‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 12 sur 14 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

isroT7E:s

(1) L'embuscade de Monthuchon.

Une tradition, conservée au château de Mesnilaumont, à Saint-Martin-de- Cenilly, dans la famille delà comtesse d'Anjou, dont il sera question plus loin, désigne Antonio et la Grenade comme compagnons du chevalier de Mondérois, dans l'embuscade de Monthuchon. Antonio était d'Appeville et la Grenade de Saint-Jores. Il ne faut point prendre à la lettre l'expression de capitaine de canton qui leur est appliquée ici. La Chouannerie n'avait point encore, à l'époque dont il s'agit, une hiérarchie régulière, si ce n'est dans les papiers de Tétat-major du général de Frotté. Il y avait bien des capitaines de génération spontanée.

— J63 — (!2) L'abbé Lelimousin.

Quand on disait, dans le canton de Saint-Sauveur-Lendelin, qu'un prêtre constitutionnel ne savait point, en commençant la messe, s'il ne serait pas fusillé avant de la finir, on faisait allusion à l'abbé Lelimousin, vicaire du Lorey. Le vendredi-saint (29 mars) de l'anné 1796, devant une centaine de personnes, ce prêtre célébrait publiquement l'office du jour, car le culte catholique et le culte décadaire alternaient alors sans trop de difficulté, même dans un local commun, église le dimanche, temple le décadi. Soudain, quelques hommes armés pénètrent daps l'église. L'officiant est saisi, dépouillé de ses ornements sacerdotaux et -entraîné dans un champ voisin du cimetière. « Demande pardon à Dieu, et songe que c'est grand honneur pour toi de mourir le jour où Jésus-Christ est mort, » lui dit-on. Quelques minutes après, il tombait sous les balles. Les assistants prièrent peut-être pour le repos de son âme, mais ils ne firent rien pour le sauver.

Dans cette commune, les chouans opéraient parfois avec plus de courtoisie. Sur la route de Coutances à Saint-Lo, dans la nuit du 14 août 1797, ils dévalisèrent prestement, malgré ses quatre soldats d'escorte, le carahas, voiture publique, qui portait 24,000 livres appartenant au fisc. Le conducteur et les soldats furent traités avec des égards qui font songer aux brigands de l'Opéra- Comique. La diligence de Saint-Lo à Coutances fut moins heureuse en 1802, au même lieu, comme on le verra dans la suite.

(3) Rébellion dans le canton de Saint-Sauveur-Lendelin.

Dans le canton de Saint-Sauvcur-Lendelin, des rébellions et des mesures sévères accompagnèrent et suivirent la levée de ^oOyOoo J}otnjnes, au mois de mars 1793. Le 17 mars, jour des opérations, le tocsin sonna presque partout dans la région. Les habitants, conduits en certains endroits par la municipalité, marchèrent contre les autorités, réunies au chef-lieu, et les dispersèrent par la force. Le canton fut occupé militairement. La commune de Mesnilbus, qui avait pris la tête du mouvement, perdit son autonomie. Les prêtres réfractaires, signalés comme instigateurs du désordre, furent activement recherchés. Deux furent décapités à Coutances, le 23 octobre suivant, les abbés Lebœuf et Lemoine. Ils avaient été arrêtés, dans une battue, par un de leurs anciens confrères, l'abbé Brision, curé constitutionnel de Saint-Sauveur-Lendelin et revêtu des fonctions municipales. Ces rigueurs laissèrent des ressentiments dont bénéficia la Chouannerie.

(4) Blondel.

On sait que les chouans dissimulaient leur identité sous des noms de guerre : de Frotté avait choisi celui de Blondel et Mme d'Anjou celui de Duchesne.

Le château de Montorgueil, avec lequel correspondaient Duchesne et Blon-

del, était la résidence du prince de Bouillon, commandant des forces maritimes de l'Angleterre à Jersey, intermédiaire officiel entre les chouans et le gouvernement britannique. On peut lire, sur ce sujet, dans Le Correspondant^ d'intéressants articles de Forneron.

(5) La Becquetière.

BougainviHe, qui n'avait point émigré, et qui, pendant la Terreur, s'était caché près d'Anneville-sur-Mer, aux Mielleties, commune de Pirou, obtint, dit-on, grâce à l'intervention de l'amiral Lepeley-Pléville, la suspension de poursuites commencées contre sa femme. Le dossier de celle-ci se trouve au greffe du tribunal civil de Coutances. Ajoutons que La Becquetière s'appelle aujourd'hui Bougainyille. La maison de maître a été démolie.

(6) Le vicomte et la vicomtesse de Bricqueville.

Peut-être y avait-il autre chose que des dissidences politiques entre ces époux mal assortis. Parmi les amis de Dumouriez à Cherbourg, raconte M. de Pontaumont, « la divine vicomtesse » faisait tourner bien des tètes. Or, sur certains chapitres, son mari n'entendait point raillerie. En 1786, dans une fête de charité, au Becquet, M^ne de Bricqueville, secondée par M^le de Percy, l'un des personnages du Chevalier des Touches, de Barbey d'Aurevilly, vendait des bagatelles au bénéfice de paysans incendiés. « Que puis- je acheter ? » lui dit un jeune fou, le marquis de Boisgelin, gendre du duc d'Harcourt, gouverneur de la Normandie. — « Ce qu'il vous plaira. » — « Je voudrais un baiser : combien cela coûte- t-il ? » — - « Dix pistoles. n — Le marquis versa cent livres et prit le baiser. Le lendemain, il dut aller sur le pré avec le mari. Le duel fit du bruit dans Landerneau.

(7) Division du Gotentin.

La division du Cotentin était séparée de celle de Coutances par la route de Coutances à Saint-Lo. La division de Coutances s'étendait jusqu'à la route de Granville à Vire. Là commençait la division d'Avranches.

(8) De Moustier.

Le jeune de Moustier, fils du dernier ambassadeur de Louis XVI à Constantinople, n'avait que 17 ans. Il fut plus tard ministre plénipotentiaire et pair de France sous la Restauration. Il a laissé des mémoires manuscrits auxquels M. de la Sicotière a fait de curieux emprunts dans son ouvrage si plein de choses : Louis de Frotté et les insurrections normandes. i

(9) Château de Pont-Roger.

Le château de Pont-Roger se trouve a-ux confins de l'Avranchin et du pays de Coutances, dans la commune de Saint-Jean-des-Champs. M. de la Sicotière, d'ordinaire si exact, le place à tort près d'Octeville, c'est-à-dire près de Cherbourg.

(10) Landes de Lessay.

Le fief des Landes, à Lessay, dont le vicomte de Bricqueville était propriétaire, rappelle des incidents significatifs, comme peinture de ce qu*on nomme aujourd'hui un état d'âme. Il s'agit des dispositions d'esprit des habitants de nos campagnes pendant la Révolution, dispositions déjà définies à propos du canton de Saint-Sauveur-Lendelin .

De Bricqueville avait tenté de mettre les landes en valeur. Il avait, à cet effet, enclos des champs et bâti des corps de ferme. Mais le public n'y avait point trouvé son compte, car la culture close, c'était la mort de la vaine pâture. Au mois d'août 1789, de toutes les communes du voisinage on se porta sur les fermes nouvelles. Ce ne fut point une rage, mais un sac méthodique. Quand la garde nationale de Coutances arriva pour défendre la propriété, il était trop tard : la destruction était complète. On cherchait l'emplacement des maisons rasées. Les matériaux avaient été scrupuleusement emportés, pour servir ailleurs. Eh bien ! si de Bricqueville avait vécu, il aurait eu sans doute sous ses ordres nombre de ceux qui avaient dévasté son fief. Plus d'un gars du ipAys commença par la Jacquerie et finit par la Chouannerie.

