MÉMOIRE DU COMTE D'ESTRÉES
ADRESSÉ LE 2® MARS 1681, A M. DE SEIGNELAY , DE LA RADE DU CHEF-DU-BOIS. (mARTINIQUe).
Après avoir essuyé hyer un des plus furieux coups de vent que l'on puisse souffrir, et d'autant plus dangereux qu'on estoit au milieu des terres , sans en avoir veu aucune, r Excellent , suivy du Hasardeux et de la J'empeste , vient de mouiller, car le bruslot s'est séparé de nous , la nuit du 9 au 10 du mois passé, à la haulteur de 45 à 46 degrés, par un temps assez gros et au plus fort des vents qui nous ont esté contraires.
Il est commandé par un bon et soigneux oflBcier ' , et comme on luy a souvent parlé dans la route, pourluy dire de mesnager ses vivres, à nostre exemple, il n'aura pas manqué de le faire et j'espère qu'on le verra arriver au premier jour.
Nous sommes partis , le 26 décembre , de la Martinique \ la longueur de cette traversée fera assez juger combien nostre navigation a esté pénible et ennuyeuse. On a trouvé des vents, depuis le Nord jusques à l'Est, si opiniastres, qu'on a esté une fois trois semaines sans pouvoir gagner par nos bordées plus de cinquante lieues à droite route.
Cette longue contrariété nous a fait craindre de manquer d'eau et de vivres, quoiqu'on les eut retranchés de bonne heure , et sans les treize jours qu'on a pris pour aller jusques à la fin de febvrier, on seroit tombé dans une grande
' Le chevalier de La Borde commandait It Brutal. Ce brûlot coasti-uit aux Tndes eu 1670, était armé de 6 canons et portait 3o hommes d'équipage. (A. J.)
disette , qui engage souvent, ou à prendre de meschantes mesures , ou à mettre les esquipages en si misérable estât que les suites en peuvent estre fascheuses, dans une saison rude et sujette à des coups de vent.
Pour rendre compte à cette heure du second voyage que nous avons fait à la coste de Terre-Ferme de l'Amérique , on a sujet de croire que si la flûte de nos vivres fust partie dans le temps que M. le marquis de Seignelay en avoit laissé les ordres à Rochefort, on auroit infailliblement rencontré la flotte espagnole, car elle ne nous a devancés que de neuf à dix jours à la Marguerite, d'où il y a apparence qu'elle est allée, sans s'arrêter, à Carthagène. «' ' * ''i'p » '
Les vaisseaux de Sa Majesté, ayant mouillé le dix sepliesme aux Testigues, qui sont des isles désertes et le parage ordinaire des vaisseaux corsaires qui attendent les Espagnols de ce costé-là, ils arrivèrent et mouillèrent le lendemain, à deux ou trois heures après midy, devant le fort de la Marguerite.
On envoya aussytost le major, pour apprendre des nouvelles de cette escadre , sous prétexte de veoir le gouverneur de ma part : comme il demeure à la ville , à trois lieues de là , en attendant le retour de l'homme qu'on luy avoit dépesché , il eut le temps de faire tomber le discours sur cette escadre , avec l'adresse nécessaire et qu'on avoit recommandée. ; hh^s'h r tob ; ■■> > .lifoo^i
Il y avoit parmy ces Espagnols un jeune garçon de leur nation qui, ayant servi quatre ans dans la maison d'Estrées, apprit au major, ce semble avec franchise, qu'il n'y avoit que huit à dix jours que l'escadre avoit passé, au nombre de dix vaisseaux , dont deux estoient fort petits et à peu près de la force des barques-longues. Il adjousta qu'elle avoit séjourné un jour à la rade de la Marguerite et estoit
commandée encore par Quintana, celuy qui luy devoit succéder n'estant pas arrivé d'Espagne, et que de -là elle estoit allée à Sainte-Foy, à huit ou dix lieues, sous le vent de Comane , pour y demeurer quelques jours dans une rade deffendue d'un fort. Qu'outre ces vaisseaux, il y en avoit un de la flotte de Neuve-Espagne , démaslé du dernier ouragan, sous Comane, et un autre, marchand, de Saint-Lucart, sous le fort de la Raye qui en est à trois lieues. Cet avis paroissoit d'autant plus sincère que ce garçon , qui parle bien françois , tesmoigna de la joye de veoir à mon trompette les livrées et les armes d'une maison, où il avoit esté traité avec douceur, et que le major de la Marguerite faisoit une mine chagrine pendant ce discours. Le nostre ne faisoit qu'escouter, sans faire aucune question , et l'Espagnol convint après des mesmes choses , et dit que nostre présence ne le surprenoit pas , ayant eu de nos nouvelles par cette mesme escadre et sçeu que nous devions arriver bientost.
