tousjours aux environs de cette place ; qu'une autre escadre plus forte le viendra
de Vigues et la ville de Bayonne, qui sépare le Portugal d'avec la Galice.
relever, avant qu'il en parte, jusqu'à ce qu'il luy ayt donné les assurances par escrit que les vaisseaux de cette ville, armés en course, ne prendront plus aucun vaisseau françois; et l'intention de S. M. est qu'en cas qu'il consente à ces propositions , il traite en son nom avec le gouverneur de ladite ville de Salé, avec promesse de faire ratifier le traité par S. M., et que ledit gouverneur le fera pareillement ratifier par le roy de Fez et de Maroc, son maître.
« Il doit estre informé que le sieur comte d'Estrées, qui doit commander une escadre destinée pour les isles d'Amérique, a ordre de passer à Salé, et qu'il y pourra estre environ le i5^ du mois de may ; S. M. veut que ledit chevalier de Chasteau-Renault luy obéisse en tout ce qu'il lui commandera pour son service, pendant qu'il sera devant ladite place.
« Il pourra donner aux capitaines détachez des rendez-vous pour le rejoindre de temps en temps devant Salé, et S. M. luy recommande d'avoir une application particulière, pendant qu'il y demeurera, à bien reconnoistre les entrées du port, les fortifications qui le défendent, Testât de la ville, et les facilitez, oudifficultez, qui se rencontrent pour l'attaque de ladite ville, pour brusler les vaisseaux dans le port, ou pour en boucher l'entrée par le moyen de flustes maçonnées, suivant la proposition qui en a esté faite, et dont il a connoissance , ou par tous les autres moyens qui pourroient estre pratiquez, suivant la connoissance qu'il en prendra sur les lieux. Pour cet effet, il fera lever un plan , autant exact qu'il pourra , fera faire une carte de la coste , des rades et de l'entrée du port, où il fera marquer les sondes, en cas qu'il les puisse faire prendre ou de jour ou de nuit, par le moyen des chaloupes qu'il y pourra envoyer, et fera sur ce sujet tout ce qui peut donner les éclaircissemens nécessaires, en cas que S. M. fist tenter quelque entreprise sur cette ville.
« S. M. veut qu'il prenne les mesures et esclaircissemens sur la place dejSaffié, qui sert de retraite aux corsaires de Salé, lorsque, par les vents ou par d'autres accidents ils ne peuvent entrer dans Salé ; qu'il en aille luy-mesme reconnoistre la scituation et l'estat, s'informer que les vaisseaux y peuvent avoir retraite, et les moyens d'attaquer et de ruiner cette ville, si S. M. en prenoit quelque jour la résolution.
« S. M. se remet à luy pour le reste de ce qu'il estimera nécessaire
Vous me confirmez , Monsieur, dans la résolution que
pour finir proraptement cette guerre par la prise, ou la ruine de tous les vaisseaux appartenant à ces corsaires ; et comme elle a résolu, en cas qu'elle ne fust pas entièrement terminée, d'envoyer une autre escadre, pour la continuer l'année prochaine, sous le commandement d'un autre chef-d'escadre, S. M. ne doute pas que ledit chevalier de Chasteau-Renault ne fasse l'impossible pour avoir lui seul l'honneur de réduire ces corsaires à recevoir les conditions de paix qu'EUe voudra bien leur accorder.
(t En cas que les vents l'y portassent, soit en allant ou au retour de Cadix, S. M. veut bien qu'il se fasse voir dans les rades de ladite ville, mais il ne doit le faire qu'en cas seulement que cela ne puisse apporter aucun retardement à sa navigation.
« En ce cas, il s'informera du consul de la nation françoise en ladite ville de Testât du commerce et du temps du chargement des galions, et de ce qu'il y auroit à faire pour continuer la protection que S M. veut bien accorder à ses sujets qui font ce commerce, et pour obliger les Espagnols à les traiter favorablement.
« En cas qu'il aille à Cadix, S. M. veut qu'il déclare qu'il a ordre de ne demander et de ne rendre aucun salut, pour éviter toutes les diflScultés que cela pourroit causer.
« En cas que quelqu'un des vaisseaux de son escadre fust obligé de relascher dans la rivière de Lisbonne, soit en allant, soit en revenant, ce qu'il ne doit souffrir que dans une nécessité absolue, il donnera ordre au capitaine, lorsqu'il entrera dans cette rivière, et avant que de passer la tour de Baleni , d'envoyer un certificat signé de luy et de deux des principaux officiers de son bord , portant qu'il viendra d'un lieu non suspect de mal contagieux, au moyen de quoy les Portugais sont convenus de donner l'entrée sans visite à ses vaisseaux de guerre, jusques dans le port de Lisbonne.
« Il fera visiter tous les vaisseaux étrangers qu'il rencontrera en mer, et en retirera les François qui se trouveront sur leurs bords, pour estre punis suivant la rigueur des ordonnances.
