GEGY EST MON TESTAMENT
In nomine Patris, et Filii , et Spiritûs Sancti.
u L'estat des affaires et de mes dispositions estant changé par la mort de celuy de mes enfans que je destinois à suivre la profession des armes *, comme ses prédécesseurs et moy avons fait, et à succéder aux biens que j'ay acquis, tant de mes père et mère que de mes travaux et bienfaits du Roy, mon maistre , j'ay reconnu par des marques infaillibles que Dieu veut que le nom et la maison de Coligny prennent fin dans ce siècle et dans ce temps icy ; sur quoy, pour m'accommoder et me soumettre autant qu'il m'est possible aux décrets de la divine Providence , j'ay résolu de faire mon testament et ordonnance de dernière volonté, en la manière qui s'ensuit :
« Je révoque tous testamens que je peux avoir faits jusqu'à présent , et entends que celui-cy seul subsiste et ait lieu et force. Comme je me trouve dans un âge avancé, que j'ai fait quantité de voyages, et essuyé beaucoup de divers périls , aventures et blessures , qui m.'ont souvent obligé à faire des testamens, dont je ne peux sçavoir ni le lieu ni le nombre, je me contente en termes généraux de révoquer tous testamens.
' Le comte de Coligny perdit son plus jeune fils, le 3o juillet 1682 . 11 n'avait que quinze ans , et devait suivre la profession des armes . l'aîné ayant choisi l'état ecclésiastique.
faits, où ces paroles ne seront pas contenues : Nolite conjidere in principibus y in quibus non est salus '.
« Le nombre de ce qui reste de ma famille consiste en quatre enfans , sçavoir : Gaspard Alexandre de Coligny, abbé des abbayes de Saint-Denis de Reims et de l'isle Chau\^et, et trois filles, dont l'aisnëe s'appelle mademoiselle de Coligny, qui n'est point encore nommée, la seconde s'appelle mademoiselle Du Tour, qui n'est pas nommée , non plus que sa sœur aisnée , et la troisième s'appelle mademoiselle de Sémur, qui est nommée et s'appelle.... '.
« La grande apparence qu'il y a que mon fils demeurera ferme dans le choix qu'il a fait de luy-mesme de
' Le texte choisi par le comte de Coligny exprime la pensée qui domine dans ses Mémoires , et qu'il a développée en les commençant (voyez page 2). On prenait alors assez souvent la précaution d'insérer, dans les testaments olographes, un texte de l'Écriture sainte, avec une clause qui annulait les actes de dernière volonté, dans lesquels il serait omis. Nous en avons eu sous les yeux un exemple d'autant plus singulier, qu'il s'est rencontré dans la même famille. Louise Françoise de Bussy-Rahutin, marquise de Coligny, craignait, et peut-être en avaitelle de puissantes raisons , que son père ne lui dictât des actes de dernière volonté. Pour parer à ce danger, elle inséra la clause suivante dans son testament du 8 septembre i685 : « C'est icy mon testament que je « veux estre exécuté et valoir après ma mort , renonçant à toutes autres « dispositions à cause de mort, que je pourrois avoir faites cy-devant, «et à toutes celles que je pourrois faire cy-après, ou par force, ou « par des considérations aulti'es que je ne prévoy pas, lesquelles dis- « positions, aultres que celles-cy, je rends dès à présent nulles et de H nul efiet, à moins que ces mots ne s'y trouvent : Si Dieu est pour H moy qui sera contre ? quand même par les dispositions que je pour- « rois faire à l'avenir je renoncerois précisément à toutes clauses déro- « gatoires, etc. »
' Le nom est en blanc dans le manuscrit.