M. le chevalier d'Hervaulx ne fut de retour aux vaisseaux qu'entre huit ou neuf heures du soir, et sur son rapport, ayant fait venir les capitaines à V Excellent , pour les disposer à une action qu'on croyoit asseurée, on résolut de partir au point du jour, et de ne pas attendre le pilote pratique que j'avois fait demander au gouverneur, pour nous conduire par un chemin plus court de six lieues à Comane, et je dois ce témoignage que depuis le chef-d'escadre jusques au dernier capitaine, il seroit difficile de lesmoigner plus de zèle , ni plus de passion d'attaquer les Espagnols , en quelques lieux qu'ils fussent postés.
On appareilla le lendemain au point du jour, on tira en mesme temps du fort un coup de canon sans balle , qui estoit le signal que le gouverneur y estoit arrivé. Afin de luy oster toute deffiance , on salua de cinq coups de canon -, il
PIÈCES .TUSTÏFtCA'TiVES. Ut
rendit mesme salut, et on força de voiles. Les calmes et ^ des bancs, qu'il fallut tourner avec beaucoup de défiance, ne nous permirent d'arriver que le vingt-et-unième devant la baye de Sainte-Foy; en estant assez près pour s'asseurer qu'il ne pouvoit y avoir d'escadre; dans la crainte qu'elle ne fust dans les rades de Comane, ou sous le fort de la Raye, où elle demeura plus d'un mois, Tannée passée, on fit voiles pour y aller, ayant détaché le Marin pour connoistre et visiter le fonds de la baye de Sainte-Foy.
On y arriva le lendemain , et dès qu'on en fut à deux ou trois lieues , on envoya le chevalier d'Hervaulx au gouverneur, et en mesme temps un de nos officiers avec le capitaine Champagne , au commandant du fort de la Raye , dont on n'estoit qu'à la grande portée de canon , pour apprendre pareillement ce qu'estoit devenue cette escadre. La chaloupe revint bientost , et le capitaine Champagne , qui avoit parlé au marchand de Saint-Lucar et à d'autres , rapporta que tous convenoient que Ton n'avoit point veu passer l'escadre, et que l'on ne croyoit pas qu'elle le fust encore.
Cela commença à donner de la défiance du premier avis, qui toutesfois s'est trouvé en partie véritable , car les deux vaisseaux espagnols estoient mouillés, comme on avoit dit, et l'escadre de Quintana a passé effectivement à la Marguerite , dans le mesme tenips 5 mais ce qu'il y a de faux c'est qu'elle n'est composée que de sept vaisseaux, ainsy qu'il nous a esté confirmé d'un endroit plus seur, comme on le verra dans la suite, et qu'il n'y a point de fort dans la baye de Sainte-Foy.
Du fort de la Raye on fit porter sur la rade de Comane, pour reprendre le major qui n'arriva à l' Excellent que sur les quatre heures.
Dans la crainte que l'escadre nous ayant eschappé on ne
manquast à l'autre point des ordres de Sa Majesté, j'avois chargé M. le chevalier d'Hervaulx d'une lettre pour le gouverneur, afin de luy faire sçavoir ce que Sa Majesté m'ordonne , mais de ne la rendre que sur le point de s'embarquer, pour ne descouvrir nostre dessein qu'après avoir appris des nouvelles asseurées.
Le vaisseau de la flotte de Neuve-Espagne , environ de 44 pièces de canon, salua de treize coups, on luy en rendit sept et il remercia de neuf , à quoy on ne respondit pas ; mais on salua le fort de sept coups , qui rendit le mesme salut, et on fit route aussitost pour aller jusques à Guaire qui est le port de Caracque ' , dont j'ai envoyé par la fluste le Dromadaire, la relation de la prise et du pillage au mois de juin dernier.
