‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 17 sur 37 · MO · texte numérisé non relu

MO

Hear» Nature, hear ! dear goddess» he^ } Suspend thy purpose, if thou didst uitend To make this créature firuitful :

Into her womb convey sterility.

Dry up in her the oigans of increase»

And from her derogate body neve spring A babe to honour her I If she must teem, Create her child of spleen, that it may live. And be a thwart disnatur'd torment to her :

Let it stamp wrinkles in her brow of youth With cadent tears fret channels in her cheeks ; Tum ail mother's pains and benefîts To laughter and contempt ; that ûïe may fed How sharper than a serpentas tooth it is To hâve a thankless child.

Les formes de passion noas amènent atix formes de raisonne* ment. Ce sont des tours oratoires, qui ont l'avantage de présenter les pensées d'une manière plus animée qne tes formés simples, et qui aident à la persuasion et à la conviction. Ces formes logiques, ces moules oratoires, s^appellent Formes de raisonnement, dont voici les principales :

L'Accumulation, qui doit être accompagnée de là Gradation, rapproche, en enchérissant, les parties d'un objet, les circonstances d'un fait, dans un tableau dramatique ou on enchaînement logique. Tel est Vabiit, excegsitj evasit, ernpit des Catilinaires de Gicéron. La Prolepse prévient Tobjeetion pour la réfuter et se présente sous les formules : « Mais, dira-t-on ; peut-être prétendrez-vous ; je vous entends déjà dire, etc. » La Suspension ou Réticence n'exprime qu'un faible élément de la pensée pour faire deviner le reste : le Quos ego de Virgile, que traduit le Je vous... français, ensuite le Mais, alors,.. de Racine, alludant à la vertueuse enfance de Néron, etc., en sont des exemples. La Correction rétracte ce qu'on a avancé, mais pour l'exagérer, et ses formules sont : «c Mais que dis-je ? ou plutôt : Bien plus. Non, je ne dis pas assez... )> La Concession accorde k Tauditeur ou à l'adversaire, absolument ou pour un moment, ce qu'on pourrait refuser, afin d'insister sur ce qu*Qn maintient : <!c Je veux bien... J'accorde pour un moment... Admettons... ^ La Prétention annonce qu'elle va passer sous silence le détail de choses que l'orateur ne fait qu'indiquer, et elle serait une figure ou fiction, si l'orateur n'usait que d'un artifice en développant ce qu'il déclarerait ne pas vouloir développer ; mais, en principe, nous devons croire à sa sincérité : alors, pas de figure. Les formes ordinaires de la Prétention, sont : « Je ne parlerai pas de... Qu'est-il besoin que je rappelle ?... Je pourrais vous dire... A quoi bon retracer?... » L'Antithèse

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est ToppositioB âe deux pensées qui deyiefioent plus sensibles par le contraste. Elle doit naUre de TopposUion des pensées et non da choc des termes, tellement qu'une antithèse yraiment naturelle, tout en se fortifiant par le contraste des mots, pourrait s'en passer. Pascal dit que les antithèses qui ne sont que dans les mots ressemblent « aux fausses fenêtres que Ton fait pour la symétrie ; » et La Bruyère définit ainsi la vraie antithèse : c Une opposition de deux mérités qui se donnent du jour Tune à Taulre. t^ V<Hoi l'exemple de Pascal sur rhomme, lequel réunit les deux espèces d>ntithèses : « Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, amas d'incertitudes, gloire et rebut de Tunivers. S'il se vante, je l'atoisse; s'il s'abaisse, je le vante, et je le contredis toujours. »

Il faut s'arrêter à ces formes les plus usitées, car 00 risquerait de tomber dans l'abus des rhéteurs, d'avoir à nommer die noms spéciaux les principales ou toutes les opà*atioins de l'e^it dans l'œuvre de la piâésîe et du raisonnement.

