LA RÉFORME DE L'ORTHOGRAPHE
Lorsqti^il y a quelques jours, le hasard me fit ouvrir la Revue des DeuX'-Mondes sur l'élude de la réforme de rortjiographe , par M. Michel Bréal, j'étais loin de m'attendre à Tintérét que m'a causé cette lecture. Et pourtant, il faudrait n'avoir jamais consulté piteusement un dictionnaire sur l'orthographe envolée d^'un mot souvent très usuel pour ne pas comprendre l'utilité de celle révision — peu passionnante, sans doute, mais urgente.
L'ensemble des conclusions de réminent écrivain — plus modéré peut-être que M. Havet et que beaucoup d'autres — parait se résumer ainsi : Simplifier sans détruire, ne faire obtenir force de loi, c'està-dire sanction académique^ qu'aux modifications passées dans un usage journalier, n'admettre enfin que les plaintes résultant d'un référendum en quelque sorte unanime.
C'est, en un mot, suivant son expression même, un sage, un modéré, un centre. Bien que mon tempérament me porte un peu aux extrêmes, je me garde de lui donner tort ; il serait fou de risquer de ne supprimer des complications anciennes que pour leur en substituer de nouvelles et de liguer contre des réformateurs faisant une besogne utilitaire — je devrais dire patriotique — une multitude de gens de 30 à 40 ans, obligés d'apprendre Une nouvelle orthographe alors qu'ils ont eu tant de mal à ne pas savoir très bien l'ancienne.
L'épigraphe d'un pareil travail doit être hardiesse et prudence. Néanmoins, il y a quelque chose à faire» c'est certain. Une idée pareille n'est pas dans l'air depuis longtemps, les fantaisies orlhogra* phiques d'hommes illustres ne sont pas un des petits côtés gais de rhistoire, certaines anomalies enfin ne sautent pas à l'œil plus c lati-> dator tempori$ acti » sans qu'il y ait à s'occuper de la question.
C'est ce que je vais faire — avec une compétence moins grande que l'éminent écrivain j mais avec conscience, modestie, sans parti-pris, en humble qui apporte sa petite pierre à l'édifice commun, faisant le bien pouf le bien, sans souci des conséquences de son acte.
Dans ce travail, que je ferai le plus bref possible, j'étudierai les points suivants : Dans quel sens la réforme doit-elle être dirigée, par qui elle doit l'être, quelles en seraient les conséquences, notamment au point de vue littéraire.
Dans un siècle pressé, où la lutte pour la vie domine tout, il faut assimiler à l'enfance^ le plus vite possible, un minimum de connaissances lui permettant de marcher.
De tous les moyens d'action, le premier à lui faire connaUre est évidemment la langue maternelle sans laquelle tout le reste demeure lettre close pour lui. Donc, cette langue doit être simple, c*est-à-dir6
composée du minimum de signes écrits ou parlés, ne prêtant qu'au minimum d'équivoques.
Les difficultés à vaincre sont ici de deux sortes : Orthographe USUELLE wt Grammaire.
Moins pour les signaler toutes, ce qui demanderait un long travail, que pour indiquer ma méthode de renversement de cette nouvelle Bastille, j'en vais étudier quelques-unes^
Prenons la question ab ovo et faisons la revue de TalpbabeL
Dans pas mal de cas, certaines lettres ont le son de quelques autres ; le tableau ci-dessous le fait voir :
abcdefghijklmnopqrstuvxyz s j c c s É i s
cet s dur ont des sons identiques ; g prend souvent le son de j et suivi de ea ou eo le prend toujours. K n'a jamais que le son de q ou c sans cédille ; q forme double emploi avec ces derniers ; suivi d'un t, t prend très souvent le son de 9 dur ou c cédille ; a; en fin de mot sonne coipme Vs doux ; y fait double emploi avec i et z avec r^ dQux.
Dès maintenant donc, sam changer la prononciatiQn^ c peut dis^paraitre, remplacé par q lorsqu'il sonne ainsi et par $ dur lorsqu'il a le son que lui donne une cédille. Dans les circonstances indiquées ci-dessus, g peut se remplacer parj ; k peu t^ s'éliminer complètement; part(H}t où le ^ a le son d'« dur ou e cédille^ on peut lui substituer 1'^ dur ; X en fin de mot peut se remplacer par r« doux ou mieux par z et n'être maintenu que quand il conserve le son double qui est sa raison d'être ; y peut se remplacer partout par i et 3 doux par ^.
Voilà donc Talphabet débarrassé de c, k^ y, et les lettres qui restent ont chacune un son déterminé, sans ambignité possitde.
Riea que ces simplifications serateot un bienfait pour l'étranger qui apprend notre langue et l'enfant dont le magister meuble le petit cerveau ; mais, p^idant que nous y sommes, allons plus loin.
Vouloir faire du langage écrit la reproduction absolue du langife parlé, comme le veulent lés pbonétistes intransigeants^ ne me parait justiciable que du ridicule. Gascon et Bordelais, Normand et Tourangeau, habitants de communes très voisines même, chacun a souTent une manière différente de prononcer le même mot. Je ne cite que pour mémoire les différences de prononciation résukant de Torgane de chacun de nous. Hais certaines réglés sont, ndanmoins, à peu près constantes, quelles que soient la conformation «t Torigine du sujet, et c'est dans ce phonétisms atténué que se trdu-rent) suivant moi, leis solutions naturelles de la questioài. Les com-^ binais<^s ûmx à deux des 3 voyelles maintenues nous donnent tes 30 formations snivanles :
ae
ea
ta
oa
na
ai
ei
ie
oe
ne
eo
io
oi
ni
BU eu iu au uo
Quand les deux lettres conservent leur son propre i Taide d'un tréma marqué ou sous-entendu, on doit les maintenir ; de même lorsqu'il y a diphtongue comme dans voix. Hais, lorsqu^il y a son unique équivalent à une seule voyelle, à quai boa? Télagage est facile; parcourons le dictionnaire, les mots à simplifier se pré* senteront d'eux-mêmes. Cette méthode peut d^aiUeurs s'appliquer à tous les autres cas d'élimination que j'examinerai plus loin. Exemple : at, ei, œ^ sonnent comme e affecté d'accents divers (balai, peine, œdème). On peut donc écrire, sans modifier la prononciation^ balè, pêne, édème. Œtif peut de même devenir euf et, si f on timi compte de la similitude du son de eu dans ce mot et de Ve muet quand on le fait sentir, ^f qui est encore plus simple. VolUi donc trois combinaisons qui disparaissent devant leur lettre de remplacement e (j'appelle lettre de remplacement d'une ou plusieurs autres, celte qui, prononcée dans les mêmes circonstances et convenablement accentuée, produit un effet identique). Au correspond toujours i é. Dans la série des u, fréquemment cette lettre ne se sent pas. Qu'on écrive qui et que sans t«, quel orateur serait capable d'en faire sentir la différence ?
Faisons maintenant la chasse aux consonnes inutiles. L'fc muet ou précédé de gr, r, t ne se prononce jamais. Dans les autres cas, il se prononce ou n'existe pas, sauf pour almanaeh. Donc, ici, pas de doute, il faut supprimer. Dans combien de cas serons-nous alors débarrassés du th, ce fils du 9 grec, dont nous n'avons que faire, puisque nous ne le prononçons jamais comme les Anglais f
Avec df p, Sy tj j7, en fin de mot, combien de fois le son de la voyelle n'est-il pas intégralement maintenu, comme dans drap, pied, tracas, chez, riz. En allant plus loin, dans les mots en eux^ imaginera-t-on jamais, sauf pour plaisanter, de faire sentir Vx final. Que font ces lettres, surtout «, a?, j, qui, dans certains cas, peuvent faire confondre singulier et pluriel ?
Je ne dis rien de l'm et de Yn qui produisent toujours un son nouveau, comme qui dirait une nouvelle voyelle. Leur maintien s'impose. Je remarque seulement que an et en ont le même son, sauf lorsque en est précédé d'un t, comme dans les pronoms possessifs. Pourquoi deux combinaisons pour un son unique et ne pas remplacer partout en par an ? Quant au t qui termine fréquemment ces mots, je le verrai partir sans aucun regret. Les liaisons avec les mots suivants se feraient sur Vn aussi bien que sur lui. C'est affaire d'habitude. Que ciiaque assemblage de lettres ait donc toujours le
même son et quUI n'y ait qu'an son correspondant à chaque assemblage de lettres f
Quant au redoublement des consonnes, comme quelques-unes se font plus ou moins sentir, suivant les gens et les latitudes, je suis partisan — comme en toutes choses d'ailleurs — d'une prudence extrême. Hais est-il possible d'admettre qu^on écrive vill&, vrilk, mille, estampille? Je n'ai jamais entendu qu'une seule fois faire sentir 17 double de villageois. Pour comble de malheur, le coupable était un mauvais acteur de province qui jouait Nos Bons Villageois^ de Sardou ; le mot revenait souvent et c'était insupportable. Ce n'est pas faire tort à la langue que de la débarrasser de ces puérilités.
Passons au gros morceau, la Grammairb.
Ici, plus que jamais, de la prudence ! En touchant à la pierre angulaire de la maison, gardons-nous de la renverser. Aussi ne vais-je toucher qu'à des points d'usage plus que de fond, dont beaucoup auraient pu trouver place au chapitre précédent.
Voyons les genres et les nombres.
Pour les genres, l'usage est un grand coupable. L'attribution d'un genre aux objets inanimés est une bêtise. L'introduction d'un genre neutre, entraînant tout un cortège d'articles et de nouvelles terminaisons d'adjectifs, n'y pensons plus ; prenons le mal tel qu'il est et contentons-nous d'y chercher un palliatif.
Puisque Ve muet est la caractéristique ordinaire du genre féminin, pourquoi ne pas étendre le principe et le supprimer partout où il termine un mot masculin, adjectif ou substantif? jamais il ne se prononce. Beaucoup de mots féminins continueraient à se terminer sans e muet ; mais, quand il y en aurait un, on serait fixé. Bien des incertitudes si fréquentes chez des personnes — même de moyenne culture intellectuelle -^ disparaîtraient, et des gens, souvent plus intelligents que de plus lettrés, seraient moins exposés à dire : la belle âge, la grande orage, etc. (pour nous a;, oraj^ etc.)