(11) Coigny.

Le maréchal de Coigny, qui détestait les vers, avait pour secrétaire un poète. C'était Gentil Bernard, qui écrivait les siens avec esprit et les récitait avec art. « Surtout point de versification chez moi, » lui avait dit le maréchal. Or, en 1740, au château de Coigny, Gentil Bernard composa le premier chant d'un poème léger, dont le titre est emprunté à Ovide et qui débute ainsi :

J'ai vu Coigny, Bellone et la Victoire.

« C'est une félonie, >> s'écria le vainqueur de Parme et de Guastalla ; « vous aviez juré de ne jamais rimer sous mon toit. » « Mais non sous vos arbres, M. le duc, » répondit le coupable, qui avait commis son délit respectueusement dans la futaie.

Quant à la jeune captive d'André Chénier, un peu moins jeune que ne le dit le poète, elle n'était point la fille, mais la nièce du maître du domaine ducal. Cependant Aimée de Coigny avait souvent passé la belle saison au château, avant la Révolution, auprès de sa cousine, la future comtesse de Sébastiani, célébrée par Chateaubriand dans son Itinéraire. Il y a une quarantaine d'années, si l'on en croit M. de Pontaumont, les anciens du village se souvenaient « de sa chevelure blonde, » surtout de ses allures cavalières. lis l'avaient vue le dimanche, à l'église, escortée d'une duègne en vêtements noirs. Elle préférait Téglise à la chapelle seigneuriale.

(12) Florian.

M. de Pontaumont a publié les vers de Florian, dont le manuscrit est au Roure, dans ses Etudes sur Jes paroisses de r élection de Carentan,

(13) Lemoine.

Le général Lemoine était né à Sauraur. Il fut un des divisionnaires de l'Empire. Son nom est inscrit sur l'arc-de-triomphe de l'Etoile.

(14) Le moulin du GasteL

Au moulin du Castel, Anne Darthenay et Félix Lamache appartenaient à la bande des chauffeurs de Saint-Louet-sur-Lozon, dirigée par Moussel, dit la Madeleine, guillotiné à Coutances, avec dix de ses complices, le 28 mars 1798 (1). Lamache avait appartenu auparavant à la bande des chouans de David, dit la Terreur, de Cerisy-la-Forêt, un beau garçon de 25 ans, qui touche à l'opérette par son feutre à panache et à devises, mais aussi à l'épopée par sa bravoure, son audace et le fonatisme dont il animait ses hommes, à l'instar du Vieux de la Montagne.

(15) Chouans et chauffeurs autour de Coutances, avant la mort du

vicomte de Bricqueville.

Dans la région coutançaise, on chouanna, comme ailleurs, avant la chouannerie, en d'autres termes, avant que les déserteurs, les réfractaires et les mécontents eussent été embrigadés. Cet embrigadement, œuvre des agents du comte de Frotté, s'opéra pendant l'été de 1795. De cette époque à celle de l'exécution militaire du comte de Bricqueville, il y a une année. Cette année-là est l'âge d'or de l'institution chouannique. Les villes ont des garnisons, mais les bourgs n'ont que des gardes nationales, plus riches de vertus domestiques que de valeur guerrière. Muni de son fusil de calibre, don de îa perfide Albion, le chouan passe, la tête haute, dans les villages abandonnés à eux-mêmes. Il ne se contente pas des surprises de nuit, où il apparaît comme dans un rêve ; il se groupe, quand il le faut, en colonne expéditionnaire de cinq à six cents hommes et tient la campagne en plein jour. C'est à la tête de corps de cette importance que le général de Frotté et le comte de Ruays, commandant de la division d'Avranches, visitent les cantons de Gavray et de Saint-Denis-le-Gast, où ils préparent la voie aux chauffeurs. C'est dans les mêmes conditions que le vainqueur de Marigny et de Torigny, du Rozel, de Courson, près de Vire, commandant de la division de Coutances avant d'Hugon, parcourt, de son côté, les cantons de Périers, de Bréhal, de Prétot, de La Haye-du-Puits et de Lessay, où il désorganise l'administration communale et suspend l'action de la justice (2).

(1) Félix Lamache, dit Alexandre, et Anne Darthenay forent arrêtés à la suite de l'assassinat de Santa-Maria^ à Montcuit (1T97), dans lequel une famille entière, la famille Lechevalier, fut égorgée.

(2) Du Rozel traversa, en effet, ces cantons, soit à Taller, soit au retour, au cours des deux incursions qu'il fit dans le Cotentin. Dans la première, il fut battu lu Pont-l'Abbé par les garnisons des villes voisines (décembre 1795). Dans la se-

Des deux «spédhioos Je Ju Razd, on ne redendri que les éf»bodes dk Vesh\ du Plessb et de Feugères. Ou purien ensuite de celles du comte de Frotté et du comte de Rua\'s, et on a;outeni un mot des chauffeurs. ^ Cela esLpUquem Tétat d'esprit des hahîtants de Coutances^ quand le vicomte de Bricque\'iUe y fut passé par !es armes.

Vesly. — L'agent municipal de Vesly, Le Vautire, habitait une ferme sans voisins, à rextrêmité de la commune. Le 27 janxicr 179G, à dix heures du soir, il venait de se mettre au lit... Ses garçons de labour étaient couchés dans une dépendance de Iliabiutton, de Tautre côté de la cour. Ses deux enfants, l'un de trois ans, fautre de quatre mois, dormaient dans la même chambre que lui. Seules, sa jeune femme, Marie Hommeril, et sa vieille mère, veillaient» avec une ser\-ante, autour du foyer. On frappe à la porte : c'est un ordre pressant du gouvernement pourTagent municipal, assure celui qui a frappé. La servante ouvTe sans défiance. Des gens armés, quelques-uns la tigure noirde, se précipitent dans la maison. La ser\'ante effrayée appelle les serviteurs : ils sont déjà cernés et tenus en respect, le couteau sous la goi^. Cependant celui qui est le chef des envahisseurs s'approche de Le Vauffre : « Lève-toî, lui dit-il, le comité royaliste t'a condamné à mort et nous venons pour t'exécuter... » La femme et la mère de Le Vauffre se jettent aux genoux de Thomme qui parle ainsi et offrent de mourir à la place de celui qui leur est cher. Le chef les écoute patiemment sans répondre. Puis, il s'approche du lit, écarte un berceau qui le gêne, et, saisissant Le Vauffre par le bras : « Si tu as du cœur, voilà le moment de le montrer. » Le Vauffre se lève. « Je n'ai jamais î\gi que selon ma conscience, dit-il ; j'espère que ma mort sera vengée... » On le conduit dans son jardin, on le lie à un pommier, on lui met une lanterne allumée au cou, et, au commandement de : feu ! on tire presque à bout portant (1). Bien-

conde, il fat enveloppé par des forces supérieures et dut son salut au voisinage do la forêt de Bricquebec (mars 1796). Ou raconte que ses volontaires portaient des chapelets eu sautoir. On ne dit pas s^ils récitaient souvent le Rosaire.