« S. M. veut qu'il fasse visiter exactement tous les vaisseaux génois, soit de guerre , soit marchands ; qu'il leur fasse rendre avec ponctualité les honneurs qu'ils doivent à tous ses vaisseaux , et retire tous les François qu'ils auront sur leurs bords.
,!,«. A l'égard des saints, S. M. veut que le règlement de i665 soit
j'ay prise de m'appliquer fortement cette campagne à la conversion des matelots ' . Rien ne seroit plus important au
exécuté, et pour cet effet que ledit sieur chevalier de Chasteau-Renault se les fasse rendre par tous les vaisseaux des autres nations , à l'exception des Anglois et Espagnols, auxquels il ne demandera ni ne rendra aucun salut.
« En cas qu'il rencontrast des vaisseaux anglois, il ne les visitera point. » (Collée t. manuscrite des Ordres du Roj, vol. XL VIII , fol. i32 bis et suiv., aux Archives de la Marine.)
Le reste de ces instructions rappelle les quatre derniers paragraphes de celles que la Cour envoya au comte d'Estrées. (Voir plus haut la note de la page 1 63. ) (A. J.) ^
' On ne trouve pas dans la Collection des Ordr. du Roj, vol. XLVIII et XLIX , la dépêche à laquelle répond ce paragraphe de la lettre du Comte d'Estrées; mais ces volumes font très-bien connaître quelles étaient les dispositions du Roi à l'égard des protestants. On lit par exemple p. igS v" du tome XLIX, une circulaire aux intendants des ports, dans laquelle se remarquent ces passages : « S. M. m'ordonne aussy « de vous dire qu'Elle a résolu d'oster petit à petit du corps de la ma- « rine tous ceux delà R. P. R., et premièrement à l'égard des com- « missaires, Elle donnera des ordres pour oster ceux qui restent de « cette l'eligion. A l'égard des écrivains , Elle veut que vous me fassiez «. sçavoir s'il n'y en a aucun d'huguenot dans ledit port de mer, et que «. vous cessiez de les employer aussy-tost que vous aurez reçu cette « lettre.... S. M. a résolu, à l'égard des officiers, d'envoyer à.... par « le moyen de l'évesque, un ecclésiastique habile et capable d'instruire « ceux qui voudront bien se mettre en estât de connoistre les erreurs <( dans lesquelles ils sont engagez, et vous pourrez, lorsque cet çcclé- <( siastique sera arrivé, faire entendre tout doucement à ceux desdits « officiers qui sont de la religion, que S. M. veut bien encore patien- « ter quelque temps, pour voir s'ils voudront se sei'vir du secours a qu'Elle veut bien leur donner pour les instruire dans la religion « catholique ; mais qu'après cela son intention n'est pas de se servii' « d'eux, s'ils continuent dans leur erreur.... Ne manquez pas.de « m'envoyer une liste exacte de tous les officiers de marine de la R. .< P. R. qui sont dans le département de.... » ( i4 avril 1680).— Des lettres de Seignelay aux évêqucs de Saintes et de Léon (i4 avril),
service du Roy et plus utile à la marine j j'advoue que je n'y suis pas moins excité par ces raisons , et parceque je
au sujet des instructions à faire faire aux officiers protestants par des ecclésiastiques que ces prélats sont chargés de désigner, se lisent p. igg et 201 du vol.XLIX. — A la date du 19 mai, le ministre écrivait à M. de Seiiil, intendant de la marine à Brest : « Si quelqu'un « d'eux (les officiers de la religion reformée) par opiniasti-eté refuse « de profiter de cette grâce , et d'assister aux conférences qui seront « teniies pour cet effet, il a ordre d'en advertir S. M. , et que ce sera « par ceux-là qu'Elle commencera à exécuter ce qu'EUe leur a fait « sçavoir et à les oster de la marine, et il ne doit pas manquer de rendre « compte de ce qui se passera sur ce sujet , et de faire sçavoir prin- « cipalement si le sieur Forant assistera à ces conférences. » Forant était un vieux capitaine de vaisseau de la promotion de i655, qui résistait à toutes les injonctions de la Cour sur la question de conscience. Sa résistance ne fut pas punie d'abord d'une destitution, mais d'un changement de département. On lit en effet, p. 221, vol. XLYIII des Ordres du Boy, une lettre de Seignelay où l'on remarque ce passage : « Ce n'est pas d'aujourd'huy que S. M. a lieu de se plaindre de « la mauvaise conduite du sieur Forant, et de son opiniastreté remplie « d'emportement sur ce qui regarde la religion ; ledit sieur de Seuil « ne devoit pas souffrir que cet officier respondist ainsy qu'il a fait pour « tous ceux qui sont de sa religion à Brest, et pour luy apprendre à « estre plus sage une autre fois, et luy faire porter son zèle indé- « cent dans des lieux plus esloignez , Elle lui envoyé ordre de partir « pour Toulon aussy-tost qu'il l'aura reçu, et Elle ne veut pas qu'il « soit employé à l'advenir dans les reveiies