La féminisation de certains mots (abbé, abbesse ; prophète, prophëtesse ; accusateur, accusatrice), en altère profondément la finale. Pour ceux-là, du moins d'ici à bien longtemps, ne demandons rien, même pour simplifier. Ce serait trop nous écarter de la deuxième prescription de notre principe : hardiesse et prudence ; constatons seulement qu'il est étrange de voir dire mineur y mineure ; accusateur^ accusatrice; tricheur ^ tricheuse.
Quant aux mots masculins au singulier et féminins au pluriel, d'un genre dans leur simple, et d'un autre dans leur composé, comme orgue, fins et confins, il va sans dire que je proteste contre cette monstruosité.
Pour le pluriel, des usages passés en règle grammaticale ont
amené de nombreases exceptions à la règle de Ys. Nous avons des plnriels en eux^ aux^ etc. — Je demande un signe unique... et je propose le z à cause de la liaison douce qui joint un mot pluriel à la voyelle suivante. Inutile d'ajouter que dans les mots terminés en <, x^ z (sauf dans les cas très rares où la lettre se prononce comme fils, sens, anthrax) ces lettres disparaîtraient pour ne laisser aucun doute.
Dans la phrase parlée « quel tracas affreux » par exemple, comment savoir si la personne qui parle n'a qu'un souci sur Fesprit, ou en a plusieurs comme ce n'est que trop fréquent.
Dans les mots précités, fils» sens, etc., on ne peut rendre prononçable le z que je voudrais leur voir ajouter au pluriel, mais on peut toujours récrire, ne serait-ce précisément que parce qu'il n'est là que pour la régularité de l'écriture, pour la symétrie. Mon procédé fait donc disparaître l'anomalie de deux formes pour une même idée et d'une idée qui ne peut pas s'exprimer.
Je sais qu'on va me dire : avec votre système, vous écrirez chevab au pluriel. Eh bien, mais, pourquoi pas? Quand on y serait fait, serait-ce plus étrange que cheyaux? J'ajoute d'ailleurs que c'est parce que des transformations, en apparence fort simples, entraînent souvent des modifications dérangeant les plus vieilles habitudes, qu'au chapitre des voies et moyens, j'insisterai pour des précautions d'une prudence extraordinaire. Du reste, si bizarre que soit une transformation, l'enfant à qui elle supprime trois ou quatre pages de grammaire et la possibilité d'un pensum s'y habituera vile.
Uniformité dans les règles, réduction du nombre de lettres, voilà ce qu'il faut. Ce dernier point seul est plus sérieux qu'on ne croit.
M. Raoux, professeur à l'Académie de Lausanne, et l'un des promoteurs du phonétisme, s'exprime ainsi : (j^ rappelle d'abord qu'un statisticien a calculé que sa méthode supprime un quart des lettres) c Si l'on admet que sur 35 millions de Français, un million, en terme moyen, consacrent leur journée à écrire ; si l'on évalue le prix moyen de ces journées à 3 fr. seulement, on trouve un milliard sur lequel on économiseiait 250 millions par an. ^ Par d'autres considérations, ce chiffre serait même plus que doublé, j'admets qu'il faille en prendre et en laisser; au moins, dans les premiers temps, il y aurait des obscurités à vaincre ; de plus, la littérature — une de nos meilleures denrées d'exportation, ne l'oublions jamais — en pourrait souffrir momentanément ; mais, sur 250 millions, si on en gagnait seulement 100, n'y aurait-il pas de quoi faire bien des forteresses et nourrir bien des pauvres ? Une expérience — modérée, je veux bien — ne serait donc pas à dédaigner.
L'écriture des phonétiques de cette école est d'ailleurs trop abrégée, j'en conviens ; de plus, elle fait revivre d'anciens signes abandonnés aujourd'hui. An devient a avec une sorte d'accent circon-
— lit —
fleie eC langue sMerit iag. L'écriture à la main s'en mêlant, le désordre serait lAea è craindre arec ce système* L'idée n'est, du reste, pas nouvelle. J*ai sous les yeux les quatre premiers if&rs de la Mort d'Hippolyte^ ainsi transcrits par un des pères du phonétisme, Restif de la Bretonne, mort en 1806, et les signes raiployés sont presque ceux de M. Raoux. Je ne pais pas ne pas faire obser-* Ter que Restif de la Bretonne était prote d^mprimerie et comme tel intéressé aux simplifications orthograpbiques.
Je proteste en passant contre le symbole pluriel attriiMié aux noms de nombres dans certains cas, deux cents faommes, deux cents francs, etc. Ces mots ne peuvent éveiller d'autre idée que celle d!ttn pluriel et n^ont besoin d^aucun signe pour être reconnus.
On pourra s'étonner qu'avec l'aHure un peu révolutionnaire de cette étude, }e ne pourfende pas nos bons ennemis les participes. Pourtant, je n'en ferai rien. En relisant avec soin leur iBâextUè cède, je l'ai trouvé si bien fait, si précis, que je n^ai pas osé y toucher. C'est méticttleux, mais logique. Si nous ne nous entendons pas toujours avec eux, c'est notre faute et non la leur. Moins indul*gent que moi, M. Bréal dit que puisque jamais l'on ne fait sentir ¥ê dans < les navires que j'ai \\xs arriver, » on peul l'éliminer. Si éminent que soit mon contradicteur, qu'il me soit permis de lui faire observer que c'est ici la prononciation qui ^ tort. J'ai toujours la bonté du manque d'éner^e devant un préjugé quand je prononce sept heure nn quart au lieu de sept heures un quart.
Pitié aussi pour les imparfaits du subjonctif. Ils sont gauches, cacoptHmiques, laids en un mot. Mais si on supprimait tout ce qiii est laid, ça mènerait trop loin.
Il y a donc beaucoup à prendre dans le pbonétisme. Ce n'est que de sa pratique exagérée et hâtive qu'il faut se garer.
Bien que très incomplète, j'arrête ici men étude de détail poulr poser ainsi les principes de mon système :
lo A chaque signe écrit correspond un son prononcé et un seul. Leur liaison est indissoluble ;
90 Dans l'extrême limite du possible, un caractère unique précise les genres, un antre précise toujours les nombres.
Evidemment, toute exception ne disparaîtra pas, mais en suivant le i^s possible cette double loi, avec des tolérances transitoires pour certaines habitudes anciennes, principalement les consonnes euphoniques, on arrivera, sans à-coups, à un bon résultat pratique.
Pour l'étranger, pour T^ant surtout, l'étude de la langue sera .simplifiée. Or, ne l'oublions pas, sauf dans les œuvres d'imagina* tion et pour les artistes du langage, la langue n'est qu'un instrument, rien de plus. C'est la machine avec laquelle on produit^ mais ce n'est ni le travail produit lol-«)ême, ni la vapeur qui fait tout
marcher* Simplifioiis doûc rappareil. Pas de moolares ni d^ome* ments inutiles^ inais de bons cylindres et de bons pistons*
La partie de la littérature pour laquelle on redoute le plus une transformation de ce genre est la poésie. En souffrirait-elIe autant qu^on le dit ? Je ne croiâ pas. Si l'œuvre du poète n'était qu'un puéril alignement de syllabes, sans caractère spécial, ne s^adressant pas à Tesprit d'une façon particulière, oui I mais, Edeu merci, notre prétendue décadence n'en est pas là. La forme peut s'en aller, l'idée reste quand elle est belle. D'ailleurs, le système proposé maintien*âr^iit la généralité des sons réellement prononcés, et puis la langue et même la poésie ne se sont-elles jamais transformées? Dans dds temps qui n^ont rien de préhistorique, n'écrivait-on pas a^e, phaniosme, etc. ? Parce qu'au deuxième acte des Plaideur» exploit et lis9it riment ensemble (la réforme de l'imparfait n'a été définitivraient sanctionnée qu'en 1835), faut-il mettre Racine au panier ? D'ailleurs, dans toutfô les langues, la poésie a des licences sans lesquelles elle ne pourrait vivre. Souvent Vs disparait de je croi«, je vois, je tiena, pour le faire rimer avec un singulier. Boileau écrivait à volonté avw et omcqu^ ; entore, garde ou perd Ve final suivant les cas et les hiatus des vers antérieurs à Malherbe ne les empâcfaent pas d'éire beaux. La poésie se transforme comme le reste. Les enjambements de Hugo n'eussent jamais été de mise au xvir siècle, et les magnifiques vers sans césure au sixième pted de Hichepln encore moins.
A vraidirOitout se transforme, s'^rgit, se simplifie, et si tes transformations proposées aujourd'hui effraient, c^est parce qu'elles sont groupées et qu'avec la hâto et la logique de notre époque, les promoteurs de Pidée veulent la pousser à fond et vite.
Ces derniers mots m'amènent aux moyens. Vouloir, oomma le propose H. Bréal, faire quelques réformes en 1900, puis quelques autres en 1930, me parait verser dans l'excès contraire. Je penche pltitât pour la méthode suivante, qui aurait le mérite d'entretenir le Vieil édifice de la langue sans réfection brusque et d'habituer pro* gressivement aux réformes projetées.
Chaque année, à époque fixe, en septembre, par exemple, k cause de la rentrée des classes et de l'apparition des premiers idmanadii, l'Académie publierait la série des mots supprimés, introduits ou modi« fiés par une commission composée comme je vais le dire tout à l'heure.
Il en résulterait une liste *^ bien plus courte q^^on ne croit -«^ de mots dont l'orthographe serait changée. L'ancienne forme resterait toujours provisoirement facultative. Tous les dix ou quinxe ans^ par memple^ paraîtrait une édition populaire du dictionnaire où sernient définitivement admis les motè et au besom les formes grammaticales sonis victorieaseaent dd ce stage public. Cette sanction ne chan^^e^
rait, da reste, rien au rôle habituel de la haute assemblée qui esi bien plus de sanctionner que d^innover. Ce à quoi je tiens surtout, dans mon idée, c^est à la liste annuelle des changements et à répoque de sa publication.