l'état ecclésiastique , librement et sans aucune contrainte, ce que je luy conseille sincèrement, comme le meilleur amy qu'il ait au monde, et qui par un grand âge et une grande expérience que j'ay des choses du monde et des misères de la vie, joint à la connoissance que j'ay que la révolution et la fin de la maison de Coligny sont arrivées , ce dont je pourrois donner beaucoup de preuves palpables , qui ne serviroient qu'à remplir le papier, et qui ne sont pas nécessaires à rapporter. Je dis donc que je conseille à mon fils, de demeurer dans l'état ecclésiastique, et sur ce pied-là, je fais la disposition de mes biens ainsi qu'il s'ensuit :
« Premièrement , en cas que mon fils continue à demeurer ferme dans la profession ecclésiastique, et considérant qu'en ce cas il a assez de biens pour subsister honorablement , tant de ses abbayes que de la donation qu'Anne Du Tour, sa mère, luy a faite de la terre et seigneurie de Cosson , en Champagne, je donne à mondit fils, Gaspard-Alexandre de Coligny, la somme de quarante mille livres , une fois payée, à prendre sur tous les effets les plus liquides de mes biens, de laquelle somme je le fais et institue mon héritier particulier.
« Je fais pareillement et institue mon héritière particulière mademoiselle Du Tour, ma fille, de la somme de trente mille livres , à prendre aussi sur les plus clairs effets de mes biens ; et aussi pareillement je fais et j'institue héritière mademoiselle de Sémur, Françoise de Coligny, ma fille, de la somme de vingt mille livres, à prendre aussy sur tous les plus clairs effets de mes biens, tant meubles qu'immeubles, et sans
estre sujets à aucunes dettes. Toutes lesquelles sommes seront payées, pour une fois, par mes héritiers universels, ci-après nommés; et de tous mes biens généralement, tant meubles qu'immeubles , je fais, nomme et institue mon héritière universelle mademoiselle de Coligny, ma fille aisnée , par manière d'institution et de substitution , avec prohibition et défense d'aliéner aucun meuble ni immeuble de ma succession , et ayec défenses de faire aucun inventaire.
« Que s'il arrive que contre mon advis et contre ses propres intérests , tant spirituels que corporels , Gaspard-Alexandre de Coligny, mon fils, vienne à vouloir quitter la profession ecclésiastique , ce que Dieu ne veuille pas permettre par sa bonté et miséricorde , ne voulant pas néanmoins le deshériter, ni luy faire préjudice, l'aimant chèrement, en cas, dis-je, que mon fils veuille quitter l'Eglise , ou du moins la profession ecclésiastique, à laquelle il est si propre , et où il fera infailliblement mieux son salut , et sera mille fois plus heureux que dans le monde et dans la Cour, qui ne sont tous deux pleins que de trahisons , de misères , d'inquiétudes et de vices horribles, je l'institue mon héritier universel de tous les biens dont je mourray vestu et saisy, aux mesmes clauses, conditions, institutions et substitutions cy-devant mises pour mademoiselle de Coligny, ma fille aisnée, laquelle j'institue et fais mon héritière particulière, en ce cas, de la somme de cent mille livres, à prendre sur tous les plus clairs effets de mes biens. J'ordonne que mon fils choisira et prendra le party de l'Église, ou du monde, un an après
ma mort, à compter du jour qu'elle arrivera , et que, cette année finie et révolue, il ne pourra plus profiter de la substitution présente en sa faveur, et qu'il sera obligé de s'en tenir à la somme de quarante mille livres, comme j'ay dit cy-devant; car il ne seroit pas juste qu'il jouist en mesme temps des biens de l'Église et de ceux de ma maison , et que demeurant longues années dans l'incertitude de son choix, ilempeschast l'establissement de mes autres enfans; en cas donc qu'il ait choisy dans l'année susdite de prendre ma succession et de quitter l'Église, je luy substitue sa soeur aisnée, mademoiselle de Coligny, en cas qu'il vienne à mourir sans enfans ', et