dudit port de Brest. » (5 juin 1680. ) Nous ne savons pas si Forant, qui était capitaine de i655, se convertit, ou si le Roi se lassa de vouloir l'y contraindre; mais nous le trouvons à la tête des capitaines de vaisseau sur l'État de i685, et chef-d'escadre sur celui de 1686. — Dans une lettre adressée à l'intendant de Rochefort (11 juin 1680, p. 23o v°, vol. XLVIII), on lit cette phrase curieuse : « S. M. lui recommande de s'appliquer « toujours à la conversion des officiers de marine , et Elle trouvera « bon qu'il fasse connoistre au public qu'Elle fera donner des emplois K dans ce corps à ceux qui feront abjuration de leur hérésie , pourveu « qu'ils soient gentilshommes. » A la même date , Seignelay écrivait
crois que ces soins-là ne vous seront point désagréables , que par le zèle que tout le monde doit avoir pour sa reli-
à M. de Seiiil ( p. 235 v°, même vol. } ; « Elle veut encore (S. M. ) que « le ledit sieur de Seiiil s'informe particulièrement si les prières ca- « tholiqnes , la messe et les autres exercices de la religion se font pu- « bliquement et à haute voix, dans la poupe, aux jours et heures qu'ils « se doivent faire , et si les capitaines n'y apportent aucun empesche- « ment, et qu'il fasse sçavoir aussy en quelle manière se font les « prières des prétendus réformez , s'ils se retirent à l'avant et entre « deux ponts et s'ils observent de les faire à voix basse et sans être en- « tendus. » — Une lettre adressée à M. de Vauvré, intendant de Toulon, (aôjuin, p. 241, vol. XLVIII): «Elle veut bien donner encore trois mois « au sieur Goffin pour se convertir, mais ce temps expiré Elle luy fera « oster son employ s'il continue dans sa religion. » — Le 24 juin, Seignelay ordonne à de Seuil défaire savoir « quand les sieurs de LaMothe « et de Rys feront abjuration de leur hérésie » (p. 25 1 v", vol. XLVIII). De LaMothe était capitaine de vaisseau de 1668. De Rys était lieutenant de 1676. On trouve encore La Mothe sur l'état de i683; il disparaît en i685. Quant à de Rys ou de Ry il ne disparaît de la liste des lieutenants qu'en 1690. Probablement tous deux s'étaient rendus.— En mai 1680, le Roi avait voulu effrayer les protestants par un exemple , et Seignelay avait écrit de sa main le billet suivant à Du Rivau-Huet (lieutenant de vaisseau de la promotion de 1670) : « Le Roy n'ayant « pas esté informé que vous estiez de la religion prétendue réformée , « lorsqu'il vous a donné le commandement des quatre pinassçs qu'il a « fait armer à Rayonne, et l'ayant appris du depuis, il jça'a ordonné « devons dire que vous ayez à remettre au sieur Roux (capitaine de « frégate légère, de 1667) la pinasse que vous avez présentement, « l'intention de S. M. n'estant pas que vous restiez plus long-temps « dans le commandement de ces quatre bastimens. » Cet acte de sévérité dessilla les yeux de Rivau-Huet, car, dans l'État de i683, on le voit porté parmi les capitaines de vaisseau de la promotion de 1682 (p. 198, vol. XL Vin. ) — Les choses avaient été poussées moins avant en 1679. Ainsi on lit (p. 9 v° du vol. XL VII, Ordres du Roy ) dans une lettre adressée àDemuyn, le 6 janvier : « Je suis bien aise de vous dire qu'il « m'a paru beaucoup d'animosité de vostre part sur tout ce qui s'est <t passé au sujet dudit de La FavoUière , et que vous devez observer eu
gion. Je n'oublieray cependant dans tout le reste aucune des choses que vous estimez nécessaires au service de Sa Majesté , ou que je penseray vous pouvoir plaire. Je vous supplie très humblement de croire que vous ne sauriez honorer personne de vostre bienveillance et protection qui en soit plus digne par les sentimens sincères de respect et de reconnoissance que j'ay pour vos bontés et celle de monsieur votre père , puisque vous estes les seuls ministres de qui j'en aye reçu en ma vie des tesmoignages et des efifects.
—Je suis avec toutes sortes de passion et de respect. Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Le comte d'Estrées.
A la Rochelle, ce 16« avril 1680.
« général sur le sujet des gens de la religion , tel qu'il est, de régler un « peu vostre zèle, parceque dans cette occasion et dans plusieurs « autres qui ont paru devant le Roy, S. M. a trouvé qu'il n'estoitpas « tousjours accompagné de la discrétion nécessaire. » — Un mois après (p. 89, même vol. ) Seignelay écrivait à l'évêque de Saintes , au sujet des matelots protestants : « S. M. m'ordonne de vous escrire qu'elle « pourra contribuer à la dépense qui sera nécessaire pour convertir a ces hérétiques, soit en envoyant des missionnaires dans les paroisses, « soit en leur faisant quelques gratifications.... » (A. J.)