Je ne voudrais pas que des académiciens dans la commission. La présence de professeurs de chant ou de déclamation de notre Conservatoire national m'y parait également nécessaire, à titre d'experts pour toutes les questions délicates de prononciation. Certains mots, en effet, sont assez difficiles à émettre correctement pour que des habitudes vicieuses se soient introduites dans leur articulation. Bien des discordances entre la prononciation et l'écriture n'ont pas d^autre origine.
Une fois orthographe et prononciation d'accord, le mot serait confié à un phonographe ce qui lui donnerait une forme officielle, un ne varietur en un mot, pour quelque temps du moins. Comme exemple, on peut citer le mot exquis. Il suffit d'avoir un peu chanté pour savoir que dans un passage difficile il a de la chance s'il ne devient pas esquis. Je sais des chanteurs suffisamment lettrés qui ne se gênent pas pour si peu.
A propos des amputations de lettres téméraires (dans l'espèce Ve muet), M. Bréal cite les mots vanvresy membres de l'Institut qui deviennent de plus en plus souvent vanv', memb* de l'Institut. Cela tient à ce que la prononciation de l'r est une grosse petite question. Orateurs, acteurs et chanteurs le savent bien. Dans beaucoup de cas, il faut absolument le rouler, ce qui se fait d'un coup de langue, au lieu de le prononcer guttural. MaLs toutes les bouches ne le peuvent pas et le ténor Ponchard lui-même, une des gloires du chant français, n'y est jamais bien arrivé. Soit dit pour prouver que la question de l'introduction d'une prononciation quasiH)fficielle vaut qu'on s'en occupe.
Il est évident qu'avec la phonographie des mots difficiles par des spécialistes autorisés — après mise en concordance de l'orthographe et de la prononciation — on arriverait à habituer tout le monde à une grande uuiformité d'articulation.
Ce ne serait pas la moins utile fonction de ce comité — non d'appauvrissement et de désorganisation de la langue comme le qualifieront certains timides — mais d'entretien et de rajeunissement.
Composé des meilleurs spécialistes, n'admettant que les mots et formes de langage — populaires ou savants «-*- qui lui paraîtraient absolument rationnels, ce ne serait pas une commission de vandales et d'iconoclastes, mais d'architectes dévoués à ce vieil édifice de la langue française auquel ils doivent leur gloire et auquel, je l'espère, d^autres la devront longtemps encore i
Paul WMVWATnwm.
BRECEY
Par M. V. BRUNET, de Vir»e.
Brécey (Breceinnif Burceium, Braceium^ Breceyum), chef-lieu de canton de Tarrondissement d^Avranches (Manche), se trouve à 16 kilomètres N.-O. de cette ville, sur la route d'Avranches à Vire, à la jonction de quatre routes anciennes. Il possède 2,441 habitants et comprend seize communes. Brécey couvre les deux flancs de la belle vallée de la Sée. Cette commune « est bornée à Pouest » par la rivière de Bien ou du Baudet ; au nord par le ruisseau des » Parfondes ; à Test par quelques cours d'eau, dont l'un s'appelle T^ Fontaine-à-la-Belle. La Sée la divise en deux parties, de l'est à » l'ouest, et sépare deux coteaux, l'un assez escarpé, l'autre assez » étalé; on la passe sur le Pont-Roulland et le Pont-de-Pierre ou :» de Brécey. Le sud est une ligne idéale tracée parallèlement à la » rivière sur le coteau de la Butte-Julien. Le paysage de cette com- 9 mune reçoit une physionomie particulière des sapins épars dans » la campagne ; son beau point de vue est du côté de Celland, sur » la Butte-Julien (1), » appellation qui évoque le prénom du premier seigneur de Brécey, du nom d'Amphernet, Julien d'Amphernet.
D'après l'historien du Mortainais, M. Hippolyte Sauvage, Brécey remonterait au vu* siècle et aurait même reçu son nom des Gaulois. Plusieurs voies antiques sillonnaient son territoire ; une première agglomération se forma au lieu dit le Vieux-Bourg : plus tard, ses habitants émigrèrent et créèrent le bourg actuel (2). Une nouvelle église fut fondée et le patronage appartint à l'abbaye de Savigny (3). H. le chanoine Pigeon a narré dans un chapitre magistral les grandeurs et les vicissitudes de l'église de Brécey : nous y renvoyons le lecteur (4).
C'est à une distance de deux kilomètres du bourg actuel que se trouve l'ancien fief de Brécey. Dès l'origine du fief, un château-fort
(i) Âvranehin monumental et historique, 1. 1, p. 228.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4) M. le chanoine Pigeon^ V Eglise de Brécey au XV^ siècle*
s^éleya en cet endroit. C'était, du reste, l'usage des seigneurs de ces temps héroïques :
Chacun d'ds selunc sa rechesce Feseit chastels è fortdesce (1).
Le château féodal se trouvait-il au lieu où se voient actuellement les restes du château de Françoise d'Ampbemet ? C^est possible, mais à cette heure aucun souvenir matériel, ni même oral, n^en reste. Il fut possédé et habité par les premiers seigneurs de Brécej. C'est probablement ce château qui fut remplacé par celui dont les débris considérables inspirent aujourd%ui au touriste le plus vif regret. Nous savons qu'an incendie consuma, vers 1515, les archives du manoir de Brécey, mais il n^est point prouvé que le château lui^-méme ait été détruit, et par conséquent qu'une construction intermédiaire ait été érigée. L'existence de deux châteaux est donc seulement établie.
Quels furent dans Porigine et jusqu'à Julien d'Âmphernet Pimportance et les revenus du fief de Brécey ? Nous ne pouvons résoudre cette question, les aveux faisant défaut. Un fait se dégage cependant : le fief de Brécey était un des grands fiefs du pays. Nous verrons, en effet, ses possesseurs figurer, les uns, comme témoins, à de nombreuses chartes, les autres marcher de pair avec les grands feudataires du domaine de Mortaio. Aussi Michel de Brécey laissa-til à son gendre le domaine de Brécey, composé du fief de ce nom, des Genetais, de Hontigoy, de Fourcinette et de Celland.
Avec la famille d'Ampheraet, Brécey devient un des grands fiefs du comté de Hortain.
En effet, Julien d'Amphernet, gendre de Michel de Brécey, incorpore deux vavassoreries au fief à lui échu par mariage : la Poupelinière et la Bedouyniëre. De plus, les seigneurs de Brécey joukent à cette époque d'un droit bien précieux, très recherché au temps de la féodalité, savoir <c le droit de patronage en l'église de Celland. :»
L'aveu le plus complet que nous possédions de Julien d'Amphernet est du 15 mai 1532.
li nous parait utile de décrire l'œuvre de Françoise d'Amphernet : le château de Brécey. Nous emprunterons la description qu'en a ^donnée M. Edouard Le Héricher dans VAvranchin monumental et historique ; c'est, du reste, la seule qui existe à notre connaissance.
« La disposition générale du château offre deux façades à fronton infléchi ; par derrière, deux pavillons peu saillants, et, par devant, une aile en partie refaite et la naissance d'une autre aujourd'hui
(1) Wace^ Roman de Bou»
déiraite. La construction est généralement plate et rectangulaire. Les seules ornements qu^on puisse signaler sont les modillons des corniches, des linteaux sculptés, des prismes encadrés, des platesbandes et des écussons. L^entrée principale est plus simple que celle du château de Ducey et n^'a pas de perron. Les matériaux sont le granit qui forme les reliefs et une brique très mince qui remplit les fonds et communique à tout Pédifice un air pittoresque et original. Comme à Ducey, les caves sont fort belles : ce sont des yoûtes robustes aux arêtes fines et bien filées, sur des parois robustes. Oà y remarque une salle, peut-être une salle de bains, dont rélégante cheminée est portée par deux sveltes colonnes doriques monolithiques. La partie la plus grandiose de Tédifice, quoi«qu'elle soit dure à Toeil, est l-escalier central carré qui s'élance des eaves jusqu-aux combles sur ses quatre piliers carrés, avec des volées alternativement simples et doubles, bordées d'italiennes, les simples portées sur des voûtes à quatre travées peintes en grisaille, et les doubles appuyées au mur. Au rez-de-chaussée sont les salles & manger. Une d'elles, naguère encore, était toute brillante de peintures éi'Jatantes, de guirlandes pendantes en bois sculpté et de dorures délicates. Ce beau revêtement et ce plafond splen jide ont été récemment vendus à une descendante des de Yassy. Au premier étage, on distingue surtout la salle des Gardes avec ses beaux trophées antiques, ses poutres revêtues d'arabesques bleu et or, avec des H et des Y croisés (i), ses lambris en grisaille, sa fastueuse cheminée à cariatides et à colonnes, ses statues, entr'autres la Force et la Paix (2). Dans les combles, on peut admirer de beHes charpentes.
» Le château de Brécey, comme celui de Ducey, fort remarquable en lui-même, est surtout précieux comme type dans les dévëloppeooeats et les altérations de l'architecture. Il appartient à cette décadence de ia Renaissance dont le Palais du Luxembourg est le modèle, et dont Jacques Debrosse est Tarchitecte. Sous la régence de Marie ** de Hédicis s'introduisit en France le genre italien qui altéra la Kenaissance, ce. gracieux compromis entre deux grandes architectures. Le pilastre succéda à la colonne, Pove à la fenêtre et à la rosace, la corniche aiguë au chapiteau, Tare en berceau à la voûte semicirculaire ou ogivale, le relief en bossage remplaça les sculptures, 4a balustrade^ à l'italienne, remplaça la broderie ouvragée. Une sécheresse régulière succédait à une richesse folle et exubérante. A cette époque, de 1600 à 1620, s'élevèrent le Luxembourg, la
(1) Chiffre 4e8 Vassy-Mont^pininery.
