‹ Mémoires;Chapitre 70 sur 77 · LETTRE DE DU QUESNE · texte numérisé non relu

LETTRE DE DU QUESNE

AU MARQUIS DE SEIGNELAY

De la rade de Scio , ce 6* septembre 1681.

Depuis avoir eu l'honneur de vous informer , Monseigneur, de l'attaque des vaisseaux-corsaires de Tripoly, dans le port et sous les forteresses de Scio , par une barque de Marseille despeschée du 25 juillet dernier', je n'ay pas eu d'occasion de vous faire sçavoir ce qui s'est passé dans la suite.

Je mis à la voile , le lendemain , avec toute l'escadre ; je passay à Fogery-Nove '^, où il y avoit un vaisseau-corsaire de Tripoly , lequel ayant eu avis de la manière que nous avions traité ceux de Scio , avoit mis tout son canon en batterie à terre et tous ses agrès, jusques à son lest, et tiré le corps du vaisseau touchant les murailles de la forteresse , à moitié à sec. Nous tombâmes tous d'accord que ce vaisseau de quatorze canons , au lieu où il estoit, ne méritoil pas de faire couper des masts ou vergues de nos vaisseaux pour une carcasse, ayant encore cinq mois de campagne, et apparemment quelques occasions à essuyer, ainsy je n'approchay du golphe , et même à vue de Smyrne , mouillant aux isles dites d'Orlac , où j'appris que le consul françois avoit eu defFense de sortir de la ville , et mesme les marchands ; cependant , le cady permit à un nommé Fabre de venir à nostre bord, à condition de nous obliger de n'approcher

• Cette lettre n'a pas été retrouvée. Du Quesne y rendait compte de la manière dont il avait canonné et démâté les corsaires de Tripoli. On le voit par un ancien inventaire de ces pièces déjà cité, p. 262. *

* C'est la ville AeFochia-Nova, ou Folchie-la-Neuve,i\i\iéeA l'entrée du golphe de Smyrne, près de Fotchie-la- rieille , l'ancienne Phocœa.

pas plus près de leurs chasteaux. Ce marchand m'apporta deux dépesches de M. de Guilleragues , une du S" et Vautre du 1 8* juin , auxquelles je fis response , et tinfonnaj particulièrement de toutes les précautions que nous avions prises, avant de mettre le feu à nos canons, lors de l'attaque des corsaires dans le port de Scio.

Je remis à la voile la 2* d'aoust, ainsy que j'avois donné avis à M. l'ambassadeur que j'estois obligé de revenir me poster devant Scio pour empescher que l'on ne portast à ces corsaires des masts , sans quoy ils ne pourroient se remettre en estât , ce que nous avons fait , tant qu'il nous a esté possible. Il en avoit entré six , tant gros que petits , lors de notre absence de cinq jours du voyage de Fogery et de Smyrne. Pendant ce mois d'aoust, nous avons demeuré à l'ancre devant le port de Scio , à la portée du canon , à la réserve des vaisseaux qui ont esté de gai*de pour empescher que l'on y apporlast bois pour radoub , masts, cordages ou chanvre ; à cet effet l'on a visité tous les bastimens qu'on a peu joindre ; ceux qui l'ont évité ont reçeu force coups de canon , et ont eu souvent de leurs hommes tués et blessés.

Il est à remarquer que ces bastimens , qui ont fuy , avoient des barbaresques esquipages de ces corsaires , et sur l'explication que j'ay eue avec un envoyé du Bâcha, luy ayant fait connoistre que je ne faisois la guerre qu'aux TripoUns et autres, employés à leur service, mais que tous les autres bastiments je les laisserois tous passer, saïques et londres ' (ces derniers bastimens sont fort semblables à de fortes gallères , ayant des rames et même des voiles , et cent cinquante hommes d'équipage , et plus sur ceux qui vont en Alexandrie et à Damiette.) A l'égard des bateaux et bar-

' Le londre était un vaisseau de bas bord en façon de galère, mais d'une construction plus matérielle. {Dictionn. de Trévoux.)

ques qui passent de la terre-ferme à Scio , nous ne leur faisons point de tort : si on leur achepte des fruits, on leur paye plus qu'ils ne vallent à la ville. Il n'y a que ces corsaires qui maltraitent les gens de ces barquettes pour les empescher de venir à nos bords.

Il est venu de Constantinople le Bâcha ou Beys de Smyrne, sur sa galère, envoyé par le grand-visir , pour s'informer de la manière de nostre attaque. Ce Bâcha a tesmoigné avoir fait sa response fort sincère ^ il publie assez qu'il est satisfait de nostre conduite envers ceux qui n'adhèrent pas à ces corsaires.

Je luy ay fait entendre plusieurs choses , entre autres que j'avois ordre d'attaquer partout les corsaires de Tripoly , comme subjets rebelles du Grand-Seigneur ^ qu'après les insolences faites par ces corsaires aux subjets de Sa Majesté, de les prendre et de les faire esclaves, jusques en l'isle de Chypre, sans avoir esgard qu'ils estoient soubs la protection du Grand-Seigneur , et présentement ces mesmes corsaires estant enfermés dans le port de Scio , avec deux vaisseaux pris et trois à quatre cents esclaves françois , cela m'obligeoit de leur faire sçavoir que je ne croys pas que le Grand- Seigneur vouleut protéger des rebelles à ses ordres , au. préjudice des traités faits avec l'empereur de France , son ancien allié, et ainsy contrevenir aux capitulations; que ce . seroit vouloir directement déclarer la guerre , sur quoy l'Empereur , nostre maistre, ne manqueroit pas de prendre des mesures qui auroient de fascheuses suites sans doute, puisque l'Allemaigne , la Pologne et les Moscovites attendent, pour se déclarer, que la France l'approuve; que j'avois aussy ordre de rassembler tous les autres vaisseaux qui sont sur les croisières , pour aller encore aux Dardanelles apprendre si l'ambassadeur de Sa Majesté avoit eu audience

sur le sopha , enfin s'il estoit content , sinon de l'embarquer et de le repasser en France.

Ce Bâcha, ou Beys de Smyrne, dit sur cela que c'estoit à La Porte à décider sur les choses qui regardent les Tripolins. ' '

Cependant , ces corsaires sont fort embarrassez , ne sçachant quel party prendre; ils sont néantmoins résolus de pr ester trois de leurs vaisseaux ^ et à la faveur des gallères, quand elles seront icy , d'estre remorquez dans un calme hors de nostre veue, et d' embarquer sur ces trois ou quatre vaisseaux tous leurs esclaves , et laisser leurs austres vaisseaux jusques aux autres temps. Sur cet avis , qui me fut donné secrètement , je fis poster trois de nos vaisseaux du costé du sud du port, ce qui fit quitter l'ouvrage à ces corsaires , et remettre à prendre résolution que le Capitan- Bâcha fut arrivé avec son armée de gallères. On croit que son retardement est pour attendre Vautre armée , qui est dans la Mer-Noire.

Pendant le mois d'aoust dernier, fai reçeu tjvis dépesches de M. de Guilleragues , auquel faj fait ponctuellement response. Je vois , par les deux dernières , beaucoup d^ aigreur et des résolutions extrêmes de La Porte, recherchant tous les mojens pour nous deffaire entièrement; mais je vois en mesme temps leurs moyens assez esloignez, comme d'armer les vaisseaux anglois et hollandois qui sont dans leur rade, et ceux des corsaires qui sont dans Scio , que le Capitan- Bâcha fera radouber. Cet expédient seroit le plus prompt , quoiqu assez difficile par le grand radoub à faire à cinq ou six de Scio , auxquels il faut des masts; car s'ils comptent sur ceux d' Alger et de Thunis , il leur faut deux ou trois mois ; cependant , Monseigneur , j'aj informé l" ambassadeur que je n'avois

PiÈCES JUSTIFICATIVES. 301

de vivres que jusque s à la fin de Vannée; que mesnie il fallait envoyer au Xante, oie on en avait débarqué un mois; ainsjr que je ne pouvois rester en ces mers que jusques aux premiers jours de novembre, à moins d'avoir des ordres et l'asseurance d'un nouveau secours de vivres , de poudre et boulets , dans le dixième novembre : je dis asseurance quil ne nous manquera rien dans tout ce mesme mois.

Il est vray. Monseigneur, que si nous quittons ces merscy, mesme ce poste, jusques à une autre situation d'affaires entre nous et les Tripolins , ce seroit perdre tout le fruit de nostre armement; et qu arriveroit-il de l'ambassadeur, de tous les marchands et de leurs effects ? Ils escrivent comme gens entièrement perdus ; c'est pourquoy je ne doubte pas que Sa Majesté ne trouve bon de donner ses ordres les plus pressants dans cette extrémité. Si, en cas que les vaisseaux de Thunis soient en mer, qui ne seront pourtant qu'en petit nombre , ils pourraient courre et prendre le secours de vivres que Von nous pourrait envoyer, s'il partait sans escorte. lime semble , Monseigneur , que l'on pourrait pramptement armer trois vaisseaux , auxquels Une faut que la carenne, qui sont le Fortuné , l'Asseuré et le Vaillant, quoy qu'ils ne soient guères propres pour le cours ; mais comme il ne s'agit pas tant de courre à pî'ésent, attendu que ces corsaires sont renfermez, et quil s'agit de les y tenir et de battre ceux qui viendront nous attaquer, en les voulant deffendre , et si les affaires s'eschaujfent , ainsy qu'il me paroist par les derniers sentimens de l'ambassadeur, il seroit très nécessaire , outre les trois premiers vaisseaux , de radouber pramptement , s'ils ne le sont déjà, le Prudent, l'Eole^ l'Indien, l'Aventurier et la Bien-Aymée , pour servir à donner des avis de la manière qu'il a esté réglé avec V intendant, sans y rien manquer.