Si les figures de pensées reposent sur les tours et les artifices de la pensée, c'test-ànlire sur des combinaisons d'idées, les fig^ires de mots reposent sur la nature de ces éléments de la phrase qu'on appelle mote. Les figures de mots consistent dans le changement de la signification réelle des mots, en vertu d'un rapport qui est dans l'esprit, c'est-^dire qui n'est pas exprimé. Ce changement, cette tournure constitue le Trope^ terme qui vient de Tpe^oco, tourner>) et à ce titre toutes les figures de mots seraient des Iropes ; cependant cette désignation reste affectée, par suite de l'usage, à trois de oes modifications, et pour cette raison nous suivrons la division ea Figures de mots et en Tropes.

Dans les figures de mots, il n^ ea a guère que trois qui méritent ee nom : c^st l'Antiphrase, la Syllepse et l'Bendyadys.

L'ÀBtiidira&e ou contre-vérité, en vertu d'nn rapfMrt die. différence qui esl dans l^esprit, attribue à ua mot «ne signification tonte opposée à la signification rédle de ce mot. Ainsi on a^^elait les Fqrif s Buménide$^ c'est-i-dire bienveillantes, et les Ptolémées, l'un PhUadelphe, le meurtrier de son frère, l'antre Philopator, l'assassin de son père. Cette figure peut très bien rentrer dans Tlronie.

Dans la Syllepse, on fait rapporter un mot non pas au mot qu'il représente, par exemple, le pronom, mais à l'idée renfermée dans ce mot ; l'accord logique remplace l'accord grammatical C'est un procédé de la langue populaire ; exemple : l'armée a passé la frontière : ifte ont batta l'ennemi. C'est une forme très acceptée dans la taague anglaise : « The armyi has pasied the frorOier : they^ hâve bm9m

On oite souvent cette syllepse de Racine, dats AthuM0 :

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant, mon fils, que caché sous ce lin, Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin.

Ici encore on dit un mot pour un autre, on émet une idée pour en faire entendre une autre, il y a donc figure, il y a Action. L'Anacoluthe, ou construction non suivie, semble être une variété de la Syllepse, un mot y tient la place d'un autre ; on suspend une idée commencée pour lui en substituer une autre qui a des rapports avec elle, comme dans cette phrase de Bossuet sur Henriette de France : (( Issue de cette race, fille de Henri-Ie-Grand et de tant de rois, son grand cœur a surpassé sa naissance. » Ici le grand cœur d'Henriette tient la place d Henriette elle-même ; c'est un mot pour un autre. Ainsi la phrase régulière serait : « Issue de cette race, fille etc., Henriette, par son grand cœur, a surpassé sa naissance. » C'est le génie qui brise les règles, assouplit les formes, trompe l'attente et la satisfait. La position du premier mot de cette phrase est elle-même une hardiesse, relative aux règles de la logique.

Je trouve un exemple d'anacoluthe assez intéressant dans les Dialogues de Fénelon sur l'éloquence : « Je l'ai ouï dire à beaucoup de gens de bien que l'Ecriture sainte n'est point éloquente. :;> Cette forme aide à expliquer le it pléonastique, assez fréquent en anglais. Il y a peu d'exceptions dans une langue dont on ne trouve de spécimens dans une autre : elles sont en germe dans l'esprit humain et peut-être plus tard elles deviendront des règles, de sujettes des reines, en vertu de la loi de la lutte pour l'existence, qui régit aussi bien les mots que les êtres animés. L'étrange datif attributif qu'on trouve dans les langues anciennes, n'en avons-nous pas, avec son sens indéfinissable, mais marqué, de nombreux exemples en français ; ainsi dans ce vers de Boileau : c< Prends'moi lé bon parti : laisse là tous tes livres, » et dans ce vers de La Fontaine : « On lui lia les pieds, on vous le suspendit, » et sans cesse dans le langage populaire. Mais revenons à nos figures de mots.