(2) Cette cheminée monumentale ornç s^iyourd^hi^i Vune des saUes du châte^ju féodal de Bonnefontaine, appartenant à M. le vicomte de Guiton, maire d'Antrain.
grande salle des Pas-Perdus, le Val-de-Grâce, le Portail de Saint- Gervais : c'était Pépoque des Delorme, des Lescot, des Dacerceau, des Debrossé, architectes habiles qui connaissaient la statique, et Yignole, mais qui n'avaient pas Pimagination puissante et riche des artistes du passé. :»
Avec Jacques de Yassy, fils de Françoise d'Amphernet, les fiefs possédés par lui dans le comté de Mortain sont partagés entre ses enfants. Il acquiert cependant le fief de la Forêt-Auvray.
Son fils aîné, Gabriel de Yassy, conserve les fiefs de Brécey, de la Forêt-Auvray, du Touchet, de Saint-Yigor et du Gast ; mais, par suite de son mariage avec dame Claude du Bois, marquise de Pirou, il néglige son château de Brécey pour s'installer au château de Pirou, placé dans un site grandiose, à quelques pas de la mer, et restauré pour la circonstance. C'est dans cet antique manoir que, d'après les actes contemporains, Gabriel de Yassy et Claude du Bois vivent de la vie des grands seigneurs, menant un train considérable : aumôniers, tabellions, écuyers, majordomes, etc. Hais il faut ajouter aussi que, dans le château de Pirou, tout le monde vit sur le pied de la plus grande cordialité ; l'existence rappelle les temps bibliques. Non seulement les maîtres du manoir servent fréquemment de parrain et de marraine aux enfants de leurs domestiques ; mais on les voit aussi laisser inhumer dans le sanctuaire de l'église, au milieu d'eux, les vieillards qui ont vécu au service de la famille. Touchante égalité de la part de gens à qui la postérité ignorante reproche sans cesse Tamour de leur caste !
Les descendants de Gabriel de Yassy, par suite de dotations à leurs frères, ne conservent plus de leurs fiefs primitifs du comté de Mortain que Brécey, Touchet, le Grand-Celland, Yirey, la Tourelle, Jaulest et Husson.
Le dernier des barons de Brécey, Louis Marie de Yassy, néglige Brécey et Pirou. Après son mariage avec demoiselle Ledin de la . Chalerie, il transporte ses pénates au château de la Chalerie, à Domfront, où il vit en gentilhomme campagnard. Il fait opérer les plus grandes réparations au château de Brécey ; mais il n'y vient que rarement. Et au moment de la tourmente révolutionnaire, il abandonne sa patrie et erre pendant nombre d'années sur la terre étrangère.
Rentré en France, il meurt à Grainville-sur-Odon, le 30 août 1832.
Au moment de la Révolution, le château de Brécey fut dépouillé de tout le mobilier qui le garnissait, Les archives furent portées en partie à Sainl-Lo, les autres pièces furent perdues. Le château et les terres qui en dépendaient furent nationalisés et vendus à un négociant de Granville, d'où elles passèrent en d'autres mains.
Le château est aujourd'hui dans un état de délabrement inouï. Les beaux lambris, les revêtements, les ornements architectoniques ont disparu; les vitres des fenêtres et les fenêtres elles-mêmes n'existent plus; elles sont remplacées par des planches ou des treillis de paille.
Tous les touristes qui ont visité Brécey ont consigné leurs observations sur la triste situation de son château : (a Ses plantations ont été abattues, s'écrie H. de Gerville, et la démolition du château est avancée. » L'Anglais Hairby, Le Héricher et Fulgence Girard s'indignent à qui mieux mieux devant Tincurie du possesseur de Brécey. Hairby surtout se laisse aller, malgré le flegme britannique, à une terrible sortie contre ces mesquins bourgeois qui ont remplacé les grands seigneurs : « Ce qu'il y a d'excessif, ajoute-t-il, c'est que là » où les pas des hommes d'armes retentissaient naguère à Brécey x> et où le clairon appelait au combat ou à la chasse, l'ignoble coq "» de basse-cour reste maintenant comme seul habitant et chante » pour tourner en ridicule, dirait-on, tout orgueil et toute granit deur humaine. »
M. le chanoine Pigeon, dans VHistoire du Diocèse d'Avranches^ constate aussi le triste état de Brécey. Cependant, il manifeste encore une lueur d'espérance au sujet de cette ruine. Nous l'enregistrons sans compter sur sa réalisation : « ... Quelle belle demeure peut » encore devenir ce château s'il tombe un jour dans une main in- . » telligente et riche ! »
Les de Brécey
Bien que le château primitif de Brécey ait dû exister antérieurement au X"" siècle, c'est seulement dans la seconde moitié du XP qu'un sire de Brécey apparaît pour la première fois sur la scène de l'histoire. En effet, lorsque Guillaume, duc de Normandie, fait appel, en 1066, à la bravoure de ses chevaliers pour conquérir l'héritage du roi Edouard revendiqué par Harold, les châtelains du pays s'arment pour cette entreprise et partent sous la bannière de leur comte, le vaillant Richard d'Avranches. Le sire de Brécey réunit ses vassaux, abandonne son fief et s'en va combattre aux champs d'Hastings.
Cepeadant Wace ne Ta pas inscrit dans son Roman de Rau ; mais Dumoulin, Hasseville, Pitard, de Gerville, Le Héricher, Desrochest et récemment encore M. le chanoine Pigeon, ont réparé cette omis-^ sion. Non seulement, tous ceux-ci comptent le sire de Brécey au nombre des conquérants de TÂngleterre, mais encore de G^ville et Tabbé Desroches indiquent la situation des fiefs qui lui furent octioyés par Guillaume. Ils s'appuient, du reste, sur le cadastre de la conquête, le Domeêday^Baoky appelé avec raison, par H. le Héri* cher, <L le terrible Livre du Jugement. » Il résulte, en effet, de ces diverses sources que le sire de Brécey reçut, dans le Worcesters* hire, des fiefs importants qui furent Tapanage de ses descendants. Au commencement du XIX® siècle, ces fiefs étaient aux mains de M. Lygon, membre du Parlement.
Nous ne pouvons dire ce quUl advint du sire de Brécey. Il rentra sans doute en Normandie avec ses nombreux compagnons ; et Pinstallation définitive des siens en Angleterre ne commença peut-être qu'à répoque où les possesseurs de fiefs en Normandie et en Angle^ terre durent opter, c'est-à-dire *aprës 1204. Signalons toutefois un fait, c'est que, immédiatement après la Conquête, ou à une époque rapprochée, la famille de Brécey se divisa en deux branches : Pune qui resta à Brécey et Pautre qui s'établit en Angleterre (1).
Ajoutons qu'une profonde obscurité recouvre la généalogie de la famille de Brécey. En effet, nous donnons simplement une énumération des noms des seigneurs de Brécey, sans pouvoir indiquer leur parenté.
Jean de Brécey et beaucoup d^'autres chevaliers de Basse-Normandie suivirent, en 1098, le duc Robert Courte-Heuse à la Croisade. Jean de Brécey portait pour armes : « d'hermines au lion de gueules rampant (2). »
(1) « Au nombre des bienfaiteurs du monastère de Sainte Valburge^ fondé par » Hugues d'Àyranches, dans la ville de Ghester, nous retrouvons Nigel de Brécey. » Mais ce seigneur et ses descendants, qui firent aussi des largesses aux abbayes » de Montmorel et de Savigny, ainsi qu'au chapitre d'Àvranches, ne possédèrent » jamais le fief où s^éleva Péglise paroissiale. Guillaume le Conquérant )e donna, » conime une propriété qui lui appartenait, au seigneur dé Fotigères tftii l'avait » suivi sur la terre anglo-saxonne.
> Peu après, Raoul de Fougères fit don de l'église de Brécey à Rannlfe de Virey, » son vassal, qui la céda en 1134, à son abbaye naissante du Plessis. Ranulfe » réfusant dans la suite de donner une partie dés terres promises aux religieux àe » Savigny, venus au Plèssis, les moines se retirèrent à Tabbaye-mère efi Iféfe. > Les propriétés de Tdbbaiye de Virey, qui compta moins de trente années d*exisi tence, retournèrent en grande partie à l'abbaye de Savigny et en particulier à » l'église de SaintrMartin de Brécey. (M. Pigeon, L*Egli$e de Brécey au XV* tiède)»
(2) Masseville : Hietoire du Mont Sain^Michel, t !•'•
Eiides de Brécey iSgare comme bientaiteur à l'acte de donation de rald)aye d^Aunay-sur-Odon, en Tan 1131. e: Item ex dono Eudonis de Brecé duos ocras terrœ apud Vianam (1). »
Avant Tan 1189, Robert de Brécey et denx grands fendataires du duché de Normandie, Foulques Paynel, seigneur de la Haye- Pesnel et de Hambye, et Guillaume de Tracy souscrivirent comme témoins à la charte de confirmation octroyée à Mortain, par Henri II, roi d^Angleterre, aux religieuses de PAbbaye-BIanche, de Mortain(2)«
Ce$t probablement ce même Robert de Brécey qui donna, vers cette époque, aux religieuses de Tabbaye de Savigny sa terre de la Gentrerie, située à Brécey, avec un pré et ses dépendances (3). Il se retira ensuite à Tabbaye de Savigny^ où il revêtit Thabit de moine et s^eodormit dans la paix du Seigneur. Après son décès, ses frères intentèrent un procès à Tabbaye de Savigny, relativement aux concessions faites par le défunt Puis, convaincus quMIs n^auraient point gain de cause, ou revenus à de meilleurs sentiments, ils résolurent d^approuver les actes de leur frère (4).
Hamel (ou Hamelin) de Brécey, figure au rôle de TEchiquier, en 1195 : te Hamel de Breceio reddit comptum dedmœ XX librarum (5). i»
Henri de Brécey et Richard de Brécey devaient chacun, en 1204, .au roi, le service de trois soldats (6).
Hamelin et Guillaume de Brécey rendent hommage à Philippe- Auguste pour leur fief sis dans le comté de Mortain (7).
