‹ Mémoires;Chapitre 61 sur 77 · RELATION DU COMTE D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

RELATION DU COMTE D'ESTRÉES

DE CE QUI s'est PASSÉ A LA TRINITÉ, A SON ABORDAGE AVEC LES VAISSEAUX DU ROI.

Le premier décembre, les vaisseaux du Roy estant mouillés à deux lieues d'un port, où il y a une redoute fermée et deux pièces de canon de six à huit livres de balle , on envoya dans ma chaloupe , qui avoit un tendelet et toutes les marques qu'on porte quand il y a des capitaines , les sieurs chevalier d'Hervaulx, major, de Villette-Mursay ', capitaine des Jeux, qui avoit demandé permission de visiter ce lieu-là, de Miramont », enseigne de l'Excellent, pour la commander, et le capitaine Champagne , qui parle bien l'espagnol.

Ils furent reçeus avec toute la barbarie et l'infidélité possible , comme il est contenu au procès-verbal qu'ils me donnèrent au retour. Je n'en mets point la copie icy parceque M. le chevalier d'Hervaulx pourra en rendre compte luymesme , mais seulement je diray qu'ils nous renvoyèrent à la Guaire et à la Marguerite^ qui ont esté pillées toutes deux cet esté par les flibustiers , et comme on leur eut dit qu'ils venoient de ma part, dans ma chaloupe , et que c'estoit des vaisseaux du Roy que j'avois l'honneur de commander, ils demandèrent si j'y estois en personne, afin, je crois, de tirer encore plus droit, s'il estoit possible. Ils estoient environ cinquante mousquetaires , des Indiens , et beaucoup d'autres dans les bois , car bien que la ville principale soit esloignée de trois lieues de ce port-là , il estoit venu pour-

' Voyez le récit de cet événement dans les Mémoires du marquis de Fillette, page 5'].

* Le sieur de Miramont, enseigne de la création de 1678, ne se trouve plus porté sur l'État de la marine de i685. (A. J.)

tant beaucoup de gens qui pouvoient estre cachés à dessein dans des bois fort espais.

Le mesme jour il y arriva un vaisseau hoUandois, chargé de nègres, pour traiter aux costes d'Espagne , y ayant fait desja un autre voyage 5 le capitaine, ayant eu part dans la suite à tout ce qui s'y est passé , en a dressé un procès-verbal , dont on met cy-dessous la traduction du hoUandois en françois, et très-conforme à l'original.

Procès-verbal.

Je soubsigné reconnois et certifie par ce présent procès-verbal qu'estant arrivé à l'entrée de la baye de la Trinité , le premier jour de décembre de l'année 1680, avec ma frégate, nommée la Marguerite , et ayant esté à terre avec mon canot, on m'a tiré, en y abordant, quatre coups de mousquet sans balle, et estant prest de mettre pied à terre, on me demanda d'où j'estois , à quoy ayant respondu de Midelbourg, on me demanda ce que je venois faire; et comme j'eus dit que le manque d'eau m'avolt obligé d'y venir, on me respondit qu'il paroissoit sept vaisseaux françois, à l'entrée de la baye, qu'ils avoîent guerre avec l'Espaigne, et que j'estois avec ces vaisseaux. Je leur dis que je n'en avois aucune connoissance , ce qui fut cause que je ne pus avoir d'eux que six cruches d'eau, et, dans ce temps, ayant vea venir lesdicts vaisseaux, je m'en retournai à mon bord avec mon canot , et je vins mouiller à environ une lieiie du fort; et lesdicts vaisseaux, avec pavillon blanc, vinrent mouiller à environ deux lieues de l'endroit où j'estois.

Et le deuxième dudict mois , ayant envoyé mon canot îi terre pour faire de l'eau, je n'en pus obtenir que quatre baricqucs, parceque les Espagnols, qui virent venir le long de la terre un canot peint de rouge , avec un tendelet aussi rouge et un pavillon blanc , dirent à mes gens, qui estoient dans mon canot, de s'en retourner h mon bord , parccque les François venoient, et de ne revenir plus à terre pour faire de l'eau , tant que les François seroient là , parce-