Quoyqu'il y eust près de soixante lieues sous le vent, et que cela nous pouvoit engager à déboucquer par les Calques , dont le passage est long et dangereux en hyver, pour n'avoir rien à se reprocher, et pour rendre publics en plus de lieux les ordres que j'ay reçeus de Sa Majesté, on ne balança pas sur le simple doute que nostre major avoit rapporté de Comane que l'escadre espagnole pouvoit avoir touché à la Guaire , en allant à Carthagène , mais qu'on n'avoit aucune nouvelle de son passage à la Marguerite.
Les calmes et les courants se trouvèrent contre nous (ce qui n'arrive pas en vingt ans) et nous fusmes quatre jours à gagner jusques aux premières habitations que l'on trouve sur la coste , à six ou sept lieues de la Guaire , qui est un chemin qu'on fait d'ordinaire en trente heures. Là les vents d'ouest se joignirent aux courants, et voyant que bien loin
' Le pays de Caracas ; il comprend les provinces de Paria, de la Nouvelle-Andalousie et de Venezuela. La relation envoyée par le comte d'Estrées n'a pas été retrouvée.
d'avancer on retournoit en arrière , on mouilla le 27 au matin où l'on se trouva, mais le vent ayant augmenté et étant devenu enfin en tourmente, les courants fortifiés par les vents, aucun capitaine ne jugea à propos de laisser les vaisseaux exposés à ce mouillage , et on estima devoir aller à Sainte-Foy, qui est à quarante-cinq lieues de là , mais le peu d'apparence qu'il y eut de demeurer encore en cette baye en seureté , et de trouver l'escadre à la Guaire , après que la tourmente seroit passée, ne doutant pas qu'elle n'eust esté avertie par terre , de Comane , ensuite de ma lettre , joint qu'il estoit difficile de démesler, sur tous les avis qu'on avoit reçeus, si elle avoit passé. On prit le parti de se servir de ce vent , qui nous faisoit faire en vingtquatre heures le chemin où l'on employé souvent un mois et six semaines , et de croiser encore quelques jours entre la Marguerite et la Trinité , sur le passage des vaisseaux espagnols, et d'aller ensuite à la Trinité, pour répandre dans toute la Terre- Ferme, par le moyen d'une lettre que j'escrirois au gouverneur, le dessein et les ordres que j'avois, car il y a une grande communication, par la rivière de l'Oronocque, de cette isle-là à la ville de Sainte-Foy, capitale du nouveau règne. C'est de là que descendent les garnisons pour la Guyanne et l'argent pour les payer : le gouverneur de la Trinité est aussy gouverneur de cette province.
C'est une des plus considérables villes des Indes ; il y a un archevesque , un parlement , et une si grande Université que les Pères-Jésuites y ont eux seuls deux collèges 5 elle est à cinquante lieues de Sain te -Marthe , quatrevingt de Carthagène, avec un commerce continuel, par la rivière grande.
Le vent devint si fort que l'on fit avec peu de voiles soixante dix lieues en vingt quatre heures. Il a continué
encore quatre jours depuis , quoyqu'il fust devenu plus modéré 5 on couroit des bords entre les Testigues et la Terre -Ferme , le vingt huitiesme , lorsque l'on apperçut, sur les deux heures après midy, cinq vaisseaux, au vent, à quatre lieues de nous , qui arrivèrent aussitost vent arrière. On ne douta dans aucun bord que ce ne fust l'escadre des Espagnols , parcequ'elle est d'ordinaire de cinq vaisseaux , et quand tout est joint de sept. On se prépara , mais sans changer de route ni de manœuvres, pour laisser croire que nous pouvions estre des marchands.
A l'entrée de la nuit , on fit le signal pour se mettre en ligne, et ayant fort tenu le vent, on approcha des vaisseaux qui, courant toujours sur nous , se l'estoient laissé gagner; cela ne les empescha pas de faire bonne mine et de nous attendre , les basses voiles carguées , avec la contenance de
gens résolus.
La nuit estoit assez belle , et il estoit environ dix heures du soir, lorsque le Hasardeux que je suivois demanda au premier d'où estoient les navires 5 on fut bien surpris de part et d'autre, quand on se fut reconnu, tant on estoit persuadé , chacun de son costé, que c'estoient les Espagnols, et dans la Tempeste, qui se trouva au milieu d'eux, on n'en fut détrompé que le lendemain.