La troisième est l'Hendyadys, dont le nom signifie une chose par le moyen de deux ; c'est, en effet, car l'étymologie est presque toujours la meilleure définition, une figure par laquelle on exprime une idée unique par deux termes : il y a dualité d'expression et unité d'idée dans l'esprit : c'est donc bien une figure, une fiction, puisque j'ai l'air d'exprimer deux idées et en réalité je n'en exprime qu'une. C'est par cette hendyadys : « cueille la fleur du jour, » qu'on a traduit le carpe diem d'Horace, à la fois poétiquement et fidèlement : ici jour et fleur ne sont pas distincts : c'est une fleur qui est un jour, c'est un jour qui est une fleur. Voici un autre exemple : cc£lle suspendit sa poupée dans le hamac de son chapeau »

(J.-B. d'A.), c'est-à-dire que hamac et chapeau sont une seule et même chose.

Les Tropes sont des mots à signification indirecte, c'est-à-dire qui perdent leur signification propre pour en prendre une qui ne leur convient qu'en vertu d'un rapport.

Cette partie de la rhétorique est obscure, compliquée, arbitraire dans la plupart des livres. Presque tous les exemples allégués en faveur des tropes, spécialement de ce qu'on appelle Métonymie, se ramènent à trois points de vue : \° l'Ellipse, 2^» rAbslraction, 3» le Sens poétique, c'est-à-dire exalté, d'expressions, qui, le plus souvent, doivent être prises à la lettre, si on se met au point de vue de l'imagination et de Tinlention du poète ou de Torateur. Pour nous, il nous semble qu'il n'y a^guère que deux tropes, la Métaphore et la Synecdoque, parce qu'il n'y a que deux rapports qui unissent les deux sens dans tous les termes figurés, un rapport de ressemblance, extrêmement fréquent, et un rapport de connexité d'existence, rapports auxquels on peut, pour la symétrie et l'usage, ajouter un rapport de correspondance, c'est-à-dire la Métonymie. Cette perception de connexité d'existence propre à la Synecdoque, je la dois à mon professeur de Rhétorique, M. l'abbé Tollemer, esprit très distingué, et du fond de mon vieil âge je me plais à évoquer ce lointain souvenir.

La Métaphore est un trope qui consiste à donner à un mot une autre signification que sa signification propre, eu vertu d'un rapport de comparaison et de ressemblance qui reste dans Tesprit et qui suppose l'existence distincte des deux objets.

Si vous dites d'un homme « il est comme un lion, » c'est une comparaison et le rapport de ressemblance est exprimé ; si vous dites : « c'est un lion, » c'est une métaphore : le rapport n'est pas exprimé. Dans ces vers du Chêne et du Roseau^ de La Fontaine,

Il fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.

il y a deux mots, tête et pieds, qui semblent avoir perdu leur signification propre et humaine pour signifier cime et racine. Voilà l'explication prosaïque, froide et commune. Mais pourquoi ne pas prendre à la lettre ce que le poète nous donne à la lettre ? Pourquoi ne verrait-il pas là, dans une aperception vague, quelque chose qui ressemble plus à une tête humaine, à un pied animal qu'à tout autre olijet ? Granville et consorts paraissent avoir mieux compris La Fontaine en donnant des formes plus animales encore que végétales aux végétaux vivant et parlant. Quiconque sent la poésie et comprencl

la foi, la crédulité, la force de création du poète, ne sera peut-être pas éloigné d'accepter ce point de vue, d'après lequel il n'y aurait plus de figures, mais de simples réalités. Voici encore deux vers de Hugo :

Le siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte, Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte.

Cette poésie recevrait-elle sa vraie interprétation si Ton disait que Rome est pour Empire, Sparte pour République, Napoléon pour ËBpipire, Bonaparte pour Consulat ? Le poète n'a4-il pas vu une ville réelle, simple, aux architectures fortes et sobres, puis une cité brillante, peuplée de soldats, le type de Napoléon empereur perçant sous la figure du Consul ? Sans doute il n'a pas vu les choses de cette manière nette, mais il les a vues dans le vague, le lointain. Ta peu près de la poésie.