pour les rendre bons de voile, ainsy que j'en escris à t intendant. Il est , ce me semble, de très grande considération, si les Turcs rompent une fois , de les réduire et contraindre de donner aux ambassadeurs de Sa Majesté et au commerce de France , les prérogatives sur toutes les nations. Je vois les choses faciles, si on les veut faire dans leur temps , en faisant paroistre les forces navales de Sa Majesté en ces mers , ce qui seroit d'un grand esclat dans toute l'Europe , et fort glorieux pour la France, en cette occasion impréveue. Je vous puis asseurer. Monseigneur , que , dans toute ma conduite jusques à ce jour, faj- agj avec beaucoup de re.tenue avec les habitans de ces isles et de terre ferme, et avec tous les navigans dans ce passage, qui est jort fréquent , allant et revenant du Levant à Constantinople. Ce procédé les a persuadés que nous n'en voulons qu'à ces corsaires. Il est vray que je n'ay perdu aucune occasion de les traverser; et sans deux prises qu'ils ont faites, une de bled, et l'autre d'un vaisseau de la doutât % nolisé par les marchands d'Alger, chargé de la valeur de cinquante mille livres , lesdits corsaires n'auroient pu subsister, et dès à présent ils nous seraient venus demander la paix; mais l'espérance quils ont à la protection du Capitan-Bacha , que Ion attend à tout moment , les retient et les fait beaucoup pastir, ce qui cause jour~ nellement la désertion des Levantins . Ce qui m'a fait le plus de peine est que, du costé de La Porte, ils prennent le party de tirer en longueur leur résolution , et (je crains) que le temps que nous devons demeurer icj n'expire, avant que faje response et l'ordre de Sa Majesté sur le secours très nécessaire que nous devons attendre, pour l'hon-

' La Ciotat, petite ville maritime du département des Bouches-du- Rhône (Provence).

neiir de son service , en sortant d'affaire son ambassadeur. Cependant , Monseigneur ^ par la première dépesche que vous me ferez l'honneur de m' adresser en response de cellecj , il est très- important au serv>ice qu'il y ayt des ordres exprès de Sa Majesté sur tous les cas qui apparemment écherront, en demeurant aux Dardanelles, ou à Tenedos , pour obliger La Porte à faire justice à l'ambassadeur. Comment donc contraindre ce Grand- F^isir que par des actes d'hostilités , si par aisance les gallères , a^'ec ce qu elles auront pu rassembler de vaisseaux , ne nous viennent attaquer; alors nous n aurons plus rien à ménager qu'à faire nostre devoir; mais si nous ne sommes pas attaqués , comment vouloir bloquer Ventrée de Constantinople , sans prendre tous les bastimens qui en soHent, ou qui y voudraient entrer, ainsy quil le faudra absolument , car les Turcs veulent estre forcés. Je serois hors d'embarras si j'avois ordre de rompre as^ec eux , quand l'honneur du service le désire. Quoy donc? engager V honneur du Roy dans une affaire, contre son intention, laquelle, n'estant pas soutenue avec des forces suffisantes , feroit parler toute l'Europe, ou faute d'ordre ou de prévoyance , ou de n'avoir pas considéré l esloignement des lieux l Qu'il plaise donc à Sa Majesté avoir esgard à ces choses , et d'estre pourtant persuadée quElle n'a pas de sujets plus désireux que nous d'acquérir de l'honneur pour nos services.

Que si nous avons quelque retenue , en attendant des ordres , c'est par la déférence que nous devons avoir pour les intentions de Sa Majesté, et pour suivre en cela les sentimens de son ambassadeur , ainsi qu'Elle l'ordonne , de ne l'engager pas dans une grande affaire , attendu que nous demeurons sur les lieux pour tous les cas en question. Voicy donc le plus délicat qui s'approche par l'arrivée du

Capitan-Bacha , avec seulement trente trois gallères, qui ont mouillé V ancre et qui sont rangées sous la grande forteresse. Sans doute , Monseigneur , vous verrez par les dépesches de V ambassadeur l'aduis qu'il a que ce commandant des gallèî'es doit me déclarer que le Grand- Seigneur, ayant acheté les vaisseaux des corsaires , il a ordre de les enmener à Constantinople . S'ils prennent l'occasion d'un calme , ils le peuvent faire , sans que nous le puissions empescherj s'il j a du vent à notre souhait, il faut tirer du canon premièrement contre les vaisseaux qui seront remorqués par les gallères ; c'est là le fait que nous ne voudrions pas sans ordre.

Jl est vray qu auparavant que cela anive, nous aurons occasion de parler, et je dresse un Mémoire pour servir d'instruction à celuj qui ira s'expliquer avec le Capitan- Bacha : si je puis , je vous en envoyeraj la copie. Cependant , nous relisons les ordres et les lettres de l'ambassadeur, qui marqueiît sur toutes choses de ne rien prendre. C'est la plus grande mortification que nous puissions recevoir, s'il n'arrive pas quelque bonne aventure qui nous débarrasse de cette conjoncture.

M. de Guilleragues m'a adressé, pour vous estre envoyé. Monseigneur, un paquet par une barque, qui cstoit hors des chasteaux de Smyme; et comme les marchands me prient d'avoir esgard au risque de leurs marchandises , en faisant ce voyage , fay cru qu'il valoit mieux, pour les satisfaire , défaire débarquer sa cargaison sur le vaisseau le Trident , que nous n'avons pu encore dégager des vivres des quatre vaisseaux à qui on doit donner carenne, lesquels ont eu tant d'occupations , que l'on n'a pas eu le temps d'y penser , et présentement encore moins , tant que les choses n'auront pas changé de situation.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. â05

Jeferay demeurer VécHvain, ou commis de cette barque, avec son chargement sur le Trident ; cette barque est grande et pourra charger pour un mois de pain pour l'escadre , et deux autres ^ une de vin et Vautre de viande ,• lesquelles seront escortées par la Bien-Aymée et commandées , si Sa Majesté Va agréable , par le sieur Bidaut , qui est diligent, et qui sçait V assiette de cette frégate. Ce mois de vivres nous fera attendre avec moins d'impatience le secours que Sa Majesté trouvera bon de nous envoyer.

Il nous faudra cent milliers de bonne poudré neuve et des boulets sans nombre , dont les calibres sont à Toulon ; car, en vérité, il est à craindre qu'Un arrive scandale, faute Savoir des boulets. L'on peut bien par bonheur trouver de la poudre, mais très rarement des boulets de calibre.

La frégate et les trois barques pourront nous apporter cinquante à soixante milliers de poudre, en attendant le reste, et selon la quantité de vivres , augmentation de poudres. Je dois encore vous dépescher une barque, suivant que les choses se termineront avec le Capitan- Bâcha, et les dépesches de Vambassadeur, en cas qu'il ait la liberté d'escrire et d'envoyer des couriers.

Nous attendions dès hier quelquun des galères ,• il nen est venu aucun , ni mesmes aujourd'hui^ cela n'est pas un tesmoignage de vouloir avancer la résolution. Ils ont détaché deux galères vers le bout du sud de Vis le; c'est ce qui retardera la paitance de la barque de quelques jours. Le commissaire vous doit rendre compte des consommations et estât des rechanges , qui ont esté donnés comme pour une campagne de quatre mois, à quoy j'ay autant d'esgard que je le puis.

Nostre ambassadeur souhaite fort quil plaise à Sa Majesté de doubler cette escadre pour six mois , et quinze

galères de durance, sous Bethomas , pour que Sa Majesté soit bien servie ^ celles de Malte, -de Livourne et quelques unes de Gènes , une douzaine de bonnes barques, avec autant de mortiers et plusieurs faiseurs de carcasses^ et jetteurs de bombes, et l'intendant V^auwré, pour mettre à contribution tout l'archipel. La subsistance de l'armée de vingt vaisseaux ne cousteroit guères au trésor royal; Sa Majesté employeroit sa Marine pour une campagne , qui ferait redouter sa puissance dans V^sie , ainsj quElle a fait en Europe , et je crois que , pour peu quelle appuyé ces nations qui ont le pied à l'estrier, les Polonois et Moscovites, et mesme l'Allemagne ne marcheroient-ils pas , tous , estant asseurés que Sa Majesté entreprist la mer, qui est à sa bienséance.

Il est vray , Monseigneur, que je prends beaucoup de liberté de mesgarer ainsy par terre; c'est monsieur l'ambassadeur qui me presse de vous esciire ma pensée , sur ce qu il faudroit faire pour abattre l'orgueil mal fondé de ces Ottomans.

J'oubliois à vous dire que le chargement de cette barque qui va en France est sur le Trident, pour en cas que les affaires se raccommodent, allant à Smyrne , l'on remettrait le tout aux marchands , propriétaires des trois barques, qui sont venus nous joindre pour leur sûreté. Les vivres leur ont manqué, il y a longtemps , ce qui rn oblige de leur eji fournir, et à des prisonniers tripolins et autres gens connaissant ces isles.

Si vous oubliez encore cette fois d'envoyer à Toulon le

' La carcasse était une espèce de bombe de forme oblongae , qui se lançait avec un mortier. Elle était formée par deux plaques de fer réunies par des cercles qui , formant des côtes , lui avaient fait donner cç i^Qpa. ( Dicthnn. de Trévoux,)

fonds pour les tables des officiers et capitaines , je ne scaj comment nous ferons tous en ce pays , où, dans cette conjoncture, l'on na rien qu'en cachette, au double de ce qu'il vaut en France.

Si vous , Monseigneur , ne secourez le commissaire de T escadre , il ne sçayt plus oii trouver des fonds pour des faux frais , dont il ne se peut dispenser pour le seruice et des nécessités pressantes.