Vers cette époque, Hamelin de Brécey4onna aux moines de Montmorel un quartier de Iroment à prendre sur son moulin de Mesnillard. Cet acte fut confirmé en 1210, par une charte de Guillaume,
(t) Gailia CAriffûma, t. XI, inst. p. 90; Nemtria Pia, f. 7^. Jnmntaire ^ammaire de* Archivef départementaieg antérieures à 1 790.y série H. Abl)»ye d'Aunay, p. 1. Ijt €laliia ChrieHana meattoime parmi les sifpaataires : £udes de Brécey -et Henry de Brécey ; le Neuetria Pia ne fait aucune meotion de ce dernier.
(2) Pttard, Nohiliaire dueûtnfé de Mortain ; ulules Tardif, hwemtaire deê monuments htstofiqnes des Arcfnees de VESmpire,
(3) Charte de Hobert de Brécey, sans date, par laquelie il donne anx reliffieux de 'Savigny sa terre nommée la Gentrerie, avec un pré et ses dépendttnoes, situées à Brécey (CartUlaire de Savignff), M. Id chanoine Pigeon, Histoire eu diocè$e ^AvrancheSf foco eitato,
(4) Charte, sans date, de Richard, évèque d'Avranches, par laquelle il atteste: que Robert de Brécey, qui avait fait ces dons, s*était fait religieux à Savigfny, et qu'après sa mort ses frères firent procès à Savigny. (Cartulaire de Savigny), l^itard. Nobiliaire du comté de Mortain,
(5) Stapleton, Magni rotuli de Scaccario, t. I«r ; Ed. Le Héricher, Avranchin monumental et historique.
(6) Sauvage, Y» Barenton, p. 94.
(7) Pitard, loeo eitato.
évoque d'Avranches : « Ex dono Hamelini de Breceio III quarteria » fromenti in molendino de Mesnil Eclard (1). » Hamelin de Brécey assista comme témoin à une charte, sans date, de Robert de Virey concédant aux religieux de Montmorel la propriété de la masure de la Trosserie (2).
En 1216, Alain de Brécey, fils d^Hamelin^ est témoin à une charte de Tabbaye de Savigny (3). Il concède aux religieux de Tabbaye de Montmorel c pro sainte anime mee et Hamelini, patris met et » antecessorum meorum » un quart de froment à prendre sur le moulin de Sellent (le Grand-Celland) (4). Il donna aussi, dans le même temps, aux moines de la Luzerne « un quartier de froment » sur les moulins de Saint-Pierre-Langers. S. Pétri de Langeris (5). »
En 1231, Roger de Brécey concéda aux religieux de l'abbaye de Montmorel « mansuram qvs vocatur la Heronière, cum omnibus » rebm illitis masure ad me jure hereditario pertinentibus (6). »
L'année suivante, Roger de Brécey « clericus » concède à la même abbaye « unam libram Cymini cum pertinenciis suis quam jure hèrey> ditario possidebam in masura de La Harelière (au Grand-Celland) » quam masuram Aaliz filia Galterii de Sellant, tenebat de me in » feodum et hereditatem. » Roger de Brécey ajoute dans cette charte : « Et sçiendum est quod si dicta Aaliz vel heredes sui dictam » Cymini Imwn ultra predictum terminum detinuerint, predicti » abbas et conventus Montis Morelli in predicta masura justiciam » suam poterunt exercere (7). »
En 1238, Robert de Brécey, fils d'Alain de Brécey, chevalier, confirme tous les dons faits par ses ancêtres à Tabbaye et aux chanoines de Montmorel ; il approuve de plus le don d'un quart de
(1) Cartulaire de Montmorel. Indépendammeat de ce don et de ceux qai vont suivre, les seigneurs de Brécey se montrèrent très généreux envers Fabbaye de Montmorel. L'abbé Desroches dit, en cfifet : « Les seigneurs de Brécey leur don- » nèrent le fief de la Rainfresne qui rapporta aux religieux chaque année o5 sous » 8 deniers, 4 gelines et 40 œufs. Us y reçurent encore d'autres biens. Hs avaient » droit de prendre tous les ans 40 sous de rente sur les terres de la seigneurie de » Brécey et autant sur le fief du Buisson, et 42 sous 6 deniers sur le fief et sur la » terre de la Mancellière. » Guillaume IV du Homme, 18« abbé de Montmorel, rendit aveu (1413-1415) des fiefs suivants : «c Item en la paroisse de Brecé a gaige > plege, court et usage, deux tenements, un appelé le fieu de la Trousserie et » l'autre le fieu de la Rainfrière. » {Histoire du Mont Saint-Michel et de l'ancien diocèse d*Avranches).
(2) CarttUaire de l'abbaye de Montmorel, p. 65.
(3) Pitard, loeo citato.
(4) Cartulaire de l'abbaye de Montmorel, V® Sellent, p. 67.
(5) Avranchin monumental et historique, U II, p. 83.
(6) CarttUaire de l'abbaye de Montmorel, p. 62.
(7) Ibid. p. 68.
froment fait à la même abbaye par Ranulfe Payen : ^ Caria Roberti y> de Breceio, de confirmatione omnium eleem^sinarum quas fecerunt » eorum (sic) antecessores, et uno quarterio frumenti quod dédit » Ranulfus Païen (1). » Cette môme année, Robert de Brécey approuve aussi certaines donations faites à Tabbaye de Hontmorel par Jean Burnel, de Brécey. »... cum assensuet voluntate Roberti de Breceio... (2). »
Est-ce le même Robert de Brécey, chevalier, que nous rencontrons, en 1206, avec les seigneurs de Romilli, de la Bazoche, de Lapenty, de Landelles^ de la Perrière, de Malmains, etc., comme témoins à une charte de Hontmorel concernant le patronage de la Boulouze? (3). Est-ce le même Robert de Brécey qui comparaît, en en 1272, à Tours, avec les chevaliers du bailliage deCotentin, et
qui est ainsi désigné : « miles tenet duos partes feody ? (4). »
Est-ce enfin le même Robert de Brécey dont M. H. Sauvage parle ainsi : « Robert de Brécey devait deux tiers de fief au roi Philippe- » le-Hardi? (5), » A notre humble avis, ces questions peuvent être résolues affirmativement. Hamelin de Brécey, écuyer, signe comme témoin avec Guillaume du Hourmeel et Guy de la Haule, à une charte de Guillaume de Tresgots, chevalier, en faveur de Tabbaye de Hambye, Tan i263, le mardi avant la fête Saint-Martin d'été (6).
La veille de la Madelaine de Tan 1288, Guillaume de Brécey fut présent aux Assises de Mortain tenues par Pierre de Valognes (7).
Nous trouvons, en 1294, une charte de Nicolas de Brécey, dans un registre de Tabbaye du Mont Saint-Michel : « Carta Nich. de Breceyo pro excambio memorum abbatis (8). » A une époque postérieure, Agnès de Brécey figure le 4 des nones d'avril, au nécrologe, comme bienfaitrice de la même abbaye (9).
En 1309, Robert de Brécey acquiert de Guillaume de Pierres, vingt boisseaux de froment à prendre sur la Meslanderie, à Brécey (10).
Vers le milieu du XIV* siècle, un sire de Brécey revêtit la robe de moine Augustin dans Pabbaye de Montmorel enrichie par ses ancêtres. Après la mort de leur abbé, Jean II de FApenty, les moines
1) Cartulaire de V abbaye de Montmorel, p. 63.
2) Ibid. p. 63.
3) md. p. 59, 60.
4) Pitard, V» Brécey.
5) H. Sauvage, Notes.
6) Archives de la Manche, abbaye de Hambye, section H 4410.
7) Piterd, V© Brécey.
8) Ed. Le Héricher, Avranehin monumental et historique, t. V^^ p. 232*
9) Ibid. p. 232.
(10) Archives de la Manche ^ section £, liasse 1910.
étttrenl Robert de Brécey à la diguilé abbatiale ; sa gestion fel singa* lièremeDt difficile. On était alors vers Tan 1358. Charles le Mauvais, roi de Nayarre, avait fait assassiner le vicomte d^Avrancbes, et tout le pays était occupé par des bandes anglo-nnavarraises. La Basse- Normandie rançonnée et pillée n^offrait plus que des ruines et des bameaux abandonnés. Beaucoup de religieux avaient été massacrés» Malgré Ténergique résistance de Robert de Brécey et de ses religieux, les bandits s'emparèrent, en 1364, de Tabbaye de Montmorel et s'y cantonnèrent. Non contents de cela« ils transformèrent en une prison cette ^baye% L'occupation dura longtemps; puis le valeureux du Guesclin s'empara à son tour de Montmorel d'où il expulsa les étrangers. Il ne s'en tint pas là. Convaincu que les religieux, persuadés d'une défaite inévitable, ne s'étaient point opposés sérieusement à Tenvahissement de leur abbaye, tl les fraj^a d'une amende de quarante livres. Puis, ayant reconnu que les religieux avaient résisté courageosement aux efforts des pillards, 41 les déchaiigea de l'amende à laquelle il les avait condamnés (1).
Robert de Brécey, seizième abbé de Montmorel, figure au cartulaire pendant les années 1358, 1377, 23 octobris, 1385 et 1386. Il ffionrut le 26 janvier, après une gestion de 26 ans d'après le Neustria Pia (2) et de 27 ans -d'après les pièces insérées dans le Cartulaire de 4*4ibbape («n fine) : € Robet^^us secundus, de Breceio, 27 annis abbas^ obiit 26 Januarii (3). »
Jean de Brécey, chevalier, « servit la France avec loyauté et bra* voure au temps des rois Charles V et Charles VI (4). »
Vn avou de 1393 rendu par Richard Flauvie, écuyer, seigneur de Celiand, meationno, comme existant à Brécey où il possède fieC, Robert de Brécey, chevalier (5).