Le commandant envoya aussitost un officier me faire compliment et m'apprendre qu'ils estoient armés sous la commission de M. de Brandebourg '. Le lendemain, il me vint veoir, avec tous les capitaines, qu'on régala le mieux qu'on put , et il m'apprit qu'il avoit enlevé en Europe le convoy d'Ostende pour Cadix , et qu'il avoit ordre de
' Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg, mort en 1688, a été le père de Frédéric III, qui, le premier de sa maison, prit en 1701 le titre de roi de Prusse. (Voy. les Mémoires de Fillcfte, pag- 57.)
M. l'Electeur d'attaquer les vaisseaux et les postes des Espagnols dans l'Amérique. Après cela il me dit que sçachant bien que son maistre estoit dans les bonnes grâces du Roy, il seroit bien aise de se joindre à nous, pour faire quelque entreprise sous mes ordres. Je luy respondis , après l'avoir remercié , que me sentant trop fort pour exécuter les seuls ordres que j'avois de chastier une escadre espagnole , je ne pouvois faire autre chose que leur souhaiter une bonne fortune, que je croiserois encore quelques jours là et ailleurs, après avoir visité la baye de la Trinité , pour en apprendre des nouvelles. Le vent d'ouest qui duroit toujours , quoique foible , et le plaisir que les capitaines de cette escadre trouvèrent à visiter et régaler nos officiers, les fit demeurer deux jours auprès de nous. Ils firent après route pour la Marguerite, et nous pour la Trinité.
Je joins à ce Mémoire la liste de ces vaisseaux • ; il n'est pas nécessaire d'en rien dire davantage , si ce n'est que s'ils ont profité de l'avis qu'on leur a donné , ils auront peutestre enlevé le vaisseau de la flotte de Neuve-Espagne , mouillé sous Comane. *
Je mets aussy dans une relation séparée, pour ne pas embarrasser ce Mémoire , ce qui nous est arrivé à la Trinité. On en partit le cinquiesme décembre et ayant passé à la Grenade, on apprit du gouverneur qu'il estoit arrivé le lendemain de nostre départ , pour aller à la coste de Terre- Ferme, une pirogue d'Indiens-Galibis, nation puissante de la Terre-Ferme, qui l'avoient asseuré que lorsqu'ils en estoient partis, il y avoit une escadre de sept vaisseaux espagnols , dans la rivière de l'Oronocque , venus à dessein de leur faire la guerre , qui est entre eux depuis huit ou dix mois ,
' Cette liste n'a pas été conservée.
et qu'elle esloit sur le point de mettre à la voile. Suivant leur manière de compter, il pouvoit y avoir quarante cinq à cinquante jours j ce qui se rapporte à l'avis que l'on a eu de son passage à la Marguerite.
Tous les vaisseaux qui estoient avec V Excellent mouillèrent le dix septiesme à la rade de la Martinique.
Comme le commissaire à la suite de l'escadre escrit le détail de Testât des vaisseaux.... et que le marquis d'Estrées, que j 'envoyé avec ces depesches et les plans , pourra rendre un compte particulier de toutes choses, je m'abstiendrai de grossir davantage ce Mémoire. Je luy ay recommandé surtout de ne pas oublier à dire les bonnes et mauvaises qualités de r Excellent , qui est un vaisseau neuf, et sur lequel il ne sera pas inutile de tenir un conseil de construction, dès qu'on le pourra.
Le Comte d'Estrées.
LETTRE DU COMTE D'ESTRÉES AU MARQUIS DE SEIGNELAY
Monsieur,
.., Quoique le marquis d'Estrées soit assez bien instruit de toutes les choses qui peuvent , outre les plans et les Mémoires qu'il porte, satisfaire la curiosité de Sa Majesté, celle de M. Colbert et la vostre , j'ay cru toutesfois que je devois vous envoyer aussy M. le chevalier d'Hervaulx , parcequ'il a connu plus particulièrement que personne la foiblesse et la force des places des Espagnols, leurs manières et leurs façons de vivre , joint qu'il pourra , par ce moyen , recevoir en mesme temps les ordres qu'il vous plaira luy donner touchant l'infanterie qu'on entretient dans les ports , et les autres choses qui regardent ses fonctions.