En cas que le Roy approuve un armement , je prendray encore la liberté, pour le bien de son service, de vous dire quels capitaines pour les vaisseaux que ton armera : Beaulieu, Bellisle , Septemes , Desgouttes ^ et comment. Mouseigneur, laissez-vous rouiller Forant ', qui est des meilleurs manœuvriers et soldats? Quand donc leferez-vous servir qu'en la vigueur de son âge? Je ne vous parle point de mon fils , ne sçachant à quoj on luy aura fait Vhon- Jieur de l'employer, n'ayant pas eu de ses nouvelles^ mais en cas que les affaires s' es chauffent, il me faudroit , si le Roy Va agréable , envoyer le Saint-Esprit, car il faut du canon de 24 ^' ^ boulet; il n'y a icy aucun bastiment qui en ayt, ne les ayant armez qu'à la légère contre les cor s ailles. En ce cas , procurez auprès du Roy que ce soit mon fils qui le monte , et qu'il commande le Ferme que je monte à présent , estant joint.

J'attends extraordinairement cette dépesche; mais comme les commodités pour cela sont rares, j'essaye de ne rien oublier ^ vous serez aysément persuadé , Monseigneur, avec quel désir nous attendrons les ordres de Sa Majesté,, en response de celle-cy, et l'honneur de vos commandemens.

Si vous l'aviez agréable , Monseigneur, il serait bon de

' Voir pag. 178 la note qui coacerne cet officier, fort aimé de Du Quesne, parce qu'en effet c'était un brave et bon marin, qui était de sa religion. (A. J.)

sçavoir si les vaisseaux corsaij'es d'Alger se disposent à aller servir le Grand-Seigneur. Les vaisseaux le Fleuron et le Trident ne nous ont joint que le 20" d'aoust. Nous en estions fort en peine à cause de leur escorte. Le premier secours que Von envoyera passera au Zante^ s'il n'y trouve pas d'ordre, il ira au Mile 'j s'il n'y en trouve pas, il les attendra.

Depuis cette dépesche escripte , il est venu à bord un Beys , capitaine de gallère , de la part du Capitan- Bâcha, me faire compliment et me convier d'entrer quand je voudrois en matière. J'avois desjà dressé un premier Mémoire, pour servir d'instruction à celuy qui en exposera le contenu ', qui est le chevalier du Mesné, et le prier en mesme temps d'y respondre. J'attends son retour avant que d'expédier la barque, prévoyant quil voudroit envoyer à Constantinople y résoudre la chose. Cy joint est la copie de ce premier Mémoire'^.

Je vois , par leur manière, qu'ils prennent un grand détour , ce qui ne convient pas à nostre route ^ c'est pourquoy, par le second Mémoire que je leurferay expliquer, je me relasche de cette forte demande de restituer la valeur de ce que ces corsaires ont déprédé , et me conformeray , si mieux ne puis, au projet que fay dans mes ordres. J'espère, Dieu aidant, vous dépescher encore une barque, quand fauray nouvelles de M. de Guilleragues , ou sujet qui le mérite. Du Quesne.

P. S. Cette despesche fermée le 10« septembre, à la rade de Scio, 1681.3

' Le Mile ou Milo, est le port de l'île de Mile, près des Cyclades.

» Cette copie n'a pas été retrouvée.

* Ce post-scriptum est de la main de Du Quesne.

LETTRE DE DU QUESNE AU MARQUIS DE SEIGNELAY

De la rade de Scio, ce 25* septembre 1681.

Depuis, Monseigneur, que j'ai eu l'honneur de vous dépescher le sieur Le Moteux , par une barque que M. de Guilleragues m'avoit indiquée et renvoyée des rades hors des châteaux de Smyrne , où il n'y avoit pas de seureté pour les effets des François , il s'est passé plusieurs conférences avec le Capitan-Bascha et le sieur Du Mesné, de ma part , sur le traité de paix avec les corsaires Tripolins , en sorte qu'après mestre relasché de ces fortes prétentions de la restitution de la valeur de ce quils avaient déprédé aux François, croyant terminer promptement ce traité, jusques à me contenter des conditiojis du projet qui m'est prescrit, dont le principal poinct est la restitution de tous les esclaves (sujets) de Sa Majesté, et commencer à nous rendre tous ceux qu'ils ont embarqués sur les vaisseaux sortis cette campagne , et qui sont sous le commandement de cet amiral des corsaires. Après cet article exécuté, je ferois cesser les actes d'hostilité, pour ensuite convenir de la manière que l'on renvoieroit tous les François, esclaves dans l'étendue du royaume du Tripoly, et de la part de la France, leur renvoyer pareillement ceux de Tripoly qui y sont. Quand ces choses et les autres articles, suivant le projet, ont esté à peu près accordés, ils m'ont fait demander de leur laisser pour un temps trente François , sans quoy ils ne pourroient remener leurs vaisseaux à Tripoly, et m'ont encore chicané sur la restitution de deux vaisseaux avec leurs agrets, qui ont esté pris cette année ^ et que je vois dans le port de Scio , lesquels sont très propres à

faire de bons bruslots, et encore sur un autre article que je voulais exiger d'eux ^ quoiquHl ne soit pas dans le projet , de restituer à la France tous les bastimens pris par . eux, qui se trouveraient en essence en leur port, le jour de la signature du traité. Sur la parole qu'ils donnèrent , quen ostant ces derniers articles , ils exécuteraient incessament ce traité , m accorderaient mesme de ne plus demander les trente hommes que je leur avais refusés absolum.ent,je leur céday les dix derniers articles, afin qu'ayant conclu cette paix j^eusse le temps d'aller aux Dardane lies , pour obtenir le reste, concernant le SopJia, et renouveler, ou plustost expliquer les articles de l'ancien traité, dont ceux qui regardent la marine, sont à mon advis fort obscurs et faibles ,• mais ils trouvèrent une nouvelle chicane à opposer qu'ils ne prétendraient pas nous rendre plus d'esclaves français de ceux de Tripaly que de ceux que nous leur en rendrons de France , et pour encore nous renvoyer, ainsi qu'il parait que c'est leur dessein , et nous faire achever nos vivres, et nous en retourner, ils ont ajouté qu'il fallait que le Capitan-Bascha envoyast au Gj^and-Seignelir pour lui faire approuver cette paix avec les Tripalins. Ainsi , il m'envoya demander par le chevalier Du Mesné, que j 'employé à cette conférence sur mes Mémoires, si j'y consentois.

Ma dernière response fut renvoyée sur le moment , que je voyois bien que , par leur procédé , ils ne vouloient que nous amuser, et que je n'avois plus rien à leur dire; que je demeurerois icy jusques à ce que j'eusse achevé de ruiner ces corsaires, et que le Capitan-Bascha feroit du reste ce qu'il voudroit; qu'il estoit informé de nostre résolution. Voilà, Monseigneur, où nous en sommes demeurés , ce dont j'ay informé M. de Guilleragues , il y a quatre jours.

Les aduis qui nous viennent de Scio portent que les galères veulent enmener ce qu'ils pourront mettre en estât de ces vaisseaux corsaires , après quoj ils prendront un temps oà nous ne pourrons les empescher de passer^ ainsy qu'il est plus particulièrement expliqué par la dépesche qui vous doit estre rendue par Le Moteux , dont je vous envoyé par cette barque le duplicata, et le paquet de monsieur l'ambassadeur, avec des copies de ses lettres. Il nous a été débité de plus, par un capitaine de vaisseau vénitien, parti depuis le douze du mois , date de la lettre de l'ambassadeur, qu'il y auroit de la peste à Constantinople , que le Grand Seigneur en est sorti, que le Grand-Visir avoit fait rompre son sopha, qu'il n'en auroit plus, et qu'il n'en donneroit pas aussy, et que le Capitan-Bacha avoit ordre d'emmener les vaisseaux corsaires à Constantinople. F^ous remarquerez aussi, s'il vous plaist, que l'ambassadeur me dit que, si je quitte pour retourner en France, la nation est perdue ,• c'est ce qui ni a contraint de tenter d'avoir des vivres en quelquune de ces isles , pour ne pas tomber dans une extrémité dangereuse à la marine et de conséquence dans V estât des affaires , ainsi que vous le voyez , Monseigneur, et que pour unique remède, en attendant le secours qui nous peut estre envoyé de Toulon, en cas que Le Moteux soit arrivé heureusement, ainsi que je l'espère , ça esté de prendre du patron Antoine et du commis de la barque de Marseille , qui a voulu remporter son chargement, quoyqueje luy aye offert de le mettre sur le Trident, ainsy que celuy de Vautre barque, six mille piastres qu'il a comptées et remis au sieur Garsaull, commissaire , suivant le reçu qu'il en a donné, que j'ay aussy signé avec luy et remis audit commis , pour la seureté des marchands , jusques à ce que vous ayez agréable d'ordonner leur rem-

boursement , pour que dans une autre occasion pressante les affaires de Sa Majesté troui^ent libremejit ce secours.