' Gaspard de Coligny, usant de l'option que son père lui avait laissée, remit au Roi ses bénéfices et prit l'épée. Voici ce qu'on lit dans des Mémoires récemment mis au jour : « Comme l'abbé de Coligny part roissoit ferme dans sa résolution , après la mort de son père , madère moiselle de Coligny, qui d'ailleurs étoit belle et bien faite , parut « dans le monde comme un gi'and parti , et le marquis de Nesle , qui « passoit aussi pour être fort riche , l'ayant fait demander en mariage, (( l'affaire fut conclue au contentement de tout le monde. Mais mal- « heureusement l'abbé de Coligny changea de résolution, et, après « avoir balancé quelque temps , il quitta ses abljayes pour prendre <( une épée. Quoique cela eût fort changé la destinée de mademoiselle « de Coligny, le marquis de Nesle vouloit toujours l'épouser, mais on « avoit bien de la peine à croire que son père , M. le marquis de Mailly, « et encoi'e moins la marquise, sa mère , voulussent consentir à ce <( mariage. » (Mémoires du marquis de Sourches, publiés pour la première fois par Adhelm Bernier. Paris, Beauvais, i836, in-S", II, 214.) Ce mariage eut cependant lieu, et le contrat en fut passé le 22 avril 1687, mais cette union dura peu. Blessé au siège de Philisbourg, le marquis de Nesle mourut à Spire, le 18 novembre 1688, sans laisser de postérité , et la marquise, sa femme , le suivit de bien près , car elle mourut à l'âge de vingt-six ans, le 17 août 1690. Quant à l'abbé, devenu comte de Coligny, il fut mestre de camp du régiment de Condé-cava-
à elle, mademoiselle Du Tour, et à mademoiselle Du Tour, mademoiselle de Sémur, et en cas qu'ils viennent tous à mourir sans enfans , et leurs enfans sans enfans , je choisys et nomme pour mes héritiers universels les pauvres du grand Hôtel-Dieu de Paris , avec défenses à tous d'aliéner, de vendre, ni de partager aucunes des terres dépendantes, ou voisines de la Motte-Saint-Jean, ny aucun des meubles ni des bestiaux que je veux et entends qui demeurent unis à ladite terre, sans en estre jamais séparés, tant que la présente substitution aura lieu.
(( Je veux estre enterré dans ma chapelle de la Motte- Saint-Jean, avec le moins de cérémonie que faire se pourra, ce que je laisse pourtant à la discrétion de ma femmie, si elle me survit, ou de mes enfans. Je désire que, quand je seray mort , on fasse faire pour le salut de mon âme, qui en aura bon besoin, trois anniversaires : sçavoir, un en l'abbaye de Saint-Denis de Rheims, un à la Motte-Saint-Jean, et un autre au couvent des Picpusses de Digoin , en Charollois , et trois aumosnes universelles, qui seront faites à la Motte, les trois premiers jours des m^ois, ensuite de celuy dans lequel je seray décédé, à la manière et de la mesme façon de celle qu'on fait le jeudy de devant la Saint-Simon et
lerie, et mourut, à Reims le i4 mai 1694, «« l'âge de trente-deux ans, sans laisser d'enfants de son mariage avec Marie- Constance- Adélaïde de Madaillau, fille du marquis de Lassaj. Ce mariage n'avait pas été heureux, ainsi qu'on peut le voir dans les lettres de madame de Coligny adressées à son père, que celui-ci a publiées dans la seconde partie de son Recueil de différentes choses , édit. in-4°, impricnée sous Kes yeux dans sou château de Lassay, vers 1 727.
Saint-Jude, à la Motte-Saint-Jean, le tout pour cette fois seulement, et sans tirer à conséquence de fondation.
« Je veux et ordonne que madite héritière, ou mondit héritier, fassent bâtir, avec mes neveux, un hôpital k la Motte-Saint-Jean, suivant l'intention et la disposition de mon père, qu'ils sçavent fort bien, qui est chez un notaire à Bourbon , et que nous avons grand tort de n'avoir pas fait. Je les en charge et la conscience de monsieur le marquis de Coligny ', mon neveu, de la faire exécuter.