qu'ils ne m'en donneroient pas, sur quoy mes gens s'en revinrent , et je vis de mon bord que ladicte chaloupe estant arrivée assez près de terre , les Espagnols firent sur elle plusieurs descharges de mousquetterie et mesme de canon, dont je vis donner plusieurs boulets dans l'eau , auprès dudict canot , et j'ay veu depuis qu'il avoit esté percé en plusieurs endroits , et dans le pavillon et dans le tendelet, par des balles de mousquet; sur quoj, ayant retourné à son bord , un desdicts vaisseaux appareilla et vint vers moy avec quatre grandes chaloupes , croyant que je fusse Espagnol , et me fit appareiller pour aller mouiller près de M, le comte d'Eslrées , vice-admiral de France , au bord duquel estant , il me demanda ce que je fesois en cette baye , à quoy je respondis que le manque d'eau m'avoit obligé d'y venir. Il me dit qu'il me soupçonnoit de sçavolr qu'on devoit tirer sur sa chaloupe , et que mesme je pouvois en estre cause , ce que je niai , comme en efFect il n'en estoit rien , et il me renvoya à mon bord. Le lendemain , troisiesme décembre , au matin , je fus encore conduit à bord de mondict sieur le vice-admiral , qui me dit qu'il falloit que je fusse à terre , avec mon canot et mes gens , pour porter une lettre de sa part au gouverneur, et sçavoir pourquoy on avoit tiré sur son canot. Je fus donc avec mondict canot à terre , où ayant demandé au lieutenant pourquoy il avoit fait tirer sur le canot de mondict sieur le viceadmiral de France, il paslit et dit qu'il avoit bien donné ordre de tirer, mais non pas pour blesser personne (ce qui m'a paru autrement). Je lui dis que ces vaisseaux ne venoient pas comme enne«mis , mais comme amis , et qu'il avoit fait très mal de faire tirer sur une chaloupe , qui venoit avec pavillon , puisque mesme chez les Turcs cela ne se faisoil point , et que c'estoit par sa faute qu'il falloit que je fusse mouiller auprès du vaisseau de mondict sieur le vice-admiral. Sur cela il leva les espaules, et me dit : « Venez-vous « en içy, et vous aurez de l'eau et tout ce dont vous aurez besoin , «« et les François aussy. » Je luy donnay ma lettre pour la faire tenir au gouverneur ; il la luy envoya en posic, et sur le mynuit, ayant eu la response , je m'en revins à mon bord , et dès le grand

malin , le lendemain qualriesme, je la portay à mondict sieur le vice-admiral , qui envoya sur le midi son canot à terre avec une chaloupe , et , m'ayant donné permission de continuer ma route , j'appareillay aussitost pour aller mouiller près du fort; et estant à environ deux lieues dudict fort, j'entendis tirer d'iceluy un coup de canon, sans sçavoir pourquoy, et voyant revenir ledict canot et la chaloupe , sans avoir esté jusques à terre , je fus au devant d'eux , dans mon canot , et estant arrivé près de celuy de mondict sieur le vice-admiral, monsieur le major m'ayant dît qu'on luy avoit encore liré un coup de canon à balle , je retournay avec mon vaisseau mouiller auprès de mondict sieur le vice-admiral.

LiNDERT Jans Van den Busse.

Copie du Billet du comte d'Estrées eTU>oyé au Gouverneur de la Trinité , par ce capitaine hollandais.

C'est pour faire sçavoir au gouverneur de la Trinité que les vaisseaux mouillés dans cette baye appartiennent à Sa Majesté très-chrestienne , et ne doivent pas estre confondus avec les flibustiers. Comme l'attentat commis sur la chaloupe que j'ay envoyée à teiTe , est indigne de gens raisonnables et blesse le droit des gens, je désire apprendre en mesme temps si on a ordre du Roy Catholique de nous déclarer la guerre dans l'Amérique , et de commencer icy ; en cas que cela ne soit pas , je demande justice d'une action accompagnée de tant de circonstances injurieuses et violentes , et j'attends une response par escrit.

Le comte d'ëstbées.

Copie de la Lettre du Goui>erneur de la Trinité en response à ce Billet.

Senor conde d'Estrées.

« E visto el papel que VSS» me remitte , y respondiendo a el, « digo que la paz establezidii entre los dos senores Reyes Catho-

« lico y Christianiss.mio, la observamos, y observaremos con tanla " puntualidad , que de la parte de mi Rej e senor, iio aya falta , « y este punto es indubitable. La accion subcedida en el puerto « por el caho que alli govierna , fue falla por raçon de las reeientes « noticias que tenemos del robo de la Guaira y otras plazas , que a « saqueado la nacion francesa despues del assentamiento de la V paz , y no fue mucho se presipitasse â tan malas raçones como <i me abisa dicho cabo, tubo el que venîa por tal en la dicba lancha <; pues dize le dixo al cabo de la lancha que bêchasse un hombre \y en lierra con los despachos que traia de VSS® , a que dize le <i respondiô agriamente , dizîendole palabras maiores como son << las générales, y dénias, que si viniera accompanado saltara y <i hiziera todo lo que le pareciera.