Le sieur de Garsault s'est embarqué sur lafluste d' Honorât, pour aller au Mile luj faire donner carenne,n ayant eu le temps pour l'entreprendre jusques à présent que je l'envoie en lieu esloigné de mojy, estant obligé d'y estre continuellement en estât de mettre à la voile ^ à cause de ces corsaires , et encores plus dans cette occasion que les galères sont en présence. Cependant ledit commissaire doit faire ses diligences pour chercher du bled et le faire convertir en biscuit, et trouver viande , vin et légumes , pourveu que les Turcs ne luy en empeschent pas. Je luj aj baillé la feloucque , pour me la renvoyer aussjtost qu'il sera assuré desdits vivres, jusques à un mois et demy, s'il peut les assembler, ce que l'on croit assez difficile à cause de douze ou quinze corsaires Maltais, Ligournois , mesmes François , qui ont espuisé toutes ces isles pour leur fournir des vivres, Tay dans ce doute envoyé en Candie et escrit au sieur Gaillard , qui est l'agent de cette compagnie de bleds de Languedoc , ou Provence, afin qu'il envoje au Mile , pour faire douze cents quintaux de biscuit , qui luy seront payez comptant , ou en tel lieu de France qu'il voudra. Je luj marque aussy pour l'engager d'autant plus , que c'est pour une affaire importante , où le commerce a grande part et que j'auray l'honneur de vous informer de la diligence qu'il fera, afin que vous. Monseigneur, ayez subject de luy en sçavoir gré, comme aussy, si vous l'avez agréable, d'ordonner au sieur Bellisani d'eserire audit sieur Gaillard , si dans la suite nous avions besoin d'un plus grand nombre de bleds, de nous en fournir. Il luy est facile , en gardant le secret, d'en envoyer au Mile. Cecy est dit par précaution, en cas de rupture après cette première fourni-

ture, et quand mesmes f aurais achevé les restes- avec les corsaires, sous les forteresses ottomanes, dont il prétend faire payer le dommage et avoir satisfaction du sang répandu de ses subjects. C'est ce qui me fait croire que s'ils consentent à la satisfaction que je leur demande, par la restitution de ce qu'ils ont d'esclaves français , en commençant par ceux qui sont sur les vaisseaux à Scio, que c'est pour disposer des vaisseaux et les armer pour s'en servir contre nous. Ce dessein ne m,' emp es citera pas de conclure ledit traité, pour retirer environ les cent cinquante esclaves , dont il nous ont donné V estât , dans la confiance que Sa Majesté V approuverait , et qu'estant bien informé de lestât de tous les desseins de la Porte , Elle donnera les ordres nécessaires pour soustenir l'honneur de ses armes , à quoj nous contribuons selon nostre devoir.

Si le Capitan-Bacha reçoit les respons e s qu il souhaite de se retirer du poste où il est, qui est hors du port de Scio, ail desjà deux coups de vents l'ont chargé, ce quil a ardre de ne pas faire qu'il najt libéré ces vaisseaux corsaires, il sera contraint de nous rendre les Français et un petit vaisseau, dernier pris, qu'ils m'ont accordé. En ce cas, et que nous puissions le faire mettre promptement en estât, je prétends Venvojrer à Toulon avec une partie desdits esclaves retirés, et vous informer de V estât où seront les affaires en ce temps là, et de la manière de retirer de Tripolj le restant, ou plustost la grande partie des esclaves, puisque le nombre passe quatre cents, y compris les cent cinquante, et quand le Capitan-Bacha par ordre de la Porte aurait dessein de ne point faire rendre les esclaves de Tripoly , tant qu'ils voudront se servir de leurs vaisseaux avec ceux d^ Alger et de Tunis contre nous, ce qu'ils nous cacheront s'ils peuvent, ainsj que fay eu l'honneur de

vous le dire, je ne laisseraj pas de conclure ledit traité.

Cy joint est la copie d'une lettre de l'ambassadeur » qui luj a esté portée par un François , qui parle turc , et qui a servy le sieur de INointel dans ses négociations. Vous verrez que M. de Guilleragues seroit d'admis que je me disposasses à arrester tous les bastiments qui passeront par ce canal, allant à Constantinople , ce que je ne puis faire pendant que nous serons, attendant l'expiration du temps que le Capitan-Bacha a demandé, et quand nous aurions rompu ledit traité , comment arrester tous ces bastiments, dont quatre seulement nous occuperoient deux cent quarante hommes , car ce sont de grands bastiments, oîi il y a cent et cent cinquante Turcs, ou Grecs, pour deffendre ces corsaires. Cette manœuvre mettrait nos vaisseaux hors de combat j et que ferions^nous de tant de Turcs dans nos bords, qui mangeraient le peu de vivres que nous avons, et pourtant qu il faudrait garder pour ensuite retirer les esclaves français qu'ils retiennent depuis si longtemps.

Si nous estions en autre estât, et que nous fussions tautde-bon en guerre, l'an envoûterait ces prises en lieu de sûreté, ou on les brûlerait et coulerait à fonds, et ce seroit alors un autre cas. Il y a apparence quil pourrait bien venir, suivant les ordres que nous recevrons dans le mais prochain, en respanse des dépesches qu'a portées Le Moteux.

Je fais à monsieur l'ambassadeur pareille response , qu'il faut que la situation et l' estât oii nous sommes présentement changent, n'estant pas en estât de séparer nos vais-

' Cette copie n'a pas été retrouvée.

seaux , encore moins d'affoihlir nos équipages , ny de chercher à faire manger extraordinairement nos vii>res.

Il est venu avec le porteur de la lettre de l'ambassadeur deux domestiques, qui se disent estre au Capitan- Bâcha j avec des paquets de Constantinople , lesquels j' ajr envoyés à Scia ; quoique ce soit risquer des équipages et des chaloupes, je naypu m'en dispenser.

Je ne scais de quel canal M. l'ambassadeur a eu nouvelles que M. de Chasteau-Renault est à croiser vers Tripoli^ et quil me sollicite de luy envoyer ordre de nous Joindre, si ce n est par politique. Ce bruit est mesme venu à nous d'ailleurs : je voudrais qu'il fust ainsi, quoiqu'il naytpas de plus gros calibre que nous, qui sommes armez à la légère, pour mieux aller à la voile.

Voilà, Monseigneur, oïl en sont les affaires^ c'est mon devoir de ne vous rien dissimuler. Nous sommes obligés de ne pas abandonner ce poste sans des ordres exprès; c'est ce que nous attendons avec espérance que Sa Majesté voudra que nous sortions avec avantage de cette campagne.

Je suis avec tout le respect que je dois , Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur.

Du QuESWE.

p. s. de la main de Du Quesne : Geste dépesche n'a esté fermée , à cause du vent contraire , que le 29" septembre 1681.

On lit en marge de la main de Colbert : A La Garde , pour rendre à mon fils.

LETTRE DE DU QUESNE AU MARQUIS DE SEIGNELAY

Monseigneur %

J'auray l'honneur de vous dire que, par la grâce de Dieu, par persévérance et conduite pour le recouvrement des viwres nécessaires pour ne pas abandonner honteusement ce poste en perdant le fruit et l'honneur de nostre canonnade, nous avons enfin contraint le Capitan-Bacha, à la teste de l'armée des galères ottomanes , mesmes par l'ordre du Grand- Visir, de faire la paix des barbaresques-corsaires de Tripoly, dont huit de leurs plus forts vaisseaux sont encore dans le port de Scyo, avec deux mille cinq cents hommes de reste de leurs équipages , à condition de mettre en liberté tous les François esclaves qui se trouveront sur leurs vaisseaux, pour estre embarqués sur ceux de Sa Majesté, comme aussy de nous rendre le vaisseaux françois et tout son équipage , pris par lesdits corsaires, au commencement de cette mesme année , et aux autres conditions plus amplement expliquées dans le traité, signé le vingt sept novembre dernier, dont la copie est cy jointe '.

Nous sommes présentement sur l'exécution des premiers articles du traité, de la restitution des esclaves françois, sur laquelle ces corsaires reculent tant qu'ils peuvent, afin de pouvoir mettre promptement leurs vaisseaux en estât, leur ayant esté fournis des masts, cordages et munitions de guerre par les galères, qui leur en apportent journelle-

' Cette dépêche a été commencée le lo* décembre, à la rade de Scyo. {Mention de la main de Du Quesne.) ' Cette copie n'a pas été retrouvée.

ment, et comme lesdits corsaires ne sçauroient naviguer sans les reniés et esclaves chrestiens, ils nous chicanent tant qu'ils peuvent, et nous les pressons fortement sur cela, en ayant desjà cent quarante deux de restitués à nos bords, sans ceux que nous prétendons descouvrir et faire rendre ; et sans les égards que nous avons pour ne pas nous quereller avec les galères, lesquelles n'appuyent pas à mon advis assez fortement cette restitution , nous aurions menacé les corsaires de les insulter à leur sortie. Cependant nous l'éviterons tant qu'il nous sera possible pour Jàire valoir cette paix jusques à ce que le traité en ait esté examiné en présence de Sa Majesté et qu'EUe ait agréable de m 'entendre sur la manière qu'il se faudroit prendre pour retirer les esclaves, ses subjets, qui sont restés à terre à Tripoly, sur les difficultés qui se rencontreront en ne restituant aucun de leurs esclaves , ainsy qu'il est prescrit par le dernier ordre que j'ay reçu du douze de septembre.

Sa Majesté verra aussy une explication d'un article concernant les François qui se sont embarqués à Tripoly sur les vaisseaux corsaires , et qui se sont trouvés absens lors du traicté à Scyo, où l'on nous a opposé mille difficultés, tantost de la part du Grand- Visir, ensuite des corsaires, qui ont demandé au Capitan-Bacha de les laisser aller avec leurs esclaves à Tripoly, et abandonner leurs vaisseaux à Scyo , plustost que de faire la paix, en rendant les François qu'ils réputent leur richesse, et je crois que les Turcs y auroient consenty, sans le dessein qu'il ont fait paroistre d'abord , de se servir desdits vaisseaux, pour lesquels ils ont envoyé de Constantinople des masts, venant de la Mer-Noire, et des cordages , bois de radoub et munitions de guerre.

Il est très certain que sans le secours que leur a donné le Grand-Visir, ces vaisseaux corsaires n'auroient pu se

remettre en estât que dans un très long temps 5 il y a grande apparence qu'ils ne nous rendent les François par cette paix que pour ai^oir la liberté de mettre ces vaisseaux en estât, et les sortir avec seureté , pour servir au dessein du Grand-Seigneur, suivant les avis de Constantinople , qu'il a de se venger de l'affront et du sang respandu de ses sujects à Scjo : cependant lesdits corsaires disent que leur dessein est de retourner à Tripoly.