Avant les deux incursions de du Rozel, pendant Tautomne de Tannée 17d5, dans les cantons dont il est ici parlé, il y avait eu, pour les prêtres constitutionnels et les patriotes, de mauvais jours et surtout de mauvaises nuits. L'abbé Mériel, à Baudreville, Tabbé Bazin, h Montgardon, le receveur des impositions, à Doville, Ângot^ à Lastelle, ne se seraient point inscrits alors en faux contre cette assertion. A Omontville-la-PoIlot. l'ancien seigneur de la paroisse, Ëustace d'Omontville, un rêveur pacifique, un poète humanitaire, avait été traité comme un simple Jacobin. Il est vrai qu'il avait planté un arbre de la liberté en 1789. Les « exécuteurs de la justice du roi, » comme Tun d eux s'intitulait, s'étaient enhardis au point d*attaquer en plein jour un lieu fortifié, défendu par une garnison, le château de Prétot, maison de détention pour les prêtres réfractaires. C'était, parait-il, Le Sauvage d'Houesville, Tami de Florian, qui dirigeait l'attaque. 11 ne s'agissait pourtant pas d'une Pastorale. (Alfred Piquot : Histoire d'Omontville'la'Foliot),

(1) A Vesly, le 15 août 1789, après la messe, ou avait allumé un feu de joie pour fêter l'abolition des privilèges. On s'était même affranchi, sans scrupule et

tôt, il n'y eut plus là qu'un cadavre entre deux femmes éplorées. (Un souvenir de la Chouannerie : Dépêche de V Ouest des 19 et 26 avril 1891).

Le Plessis. — Dans la nuit du dimanche des Rameaux de Tannée où périt Le Vauffre (24 mars 1796), le tocsin sonna au Plessis et à Gorges. Mais la contrée était terrifiée par la récente incursion des chouans de la division de Coutances, dont il vient d'être parlé. Les gardes nationaux ne répondirent point à l'appel de « la cloche d'alarme. » Les Chevaliers du clair de lune, dont la présence avait motivé cet appel, eurent donc beau jeu. Une de leurs « cohortes », celle de la Grenade, selon les gens du pays, parcourut impunément les deux communes et y arrêta quatre personnes, les deux prêtres constitutionnels du Plessis, Guillemin et Charette, l'agent municipal de Gorges, Lefèvre, et le curé constitutionnel de ce lieu, Lehouelleux (1). Ces rôdeurs nocturnes avaient des principes. Ils conduisirent leurs prisonniers à la chapelle de Sainte-Annedes-Bois, au Plessis : « Pensez à Dieu, leur dirent-ils, on ne sait jamais ce qui peut arriver dans la vie... » Les prisonniers savaient bien ce qui devait leur arriver. De la chapelle, on se rendit au quartier de la Blonderie, vers une heure du matin. Là, le chef rangea les patriotes le long d'une haie et désigna quatre de ses hommes : « Chacun le vôtre, dit-il, préparez les crucifix à ressort... » C'était le nom populaire du^mousquet parmi les chouans de la Manche. Quatre coups de feu retentirent et quatre victimes tombèrent. Les meurtriers s'éloignèrent. A quelques pas, le commandant se retourna et vit un des fusillés qui relevait la tête. « Tout le monde n'est donc pas mort par là, n dit-il, et il dépêcha un tireur pour donner au récalcitrant le coup de grâce. Puis, la « cohorte » reprit sa route en chantant :

sans argent, au détriment de la famille Lebrun de Rochemont, des droits seigneuriaux rachetables sur les marais à tangue du voisinage. Mais là s'était arrêtée l'adhésion aux idées nouvelles. — II avait fallu l'intervention de la force armée pour installer le curé constitutionnel, au mois de mai 1791, et pour procéder à la leme militaire, au mois de mars 1793. — Depuis lors, la lutte avait été vive entre les patriotes, a^ant pour chef Le Vauffre, et les fanatiques, ayant pour chef Legastelois, prédécesseur de Le Vauffre à la mairie. — Des excès avaient été inévitables de part et d'autre. En 1795, Legastelois s'était affilié à la corporation de ces hommes discrets qui s'absentaient parfois le soir et, le lendemain, ne parlaient point de leur absence. Ses compagnons, on le voit, étaient intervenus en sa faveur. Il fut plus tard, à Coutances, un des sauveurs de des Touches. Louis XVIII lui accorda une gratification de 50 fr. Ce n'était point le prix de la poudre qu'il avait brûlée.

(1) Il y avait une seconde « cohorte, » dite de La Planquairie. Cette dernière fit^ de son côté, ce que l'autre faisait du sien, mais avec moins d'apparat. A Gorges, Letay et trois membres de la famille Lecoq comptèrent parmi ses victimes. Avec elle, c'était la mort sans phrases. (Lerosey, Histoire de Périers),

^A propos de ces massacres, on a cité, à tort, paraît- il, le nom d'un chouan connu, Roger Leplanquais, de Gorges, le fourrier de la troupe qui délivra des Touches. Leplanquais devint, sous la Restauration, brigadier de gendarmerie à Saint-Lo. Il maintint l'ordre public comme il l'avait troublé, en conscience.

Tu portes Thabit bleu, Tu te bats contre ton Dieu, Maudite république !

Tout le monde n'était pas mort par là, comme avait dit le commandant, même après que le coup de grâce avait été donné. L'abbé Lehouelleux avait seulement le bras cassé et la main trouée. Il se cacha, guérit, et, par la volonté du gouvernement consulaire, fut plus tard au nombre des jureurs conservés en fonction, à la restauration du culte. Il devint curé du Plessis.

Ce qui vient d'être raconté avait eu des témoins. L'un d'eux parla et reçut une balle, partie on ne sait d'où. Les autres se turent. (Enquête de Lemoucheux, juge de paix de Prétot. Reviie cat})olique du Diocèse Je Coutanccs, du -12 janvier 1867).

Feugéres. — On a parlé d'écrire l'histoire de France avec des chansons. La Chouannerie normande fournirait peu d'éléments à cette entreprise. Dans le voisinage de Coutances, la tradition n'a conservé que deux chants de cette origine, l'un des Blancs, celui que répétaient les tireurs du Plessis, l'autre des Bleus, qui porta malheur à deux habitants de Feugéres.

Le 15 mars 1796, à neuf heures du soir. Le Chevalier, maréchal ferrant, travaillait dans sa forge, au bourg de Feugéres, avec son compagnon Fréret. Tous deux chantaient « la chanson des chouans », sorte de complainte qui courait alors les campagnes :

Dors, dans ta maison paisible, Patriote vertueux :

A tes vertus insensible.

Un scélérat monstrueux.

Pour trancher ta destinée, Arme sa main forcenée.

La nuit Ton frappe à ta porte :

Qui va là ? — Chasseurs du roi.

Quand on parle du loup, on en voit la queue, dit le proverbe : Les forgerons l'apprirent à leurs dépens... Des chasseurs du roi passaient. La chanson leur paraît malséante. Ils entrent dans la forge. « On va vous faire entonner un autre air, disent-ils ; commencez par crier : vive le roi ! » « Vive la nation ! » crient les interpellés. « A bas la nation et vive le roi ! » répliquent les chouans qui dégainent. Les deux ouvriers restent sur le carreau.