« A eslo , senor, me pareze ( salvo el mejor juizio de VSS* ) que no « fue mucho se presipitasse y hiziesse lo que no dévia ; de que estoy <» con muy juslo sentimiento, por lo que VSS' muestra haver sen- « lido la accion ; que no a eslado de mi parte ; y assi suplico a VSS» se <i le quite la colera que muestra tener, y perdone lo que el cabo del « puerto a hecho , con su mucha nobleza supliendo de ella lo que » en el a fallado, yo quedo para servir à VSS* cuya vida guarde IV Dios , y le de muy feliz viage y subcesso, etc. Desta ciudad de « san Joseph de Oruna, Ysla de la Trinidad, a 2 de diz* de 1680.

« Beso la mano de VSS». »

GiLES CURIEL Y CaRDENAS ' .

' Nous avojjs eu recours à la coinplaisauce de M. Ferdinand Deuis pour le réu- )>lissement du texte de cette lettre , altéré par le copiste. Il a bien voulu y joindre 1.1 traduction suivante :

« SKIGIfKOa COMTE D'EsTaiES , .< J'ai vu le papier que Votre Seigneurie m'a remis, et, pour réponse, je dis t< qu'en ce qui regarde la paix établie entre nos deux seigneurs, le Roi Catholique « et le Roi Très-Chrétien , nous l'observons et l'observerons avec tant de pouctua- .< lité que, de la part de mon Roi et Seigneur, il n'y aura point de contravention; « ce point est indubitable. L'action commise dans le port par le chef qui y com- " mande a été une faute causée par les nouvelles récentes que nous avons reçues « du pillage de la Guaira et autres places que la nation française a saccagées,

Quoique cette lettre ne portast pas une satisfaction entière, après avoir examiné avec les capitaines de l'escadre les partis qu'il y avoit à prendre, on estima qu'il suffisoit, pour les raisons que je dirai cy-après, de faire porter par M. le chevalier d'Hervaulx , dans la mesme chaloupe , la response à la lettre du gouverneur. M. de Villette-Mursay et tous les autres qui y avoient esté la première fois , crurent estre engagés d'honneur à y retourner, mais on ne douta pas , sur la lettre du gouverneur et ce que le capitaine hoUandois avoit rapporté, qu'ils ne fussent bien reçeus.

Copie de la Response du comte d^Eslrées , en forme de Billet , à la Lettre du Goui'emeur de la Trinité.

Il est aisé de juger par la conduite que j'ay tenue depuis Tindigne action commise par le commandant du port , qiïe j'ay eu

« malgré l'état de paix , et il n'est pas étonnant que le susdit commandant ait « agi avec précipitation , en entendant des discours aussi mauvais que l'étaient « ceux qu'il m'annonce lui avoir été tenus par celui qui venait en qualité de com- - maudant de la chaloupe ; car il assure , lui , capitaine du port , avoir dit à ce » commandant qu'il jetât un homme à terre avec les dépêches qu'il apportait de la « part de Votre Seigneurie, à quoi le susdit commandant de la chaloupe répondit « avec aigreur, lui disaut de gros mots, de ceux que l'on emploie en général; et, « en outre , que s'il s'était trouvé en forces , il aurait sauté à terre , et aurait fait « tout ce que bon lui aurait semblé.

<< Ainsi, Seigneur, il me semble, sauf le meilleur avis de Votre Seigueurie, qu'il « ne faut pas s'étonner que le gouverneur se soit porté à des violences, et ait fait ce « qu'il n'aurait pas dû faire, ce dont j'éprouve un juste sentiment de regret. Votre « Seigneurie ayant montré avoir été fâchée de cette action , qui ne vient pas de « moi. Donc je supplie Votre Seigneurie d'apaiser la colère qu'elle parait en •< avoir, et de pardonner au capitaine du port ce qu'il a fait , excusant , grâce à « sa haute noblesse , ce qui a pu faillir en lui. Je suis prêt à servir Votre Seigneu- « rie, dont Dieu veuille protéger les jours ; puisse-f-il lui accorder réussite et très- ■< Iteureux voyage ! etc. De cette ville de Saint-Joseph de Oruiïa, île de la Trinité , « le 1 décembre 1680.