Xilolin de Brécey était seigneur de Brécey, en 1401 (6). Il fieffa, le i9 novembre 1402 € au bénéfice de Jean et Guillaume Logent, le
JUd
{{) d Roberhu de Breceio oceurrit anniê ÎS58, 1377, 23 octobris, 1335 et 9 i386j die4 junii ;ih ehartis D. de Gaignièret, àogriamifikitut 'de ^ecé, mijut » proinde abbatU tempore, anno 1364, cum hosHlet copiœ (Navarrieœ aut Angli- » eœ) Mantem Morellum invasissent seseque ibi valastentf illas indè Bertrandut » du Gnegelin ^expulii ratusque ednonieos invadenHbus haud obstitUse mtittaiHt eo» 9 qtêadraginta libris quibtu tamem, eum eomperùset per vim kûstes dofnwm œcur- » pasie, eos liberavit, Obiit Robertus 26 januarii. » (Gallia Chiétiana, V^ Mcnt^ morel, t. XI).
(2) Neustria Pia, F» Montmorel,
(3) Cartulaire de Montmorel, p. ^dO.
(4) PiUrd, loco dtato, V Brécey,
(5) Pitard, ibid.
(6) Pitard, Ubid,
» clos Pous&et et le pré da Pont, moyennant onze livres et six gelioues de rente (1). :»
Noas arrivons à la plus belle période pour la famille de Brécey. Il s'agit de Tillustre défense du Hont Saint-Michel par cent dix-neujf chevaliers de la Normandie. Robert de Brécey, seigneur de Bréeey, est un de ces héros.
On ne sait à quelle date mourut ce vaillant défenseur du Mont. Son fils, Jean de Brécey, seigneur de Brécey, fut reconnu noble, lors de la recherche de Montfaut, en 1463 (2). Jean de Brécey et demoiselle Jeanne de Beaumont, son épouse, eurent une fille nommée Jeanne de Brécey, qui épousa Guyon du Buat, fils de Robert et de Marguerite du Homme, par contrat du 4 novembre 14^5 (3).
Le 24 mai 1494, Michel de Brécey, écuyer, rendit aveu pour ses fiefs de Brécey, les Genestais, Montigny, Fourcinette et Gelland <4).
Michel de Brécey, époux de noble demoiselle Marie Houel, dame de Montramé, la Tiercerie, Maisoncelles et Pelvey, ne laissa pour héritière qu'une fille, Anne de Brécey, qui porta la seigneurie et le fief de Brécey dans la famillo d'Âmphernet (5) par son. mariage avec messire Julien d'Âmphernet, baron de Montchauvet, seigneur de la Galonnière, Mesnil-Patry, Avaugour et Saint-Yigor-desMonts.
La mort de messire Louis de Yassy ne fit point perdre de vue à Françoise d'Amphernet que noblesse obligeait, et cet événement eut pour conséquence d'exciter encore la généreuse ambition de cette noble dame, dont la préoccupation constante fut Pillustration du nom de Yassy porté par tant de héros. Pour arriver à ce but, elle conçut dès ce moment un plan qui devait donner satisfaction à ses deux plus cbers désirs : honorer la mémoire de messire Louis de Yassy, et agrandir le fief de Brécey devenu Théritage de son fils atné. Ge plan fut amplement réalisé par l'érection en baroBnie de te seigneurie de Brécey, suivant lettres patentes du mois de juillet 1613, à l'occasion desquelles nous aurons à revenir. G'est également vers cette époque que doit se placer la construction du château de Brécey dont Térection par Françoise d'Ampheruet devient alors Tun des éléments naturels de la ligne àt conduite qu'elle s'était tracée, Tun des moyens obligés qui devait assurer la fin vers laquelle convergeaient tous ses efforts.
(1) ArchHei de la Manche ^ sectioa £, Uasse 1910.
(2) Pitord, V» Brécey.
(3) Archives de la Manche, section £, liasse 1910.
(4) Pitard, Vo Brécey,
(5) Aircfmes àe la mctisah d'AïUphemèt, Pitard, NbtHliaif'e au Cùhité dé ^otiain ; Prémti de Cour ; arrêt du Parlement de Breta^ft^ ; NaMiuire de Fmnee; hOànirel, Catahgue dee GentUshammet du Bailliage de VWe^ ete., eto.
Mais ici nous nous heurtons aux traditions reçues jusqu'à ce moment, car l'édification du manoir de Brécey n'a été attribuée à la veuve de Louis de Vassy par aucun des auteurs qui en ont recherché l'origine. Pour résumer leur opinion, les uns en font Tœuvre des de Vassy, les autres Pattribuent à Louise de Montgommery. Il devient donc nécessaire, — et ce ne sera pas un hors-d'œuvre, — d'indiquer les motifs qui nous font repousser les deux systèmes qui se trouvent ainsi en présence.
De Gerville, Didot, Le Héricher, Fulgence Girard tiennent pour les de Vassy ; Hairby, Boudent-Godelinière et Desroches sont au contraire partisans de Louise de Montgommery; M. le chanoine Pigeon, conciliant les deux systèmes, attribue la construction du manoir à Gabriel de Vassy et à Louise de Montgommery.
De Gerville, le premier, attribue aux de Vassy la construction du château : « Le beau château bâti par les de Vassy. » Didot, dans son Guide du Voyageur en France copie le précédent, en fixant même une date : « Il avait été bâti par les de Vassy qui le possédaient au » temps de la recherche de Chamillard (1666). » Le docte Le Héricher consacre la tradition de Gerville ; il précise même : € H fut » bâti vers 1620 par un de Vassy, » Enfin Fulgence Girard donne de plus en plus droit de cité à la légende : « ... Cette belle résidence fondée par les Vassy,,, »
Les partisans de la seconde opinion ne sont pas moins affirmatifs, tout en reconnaissant que l'origine ne semble pas aussi certaine que les champions de la première veulent bien le dire.
C'est d'abord un écrivain à Tesprit narquois et humoristique, le D' Hairby, qui enregistre une tradition : (nOnne sait pas exactement "» à quelle époque le château a été construit. Il appartient maintenant ^ à M. Campion, de Granville, qui, cependant, ne fournit aucune > donnée précise relative à la date de sa construction. Mais il Va » entendu attribuer communément à Louise de Montgommery , mem- » bre de cette famille si célèbre dans cette partie de la Normandie, » Ensuite, l'abbé Desroches, dans deux ouvrages différents, affirme nettement que le château est l'œuvre de Louise de Montgommery. « Elle fait bâtir le château de Brécèy et un prêche, »
Enfin, dans le dernier et aussi le plus parfait ouvrage paru sur TAvranchin, M. le chanoine Pigeon conciliait les différentes opinions que nous venons de rapporter, en disant que l'habitation « fut construite sou^ le régne de Louis XIII par Gabriel de Vassy et » Louise de Montgommery, fille de Gabriel. »
Quelque considérables que soient certains noms qui précèdent, nous ne pouvons nous rallier aux opinions qu'ils consacrent, et avant d'établir les raisons pour lesquelles nous persistons à revendiquer
pour Françoise d^Amphemet Tbonneur de rérection du manoir de Brécey, nous devons indiquer celles par lesquelles nous le dénions ^oit aux Vassy, soit à Louise de Hontgommery.
Une remarque générale met tout d'abord en défiance contre les opinions que nous avons relatées. Aucun auteur n'a pris soin d'étayer ses affirmations sur des documents quelconques ; aucune autorité n'est indiquée : ce sont de pures affirmations.
Mais ce reproche doit surtout s'adresser à de Gerville qui, le premier, deux siècles après l'érection du manoir, a édité le fait sans citer les sources. Aucun membre .de la famille de Vassy n'existant plus dans le pays pour le renseigner, il a consigné un bruit local, rien de plus, dans son remarquable ouvrage, tradition qui d'ailleurs ne pouvait point lui paraître suspecte et qui peut s'expliquer dans notre théorie même. Le château de Brécey datait bien de la fin du règne de Henri IV ou du commencement de celui de Louis XIIL Or, de Gerville avait pu rencontrer dans ses lectures le nom de Louis de Vassy, époux de Françoise d'Amphernet, comme seigneur de Brécey dès l'an 1571, et le nom de Françoise d'Amphernet disparaissait dès lors à ses yeux et surtout aux yeux de ceux qui lui rapportaient la tradition, devant le nom de Vassy. Un de Vassy a donc inexactement été indiqué comme fondateur du château.
Etant donnée l'autorité dont jouissait de Gerville, le fait ne fut plus discutable, bien qu'il n'eût pas cité ses sources, et Didot put le copier. Mais comme il n'entoure son affirmation d'aucun élément nouveau, et que même il rapproche tellement de nous la date de la construction du manoir, nous avons hâte d'arriver à l'auteur de VAvranchin monumental et historique.
M. Le Héricber, devant la science duquel nous nous inclinons habituellement, y consacre la tradition des précédents ; mais il fait
plus en précisant la date de 1620. « Il fut bâti vers 1620 par
» un de Vassy, seigneur de Brécey y qui avait épousé Louise de Mont- » gommery, la sœur de Gabrielle 11^ lequel bâtit celui de Ducey vers » la mène époque. » Malheureusement, l'auteur, contre sa coutume, n'authentiqua pas la source où il avait puisé lors de ses travaux, et il lui est impossible aujourd'hui de se la rappeler.
Nos efforts tendront à démontrer qu'au mois de janvier 1613, la
construction était parachevée. Or, Louis de Vassy étant mort en
1595 sans en avoir entrepris la charge, ce travail se place pendant
\ la minorité de son fils Jacques, incapable de l'entreprendre. Il ne
doit donc pas être attribué à un de Vassy.
Quant à Hairby, il inaugure une autre version : ^Onne sait pas » eocactement à quelle époqm le château a été construit; il appartient » maintenant {1841) à M* Campion^ de Granville, qui cependant ne
» fournit aucune donnée précise relative à la date de m construc^ » tion. Mais il Va entendu attribuer communément à Louise de :» Montgommery. »
Nous ne pouvons nous arrêter à discuter ce passage, car l^bistoire ne peut être basée sur des sources de cette nature. La légende s'est implantée à Brécey comme ailleurs ; elle s'était emparée du grand nom de Montgommery, le plus illustre de rAvrancbin, elle n^eut donc garde de Toublier. Et, de même qu*on ne prête qu'aux riches, de même a-t-pn prêté faussement aux Montgommery la forteresse 4e Saint-Jean-Ie-Tbomas, dont *les vieux murs s'appellent toujours, et en dépit de Tbistoire, les cbâteaux de Montgommery, comme d'autres sont désignés sans motifs comme châteaux de César, de Brunebaut, de la reine Anne, etc. Ainsi sont également attribués, sans preuve aucune, à Louise de Montgommery, le château de la Forêt-Auvray qui aurait émergé du sol comme sous la inain puissante d^une fée, et celui de la Galonniëre, à Neuville.