Gavray. — Dans le district de Coutances, les communes voisines de la forêt de Gavray furent les premières à connaître les chouans. Au mois de juillet 1795, de Frotté, qui aspirait à devenir le roi des genêts du pays, inaugura son commandement en faisant une pointe sur Gavray. Le 10 juillet, il campa dans la forêt, avec ses chasseurs du roi. Le lendemain matin, il força le pont de la Sienne, que les habitants du bourg avaient barricadé, où ils se défendirent

et où ils perdirent deux hommes, le boulanger Loisel et un gendarme. Le bourg vit alors défiler les six cents vainqueurs, quelque peu dépenaillés. Il n'avait pas eu, sans doute, de spectacle aussi pittoresque, depuis le jour où Lafontaine-Rigaudière avait passé par là, en 1639, avec ses Nu-pieds y la veille de la foire Saint-Luc. — De Frotté établit un instant son quartier-général dans l'ancienne vicomte, où les de Brébeuf, de la famille du poète, avaient longtemps rendu la justice. Le soir, après avoir enlevé les armes de la garde nationale et les chevaux de la gendarmerie, il s'éloigna par les mauvais chemins et alla coucher à l'abbaye de Hambye, dans ce coin mélancolique du Val-de- Sienne dont Octave Feuillet a fait le cadre de La petite Comtesse (i).

Saint-Denis-le-Gast et Hambye. — L'hiver suivant, le comte de Ruays, commandant de la division d'Avranches, guidé par Le Poitevin du Moutier, commandant en second de la division de Coutances (2), voulut « tâter » le

(1) A cette expédition se rattache le souvenir du Brutus coutançais, comme ou disait dans le temps.

Fonnard du Hamel, riche propriétaire à Saint-Louet-sur-Sienne (Trelly), avait épousé M"* Lepigeon de Launay^ fille du seigneur du Mesnil-Vilman. A la Révolu lion, il adopta les idées nouvelles et^ de 179:2 à 1794. administrateur du district de Coutances, il ne prit point place parmi les modérés. M"' Fonnard du Hamel, au contraire, resta attachés aux principes de sa famille, surtout quand son père eut été décapité en 1794, comme royaliste. De là désaccord de ménage d'abord, rupture ensuite. Le mari resta à Saint- Louet, l'épouse se retira avec ses enfants à Mesnil-Vilman. Quand de Frotté traversa la forèl de Gavray, Tun des (ils Fonnard , à peine adolescent, se joignit à lui et servit dans les cfievaliers de la couronne, le corps aristocratique des chasseurs du roi. Peut-être n'était-il pas le plus jeune des pupilles de ce corps : Potier du Parc, de Coutances, y gagna ses éperons à douze ans. Quoi qu'il en soit^ aux termes de la loi. le cas était grave. Le père dénonçat-il son fils ? Les Mémoires de Moulin, dit Michelot, en donnent l'assurance. Fit-il son devoir, s'il agit ainsi ? On en discuta. Les chouans furent pour la négative. Deux fois ils tentèrent de fusiller le Brutus coutançais, au pont de l'Ëpinay^ à Cérences, en 1797, et h SaintLouct, en 1799. Ils échouèrent, quoique bons tireurs, mais les tentatives sont historiques. On n'avait pas besoin de cet exemple pour savoir que la guerre civile ne resserre pas les liens de la famille.

(2) La division de Coutances eut pour premier chef un homme d'une rare audace, du Rozel, dont le nom a déjà été cité. Après sa mort au combat de Vengeons (avril 1796). la commandement passa au baron d'Iiugon, d'humeur plus tempérée. D'Hugon avait sous ses ordres deux commandants en second. Le Poitevin du Moutier, de La Colombe, et de La Mnriouze, de Clinchamps. Le major de la division était Boudier de La Valainerie, de Trelly. Un simple paysan. Blin, dit Sincère, de Cérences, était très considéré dans l'état-major, qMoi qu'il n^eût que le grade de lieutenant.

Le Poitevin du Moulier, de La Mariouze et de La Valainerie firent partie du groupe héroïque des Seize, qui enlevèrent des Touches des prisons de Coutances, le 9 février 4799. Après la pacification de 1800, ils suivirent des voies différentes. Brisant ce qu*il avait adoré, de La Mariouze entra, comme officier, dans l'armée consulaire. De La Valainerie l'imita plus tard sous l'Empire, fut sous la Restaura-

canton de Saiut-Denis-le-Gast, réputé à tort favorable à la Chouannerie. Le 19 février 1796, il occupa sans- coup férir le bourg de Hambye où il fit abattre l'arbre de la liberté et enlever le bonnet phrygien, au chant du refrain connu :

Arbre de misère, Bonnet de galère, Plantés par des brigands.

Abattus par les chouans.

La poésie laissait à désirer, mais l'intention était évidente.

Dédaignant le vieux château des Paynel, alors intact, le château dont François Jer avait été l'hôte et dont M. Vacquerie, dans Lts miettes de Y histoire, a écrit la légende, il s'établit fortement au modeste manoir de la Colombière, avec l'intention de rayonner dans les environs.

Le lendemain, au point du jour, il parut au bourg de Saint-Denis-le-Gast, où il voyait un dépôt d'armes à enlever et des caisses publiques à piller. Accueilli à coups de fusil par la garde nationale, il rebroussa chemin, fut poursuivi, mais fit brusquement volte-face à l'avenue du château de Saint-Evremond et dispersa les assaillants. Alors, à titre d'exemple, il lança autour de lui des batteurs d'estrade. On peut les suivre à leur trace sanglante de village en village. A La Gentilerie, Lefranc est considéré comme l'âme de la résistance : fusillé dans sa maison. Aux Camps-de-îa-Cour, Quesnel est rencontré porteur d'une canardière : fusillé au pied d'une haie. A La Davière (Hambye), Baudry refuse de servir de guide : fusillé dans un chemin. On ne parle pas ici des blessés.

Ces rigueurs n'intimidèrent point les habitants. La nuit suivante, ils se joignirent à un bataillon de la garnison de Coutances, sous les ordres du commandant Guibert, et marchèrent avec lui à la Colombière. Après une vive escarmouche, les « rebelles » se retirèrent, emportant leurs morts.

Les incursions de Frotté, de Ruays et de Le Poitevin avaient jeté le désarroi dans la contrée (1). L'heure des chauffeurs était venue.

tion le soldat- laboureur h la mode et mourut au château de Chanteloup, en 1861, à Tâge de 85 ans. Le Poitevin du Montier resta fîdèle aux dieux de sa jeunesse. Louis XYIII lui conféra le brevet de colonel en 1814, mais il n'eut jamais d'emploi ; il vécut dans les plaisirs. Son pied-à-terre de la rue au Grand, à Coutances, savait, dit-on, bien des choses. Quant à Blin, qui resta aussi orthodoxe, la Restauration lui décerna un fusil d'honneur. Cela n'était pas ruineux pour le Trésor.

Puisqu'on vient de parler de Boudier de La Yalainerie, dit Le Silencieux, on se permettra de rappeler qu'il était de la famille de Boudier de La Jousselinière (1634-1723), de Trelly, l'écrivain dont Voltaire cite le nom avec éloge et dont une épigramme, sur la vénalité des offices, est dans la mémoire des amateurs.