« Je donne et lègue à chacun de mes domestiques, qui seront à mon service, une année de gages, outre ce qui leur sera dû au jour de mon décès.
« J'ordonne à mes enfans, s'ils trouvent que je possède quelque chose injustement, de le restituer, et de remettre aussi à mes sujets toutes les obligations qui seront au-dessous de vingt-cinq livres^ par manière de charité, toutes lesquelles choses en général et en particulier, je veux et entends qu'elles soient exécutées selon leur forme et teneur.
« Fait à la Motte , en pleine santé, et dans le meilleur sens que j'aye eu de ma vie, le vingt-neuf novembre mil six cent quatre-vingt-deux; escrit et signé
' Gaspard de Coligny-Saligny, marquis de Coligny, neveu du comte de Coligny. 11 paraît qu'après la mort du marquis de Coligny, qui avait épousé la fille aînée du comte de Bussy-Rabulin , et dont le fils a porté le titre de comte de Langheac, le marquis de Saligny reprit le titre de marquis de Coligny, sous lequel son oncle l'a ici désigné. Le marquis de Coligny avait accompagné le comte dans l'expédition de Hongrie ; il est mort sans avoir été marié , et la comtesse de Montpeyroux, sa sœur, a été son héritière.
de ma main. Je donne la jouissance du revenu de tous mes biens à ma femme, sa vie durant, en cas qu'elle ne se remarie pas '.
U Signé CoLIGNY. »
C'est pourquoy je conseille à tous ceux qui verront cecy, s'ils veullent estre plus soigneux de l'utile que de l'honneste , de s'attacher toujours aux ministres préférablement à toutes choses et au Roy mesme; car, qui est bien avec les ministres, est toujours bien avec le Roy; pour moy, qui ay toujours suivy la maxime de ne m'attacher qu'au Roy, je ne m'en repens pas, quoyque je m.'en sois fort mal trouvé, sans m'en plaindre démon bon maître, que j'ayme et aymeray, quelque peu de bien que j'en aye reçu. Je ne m.e suis jamais
plaint que d'un homm^e, et avec raison, qui est ce b
et ingrat de prince deCondé, qui est le plus meschant homme du monde, m.alicieux, ingrat, avare, trai^^e, et qui n'a rien que de mauvais en luy et d'infâme , si vous en ostez la science militaire , accompagnée pourtant de plus de valeur que de grande science ny jugement , et qui n'a jamais gagné de victoire qui n'ayt plus cousté à la France qu'elle ne luy a profité , car c'est un bourreau qui envoyé les gens à la boucherie, le plus souvent très mal à propos, témoin Senef; il est vray qu'il paye aussy de sa personne, mais ce n'est pas le tout, il faut autre chose que de ne songer qu'à faire tuer des gens j aussy le Roy ne se sert plus de ce boucher-là,
' Anne de Maupas Du Tour, comtesse de Coligny, mourut au château de La Motle-Saint-Jean , le 16 mai i683. [Petits Mémoires.)
et fait fort bien; car il faut qu'un b comme luy
trouve enfin du malheur et en porte aux autres. Il a en son temps plus fait tuer de François , luy seul , que vingt des meilleurs généraux qui ayent esté en France, depuis trente ans. M. de Turenne, qui a plus rendu de services en deux campagnes, que le prince de Condé en toute sa vie, n'a pas tant perdu de gens dans les trois batailles qu'il donna, les deux dernières campagnes, ny dans toutes celles qu'il a données en sa vie que ce
b de Condé en a fait périr dans les deux combats
de Fribourg et de Senef, parce que M. de Turenne avoit une grande connoissance du pays, qui est une qualité essentielle , et l'autre est un étourdi et un écervelé, qui, sans aucune considération du pays où il se trouve , et sans humanité , envoyé les gens à la boucherie.