Hais quelle que soit la part de l'histoire ou de la légende dans ces constructions, on ne saurait en déduire l'origine de Brécey. Et c'est la seule qui nous occupe en ce jmoment.
Boudent-Godeliniëre et Tabbé Desroches, comme Dîdot, ne font que copier leurs devanciers, sans arguments nouveaux ; nous avons répondu.
L'opinion défendue par M. le chanoine Pigeon serait la plus attrayante, mais elle a le grave défaut d^être contraire à la vérité. Etant admis que le château soit du règne de Louis XIII, il devient naturel de lui donner pour créateurs les possesseurs du fief qui étaient alors Jacques de Vassy et Louise de Montgommery. Nous répétons qu'il n'y a contre ce système que la réalité : le château existait avant eux.
Mais il ne suffit pas de renverser les allégations de nos devanciers, nous avons à cœur d'établir que l'honneur de cette construction revient tout entier à Françoise d'Amphernet. Et, pour le faire, nous partirons de faits indéniables, authentiques, qui nous conduiront promptement à l'opinion par nous émise et que nous pouvons ainsi forp^uler. Les efforts constants de Françoise d'Amphernet ont toujours tendu à faire ériger en baronnie la seigneurie de Brécey. Ce but a été atteint. Or, pour y arriver, la^construction d'un manoir était nécessaire ; cette entreprise fut conséquemment son œuvre.
A l'appui de la première de jaos prémisses, les faits abondent.
Quand survint, en 1595, la mort 4e Louis de Vassy, Françoise d'Amphernet prit en mains la gestion de ses domaines et grâce à ses agissements, la faille ie Vassy dut son épanouissement dans le comté de Mortain à la généreuse ambition ae la noble douairière.
Des fiefs importants étaient déjà en sa possession : ceux de Bréoeyi Touchet, Virey, Jautest et Husson, Verdun, FougeroUes, la Tourelle, Saint-Médard-de-Celland, et quatre franches vavassoreries assises i Yirey» nommées les Landes, les Loges, la Hayère et les Planches. Si importants qu'ils fussent, ils ne suffisent plus à Françoise d'Am^^pbemet ; elle veut y joindre de nouvelles terres, o^est ainsi qu'elle acquiert deux autres grands fiefs : la Ryollière à Saint-Médard-de- Gelland, de messire Hervieu de Juvigny, le i5 septembre 1597, et Crépon, à Brécey, à Saint^Méâard->de^elldnd, de messire Pierre d'Argenne, le 6 mai 1603, tant est grand son désir de voiÉ* une ba^ ronnie définitivement établie par ses soins. Or, ce vosu fut réalisé, ainsi que nous Tattestent les documents du temps.
Le 3 janvier 1613, messire Jacques de Yassy, chevalier, se présenta au nom et comme fondé de pouvoirs de sa mère Françoise d'Ampbemet, devant le conseil de Régence de la Duchesse de Montpensier, comtesse de Mortain, pour solliciter Térection en baronnie de la terre de Brécey. Cette demande fut accueille par arrêt en date du 2 mai 1613. Et, au mois de juillet suivant, le roi de France c désirant illustrer les vertus et les mérites de çeupç qui se » rendent dignes de* gratification ainsy que nous sommes deuement 1^ avertis du fils de la d, Damphernet pour la particulière affection }» quHl porte à notre service, ^ érigea par lettres patentes la seigneurie de Brécey en baronnie. Les lettres patentes ne sont point con^ nues ; elles ont été indiquées par le généalogiste du Nortainsris, Pilard ; c'est donc un devoir pour nous de les faire connaître.
Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à tOM$ jH-ésents et avenir salut» Notre chère et bien aimée Fiançoise Dampbemeit* dame de la Forest et de Bressey en notre pays de N<»rmandie noms a Eût renuxatrer qu'à elle appartient tant à cause de successions paternelles et maternées que d'acquêts par dOie faicts plusieurs ôe& terres et seigneuries assis e^ paroisses de Bressey, Touschet» Celland et Refiuveille les unes tenantes et mouvantes immédiatement les autres médiatement de notre très chère et aimée belle sc^r k Duchesse de Montpensier, Comtesse de Mortain, à cause de son d. Onncéi scavoîr un quart de fief de chevalier nommé Bressey, situés es parroisses 4u dh Bressey et Celland ; un demy fi^ de chevallier appelle Jautée et Husson m lad. panroisse de Bressey, un quart de fi^ de haubert nommé Virey aussy en Bressey tenu dud. ôef de Jautée et Husson ; un quart de fief nommé Verdtm en lad. parroisse tenu dud. fief de Virey, quatre branches vavassoreries assizes en îcelle panroisse nonunéesji^ Landes, les Loges^ la Hay^e et les Planches, tenues dud. fief de Virey, un demy &e£ de chevallier appdlé Fougeroll^ en lad. panroisse de Bressey mouvant dud. fief de Jautée et Husson ; un quatrième de fief nommé la lourèlie ^ parroisses de Bressey et CeUa^d, vm^ nuement dud. Comté de Mortain, ua huitième de fief nommé Celland» paielUement lenu sans moyen dud* Comté avec deux autres huitièmes de fief es4- parroisses de Celland et Reâuveille, appelles la RiolUère et le Mesnage., 4m plaîA fief de haubeis iKHnmé Xouschei m h jm^oi^se dud. Toupet, i^v dç notre ^bèfe
Belle sœur ; lesquels fiefe étant la plus part distraits et séparés, elle désireroit volontairement, n'ayant qu'un seul fils et présomptif héritier, iceux être unis et incorporés et érigés en Baronnie, sous le nom de Bressey pour relever lad. baronnie comme sont tous lesd. fiefs de notre Belle sœur à cause de son d. G>mté de Mortain à laquelle fin elle luy auroit présenté requête sur laquelle apprès avoir suivy Tavis de nos officiers et ceux sceants aud. Mortain, notre dite Belle sœur luy auroit avec grande connoissance de cause fait expédier le 25 Juin dernier ses lettres de provision et consentement pour lad. réunion et incorporation des susd. fiefs et reunion d'iceux en Baronnie sous led. nom de Bressey aux charges et conditions autrement déclarées par led. consentement. En conséquence duquel la d. Damphemet nous auroit humblement supplié et requis luy en accorder sur ce nos lettres nécessaires. Scavoir Êdsons que désirant à l'imitation de nos prédécesseurs Roys illustrer les vertus et mérites de ceux qui se rendent dignes de gratification, ainsy que nous sommes deuement avertis du fils de la d. Damphemet pour la particullière aflfection qu'il porte à notre service, et pour luy donner moyen d'y continuer ayant eu avis qu'il a plusieurs autres biens, terres et seigneuries suffisamment pour soutenir l'état de seigneur Baron, pour ces causes après avoir fait voir en notre conseil les susd. lettres de provision et consentement de notre d. Belle sœur, du 25 Juin dernier, cy attachées, sous le contre scel de notre chancellerie, de l'avis de la Reine régente notre très chère Dame et Mère de notre grâce specialle pleine puissance et auttorité royalle, avons, conformément aud. consentement de notre d. Belle sœur, lad. terre et seigneurie de Bressey créé érigé et élevé, créons, érigeons et élevons par ces présentes en dignité titre nom et prééminence de Baronnie pour en jouir et user plainement et perpétuellement à titre de Seigneur Baron par le fils de la d. Damphemet son successeur et ayant cause, lequel nous voulions perpétuellement être causé réputé et appelé Seigneur et Baron dudit Bressey et que tel se puisse dire, nommer, appeler et intituUer jouir et user de pareils droits de noblesse autres prérogatives prééminences et hautesses, comme jouissent et usent et ont accoutumer jouir et user les autres Barons de notre royaume et province de Normandie, ainsy que tous leurs vasseaux et arrières vasseaux et autres tenants noblement et roturièrement de lad. Baronnie de Bressey quant à l'avenir feront leurs hommages et bailleront leurs aveux et dénombrement déclarations de leurs terres et services deus aud. seigneur Baron et à ses successeurs Barons aud. nom dud, seigneur Baron semblablement feront tous leurs aveux et reconnaissances les reputant et appellant seigneurs Barons sans toutes fois que pour lad. mutation de titre et qualité ils soient tenus à autres charges et devoirs qu'ils sont tenus a présent, voulions et nous plait que la justice qui peut appartenir à la d. Damphemet soit exercée aud. lieu et Baronnie de Bressey, le tout aux charges et conditions portées et contenues par lesd. provisions et consentement de notre d. Belle sœur. Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, lieutenants en nos cours de parlement et chambre des Comptes de Normandie, trésoriers généraux de France et de nos officiers établis à Caen, Baillys de Mortain et de son lieutenant et autres nos anciens officiers justiciers qu'il appartiendra que de notre présente création et établissement de Baronnie ensemble de tout le contenu cy-dessus ils vérifient, entretiennent, gardent et observent, feront entretenir, garder et observer et qu'iceux soufl5*ent et laissent la d. Damphemet et son fils, leurs hoirs et ayant cause jouir et user plainnement et perpétuellement et paisiblement, tout ainsy et en la propre forme et manière qu'il est dit ; cessant et faisant cesser tout empeschement au contraire nonobstant toutes lesd. Chartres normandes clameur de haro, le tout à ce contraire auquel nous avons dérogé
et dérogeons car tel est notre plaisir, et affin que ce soit chose ferme et établie à toujours nous avons fait mettre notre scd a ces présentes.
Par le Roy, la Reine régente sa mère présente.
Registre à la Cour et en assistance le procureur général du Roy pour du contenu esd. lettres jouir par led. de Vassy selon sa forme et teneur.