(1) Les juges de paix de Saint-Denis-lc-Gast et de Gavray n'osèrent instruire contre les complices des « rebelles. » Effrayés par des menaces secrètes, ils se réfugièrent à Coutances. Pendant plus d'une année, le cours de la justice fut suspendu et la terreur régna dans les deux cantons. Le répertoire des chroniques locales s'enrichit dans celte période. Voici, h. titre d'exemple, ce que racontaient

Les chauffeurs. — La guerre de partisans prête au brigandage. Les détrousseurs, en effet, ont alors beau jeu pour dévaliser les gens paisibles au nom des belligérants. La Chouannerie normmde fit la part large aux malfaiteurs en disponibilité. Le pays de Coutances eut, comme d'autres régions, ses conjurations de bandits. Les conjurés avaient pour but le pillage à main armée. On compta dans le pays trois bandes à réputation sinistre, sans parler de ces heureux du crime qui gardèrent un incognito modeste et échappèrent à la guillotine.

Chaque bande avait sa circonscription de préférence. Celle de Grente, dit Sans-Chagrin, de Percy, instrumentait dans les cantons de Saint-Denis-le- Gast, de Percy et de Trelly. Celle de Prévdy du Mesnil-Rogues, se confinait dans les cantons de Gavray et de Cérences. Celle de Moussel, dit La Madeleine, de Saint-Louet-sur-Lozon, dont le nom a été cité précédemment, opérait dans les cantons de Coutances, de Saînt-Sauveur-Lendelin, de Saint-Jeande-Daye et de Marigny.

D'où sortaient ces brigands ? Ordinairement des classes inférieures de la société, mais parfois aussi d'ailleurs. La bande de Sans-Chagrin avait pour inspirateurs Hasard, dit Cœur-de-Lion, instituteur à Hambye, et Crespin, cidevant curé de Chevry. Ce dernier aurait pu réciter les prières des agonisants aux victimes, mais il ne prenait point une part active aux expéditions.

Ces garçons de minuit ne portaient point un costume de circonstance, comme leurs congénères du mélodrame. Le jour, laboureurs diligents, artisans

nos grand'mèresj sous le manteau de la cheminée. C'est Le dîner de la Vallée j à Mesnil-Amand. Le manoir de la Vallée, autrefois siège de la Graerie de Gavray, c'est-à-dire de « la juridiction des bois, » s'élève sur la Bérance. à la lisière de la forêt, qui passe pour avoir vu tant de choses à l'époque dont il s'agit.

L'un des hommes les plus considérables de la contrée, Plel-Lavallée, conseiller à Tclection de Coutances avant la Révolution, donnait un repas de famille dans son manoir, « le ci-devant jour de Pâques » de 1797. Il attendait quinze parents : il lui survint dix-huit personnes. Il est vrai que les trois derniers venus n'avaient point été priés. C'étaient des inconnus, en armes, dont on devina la qualité à première vue. Ils cherchaient quelqu'un. Chaque convive se crut obligé de décliner son nom. Tout à coup : « Sors de table, citoyen, y> dirent-ils à un vieillard ; « c'est à toi que nous avons affaire. » L'interpellé était un riche propriétaire de Montaigu-Ies-Bois, Tiercclin. Les inconnus l'emmenèrent. 11 ne rentra point vivant chez lui.

« Nous sommes des lâches..., » dit après cet incident l'un des invités, Gilles Piel, commissaire du pouvoir executif ^près la municipalité cantonale de La Haye- Pesnel : « A quinze, nous pouvions avoir raison de trois... » 11 quitte la compagnie, monte à cheval et se rend k Coutances, pour provoquer une enquête. Quelques jours plus tard, il est dans son bureau, à La Haye-Pesnel. Deux hommes, d'apparence inoffensive, demandent à l'entretenir. Il les reçoit et... il est sabré sur place par eux. Ni ses meurtriers, ni ceux de Tiercelin ne furent pris.

Ce récit, vrai dans le fond, parait dramatisé dans la forme.

laborieux, commerçants probes, ils étaient à leur travail, de même que le commun des mortels. La nuit, quand il y avait lieu, ils faisaient en armes, la figure masquée d'un crêpe, des descentes dans les fermes riches et isolées. Les uns se tenaient en sentinelles, les autres frappaient à la porte au nom du roi. Les paysans, surpris, se sentaient si bien à leur merci qu'ils ne songeaient pas même à résister. Ils étaient « atteints d'un coup de foudre. » Ils ouvraient leurs portes et il suffisait d'une escopette pour les tenir en respect. Le maître de céans était sommé de fournir une contribution de guerre pour le trésor de l'armée royale, en expiation de ses prétendus méfaits : achat de biens nationaux, assistance à la messe des intrus ou autres griefs imaginaires. Finançait-il, on lui recommandait la discrétion, s'il tenait à sa peau, et on détalait, non sans menaces de retour. Se montrait-il récalcitrant, perquisition était faite dans son domicile mis à sac. Avait-il pris ses mesures en cachant son argent, on faisait appel à son égard aux arguments persuasifs. Les arguments variaient selon les tempéraments. Dans la bande de Grente, on usait du fusil, du pistolet ou du bâton. Dans celle de Moussel et de Prével, les deux plus féroces, on recourait à la torture, parfois à la torture par le feu, appliquée de façons diverses. Chacun avait sa méthode. Prével garrottait son homme et lui brûlait les pieds au foyer. Moussel, le redouté Moussel, arrosait le sien d'huile bouillante. Le torturé ne faisait point toujours connaître la cachette. Parfois il mourait de ses blessures, parfois il guérissait. Huit fois sur dix, les coupables restaient inconnus.

Dans le pays de Coutances, ce fut un riche laboureur de Lameurdraquière, Jacques Lenoir, qui reçut le premier la visite des chauffeurs. Un soir d'hiver, ils le surprirent au coin du feu, au milieu de sa famille, et lui brûlèrent atrocement les pieds sur les tisons (décembre 1795). A Hambye, dans un endroit désert et sauvage, qui semblait appeler le crime, à côté de la motte du vieux château d'Olivier de Mauny, cousin de Duguesclin, la propriétaire du moulin du lieu, « la citoyenne Duval )>, subit le même supplice que Jacques Lenoir (8 mars 1796). ARoncey, la « citoyenne Lerond », dont le mari avait été adjudant de la garde nationale de Coutances, fut soumise à l'épreuve de l'eau bouillante (23 février 1796). A Saint-Dcnis-le-Vêtu, la « citoyenne Jouvet » fut traitée par la bâtonnade (avril 1796). A Hambye encore, « la citoyenne Allié )> aima mieux être volée que brûlée.

Qui commettait ces atrocités ? Mystère. Seuls, les bourreaux de Jacques Lenoir furent immédiatement connus, saisis et condamnés : c'était la bande de Prével, du Mesnil-Rogues. Celle de Grente, à laquelle appartenait Hazard de Hambye, n'était sans doute point étrangère à ces crimes. Toutefois, quand on l'arrêta plus tard, la condamnation à mort de ses membres fut motivée par d'autres raisons (Tribunal criminel de Coutances, 14 décembre 1797).

Tels étaient les chauffeurs ou garrotteurs, « les rois de l'épouvante » dans nos campagnes.

(16) Potté et Leloutre.

Potté éuit originaire du département de la Haute-Saône. Soldat de l'armée républicaine, en garnison à Cherbourg, il avait déserté et, pour ce fait, avait été condamné à mort par contumace. Son nom de guerre MouslacJje fut relevé par un gentilhomme, de la Mariouze, l'un des chefs de la division de Coutances. Leloutre, également déserteur, était de Vaudrimesnil (Vérusmor).

(17) Expédition de Coutances.