« Je baise les mains de Votre Seigneurie »

Gir^s CuRiEr. t Caruemas.

plus de modération que de colère , puisque estant si facile de m'en faire raison moi-raesme , je me suis contenté d'en demander justice à M. le gouverneur de la Trinité.

Je ne doute pas qu'il ne sçache aussy bien que moy qu'il y a , mesme dans la guerre , des droits qui sont respectés de toutes les nations , et qu'on ne viole jamais; à plus forte raison dans la paix, et que ce lieutenant n'a pas moins failly à son esgard qu'il a fait au nostre : ses excuses ne méritent pas seulement d'estre escoutées; car comment s'imaginer qu'une seule chaloupe, qui part de sept vaisseaux de guerre, aille à terre pour faire des hostilités, et quand des François, sans aveu, meslés avec des gens d'autres nations , auroient fait des entreprises , est-ce une raison pour tirer d'abord sur d'autres François , sans les connoistre , ny sçavoir s'ils servent le plus juste et le plus grand Roy du monde , ou si ce sont des vagabonds qui agissent sans ordres. Cependant je veux bien mespriser, à la prière de M. le gouverneur, cette faute, ou cette injure, dont il est si aisé de prendre revanche, et luy apprendre avec beaucoup de bonne foy et de franchise , comme j'ay desja fait à d'autres gouverneurs des places de Sa Majesté Catholique, que si l'on m'a ordonné de chercher l'escadre commandée par don Antonio Quintana , pour luy demander la restitution d'une petite frégate * du Roy, mon maistre , qu'elle prit l'année passée contre

' C'était la barque-longue ou petite frégate l'Utile. Voici ce qu'on lit à cet égard dans la Collection des Ordres du Roi.

A Saint-Germain, le 28 février 1680.

« Le Roy a ordonné d'envoyer le Mémoire cy-joint à M. Colbert de Croissy, « afin qu'il luy plaise d'escrire à M. le marquis de Yillars (ambassadeur à Madrid) , (t de faire les instances nécessaires au roy d'Hspagne, pour la réparation du tort n qui a esté fait au sieur de Longehamp et à son équipage. » — Suit l'extrait du Mémoire : « La frégate du Roy, nommée l'Utile , commandée par le sieur de Long- •< champ, ayant été contrainte, le i3 juillet dernier, de se séparer des vaisseaux « commandés par M. le comte d'Estrées, vice-admiral de France, pendant qu'il « naviguoit dans le golphe de Mexique, et de chercher l'abry de la Terre-Ferme « des Espagnols pour se radouber, il arriva , le 18 du même mois, à trois lieues de « terre, et comme il vit paroistre, à un quart de lieue, un vaisseau avec un pavillon « anglois , il lui envoya sou lieutenant pour luy demander secours ; mais ledit

toutes sortes de droits , ou pour l'y contraindre par les armes, sur la moindre difficulté, que les ordres dont il a plu à Sa Majesté de m'honorer ne s'estendent pas au delà. C'est à quoy je prie M. le gouverneur de la Trinité d'attribuer la modération et la retenue que j'ay eue dans cette baye. Je le salue , comme je dois , et prie Dieu qu'il le garde et conserve en santé.

Le comte d'Estrées. ,

A bord de l'Excellent , à la rade de la Trinité , le troisième décembre 1680.

J'avoue que j'eus envie de chastier tant de barbarie et d'insolence , et qu'il me passa par l'esprit de faire mettre pied à terre à toute l'infanterie des vaisseaux, pour prendre la redoute et attrapper quelqu'un de cette canaille et le faire pendre ensuite avec un escriteau 5 mais ayant fait réflexion depuis, que comme la descente est difficile, à cause qu'il faut marcher dans la vase jusques aux genoux , environ trente à quarante pas depuis avoir quitté les chaloupes , le rembarquement se seroit fait avec plus de confusion , et qu'il ne faut pas douter que l'on n'eust perdu du monde , sans pouvoir joindre peut-estre les Espagnols , à cause des bois qui touchent quasi la redoute, on n'auroit pas manqué de publier que le dessein de l'envoy de cette escadre dans l'Amérique estoit de prendre la Trinité, où l'on avoit esté battu. Je crus, aussy bien que tous les capi-

