QUATRIÈME LETTRE
Monseigneur ,
Je vous ay rendu compte de ce qui s'est opposé à la diligence que je voulois faire 5 je me suis consolé de n'avoir pu estre suivi au mouillage de Camaret , parce que , si je l'avois esté , le coup de vent que j'ay eu à soutenir à l'ancre , me prenant sous les voiles , auroit pu me jetter dans la Manche 5 au lieu que me servant , comme je fais dans ce moment, de la cime d'un vent de nord-ès , j'espère le trouver nord et en suitte N. O., quand je seray au large , qui est tout ce que j'ay à souhaiter pour une prompte traversée. J'ay esté mortifié de n'avoir pu vous renvoyer plustost vostre courrier. Il a pu voir luv-mesme qu'on n'a rien négligé pour le rendre témoin de notre partance, peu de jours après son arrivée icy. J'ay creu , Monseigneur, que vous sériés bien aise qu'il vous en portast la nouvelle.
Je prens les précautions possibles pour le détachement de deux ou trois petits bastiments , à divers airs de vent , pour éviter la rencontre des vaisseaux qui pourroient nous faire des contestations, sous prétexte du salut, et nous engager par là à des actes d'hostilité. Il faudroit pour cela , Monseigneur , qu'ils fussent dans un nombre beaucoup supérieur au nostre 5 mais les instructions et les ordres , qui ont esté ma règle jusqu'à cette heure, le seront en cette occasion. Ainsy je n'ay qu'à m'esloigner des caps, aller reconnoistre la coste d'Afrique , et envoyer à M. le
comte d'Estrées, pour ne me point présenter à Cadix mal à propos.
Je suis avec tout respect , Monseigneur , vostre trèshumble et très-obéissant serviteur ,
Vl LLETTE -MuRSAY .
Sous les voiles, hors du goulet, le 23* juin 1701,
Monseigneur ,
Je suis obligé de vous informer qu'il me manque douze hommes de mon équipage : onze matelots et un soldat. J'avois envoyé un officier à terre , pour en demander le remplacement , parce que ce sont des gens que nous laissons à l'hospital. M. de Chasteau-Renault, ny M. de Louvigny, n'ont pas jugé à propos de le faire -, je vous supplie de trouver bon que, si je trouve des matelots à Cadix, j'y en prenne le mesme nombre. Ce sera un double service à rendre au Roy, parce que c'est un moyen d'empescher que le libertinage de ces sortes de gens ne les engage avec des estrangers, faute de savoir où donner de la teste. M. de Beauharnois se chargera de ce soin.
Sous les voiles, devant Saint-Mathieu, le mesme jour, à huit heures du matin.