Nous sommes depuis quatre jours en possession du vaisseau françois, lequel est monté de seize canons. Il est fort joly et ce sera le meilleur des brus lots qui soient sur l' estât , n'y en ayant que deux vieux, en Levant. Quand je Tenvoyay visiter dans le port , on luy trouva tous ses masts et vergues brisés de coups de canon, et quoyqu'il ne fut pas meslé dans le gros des vaisseaux corsaires , il a eu toutesfois sa part dala canonnade. J'en ay donné la charge à mon neveu Du Quesne-Guiton , comme à celuy qui le pouvoit mieux et plus promptement mettre en estât, et le conduire à Toulon , et aller rendre compte de ce qui s'est passé, sur ce que l'on luy fera l'honneur de luy demander. J'ajousteray icy que les esclaves, qui sont présents à nos bords, nous ont tant exagéré le dommage que nostre canonnade a fait aux vaisseaux corsaires qu'à peine est-il croyable , et ce que j'ay eu l'honneur de vous en escrire n'a pas esté la dixième partie de ce que c'est.

J'ay cy-devant cru que dans la fin du mois dernier je recevrois response à la despesche portée par le sieur Le Moteux, ainsy que j'ay eu avis du sieur Gaillard , par Candye , qu'il estoit party de Toulon , et cependant rien n'a encore paru. Je doute fort que ce méchant bastiment La Françoise en soit la cause, et quoyque la fluste le Bien-Venu que j'avois envoyée au Mile (Milo^ n'ayst rapporté qu'environ la moitié

des vivres que le sieur de Garsault y préparoit, je n'ay pu l'y renvoyer que je ne voye cette restitution des esclaves faite , après quoy je seray obligé d'aller ai^ec toute l'escadre audit lieu du Mile et faire passer ladite fluste le Bien- Kenu, avec escorte, jusques au Zante, y charger ce qui reste de vivres et deux cents barils de poudre et boulets et retourner nous joindre audit lieu du Mile qui est le rendezvous oii le sieur Le Moteux doit venir prendre langue pour nous joindre 5 cependant je fais fournir des vivres aux esclaves que je reny^oje en France et ceux de nos équipages qui sont hors de service ou malades invétérés, ou morts que nous remplacerons de ces esclaves rendus, dont j'envoyeray un roole exact au sieur de Vauvré, pour le mettre sur le registre des classes , suivant vos ordres , car ce sont des meilleurs qu'il y aye. Les vaisseaux marchands préfèrent eux-mesmes d'en avoir le choix , sy ledit sieur de Vauvré n'y tient la main , il en eschappera plusieurs ; je l'en advertiray et d'attendre vos ordres, avant que de les sortir de quarantaine , pour en cas que vous trouvassiez bon , ainsy que je n'en doute pas , de nous renvoyer promptement mon neveu avec les ordres sur l'intention de Sa Majesté.

Vous avez esté informé par les dépesches de l'ambassadeur et les miennes que je dois aller avec l'escadre aux Bouches % ou plustost au Tenedos , à cause de la saison , et que pour cet efifect je dois avoir des vivres, pour n'en pas manquer qu'il n'aye eu satisfaction , ou qu'il se rembarque, et comme je dois déférer aux besoins quil aura de nostre séjour audit lieu , et que les affaires à Constantinople à son égard pourroient changer, l'escadre ne doit pas manquer

' Bodgja. Bodgja était le nom turc que l'on donnait quelquefois à l'île de Ténédos. Elle est appelée Bosciada dans le Dictionnaire de la Martinière. (A. J.)

de vwres s'il est vray que quand les galères se seront rendues à Constantinople, l'on mettra l'ambassadeur aux Sept- Tours, ainsy que luy-mesme me l'escrit, et que sur cet advis certain, il dit que je doibs arrester tous les hastimens qui entreront aux Bouches.

J'ay eu l'honneur de vous exposer plusieurs cas semblables par Le Moteux , pour sur iceux avoir 'vos ordres précis , comme estant choses délicates à examiner, c'est pourquoy, Monseigneur, j'espère qu'à l'arrivée des ordres, que j'attends avec impatience, vous aurez pourvu à ce qu'il n'arrive rien contre l'intention du Roy : vous pouvez , s'il vous plaist , rendre ce témoignage que c'est toute mon application de suivre ponctuellement ses ordres : il est vray qu'il faut un long temps pour avoir response , c'est pourquoy j'étends mes lettres, extraordinairement remplies de plusieurs cas, afin que, si vous l'avez agréable, vous puissiez, Monseigneur, m'informer des intentions du Roy.

Quant à l'ordre que j'ai receu du douze septembre qui parle du détachement du vaisseau Le Fort avec deux autres, c'estoit supposé que nous fussions sur les croisières , mais comme à présent que la cause de cette croisière cesse par cette paix , je ne doubte pas que Sa Majesté n'aye aussitost changé d'intention , et présentement ce sera mesme autre chose , car puisqu'il plaist au Roy que l'on oblige ceux de Tripoly à rendre les esclaves françois sans aucun eschange. il faut se mettre en estât de \ewT faire la guerre et avoir les vaisseaux que Von y emploiera tout à fait en estât, n'ayant pas eu le temps pour cela avant de partir de Toulon, ce qui sera très facile à exécuter en y mettant la main à temps, quand vous l'aurez ordonné, et commencer, si Sa Majesté l'a agréable , à faire radouber les vaisseaux le Prudent, l'Eole, l'Indien , ainsy qu'il a esté concerté avec l'inten-

dant et le maistre charpentier. Il y faudroit aussi joindre V Aventurier, et quand mesme ce ne seroit que pour sçavoir ces vaisseaux-là (réparés) que j'ay laissés en mauvais estât, en n'y espargnant rien de ce qui est concerté, je pourrois répondre que le Roy auroit des vaisseaux capables pour la course, contre toutes sortes de nations.

Je crois. Monseigneur, à l'esgard de la paix avec les Tripolins , que si le Grand-Seigneur donne la liberté à ces corsaires de se retirer dans leur port, aussitost qu'ils y seront, si ceux qui gouvernent approuvent la paix, ainsy que c'est leur intérest , ils rompront aussitost avec les Anglois; c'est ce qui seroit fort à souhaiter, avant que de se présenter devant leur ville pour demander les François esclaves, ce qu'ils ne donneront pas asseurément sans équivalent, qu'ils ne soient contraints par forte guerre , ou qu'ils ne voyent un nombre de vaisseaux suffisant pour garder toutes les croisières qu'ils peuvent occuper.

Et aussy par la raison qu'il ne faut pas compter comme un coup sûr qu'il arrive souvent ce qui est arrivé à l'esgard du vaisseau Le Fort, que ces corsaires sont venus chercher, croyant qu'il fust un vaisseau marchand, et mesme qu'ils estoient sortis de Tripoly avec grand empressement , sans avoir donné carenne , dans le dessein de l'aller donner à Scyo , où ils ont un commissaire, qui leur a voit préparé des masts et toutes sortes de choses nécessaires , et leur vaisseau admirai estoit déjà maslé de neuf, et tout prest à donner carenne , quand nous arrivasmes à la canonnade.

Je prends la liberté de vous dire. Monseigneur, que sy l'on ne se dispose comme il faut, en différant quelque temps pour voir s'ils rompront avec les Anglois, puis après prendre la saison pour se présenter devant leur port, pour demander les François, autre condition pour ensuite ne

point quitter la carte , car on ne les trouvera plus enfermés, comme à Scyo. Voilà, Monseigneur, ce que j'ay cru estre obligé de vous dire, pour servir à disposer les choses, quand Sa Majesté l'aura agréable , pour finir cette guerre , sy on la veut pousser à bout.

Depuis le huit de ce mois, que j'ay commencé cette lettre, il a fait de forts coups de vent , qui nous ont empesché de mettre en estât ce vaisseau qui nous a esté rendu par la paix des Tripolins^ sy ce vent se modère, j'espère le faire partir dans deux jours.

Ce pendant nous avons retiré par le moyen du Capitan- Bacha encore dix huit esclaves françois , qui feront le nombre de cent soixante. Il leur en reste encore quelques uns que les particuliers ont écartés , en sorte que ledit Bascha a donné sa parole de les faire restituer, s'ils retournent pour se rembarquer à Scyo sur les corsaires, ou en tout cas à Tripoly es mains de celuy qu'ils m'ont obligé de nommer pour exercer la charge de consul, qui est le nommé La Madeleine, le drogman de la nation françoise à Smyrne, qui nous a servy d'interprète dans le traité. Je iuy donneray un Mémoire pour Iuy servir d'instruction de ce qu'il aura à faire , et des choses dont il devra se donner l'honneur de vous informer, et un formulaire des certificats qu'il devra donner aux vaisseaux corsaires de Tripoly, et ce jusques à ce que Sa Majesté en dispose autrement.

Vous verrez, Monseigneur, par une lettre de l'ambassadeur, du neuf du mois dernier cy jointe, l'empressement où il estoit de la conclusion de cette paix , et sans ceste forte raison, celle des vivres où (nous) sommes à présent, nous contraint de finir avec ces corsaires , et la forte sollicitation du Capitan-Bascha , qui a ordre de ne partir pas de Scyo qu'après que nous aurons fait voile.

Ainsy, Monseigneur, nous le satisferons, par nostre propre intérest, aussytost que j'auray dépesché La Madeleine et escrit à l'ambassadeur que je vais par nécessité de vivres au Mile y attendre les nouvelles de Toulon , pour ensuite remettre le cap au Nord jusques au ïenedos. Je pourray envoyer à Smyrne , en passant , pour voir s'il y aura des nouvelles de Constantinople.