Registre en la chambre des Comptes de Normandie, ouï et consentant le Procureur Général du Roy, pour en jouir par led. de Vassy selon leur forme et teneur. Du 30 Juillet 1621 (1).
Dès lors, notre conclusion s'impose.
Puisque Françoise d'Amphernet réussit à créer la baronnie de Brécey, puisqu'il était nécessaire pour y arriver d'édifier une demeure digne du nouveau titulaire, ce logis reste son œuvre, et à elle personnellement en revient tout l'honneur. Bien que son fils fût alors majeur, elle ne lui fait point concéder la baronnie, elle n'est donc pas une douairière ordinaire ; elle conserve la pleine gestion de sa fortune ; elle agit par elle-même et son fils n'est que son mandataire. Ne semble-t-il pas que cette noble dame ait eu à cœur de tout préparer : l'acquisition de nouveaux fiefs, la construction du château et l'érection de la baronnie avant le mariage de son fils. Elle prépare tout, en effet, ses enfants n'ont plus qu'à l'admirer et à jouir de son œuvre.
Et son œuvre était vraiment parfaite. Rien n'est épargné par elle pour la construction nouvelle. Le temps des lourdes armures était passé, les ponts-levis disparaissaient; les demeures féodales s'émiettaienl pour faire place aux merveilleuses constructions qu'inaugure dans l'architecture l'ère brillante de la Renaissance. Brécey subit le sort commun : ses tours, ses créneaux, ses ponts-levis s'effacèrent sous la main d'ouvriers pacifiques ; ses douves se comblèrent. Les artisans abondaient dans TÂvranchin, mais il n'en était pas de même des maîtres de l'œuvre. La dame d'Amphernet fit appel au talent des Italiens, et vers l'an 1595, des artistes de Florence commencent les travaux. Une demeure splendide sort de terre, remplace le château féodal et compte de ce jour parmi les « quatre merveilles » du pays, suivant le dicton populaire :
Il est dans le pays
Quatre grandes merveilles,
Le grand Mont Saint-Miché,
Le château de Ducé.
Le logis de Brécé
Et les chasses d'Isigné (2).
.^^— — — I I I ——^—1 — ■— . I ■ I I I ■ Il I I r I I I I
(1) Archives de la Manche.
(2) Remie Trimestrielle de la Société d'Archéologie, de Littérature, Science» ei Arts, d^Avranches et de Mortain, année 1883, page 251.
Maintenant vient dans l'œuvre si consciencieuse et approfondie de M. Victor Brunet la série généalogique de la maison de Vassy, trop spéciale et trop étendue pour nos Mémoires. Après avoir signalé l'érection d'une chapelle du Saint-Sacrement, annexée au château de Brécey, nous donnons sur les de Vassy les documents relatifs aux temps modernes et à des événements qui nous touchent de près.
Pendant les années qui précédèrent la Révolution, de nombreuses réparations furent faites au château de Brécey. M. le marquis de Brécey n'y résidait cependant pas plus qu'au manoir du Pirou ; il habitait ordinairement au manoir de la Chalerie, commune de la Plante-Chapelle, et à Paris.
M. le comte Louis de Vassy fit partie de l'Assemblée provinciale de la Généralité de Caen en 1787 et 1788. Les travaux de V Assemblée provinciale de Basse-Normandie, tenue sous la présidence de M. Louis de Vassy, forment un énorme volume in-4» de 700 pages. (Caen, Leroy). Cet ouvrage est très rare et nous n'avons pu le consulter.
Au procès-verbal de l'Assemblée de Tordre de la Noblesse du Grand Bailliage de Caen, tenue le 17 mars 1789, est constatée la présence de « M. le comte Louis de Vassy pour son fief de la Forest- » Auvray et autres. » Lors de l'élection des commissaires-rédacteurs des cahiers de la noblesse, M. le comte Louis de Vassy fut élu à la pluralité des suffrages.
L'élection des députés de l'ordre de la Noblesse aux Etats-Généraux du Royaume eut lieu les 26, 27 et 28 mars 1789. M. le comte de Vassy, élu député, fut autorisé, comme tous ses collègues aux Etats-Généraux du Royaume, à « y proposer, aviser, remontrer et > consentir tout ce qui peut concerner les besoius de l'Etat, la » réforme des abus, le rétablissement d'un ordre fixe et durable :i> dans toutes les parties de l'administration, la prospérité générale y> du royaume, les plus grands avantages de tous et chacun les sujets » de l'Etat. j>
Il ne nous est pas possible de déterminer la part prise par H. le comte de Vassy aux travaux des Etats-Généraux, les documents nous faisant défaut. Il était encore député le 17 janvier 1790. »
Le 30 décembre de cette môme année, M. le comtMe; Vassy et dame Louise-Henriette Ledin de la Chalerie, son épouse, donnèrent procuration à M. Tabbé de Peronne pour recevoir « du trésorier*aS » M. d'Orléans les arrérages d'une rente due à ladite dame Ledin » par Louis-^Philippe-Joseph d'Orléans, y joint des quittances d,e
» loyer d'appartements occupés par ledit sieur de Vassy lors de son » séjour à Paris. »
A quelle époque les châtelains de Brécey émigrèrent-ils ? Nous n'avons pu l'apprendre ; nous savons seulement que l'administration du district de Mortain prit, le 16 prairial an II, un arrêté nommant le <3c citoyen Bareigne » pour procéder à la recherche, dans les maisons des émigrés, des titres pouvant établir des créances sur la République. Pour s'y conformer, Bareigne se transporta, le 30 du même mois, au château de Brécey. Il procéda à la confection de l'inventaire des papiers, livres, tableaux, meubles, etc. ; mais il ne trouva aucun titre de créance sur la nation.
Le 5 fructidor suivant, nouvel arrêté des membres du district enjoignant à Bareigne de faire transporter au chef-lieu de ce district « les ornements d'égUse ainsi que les titres, papiers, les deux biblioy> thèques du château de Brécey. » Les ornements d'église devaient être vendus, les papiers remis à l'archiviste et les livres classés dans la bibliothèque publique.
Le 6 fructidor an II, Bareigne, accompagné d'un menuisier, apparut de nouveau au château de Brécey. Il fit placer dans cinq voitures les tables de marbre, les livres, les tableaux, les malles renfermant les titres et papiers, et il envoya le tout à Mortain. Et, comme les voitures étaient trop chargées, Bareigne laissa une douzaine de tableaux de la famille Vassy-Brécey, qui n'avaient point de valeur à ses yeux. Il ne se pressa pas pour inventorier « sans classer » les papiers de M . le comte de Vassy. En effet, il n'en effectua le dépôt aux mains de M. Vaufleury de Saint-Cyr que le 28 pluviôse an X. ,
Cependant, M. le comte de Vassy-Brécey n'avait point reparu, ses sœurs, mesdames de Carbonnel et d'Auray de Saint-Pois, réclamèrent le montant de leurs dots impayées par leur frère et demandèrent à être remboursées sur le prix de la terre de Brécey. L'administration municipale du canton de Brécey admit leurs prétentions et nomma un expert; les sœurs de M. le comte de Vassy en désignèreût un autre. Les deux experts donnèrent satisfaction aux prétentions de mesdames de Carbonnel et d'Auray de Saint-Pois, et l'administration centrale du département de la Manche ratifia leur rapport le 18 bfuipaire an V.
M: le comte de Vassy rentra en France dès que les circonstances le lui ji^emirent, et sa fille, M"« Marie-Sophie de Vassy, épousa If.. le comte de Chazot.
M. le comte de Vassy, dernier descendant mâle des seigneurs de
Brécey, résida jusqu'à sa mort, arrivée le 30 août 1832, au château
- de Belval, commune de Grainville-sur-Odon , arrondissement de
Caen. Ses restes mortels reposent dans le cimetière de cette commune, sous une grande pierre de granit, surmontée d'une croix en marbre, sur laquelle se trouve cette inscription :
ICI REPOSE LE CORPS DE M. LE COMTE LOUIS-MARIE DE VASSY, MARÉCHAL DE CAMP DES ARMÉES DU ROI, NÉ LE 21 JUILLET 1749, DÉCÉDÉ LE 30 AOUT 1832.
Les d'Amphernet
Hontfault, Don Calfian, Laine, Chamillard, du Merle, d'Hozier, Guérin de la Grasserie, Saint-Allais, Pol de Courcy, Dom Morice, le Père Anselme, Chevillard, la Chesnaye des Bois, Cherin, Poliniëre, de la Roque, d'Argentré et Julien Loth, tous les généalogistes enfin s'accordent à reconnaître Tantiquité et les illustrations de la famille d'Amphernet. Récemment encore, le docte président du Conseil héraldique de France^ M. le vicomte de Poli, résumait dans le Nobiliaire des Croisades (V° Amphernet) les travaux de ses devanciers et consacrait ainsi Torigine de la famille d'Amphernet.
« La maison d'Amphernet, — aliàs d'Anfernet, Enfernet, Enfer- » nailt, en latin Circa infernum, Infernm, Inferni de Inferno, de » Infernali, de luferneto, appartient à }a plus ancienne chevalerie i> du duché de Normandie, et est sans conteste une des plus illustres » de cette province. Ce vieux nom, en dépit des formes que lui a y> attribuée la fantaisie des scribes du moyen-âge, n'a rien à voir y> avec Penfer, et ce n'est pas, croyons-nous, du caractère indomp- » table des auteurs de la race qu'il dérive. Tel chevalier de Nor- » mandie ou d'ailleurs fut surnommé « le diable » à cause de cer-, » taines prouesses fort peu catholiques ; mais le nom AUnfernuniy » Infernetum, nous paraît dérivé directement du nom Scandinave » Infer; Infernum, Infernetum signifierait donc le fief d'/n/i?r (1), » et, par ainsi, les sires d'Amphernet se rattacheraient aux compa- » gnons de Rollon, opinion que l'antiquité de ce lignage féodal rend ^ parfaitement plausible. y>
(1). Des localités normandes à^Enfemet, Enfemette, Infréville ont certainement la même étymologie. — Vicomte de Poli, Robert Assire ; « Paynel et Infemet^ deux