•< vaisseau s'estant approché et ayaut pris le pavillon d'Espagne, il se rendit maistre « de ladite frégate, et au lieu de luy donner secours, l'équipage dudit vaisseau « déi>ouiIla celiiy de la frégate, et dit audit Longchamp qu'il ne vouloit point « entendre parler de paix , le mena à Carthagène, maltraita extresmement quel- « ques nus des matelots de ladite frég.ite, et ensuite ledit Longchamp fut conduit « à Porto-Bclo , où il a été retenu prisonnier pendant trois semaines ; après quoy il « fut renvoyé à la Jamaïque, avec tout son équipage, dans une petite barque « anglaise, dans laquelle ils moururent presque tous de faim. » [Collect. man. des Ordres du Rojr^ vol. XLIX, pag. io5, aux Archir. de la Marine.) (A. J.)

taines , qu'il falloit se contenter de faire recevoir la response à la lettre du gouverneur à coups de canon , faisant mouiller la Diligente , le Marin et la Tempeste , le plus près qu'il seroit possible du fort, et d'envoyer à la faveur de leurs artilleries un placart, attaché au bout d'une pique, où estoit escrite la response dont copie est cy dessus, et au bas de laquelle on avoit adjousté ce que l'on verra cy-après. Mais les sieurs d'Amblimont ', de Flacourt '^ et de Brevedent^, ayant esté sonder le mouillage , et trouvé qu'on ne pouvoit approcher lesdictes frégates plus près qu'à deux grandes portées de canon du fort, la nuit du quatriesme au cinquiesme , on détacha trois chaloupes , et le sieur Julien '^, lieutenant de V Excellent , pour les commander, et planter cet escrit, aussy près du fort qu'il le pourroit, sans eschouer les chaloupes. Il exécuta cet ordre, par un beau clair de lune, un peu devant la pointe du jour : on tira quelques coups de mousquet sur les chaloupes.

Copie de ce qui estoit escrit au bas de la Lettre de M. le vicc" admirai, cy-dessus transcrite.

L'action du commandant du port de la Trinité, accompagnée de toutes sortes de trahison et de barbarie , et l'indigne conduite de son gouverneur ostent les moyens de faire tenir la response à la

' Le sieur d'Amblimont, capitaine de vaisseau de la promotion de i66g, commandait la frégate la Diligente. Ce bâtiment, construit à Rocbeforl en 1676, était armé de 26 ])ièces de canon, et portait 120 hommes d'équipage. (A. J.)

" On a déjà vu que le sieur de Flacourt commandait le Marin.

^ Le sieur de Brevedent commandait la frégate la Tempête. Il avait été nommé capitaine de frégate légère en 1677. (A. J.)

"* Le sieur Julien était lieutenant en second sur l'Excellent. 11 était de la promotion de 1670. (A. J.)

lettre , par toute autre voie. On y verra les raisons qui m'empeschent de chastier tant de laschetcs. Comme ce qui se passe icy doit estre rendu public par plusieurs raisons, on admirera sans doute, icy et en Europe, noslre modération, et leur procédé, accompagné de tant de circonstances honteuses et indignes de leur nation.

Le comte d'Estrées.

On mit à la voile au matin et l'on a sçeu du capitaine hollandois, qui, n'ayant pu avoir permission de faire de l'eau, ni de traiter de ses nègres, sortit quelques heures après nous de la baye , qu'il avoit veu un canot qui estoit parti du port et avoit enlevé le placart.

Cette rencontre a servi non seulement à faire sçavoir au gouverneur de la Trinité ce qu'on désiroit de luy apprendre , touchant les ordres d'attaquer l'escadre de gardes-costes espagnols, mais mesme de les rendre encore plus publics et sans affectation , car j'ai fait porter par la Diligente et le Marin, que je détachay, en sortant de la Trinité, au gouverneur de /a iF/a/'^'ueMfe^ tout ce que contient cetle relation, à quelque chose près, comme par forme de plainte, et faisant veoir la différence dont on nous avoit recensa son isle.

J'en ay laissé autant à messieurs de Blenac et de Patoulet, afin de le faire passer dans les isles anglaises, et de satisfaire par ce moyen aux ordres qu'il a pieu à Sa Majesté me donner sur ce sujet.

'^"?* ' Le Comte d'Estrées.

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