J'escris ce pendant au sieur de Vauvré que les vaisseaux auront besoin de masts, afin que suivant les ordres qu'il vous plaira luy donner, il face par prévoyance ce qu'il faudra , puisque apparemment, après l'affaire de l'audience de l'ambassadeur, ou son rembarquement, toute l'escadre des vaisseaux du Roy ne sera pas pressée de tenir la mer jusques à voir ce que ces corsaires, quand ils seront àTripoly, feront 6i 45 ' sur quoy Sa Majesté prendra des mesures. Cependant l'on aura le temps de bien mettre les vaisseaux en estât, ainsy qu'il le faut pour réussyr, ce qui ne se peut faire mieux qu'à Toulon. A l'esgard de la charpente, on n'a pu trouver, dans tous les magasins de Malte, une pièce de bois pour faire un gouvernail qu'il faudra changer à deux vaisseaux.

Sy je puis, je garderay une barque par laquelle l'ambassadeur veut escrire suivant ce que le Grand-Visir aura résolu , ensuite de cette paix , afin de vous envoyer ses despesches et responses à celles que nous attendons à toute heure de France.

J'ay reçeu une lettre du sieur Gaillard , qui est en Candye. Il me donne advis que le sieur de Vauvré luy mande que sy le Trident est nécessaire à l'escadre , je lui envoyeray une des flustes , ou mesme deux. Nous sommes tous icy en inquiétude de ce retardement , d'autant plus que

' Ces chiflres n'ont pas lenr valeur dans l'original.

nous attendions le sieur Le Moteux, par la mesme barque dans laquelle il a passé 5 c'est pourquoy je prendray la liberté de vous dire , Monseigneur, pour l'intérest du service, que dans de pareilles occasions , les meilleurs bastimens et les plus habiles officiers ne sont pas trop bons.

L'ambassadeur désire sur toute chose que tous les vaisseaux et barques des marchands n'aillent, ny à. Constantinople, ny à Smyrne, que l'affaire de l'audience ne soit terminée ^ cependant les marchands indiscrets supposent que toutes choses sont arrestées avec avantage et qu'ils n'ont qu'à aller librement. Quatre desdites barques se sont échappées de nuit, d'un coup de vent, dont deux sont allées aux rades de Smyrne et deux à Constantinople, ce qui traverse les desseins de l'ambassadeur, et est cause que j'ay envoyé prendre un de ces patrons aux rades de Smyrne et l'ay mis aux arrests à nos bords , pour servir d'exemple , et j'enmène les autres au Mile avec l'escadre, pour les envoyer au lieu de leur destination , quand il sera satisfait.

J'ay différé de fermer cette dépesche à cause que, voyant le vent favorable, j'ay mis à la voile avec l'escadre et par conséquent le vaisseau retiré de Scyo , qui a encore besoin d'un peu de radoub au Mile , où nous sommes arrivés le dix huit, et où j'ay appris qu'il estoit arrivé, il y a huict jours, un bastiment avec un officier, party de Toulon, ayant un paquet de la Cour, et que , ne nous trouvant pas en ce lieu, il avoit changé de bastiment et estoit reparty pour aller devant Scyo d'où j'estois party avec l'escadre. Il est revenu icy où il m'a joint et m'a rendu les dépesches de Sa Majesté , où j'ay sçeu ses intentions et l'honneur qu'Elle me fait d'approuver ma conduite , qui a esté assez heureuse sur beaucoup d'occasions qui se sont offertes très délicates , ou de rompre auec les galères , ou de ne pas réussir en quit-

tant nostre poste a^^ec honte , après l'esclat que t attaque des Tripolins avoit fait sous les forteresses du Grand- Seigneur dans le port de Scjo. Je m'en vais à présent disposer ma conduite, suivant Cintention du maistre , et en donner avis à l'ambassadeur, en luy envoyant la dépesche du Roj-, par un vaisseau exprès, à Smjrne , avec ordre de me venir joindre icy en attendant le premier envoy par le sieur de Beaulieu, pour donner des vivres à l'escadre, pour aller au Ténédos , contribuer à obtenir la satisfaction de l'ambassadeur, ou l'embarquer suivant ses ordres , s'il a la liberté. J'envoye aussy le Bizarre escorter la fluste le Bien-venu aux Zantes, pour nous apporter ce qui y est resté de vin et légumes , vingt miliers de poudre et quelques boulets.

Sur l'avis que j'ay de Malte, du baillj d^Humières^ et du chevalier de T incourt , que les corsaires d'Alger ont rompu le traité par la prise de quatre ou cinq barques et un vaisseau de Saint-Malo , j'ay cru que le vaisseau rendu par les Tripolins avec le nombre des matelots françois^g les dépesches et traité avec les Tripolins méritaient d'envoyer un vaisseau pour l'escorter jusques à une lieue de l'isle de Corse, avec ordre de nous, venir rejoindre en diligence, et pour cet effet je délacbe le Cheval-Marin , commandé par le chevalier de Lhéry , qui s'en acquittera des mieux et qui sçayt la route pour nous rejoindre au Ténédos.

En escrivant cette dépesche , la tartane , laissée à Scyo/ est arrivée , qui ne rapporte aucune nouvelle de l'ambassadeur. L'officier qui estoit dessus a vu partir le Capitan- Bascha avec ses galères , à la réserve de quatre qui y passent l'hiver. Le Capitan-Bascha n'a pu faire sortir du port

' C'était un frère du maréchal d'Humières.

que trois des vaisseaux Tripolins, l'amiral, le vice-amiral et une frégate : les autres ne seront pas si-tost prêts ; ils manquent d'hommes et ne peuvent plus guères naviguer, n'ayant que très-peu d'esclaves chrestiens.

Ces trois vaisseaux , premiers sortis , s'en vont en Candye y prendre des vivres. Ils disent qu'ils veulent aller à Tripoly, et pour cela ils ont embarqué celuy qui doit exercer les fonctions de consul 5 leur amiral et autres capitaines témoignent avoir bon dessein de conserver la paix.

Il est arrivé cette nuit, du 22 au 23^ décembre, la tartane, conduite par le patron Patau, qui m'a rendu les duplicata de la dépesche de Sa Majesté du 16 octobre et celle du 30 octobre et 11 novembre, escripte à Reims, par lesquelles je vois les intentions de Sa Majesté, pour soustenir la gloire de ses armes et l'avantage du commerce de ses subjets es mers de Levant.

Vous aurésvu, Monseigneur, au commencement de cette dépesche , et par celle de l'ambassadeur, en quel estât les affaires estoient avant la conclusion de cette paix : depuis je n'ay reçeu aucune nouvelle de Constantinople . Il se dit icy par des lettres particulières que le Grand-J^isir tesmoigne toujours à l'ambassadeur vouloir avoir satisfaction de l'affaire de Scyo, et comme à sa sollicitation, (il a fallu) avant de me séparer du Capitan-Bacha que je prisse occasion de luy faire dire que j'avois or<//'e du Roy , en cas qu'il n'eust pas l'audience sur le sopha de le rembarquer et de faire sortir tous les François de l'empire Ottoman.

Je ne manquay pas de faire dire à ce Bâcha que je le priois de m'envoyer une personne de sa confidence, ce qu'il fist du comte Barossy , qui estant venu à bord de sa part sçavoir ce que je voulois luy faire dire, je luy parlay en présence du chevalier du Mesné et de quelques autres

personnes, dont l'un d'iceux s'attacha à retenir et escrire cette conversation que je prens la liberté de joindre icy par un mémoire particulier, afin de rendre compte de tout ce dont je me suis meslé dans cette négociation ' .

Il reste véritablement l'audience de l'ambassadeur et le renouvellement des capitulations en faveur du commerce , sur quoy je vois que lé Roj prend le partj le plus seur de faire paroistre en nombre considérable des vaisseaux de guerre , vers les détroits des Dardanelles , et cependant ne faire pas d'actes d'hostilité , sur lequel article vous pouvez remarquer, Monseigneur, que j'ay eu une grande retenue que je continueray jusques à ordre contraire-, sur quoy il plaira à Sa Majesté de décider en cas que le Grand- Fisir eût fait mettre l'ambassadeur aux Sept- Tours , ainsi qu'il en est menacé , de quelle manière il faudroit agir, ou sy je suivray les sentimens de l'ambassadeur. Je puis encore dire que d'agir avec trop d'honnesteté avec les Turcs , c'est leur donner grand subject d'orgueil, et les endurcir dans leur présomption , s'ilfalloit balancer sur ce qu'il y auroit à délibérer; en tel cas il nous faut donc attendre ces convoys qui nous apportent des vivres, et la jonction des vaisseaux qui sont à ^vé%e\\\ partis de Toulon, et le retour de ceux que je suis obligé de détacher pour escorter, contre les corsaires d'Alger, le vaisseau de charge qui va au Zante, et celuy qui escorte le vaisseau qui porte les matelots esclaves, sortis de Scyo. Cependant j'envoye à Smyrne les dëpesches de l'ambassadeur, et je luy escris qu'il prenne ses mesures sur le temps que nous aurons nos vii^res et les convois joints , qui sera environ dans le quinze ou vingt de janvier, dans lequel temps nous avons fait calfater les vais-

' Ce mémoire ne s'est pas retrouvé.

seaux qui restent avec moy , et donner à peu près une demie carenne, et mis nos malades à terre , qui se sont fort multipliés pendant les deux derniers mois à la rade de Scjo.

