TROISIÈME LETTRE
Monseigneur,
Le vent d'ès-su-ès m'a servy ce matin pour me tirer de la rade , passer le goulet et courre divers bords , pour essayer le Foudrojant. Il navigue assés bien, et j'espère qu'en le rendant plus léger, par la consommation d'une partie de ses vivres , il naviguera beaucoup mieux. Il tire présentement vingt-six pieds d'eau de son arrière et vingtdeux de l'avant. S'il faut que je mouille à Cadix et que M. le comte d'Estrées y soit avant moy, je le prieray de me laisser libre la seule place où je ne sois point en danger de toucber. Je suis obligé de mouiller icy pour y attendre les autres vaisseaux , qui avoient à prendre les rafraischissements des malades. A quelque heure qu'ils me joignent je remettray à la voile pour faire tout ce que vous m'avés fait l'honneur de m'ordonner. J'ay divers avis de la Manche , qui disent tous qu'il est party quatorze vaisseaux , qui vont aux isles de l'Amérique; que Rooke doit aller du costé du détroit avec vingt-cinq , et qu'ils font divers autres détachements.
Je suis avec respect, Monseigneur, vostrë très-humble et très-obéissant serviteur ,
ViLLETTE-MuRSAY.
De la rade de Camaret, le 15« juin 1701.