On appelle quelquefois expédition de Coutances la campagne dirigée par de Frotté en personne, du 30 octobre au 4 novembre 1799. Pendant ces six jours, qui parurent longs aux patriotes ruraux, traités par les envahisseurs comme leurs ancêtres du XVe siècle par les Faux visages, de Frotté menaça Coutances dont il voulait, dit-on, forcer les prisons pleines de chouans déférés au tribunal criminel de la Manche. Il menait alors en guerre environ deux mille hommes, dont deux cents à cheval, «. trottant à la façon des garçons de ferme. » Les fantassins cheminaient, le fusil sous le bras, « comme des braconniers. » Les mesures prises à Coutances lui imposèrent sans doute. Il se contenta de défiler devant la ville, à distance respectueuse, depuis le château de Monceaux à Contrières, domaine de son lieutenant Louvel de Monceaux (1), beau-frère de M^e d'Anjou, jusqu'au château de Briouze, au Lorey, dans le voisinage du manoir de Vanloue. Surpris au château du Lorey, dans la nuit du 3 novembre, par la garde nationale mobilisée de Coutances, sous les ordres du commandant Hervieu, il fut le lendemain battu au village de Lafosse, non loin de Hauteville-la-Guichard, entre le Lorey et Marigny, par les troupes du général Gratien, et obligé de rentrer dans ses cantonnements du Bocage. On ne devait plus le revoir dans la contrée. Le combat de Lafosse précédait, en effet, de six jours le coup d'Etat du 18 brumaire, et le Consulat, on le sait, n'était point un temps propice aux héros de petite guerre.

Mme d'Anjou se trouvait au château du Lorey, dans la nuit du 3 novembre, au moment de la surprise. Elle y fut reconnue par l'abbé Guillot, curé constitutionnel de Montpinchon, qui faillit périr dans k bagarre.

Les chouans ne s'imposaient pas une conduite édifiante, mais ils exigeaient

(1) Louvel de Monceaux, dit Monsieur Lebrun, fut « le moins chouan de tous les chouans », en ce sens qu'il n'était point né pour les aventures. Il tient cependant une des premières places dans la Chouannerie. Officier d'artillerie, émigré, riche, il était influent dans la région contançaise par sa famille, et dans le Bocage par la famille de sa femme, née de Bignon. Commandant, en 1799, de la division de Saint- Jean-des-Bois, l'élite de l'armée chouaunique, il fut encore à cette époque le véritable chef de la division de Coutances, qui, dans les expéditions, se joignit à la sienne. 11 devint député de Coutances sous la Restauration. C'était une fin moins pittoresque, mais plus confortable, que celle des gars tombés au coin des bois.

du clergé une orthodoxie exemplaire. Point de quartier aux jureurs, telle était leur devise. Dans l'expédition dont il s'agit, les prêtres constitutionnels, qui se trouvèrent sur leur chemin, passèrent, comme on dit, un mauvais quart d'heure : fusillés sur place comme l'abbé Douville, à Saint-Denis-le-Gast, ou emmenés prisonniers comme l'abbé Héot, de Cérences, et l'abbé Guillot, de Montpinchon. Ces deux derniers étaient au château de Lorey, dans la nuit du 3 novembre, gardés à vue par des camarades peu accommodants. Quand les sentinelles crièrent aux armes, la confusion fut grande au quartier-général^ d'autant qu'on y avait joyeusement soupe la veille, car si certains jours étaient d'abstinence, d'autres étaient de frairie. A la faveur du trouble, l'abbé Héot tenta de s'enfuir : un des gardiens lui brûla la cervelle. Au bruit, un chef accourut : « C'est bien, » dit-il, quand il sut ce qui s'était passé. Or, ce chef avait un compagnon, dans lequel l'abbé Guillot crut reconnaître M^e d'Anjou, mal déguisée en paysan.

M. de la Sicotière assure que l'abbé Guillot périt au Lorey, avec l'abbé Héot. C'est là un meurtre, non par imprudence, mais par erreur. L'abbé Guillot parvint à s'échapper et ne mourut qu'en 1820.

(^8) M»* d'Anjou.

Mme d'Anjou prit, vers 1802, un pied-à-terre à Coutances, où elle abandonna son hôtel de la rue Basse pour un des manoirs capitulaires du Pertuis-Trouard. Elle retrouva dans cette ville deux repenties de sa connaissance, soit dit au bon sens du mot, M^e et Mlle du Hommet, devenues Sœurs de charité. Elle s'était liée avec elles à Cherbourg, avant la Révolution, dans la Société du Becquet, dont le général Dumouriez était l'âme (1).

(1) Avant 1789, Mme d'Anjou avait fréquenté dans la maison de « Messire Jacques Duprey de Pierreville, seigneur de la paroisse de ce nom, résidant à Cherbourg », frère aîné de son premier mari. C'est ainsi qu'elle avait connu Dumouriez. Elle s'était rapidement placée en bon rang parmi les mondaines qu'on appelait Les Muses de M. le Gouverneur.

Selon M. Welschlnger, une autre Coutançaise, Mme d'Agon, aurait compté alors non parmi les Muses, mais parmi les Correspondantes du général. L'historien parle sans doute d'une femme de distinction, M"' Guérin d'Agon, mère d'un jeune capitaine de la division des chouans de Coutances, qui passe pour avoir, au combat de la Fosse, en compagnie de deux sous-lieutenants, Coutançais comme lui, Ënault et Bigot, sauvé, au péril de sa vie, un détachement de l'armée du comte de Frotté, auquel la retraite allait être coupée.

Le jeune capitaine en question devint chef d'escadrons sous la Restauration, chevalier de Saint-Louis et de la Légion-d'Honneur. Les sous-lieutenants Bigot et Ënault durent se contenter alors d'une pension de 50 francs, comme d'anciens serviteurs de bonne maison. En général, la Monarchie légitime ne gâta point les chouans de roture. « Vous ne faites rien pour eux, » disait au comte d'Estourmel, préfet de la Manche, le chef des Seize de l'enlèvement de des Touches, le baron Lemouzin de Saint-Germain, de Marchésieux, ancien commandant de la division chouannique

Quelques-uns des habitués de cette réunion appartiennent au monde de la Chouannerie, à des titres divers : le vicomte et la vicomtesse de Bricqueville, l'abbé de Percy et ses deux soeurs, auxquels Barbey d'Aurevilly a donné, on l'a déjà dit, des rôles dans Le Chevalier cks Touches ; l'ingénieur de Cahouet, allié du chevalier Louvel de Monceaux ; enfin, la marquise de Feu-Ardent, dont la correspondance avec le baron de Cormatin, prisonnier à Cherbourg, vient d'être publiée par M. Welschinger.

Dans ce milieu, où l'on s'ennuyait peu, Mme d'Anjou avait tenté de feiire vivre en bonne intelligence trois personnes difficiles à accorder, Dumonrie:^, sa femrne^ que le général oubliait trop ; Mme de Batwert, sœur de Rivarol, que le général n'oubliait pas assez. Après un échec, elle avait attiré à Coutances Mme Dumouriez, dont la santé était chancelante. Le prétexté, c'était de procurer à la malade les soins d'un médecin célèbre, le docteur Bonté. La cause, c'était de dissimuler une querelle de ménage et de fournir à Dumouriez, l'homme à la mode, des occasions de venir à Coutances, c'est-à-dire chez Mme d'Anjou elle-même. On avait donc sollicité pour Mme Dumouriez une chambre de pensionnaire à l'abbaye des Bénédictines, aujourd'hui le Palais de Justice. Mais l'abbesse, Mme de la Roche-Bernard, soupçonnait quelque chose et elle refusa d'ouvrir sa porte (1).