Il s'est acquitté avec beaucoup d'exactitude et d'adresse de tout ce dont il a esté chargé cette campagne , et on peut dire mesme avec libéralité, ayant fait en divers lieux des présents aux Espagnols -, il me semble digne, Monsieur, de la protection que vous luy avez jusques icy donnée.
Permettez-moy d'avoir l'honneur de vous la demander pour le marquis d'Estrées , qui ne la mérite encore que par ses respects et la passion sincère de vous rendre ses très humbles services \ aussy ne vous diray-je rien , Monsieur, de son application, ni de ses connoissances, mais seulement que je me flatte qu'il doit avoir de bonnes inclinalions, puisqu'il en a autant que moy à vous respecter et à vous honorer. Il luy sera si avantageux que vous ayiez la bonté de faire valoir les petits services qu'il a rendus cette
campagne , que je ne peux refuser à la tendresse paternelle de vous en importuner ' .
Je m'imagine , Monsieur, que ma présence n'estant pas nécessaire dans les ports , après le désarmement , vous aurez agréable de me procurer mon congé.
Je mènerai avec moy le capitaine Champagne, qui connoist si bien les Espagnols et le dedans du pays, que M. Colbert et vous ne serez pas faschés sans doute de luy faire des questions à quelques heures perdues. Je luy ay fourni depuis sa sortie de prison ce qui luy a esté nécessaire 5 mais afin de le faire paroistre devant vous en meilleur équipage , je prends la liberté de vous demander pour luy une ordonnance de cinq ou six cents livres. Il a du bon sens, et M. le chevalier d'Hervaulx vous peut asseurer que , dans la petite affaire de la Trinité*, il fit veoir du courage et de l'audace.
Je suis avec toutes sortes de reconnoissance et de respect, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
JLlÇ COMTE D iLSTREES.
A bord de l'Excellent, à la J'adedu"Cbef-'dh-5Bt»i«V '
le 2« mars 1681. ■;
' Victor-Marie, marquis d'Estrées, fut reçu en survivance du maréchal , son père , le 12 décembre 1684 » en la charge de vice-amiral de France; nommé en 1701, par Philippe V, lieutenant-général de ses armées navales , il a commandé les escadres combinées de France et d'Espagne. Il fut fait maréchal de France en 1700, du vivant de son père, sous le titre de maréchal de Cœuvres. Il a été membre de l'Académie française , et honoraire de l'Académie des Sciences et de celle des Inscriptions et Belles-Lettres.
,. "j,yqy,e«pl,us ha^t, page 22^. „...,,„,,
LETTRE DU COMTE D'ESTRÉES AU MARQUIS DE SEIGNELAY
Monsieur,
Vous verrez, par le Mémoire cy-joint, qu'il me restera peu de choses à faire pour satisfaire aux ordres du Roy, lorsque je recevrai le congé que je vous ay très humblement supplié de me procurer. J'ay assisté icy à une espreuve de neuf canons de Périgord , dont on vous envoyé le procèsverbal ; mais depuis deux jours nous en avons visité beaucoup de ceux qui ont esté reçeus autrefois de ce pays-là , qui l'ont esté , ce me semble , avec peu de fidélité et de bonne foy. De ceux que j'ay veu examiner, on peut asseurer qu'il n'y en a aucun en estât de servir, car ils ne sont pas forés, et je ne sçays pas si , après y avoir travaillé, il y en aura autant qu'il seroit à désirer qui puissent souffrir l'espreuve de leur calibre.
J'ay cru , Monsieur, qu'il estoit de mon devoir de faire un article de cette lettre, et par le zèle que j'ay pour le service du Roy, et par la passion que j'ay de contribuer sincèrement à la satisfaction que vous recevez , lorsque les choses sont en bon estât.
^^ Je suis avec toutes sortes de respect et de reconnoissance , Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Le comte d'Estrées.
A Rocliefort , ce 9 mars 1681 .
•tt
REGLEMENT ^l'I'itJ
POUR LA POLICE DU PORT ET ARSENAL DE ROCHEFORT , AVEC LES OBSERVATIONS DU COMTE d'eSTRÉES ' .
Le Roy, estant informé que la garde ne se fait point régulièrement sur ses vaisseaux et dans son arsenal de marine de Rochefort, et estimant nécessaire au bien de son service de régler la manière dont Sa Majesté veut qu'elle soit establie à l'advenir, elle a ordonné ce qui ensuit :