Nous ne sçaurions prendre moins de temps pour profiter de la jonction des vaisseaux qu'il plaist à Sa Majesté die faire armer à Toulon, puisqu'il est certain que le nombre des vaisseaux, à la veue des Turcs, a son efFect immanquable ^ car si nous avions quitté Scyo , ou V Archipel, après la canonnade, les François auroient esté ruinés dans les Eschelles.

A l'esgard de la guerre à faire aux corsaires d'Alger, il faudroit débuter vigoureusement 5 mon avis est que les vaisseaux que j'apprens que l'on envoyé les premiers de Toulon , estant vaisseaux de ligne , serviront utilement pour mettre à la raison le Grand Seigneur, et à l'établissement d'un traité avantageux \ mais quand il faudra courre les Algériens, il idiViàvdi cailler ces vaisseaux , pesans Je voiles, et prendre ceux qui sont propres à la course ; et comme vous voulez bien que je prenne la liberté de parler sur ce sujet, dontj'ay eu l'honneur de vous entretenir, et ce que j'ay même très-souvent répété par escrit, ce que je vois par ce que m'escrit le sieur de Vauvré, qu'il a entrepris les radoubs des meilleurs de voile \ mais , Monseigneur, ce ne sera pas assez, sans un ordre exprès de Sa Majesté, car je doubte toujours que lesdits vaisseaux ne seront qu'en partie mis dans le véritable estât qu'ils doivent, par exemple le Cheval- Marin, la Syrène et le Fleuron, auxquels il faut encore une médiocre réforme , et mesme à celuy que je monte , ce qui se peut faire dans un mois bien employé , y compris la carène , et que ce soit au creux de saint George , auprès du Lazaret, à la grande rade de Toulon.

Et sy dans le temps que nous employcrons icy l'on tra-

vaille aux dits vaisseaux de Toulon, sçavoir au Saint-ÏLsprity au Prudent, L'Éole, L'Indien, V Avanturier,L! Aimable , celuy qui se nommoit Le Vennandois ', et à L' Aquilon, et ceux de cette escadre, qui feront quinze-, et deux bruslots, le Bien-venu pour hospital , et la Bien-chargée pour l'atti-rail de la carène-, les bruslots, commandés l'un par le capitaine Honorât et l'autre par Serpaut , du département de Rochefort, et non plus pour bruslot. Monseigneur, le sieur de Fruges , qui est un personnage tout-à-fait inutile pour le commandement d'un bruslot; il n'y a pas un capitaine de l'escadre qui n'aist esté employé pour ses desmeslés , sans y avoir réussi 5 je suis contraint de dire qu'il est du service deluy donner un autre employ et mesme dans un autre département.

Le maistre d'esquipage , Vincent Boissier, sert très-utilement dans l'escadre; il est à toutes mains, en sorte. Monseigneur, que, s'il plaist à Sa Majesté me donner un peu de créance dans la disposition de l'armement contre les corsaires d'Alger, et que j'aye l'honneur de le commander, et que les vaisseaux soient commandés par gens choisis ^tii soient manœuvriers, et qui aiment le service de la mer; j'ay autrefois pris la liberté de vous en indiquer quelquesuns auxquels je pourrois adjouster le commandeur Desgouttes , de Pallas , Bidaut , Belle-Isle et de tous les Provençaux Septèmes, et si Sa Majesté y vouloit adjouster mon neveu Du Quesne-Guitton , il n'y en a pas un meilleur manœuvrier, ny plusadventurier, à qui il convienne mieux de monter le vaisseau qui porte ce nom , sy ce n'estoit que le

' Le changement de nom de ce vaisseau parait tenir à la disgrâce du comte de Verraandois, grand-amiral, mort à Courtray, le 18 novembre i685. Quelques rêveurs , niant la mort de ce prince , en ont fait l'homme au masque de fer.

Roy donnast un autre vaisseau plus gros au sieur de Sainl- Mars-Colbert , qui en a grande envie, alors le Sérieux estant vaquant, mondit neveu le monteroit.

Et comme ce vaisseau le Trident, qui est icy, n'est pas meschant voilier, et qu'il y aura seize canons de fer vacans , on les mettroit sur ce vaisseau -, il ne faudroit qu'envoyer le reste de son équipage , et donner le choix audit sieur de Saint-Mars du Trident ou du Sérieux , dont mon nepveu monteroit l'autre, et mettre le capitaine Baptiste sur la fluste, à la place du capitaine Honorât, qui remonteroit son bruslot.

Je proposeray encore un expédient, pour ne pas perdre le temps lorsque nous arriverons à Toulon , de faire promptement sortir des vaisseaux à la mer, pour occuper une croisière. Il faudroit que les vaisseaux nommés, que l'on radoube à Toulon, fussent en estât, notamment le Prudent que je crois que Sa Majesté ne refusera pas au chevalier de Lhéry, que l'on feroit partir par avance avec deux ou trois des plus en estât, en attendant que les carennes des autres fussent achevées, pour suivre peu de jours après. Enfin, Monseigneur, si Sa Majesté a quelque créance en moy, qui n'ay de passion que de voir les choses bien arrangées, pour faire réussir son service dans la Marine, qu'elle n'ayt pas désagréable que je die encore qu'il faudroit n'embarquer point dans ces armemens de course les gardes de marine, qui ne sont d'aucun service, au contraire qui le détournent et occupent la place de gens de service.

J'ajousteray qu'il faudroit augmenter d'équipage à quelques moyens vaisseaux, comme à VÊole, à l'Indien, quarante hommes de plus , au Bizarre et à VAventuner , qui sont les meilleurs de voile, à chacun trente hommes. Vous sçavez que sy ces vaisseaux se rencontroient seul-à-seul avec

un corsaire d'Alger, venant aux coups de main, qui ont des quatre à cinq cents hommes , ils passeroient mal le temps, notamment quand on a de nouveaux soldats, et aujourd'hui que la plus grande partie des équipages se compose de nouveaux matelots \ ce que nous n'avons que trop éprouvé dans cette campagne , où il n'y a eu guères que des canonnades.

Comme aussy, Monseigneur, de ne plus faire passer les valets des officiers dans le nombre des équipages : en vérité cela est contre le service ; il y a long-temps que cela devroit être aboly et donner quelque peu de chose de plus aux capitaines , que ce qu'il en couste au Roy, pour s'en charger.

A l'esgard du retardement de la partance de ce vaisseau qui porte les esclaves, il n'a pas été possible de le faire partir plus tost, tant parcequ'il luy falloit du radoub, du lest , des vivres , le vent favorable et une escorte , lorsque j'ay sçu la guerre des corsaires d'Alger. Ce mesme vaisseau embarque vingt-cinq ou trente Turcs pour servir sur les geirlères de Sa Majesté, qui ont esté fournis par le nommé Misère.

Je dois encore vous dire, Monseigneur, avant que de finir, que je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'envoyer plus de quatre vaisseaux, si vous y comprenez le Trident, armé, sinon cinq, pour composer avec cette escadre le nombre de douze vaisseaux, jusques à ce que l'on sache de quelle manière le Grand-Visir voudra traiter l'ambassadeur, ce dont je vous donneray avis, et s'il se peut en mesme temps celuy de l'ambassadeur.

Il sera très-nécessaire pour suivre l'intention de Sa Majesté de tenir à Toulon les vaisseaux destinés pour la guerre des Algériens, en Testât convenu avec le sieur de Vauvré, dont je luy rafraîchis la mémoire par un estai que luy remettra ce porteur.

Si ces deux convois de Toulon arrivent dans le dix ou

quinze du mois prochain, je m'avanceray jusques aux rades de Smyrne, ce qui sans doute pressera le Grand-Visir àe se résoudre promptement, ou de satisfaire V ambassadeur^ ou de le laisser embarquer et tous les François des Eschelles, ce qui seroit d'une longue exécution.

Suivant que je verray le costé où les affaires pencheront, je pourray convenir awec V ambassadeur de me libérer avec une partie des vaisseaux pour me rendre à Toulon et y recevoir les ordres, mais je n'en feray rien si Testât des affaires ne m'y convie, et que la suite se puisse facilement exécuter.

Je prendray la liberté de vous dire, Monseigneur, qu'ayant appris qu'enfin l'on avoit conclu pour la terre du Bouchet ', dont on est en possession -, mais comme il manque pour le parfait payement d'icelle encore environ cent mille livres, j'ose vous supplier très-humblement d'obtenir de Sa Majesté qu'Elle me fasse la grâce de faire payer cette debte, qui me seroit un fardeau, que je ne pourrois supporter, sans engager ladite terre, ce qui en emporteroit toute la douceur. J'espère cette grâce de Sa Majesté d'autant plus tost qu'Elle me paroist satisfaite de ma conduite en cette campagne. Sa Majesté ne se repentira jamais de cette libéralité.

Je suis avec le respect que je dois, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Du QuESNE.

Dans le port de Mile, Ceste dépescbe fermée le 24 décembre 1681 ^•

' Terre située près d'Étampes. Le Roy en fit don à Du Quesne, et l'érigea en marquisat. La famille du Bouchet, qui a produit les marquis de Sourches , était du Maine ; elle est tout à fait distincte de la famille des Du Quesne. Avec quelle noble et confiante simplicité Du Quesne demande et obtient du roi cette juste récompense!

"^ Ces mots sont de la main de Du Quesne.

LETTRE DE DU QUESNE AU IVIARQUIS DE SEIGNELAY

De l'isle dn Mile (Milo) , ce 14« janvier 1682 '.