Douze ans plus tard, Mme d'Anjou était toujours en relation avec Dumouriez, traître à son pays. En 1799, elle lui avait adressé un mémoire militaire, rédigé par le baron d'Hugon, et l'avait encouragé à occuper les îles Saint- Marcouf, à la tête d'un corps d'armée de la coalition, ainsi qu'il a été dit précédemment. Les préparatifs de l'expédition étaient prêts : la viaoire de Zurich arrêta le plan tout net. (Ernest Daudet : Les Bourbons et la secotuie coalition, Welschinger : Dwnourie:(, Cormatin. De Pontaumont : Histoire anecdotique du vieux Cherbourg).

On vient de citer le nom du baron d'Hugon, commandant de la division de Coutances. Ce nom est inséparable de celui de Mme d'Anjou, chez qui le proscrit trouva asile pendant quatre années (2). Leur liaison dura quatre ans

de Carentan : « Vous ne faites rien pour eux, si ce n'est les laisser paisiblement mourir de faim.... » — « C'est déjà quelque chose », répondit le préfet. Vrai ou non, le mot porte.

On pardonnera cette digression, dans des notes qui ne sont qu'une digression perpétuelle.

(1) Les particularités relatives à M"" d'Anjou ont été confirmées ou fournies par une femme d'esprit libéral, qui l'avait connue dans sa jeunesse. Il s'agit de son arrière-petite-fille, décédée au château de Mesnilaumont, en 1892.

(â) Le baron d'Hugon, ancien capitaine au régiment de Beauvaisis, n'était point seulement chouan, ce qui comportait amnistie^ mais encore émigré, ce qui n'en comportait pas. On ignore son origine. Contrairement aux habitudes de ses frères d'armes, il ne prit jamais de nom de guerre.

en efFet. C'était beaucoup au siècle de Faublas, surtout dans un monde mobile où l'imprévu tenait une grande place.

Cette liaison n'est point l'idylle de la vingtième année, comme celle à laquelle se rattache le souvenir du jeune chevalier de Coulonges, tué à Coutances lors de l'enlèvement de des Touches ; mais elle suffit à intéresser ceux qui aiment le roman dans l'histoire. Il est vrai que, dans la chouannerie, ceux-là trouvent largement leur compte (1).

(19) Gérences.

On a souvent accusé les autorités rurales de pusillanimité pendant la chouannerie. Tout n'était pas rose dans leurs fonctions. L'exemple de Cérences, pour être le dernier dans l'ordre chronologique, n'en est pas moins probant.

Dans la nuit du 20 octobre 1799, le baron d'Hugon surprit le bourg de Cérences (2). Il désarma les gardes nationaux du Bureau municipal , enleva un dépôt d'armes et se retira en laissant une menace écrite. Par un placard, signé de sa main, il ordonnait aux détenteurs des pouvoirs publics de résilier leurs fonctions, sous peine de mort. L'agent municipal ou maire du lieu, Lemonnier, grand-père maternel de celui qui écrit ces lignes ; l'adjoint, Closet, et le curé constitutionnel, Héot (3), furent au nombre de ceux qui ne tinrent point compte de l'ordre donné.

(i) A ce point de vae, il y aurait une nouvelle toute faite dans une aventure à laquelle le nom de M*"* d'Anjou fut mêlé. Il s'agit de deux jeunes gens, Lahupe de Larturière, d'Avranches, et Louise Morin, de Goutances. On saie que Lahupe de Larturière. le Bellavidès de l'épopée chouannique, s'évada du Fort-Colin^ à Goutances, le 7 décembre 1797, grâce à Louise Morin, belle-fille du concierge de la prison. On sait aussi qu'il enleva sa libératrice. On sait enfin que les héros de cette équipée eurent pour auxiliaire un adolescent, d'un caractère chevaleresque, Henry Duprey de Pierreville, de Goutances, parent de iM"' d'Anjou. Mais ce qu'on sait moins, parce que cela n'a pas été écrit, c'est l'odyssée des fugitifs, U la recherche d'un asile. Us avaient compté sur une maison hospitalière de Saint-Pair, dont la porte s'était ouverte à plus d'un proscrit. Là habitaient, en effet, à Larture, des fermiers des Lahupe de Larturière, les Norais, tout dévoués à leur jeune maître. Mais la maltresse du logis, une femme aux mœurs austères, ne se sentit point de vocation pour le rôle qu'on lui offrait. Louise Morin apprit à ses dépens que la morale courante a du bon, même pour les jeunes filles.

La famille de la fermière puritaine, aujourd'hui établie à Goutances, garde souvenance de ces incidents domestiques.

(â) 11 agit de même à Muneville-sur-Mer et dans quelques autres communes du voisinage. — A Roncey, ses hommes fusillèrent, à une fenêtre, une curieuse qui les regardait passer. Marie Lafosse-Leterrier. On prétendait que les chouans coûtaient fleurette aux jeunes filles, quand ils n'avaient rien de mieux à faire. Il faut croire qu'ils avaient d'autres préoccupations à Honcey. On en était d'ailleurs aux préparatifs de Vexpédition de Couta^ices.

(3) L'abbé Héot était le frère d'un magistrat pour lequel les chouans n'avaient qu'une sympathie tempérée : Il s'agit de l'accusateur public près le Tribunal cri-

Le 9 novembre suivant, au début de la campagne de Coutattces, mentionnée plus haut, « l'armée catholique et royale du comte de Frotté # occupa militairement Cérences et imposa à la commune une contribution de guerre en vivres et en chevaux. L'agent municipal et l'adjoint se cachèrent. Le curé constitutionnel resta chez lui. Mal lui en prit. Il fut arrêté et, comme on le sait, fusillé au Lorey, quelques jours plus tard.

Après le départ des soldats du comte de Frotté, l'agent municipal reçut de son adjoint, contre des personnes considérables du pays, parentes ou alliées de chefs de chouans, une accusation qui pouvait mener loin. Il s'agissait de complicité avec les envahisseurs. Or, un soir, l'agent municipal fut accosté, dans un chemin, par deux inconnus, qui lui tinrent à peu près ce langage : « Gare à toi et à ton adjoint, si vous avez la langue trop longue. » Lemonnier comprit l'avertissement et se tut. Mais Closet parla. Il parla si haut que Deschamps, juge de paix de Cérences, alors chef-lieu de canton, fut forcé d'ouvrir une enquête. L'instruction n'était point terminée, lorsqu'un incident extra-judiciaire en modifia la tournure.

Dans la nuit du 9 au 10 décembre, vers une heure du matin, on frappe à la porte de Closet, au milieu d'un bourg populeux, où la garde nationale est régulièrement organisée. Une domestique ouvre. Une vingtaine d'hommes en armes, portant le costume connu des chasseurs du roi, pénètrent dans la maison. On saisit l'adjoint qui est couché, on fouille ses armoires et on l'invite à sortir. Son jeune fils se met à pleurer. « Ne pleure pas », lui dit le chef de la bande, « ce sera l'affaire d'un instant ; on te rendra ton père mort ou vif. »

Le cortège se dirige vers la demeure du juge de paix qui est voisine. Deschamps vient de s'enfuir. On examine minutieusement ses papiers et quand on arrive à l'instruction provoquée par Closet, il en est donné lecture à haute voix. « C'est bien, dit le chef, sortons. » Les visiteurs sortent. Les habitants du bourg entendent des coups de fusil et tout rentre dans le silence accoutumé. Le lendemain matin, on trouva dans la rue le corps de Closet troué de balles. Personne n'avait osé bouger dans la nuit (1).

minel de Goutances. Ce dernier, depuis son élection en 1795, avait requis dans cent cinquante-deux affaires de chouannerie ou de brigandage, notamment dans celle de la bande du trop fameux Dauguet dit Franc-Cœur j de Carnet (27 octobre 1798). Il avait fait dresser yingt-six fois la guillotine sur la Croùte-au-Chantre, C'est justice de dire que les vingt-six guillotinés avaient trente-cinq meurtres ou assassinats sur la conscience.

(1) Ce meurtre, raconté d'après les rapports de Nicolas Guillot, juge de paix du canton de Bréhal, enquêteur délégué, ne clôt point la série des vendettas chouanniques dans le pays. Quelques mois plus tard^ le 2 avril 1800, à Heugueville. un patriote tenu pour dénonciateur de chouans, Dubreuil, ancien maire de la commune, ancien administrateur du district de Coutances, était fusillé chez lui, à huit heureé du soir, par quatre bravi^ malgré le tocsin qui donnait Talarme dans

— i79 — (20) Le général Antonio.

Quoiqu'il fût du Cotentin et non de La Calabre, Alain (1) arrêtait les diligences dans les formes consacrées. Il n*y mettait qu'une condition, c'est qu'elles portassent des fonds d'Etat. Scrupuleux à sa façon, il consentait à voler le fisc, dans l'intérêt de la caisse royale, mais non les particuliers, à moins qu'ils ne fussent des patriotes.

Au mois de janvier 1802, à la tête d'une dizaine d'hommes armés, dont quelques-uns à cheval, il s'embusqua la nuit sur la route de Saint-Lo à Coutances (2), non loin du lieu où le fisc s'était vu enlever 24,000 livres, en 1797, ainsi qu'on le sait déjà. Bientôt passa la diligence de Saint-Lo, portant, comme le mulet du fabuliste, l'argent de la gabelle. Mettre l'escorte de gendarmerie hors de combat, s'emparer de l'argent, s'excuser auprès des voyageurs de la liberté grande, disparaître au galop dans l'ombre, ce fut pour lui et les siens l'affaire d'un instant. Le surlendemain, pendant que la police faisait fausse route en arrêtant à Coutances l'horloger Loquet, qui avait joué un rôle consi-

les villages. Blanc-d* Amour fut accusé d'avoir fait le coup, mais couvert par une amnistie. C'était le sobriquet d'un des majors de la division de Saint-James, Âageard, connu par son audacieuse évasion du Mont Saint-Michel.

(1) Un homme de goût et de savoir, épris des choses du passé dans le pays de Coutances, M. Armand Lebrun, a bien voulu dépouiller le dossier d'Alain aux Archives nationales, en vue de cette bluelte. C'est le lieu de le remercier de son obligeance.

(2) Sur cette route, entre Coutances et Saint-Lo, Tombre du chouan continua longtemps de hanter les imaginations. — L'arrestation mouvementée d'Armand de Chateaubriand, le cousin de Benéf en fournirait une preuve (9 janvier 1809). — Tout le monde a lu les pages, non sans apprêt, mais non sans grandeur, consacrées par l'auteur des Mémoires d'outre-tombe au compagnon de son enfance, fusillé à Paris comme conspirateur, malgré l'intervention de la reine Hortense. Les curieux connaissent aussi l'étude moins colorée, mais plus précise, de M. de Contades, sur cette victime d'événements qui rappellent la fatalité antique. Emigré impénitent, agent infatigable du gouvernement anglais auprès de la chouannerie, familier avec la mer comme un contrebandier, courant au danger en dilettante^ Armand de Chateaubriand avait sollicité le périlleux privilège d'apporter en France le mot d'ordre des Princes. Arrêté à Bretteville-sur-Ay, après trois mois d'aventures, après trois naufrages, il avait été emprisonné à Coutances. — Eh bien ! pour le transférer à Saint-Lo, où le comte Costaz, préfet de la Manche, voulait l'interroger. le maréchal des logis Mauduit requit deux brigades de gendarmerie. Ce n'était point Ik, à proprement parler, une escorte d'honneur. On craig^iait, sans doute, qu'il ne restât, le long du chemin, quelques-uns de ces vieux fusils habitués à partir seuls.

Le propriétaire d'une des villas de la banlieue de Coutances possède, sur ce sujet, un document qui a son prix. Ce sont les impressions de voyage de son grandpère^ chargé, comme capitaine, de conduire Armand de Chateaubriand de Saint-Lo à Paris. Ce ne fut point une excursion de plaisance. La voiture versa et le prisonnier, un instant libre, s'empressa.... de relever son gardien, blessé à la tête. Pour un homme qu'on menait à la plaine de (irenelle, c'était du dernier galant.

dérable et trop peu connu dans l'enlèvement de des Touches, Alain et sa bande instrumentaient déjà à cinquante lieues plus loin : ils opéraient avec succès contre ]a diligence d'Evreux et prenaient en poste le chemin de Paris. Arrêtés à Mantes, il furent traduits devant le tribunal criminel d*£vreux, présidé par Dupont de l'Eure, et jugés pour les deux coups de main. Dans les deux cas en eôet, on le répète, les détrousseurs étaient les mêmes. C'était d'abord le politique du groupe, Armand Lcchevalier, d'Exmes, dans l'Orne, le père de l'éditeur parisien, ancien officier amnistié du comte de Frotté, homme de plaisir, mais aussi d'audace, riche naguère, achevant de se ruiner en l'aimable compagnie de la marquise de Férolles, de Fabise, à demi-ruinée elle-même. Après lui, venait un membre de la petite noblesse des Marches de Bretagne, de Châteauneuf, comme lui ancien officier du comte de Frotté, comme lui amnistié, comme lui relaps. Les autres appartenaient au menu peuple de la chouannerie, tels que La Noê, dit Happe-GaktU. Quant à l'Amazone, dont il a été parlé plus haut, elle avait disparu. Quel était son nom ? On en est réduit aux hypothèses. Il ne serait pas trop téméraire de songer à la marquise de Férolles qui, ainsi qu'on le verra, intervenait volontiers de sa personne, quand il s'agissait de remplir la caisse royale et même sa propre caisse. Alain fut acquitté, faute de preuves, malgré sa culpabilité, proclamée plus tard par ses amis. Il en fut de même de Lechevalier, qui se créa un alibi, avec la complicité d'un sénateur. De Châteauneuf et quelques autres furent condamnés à mon et guillotinés.

Cinq ans plus tard, au mois de juin 1807, les acquittes devenaient des récidi\nstes. La ténébreuse afl^re du bois du Quesnay, près de Falaise, où la diligence de cette ville fut arrêtée par Antonio, chef d'une bande organisée par Lechevalier et Mme de Férolles, a été racontée trop souvent pour qu'on la raconte de nouveau ici. Ce fut l'épilogue de cette trilogie de grand chemin, (M. Ernest Daudet : Un dratne politiqtie et judiciaire sous V Empire. — La police impériale),

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