Je risque cette lettre par la tartane de Patau , qui a fait un voyage à Smjrne, pour porter le paquet de Sa Majesté pour l'ambassadeur. Je le fais passer par Tripoly, pour rendre une dépesche au Bascha dudit lieu , concernant le traité fait à Scjo, n'ayant pas eu plus tost de bastiment pour cela. Sy l'admirai de corsaire y est arrivé , ainsy que je le crois, n'ayant pas esté prendre du biscuïYàZa Canée ,

' L'escadre de Du Quesne, pour l'année 1682, devait différer pea dans sa composition, de celle que cet officier général avait commandée en 1681. Voici en effet ce qu'on lit, p. 264 v°, vol. n° IJ, Collect. des Ordres du Roy, à la date du i5 juillet 1681 : «Au sieur du Pile. — Le Roy ayant résolu de remettre en mer les vaisseaux qui y sont à présent sous le commandement de M. Du Quesne, et de les y tenir quatre mois entiers, à commencer du i" janvier prochain, vous trouverez ci-joint une liste desdits vaisseaux, ne manquez pas de faire préparer tous les vivres qui sont nécessaires, et de prendre si bien vos mesures qu'il n'y ayt point de retardement de votre part. » Des changements furent apportés à ces dispositions, comme on le verra par la lettre de Seignelay, citée à la fin de la présente lettre de Du Quesne. — Le commerce de Marseille s'était engagé à contribuer aux dépenses de l'armement contre les corsaires ; cela résulte de plusieurs dépêches qu'on lit dans la Collect. des Ordres du Roy, et notamment d'une lettre de Seignelay au sieur Morant (12 septembre i68i, vol. n» LI, p. 333 v°), où se trouve ce passage : a Elle m'ordonne de vous escrire qu'elle veut que vous informiez les députez [de Marseille) , de la résolution qu'elle a pris de continiier l'armement entier des vaisseaux commandés par ledit sieur Du Quesne , et que vous preniez des mesures avec eux pour le paiement des lxxxx mille liv. qu'ils doivent contribuer pour cet armement. » [Lettre du 12 septembre 1681, audit lieu, vol. LI, fol. 535.)

suivant leur projet , afin de croiser quelques semaines avant de rentrer dans leur port. Il a pu estre arrwé quelque nécessité à leurs vaisseaux qui les aura obligés de s'y rendre.

J'ay donc mandé à La Madeleine , qui exerce le consulat, qu'en cas que les Tripolins approiwent le traité, et qu'il les croye bien intentionnés , il m'escrive sans chiffre et m'adresse la lettre à Toulon , et à vous en mon absence , afin que vous informiez la Cour de V estât des choses que vous jugerez dignes quelle scaclie, dont vous garderez, s'il vous plaint, la copie. S'il y a du secret à mandtr il l'escrira en chiffre, ce qui ne sera pas bon signe. Je vous envoiray ledit chiffre, qui est particulier , par la première occasion , n'y ayant pas de seureté par celle-cy.

Sy les Tripolins avaient méchante intention déclarée , ou quelque incident qui méritast absolument que ] eu fusse au plus tost informé, il me renvoyra ladite tartane à Smyrne , où il apprendra du consul sy je seray à Ténédos, pour s'y jendre.

Depuis l'arrivée de la Bien-Ajmée et du Piaillant, nous travaillons chacun à prendre les vivres, qui sont heureusement arrivés à l'exception de ceux laissés aux Zanthes , où j'ay envojé la fluste d'Honorat , escortée du Bizarre, party d'icy , dès le vingt-six décembre dernier, dont je suis en peine.

Vous aurez sçu par l'arrivée de mon nepveu sur le vaisseau rendu par les Tripolins, avec grande partie des e^claves retirés, escorté par le chevalier de Lhéry, que j'apprends avoir passé le phare de Messine d'un vent favorable ; ainsy vous aurez esté informé par ma grande lettre de toutes mes pensées, sur V armement contre les Algériens , et la Cour aura pu décider sur le radoub des vaisseaux propres et le choix des comniandans , pour bien réussir. C'est à

TOUS, Monsieur, de faire ensorte qu'il ne faille pas refaire un ouvrage à deux fois.

J'apprends par les derniers partis de Toulon que le Laurier estait le plus tost prest, et que ce sera luy qui m'apportera les responses et ordres de la Cour, sur les despesches qu'a portées mon nepveu.

Aussitost que le Fort sera de retour icy et Beaulieu qui sont allés à l'isle de Nio , faire justice d'un désordre fait par des corsaires , et le Bizarre avec la fluste , aussitost qu'ils auront pris leurs vi\^res , j'envoiray VEscole au sieur Gaillard suivre vostre instruction , pour y charger de bled, et relour/ze;- ycy prendre l'escorte avec les autres deux flustes chargées une à demj de bled , par Miseré et Lefin de Vallanette , et ce qui se pourra de tonneaux debout et les autres en fagot, dans celles qui seront vuides. D'Aubert restera au Mile, et le capitaine Vincent, et peut-estre le sieur Garsault, commissaire, pour disposer tout ce convoy et le faire partir sous l'escorte de la Bien-Âymée que je renvojerai de Ténédos , avec des àé^esches de l'ambassadeur, si je ne reviens pas avec toute l'escadre , si l'affaire de l'audience est finie. Il n'y avoit rien àe fait au vingt du mois dernier'. J'ay un paquet de l'ambassadeur pour la. Cour, que je ne dois envoyer ^i/e par voye seure.

Si le chevalier de Lhéry arrive, ainsy que j'attends, pour qu'il paroisse qu'il nous sera arrivé quelque secours , après avoir Xaxil dit au il nous en viendrait, (^^euàdiul nous courrons risque de ne paroistre pas au Ténédos en plus grand

' Ce différend ne se termina qu'en i685. M. de Gui liera gués eut enfin son audience du Grand-Yisir; il en fut reçu sur le sopha, à Andrinople, le 28 octobre i685. ( Curiosités historiques , Amsterdam , 1759, tora. I, pag. 5&. — Voir aussi l'Histoire de la Diplomatie française, par M. de Flassan, Paris, iBti, tom. IV, pag. 5o-38 et 90.]

nombre, sinon la Bien-Aimée ', ou le Vaillant , car je ne

crois pas attendre à partir pour Ténédos que Lhéry soit

' La Bien-Aimée était une petite frégate commandée par la Bretesche , capitaine de vaisseau , et destinée à l'instruction des oflSciers subalternes. La lettre suivante, que nous extrayons du vol. LI, Collect. mail, des Ord. du Roy, Arch. de la Mar., adressée au sieur de Vauvré, intendant de la marine à Toulon, fera connaître à quelle époque ce bâtiment alla rejoindre Du Quesne, et pourquoi la composition de l'escadre de ce lieutenant-général fut modifiée.

A Fontainebleau, le xii septembre 1681. — « Le Roy ayant pris la résolution de faire demeui-er en mer le sieur Du Quesne, avec une partie de l'escadre qu'il conxmande, pour faire la guerre aux corsaires de Tripoly jusques au mois d'avril de l'année prochaine, S. M. luy envoyé les ordres, au lieu de revenir à la fin de l'année, suivant les premiers qu'il avait reçus, de rester sur les croisières qu'il occupe, et de revenir à Malte, à la fin de ses vivres, pour y prendre ceux qui luy seront envoyés de Toulon; mais comme, pour terminer le traité qui doit estre fait avec les corsaires d'Alger, il est nécessaire d'avoir trois vaisseaux de guerre , sur lesquels seront embarqués les esclaves qui leur doivent estre restituez, S. M. donne en mesme temps ses ordres au sienr Du Quesne pour renvoyer le sieur marquis d'Amfreville, avec le vaisseau qu'il commande et deux autres de son escadre tels qu'il les voudi-a choisir pour revenir à Toulon. Ne manquez donc pas de préparer les marchandises nécessaii'es pour la carène et le rechange des vaisseaux qu'il faudra renvoyer à Malte dans le commencement du mois de novembre prochain — Cependant, comme M. Du Quesne demeurera avec quatre vaisseaux, un bruslot et une fluste, et que d'ailleurs il faut quelques vaisseaux de guerre pour escorter les deux bastiments qui iront à Malte, S. M. veut que vous prépariez la Bien-Aymée qui ira sous le commandement du sieur de La Bretesche escorter lesdites flustes jusques à Malte, et demeurera jointe audit sieur Du Quesne, jusques au retour dudit sieur marquis d'Amfreville ; et comme S. M. ne veut pas augmenter les dépenses de l'armement entier de cette frégate, elle désire qu'elle soit mise en la place du vaisseau le Fin, avec 5o hommes d'équipage, et, qu'outre cet équipage, il luy soit donné 20 gardiens du port, 20 canonniers entretenus et 20 soldats du port, ce qui fera i to hommes, avec lesquels ladite frégate sera suffisamment

arrivé, estant dans l'impatience que l'affaire de l'audience se conclue.

Je laisseray ordre pour tout ce qui nous viendra joindre.

Informez la Cour de ce que vous jugerez à propos , sy cette lettre vous est rendue avant que vous en receviez de plus fraîche date. Je suis, Monseigneur, de tout mon cœur tout à vous.

Du QuESNE.

armée ; ainsy vous devez vous préparer à faire revenir, dans le t5 ou 2oe octobre prochain , ledit vaisseau le Fin, et verser 5o hommes d'équipage sur ladite frégate la Bien-Aymée. Au reste, S. M. ne veut pas que le voyage que fera cette frégate interrompe le cours de l'instruction des officiers , lesquels ne laisseront pas de s'embarquer dessus, pour estre instruits par ledit sieur de La Bretesche, suivant les ordres qu'il en recevra en ce temps. >i ( Collect. manusc.des Ordres du Roi, vol. LI, aux Archiv, de la Marine.)

Les cinq lettres suivantes ont été communiquées à l'éditeur par monsieur d'Avezac, archiviste de la Marine : elles ont été soigneusement copiées sur les originaux autographes conservés aux archives. M. Jal y a joint quelques notes. (Voyez la Notice historique sur le marquis de J^illette, et sur ses Mémoires y pag. XXXVI.)

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