Quand la métaphore est continuée, comme dans l'ode, ô Nqt>i^^ d'Horace, elle prend le nom d'Allégorie : J'ai déjà nommé l'ode de Hi^^go à Lai^artine, ou l'allégorie des deux navires. Soumises à cette critique, presque toutes les figures s'évanouissent et font place à des réalités. Quand Bossuet dit de Condé à Rocroy : <ic II s'élance » et dit : « Je le vois : il s'élance, :» ne lui demandez pas autre chose que sa parole : vous n'avez pas le droit d'en douter. L'Hyperbole, elle aussi, représente une réalité : c'est un mensonge de bonne foi.

Il y a un autre point de vue encore. Certaines littératures, les classiques, certains esprits affectionnent les termes abstraits généraux, vagues, et d'autres littératures, celles dites romantiques, aiment les expressions concrètes, réalistes, nettes. A la première classe appartient ici Tête et Pieds, termes plus généraux que cime et taçine, comme dans l'exemple ci-dessous ; Fer est plus général que boulet, et Airain plus général que cloche. Dans les deux vers de Hugo au contraire, Rome est un mol particulier par rapport à Empire, Sparte par rapport à République, Bonaparte par rapport à Consul. Il n'y a donc au fond que des rapports dans la compréhension, mais toutefois entre des objets qui ont de la ressemblance. La vraie poésie de la métaphore, c'est de faire coup double : « c'est un Uon ^ veut dire qu^ ce n'est ni un lion ni un homme, mais un être qui tienA, objective«^ent, de l'un et de l'autre. C'est une image qui est fantastique, il est vrai, mais c'est une image^ d'une réalité vagu€ et passagère.

La Synecdoque est un trope par lequel on donne à un mot une signification qu'il n^a pas, m vertu d'un rapport de conne^ité inséparable d^existence : le sens étymologique de ce terme est comprébeuBion : i) représeiUe en effet l'idée abstraite, géuérale, et

relativement oompréhen&ii/«. Ce rapport, à peu prés unique, s'établit entre une chose et la matière dont elle est faite, lorsqu'on dit le Fer pour le glaive ou le boulet, TAirain pour le canon, la cloche. C'est Lamartine, plus classique de style que Hugo, qui a dit :

Et l'aile de la mort sur l'airain qui me pleure A sons entrecoupés frappe ma dernière heure.

En effet, on ne conçoit pas de glaive sans fer, ni de cloche sans airain. Toutefois, i) y a ici une asbtraction : le poète faisant abstraction de la forme, de la couleur, ne voit que la matière brute, car on ne peut pas lui demander autre chose que ce qu'il dît. Dès lors, il n'^ a plus deux objets, deux idées : il n'y a plus de figure.

La Métonymie repose sur un rapport de correspondance entre deux objets, qui ont une existence distincte, et son acception étymologique est changement de nom. La métonymie la plus fréquente, c'est celle dé la partie pour le tout. On cite : Cent voiles pour cent vaisseaux ; mais celui qui s'exprime ainsi ne voit que les voiles et pas les vaisseaux et il ne peut nommer que ce qu'il voit. Du vaisseau, en toute vérité, à distance on ne perçoit que la toile. On cite d'assez nombreuses métonymies des auteurs latins, comme spécimens de la cause prise pour l'effet : la Cererem corruptam^ le Bacehum de Virgile, etc. Toutefois, nous ignorons Fhistoire de ces expressions qui, comme notre mot Champagne, sont le produit d'une ellipse, du besoin de parler vite, car celui-ci ne laisse pas dans l'esprit d'autre idée que celle de Vin de Champagne. Du reste, qui oserait dire que l'expression de Virgile, « implentur veteris Bacchi:» égale « implentur veteri vtno, J) C'est un Dieu qu'ils portent dans leur sein.

On dit que de ces trois tropes, la Synecdoque et la Métonymie n'affectent que le substantif et que la Métaphore affecte le substantif, Fadjectif et le verbe. On les réunit quelquefois tous trois dans cet exemple : « l'ah'ain vomit la mort. »

En résumé, il n'y a guère que l'Ironie qui puisse, comme figure, résister à l'analyse et à la critique. Comme elle dit le contraire de ce qui est, elle est vraiment une figure, un mensonge, une fiction.

Le couronnement de l'art oratoire, c'est l'action. Les Anciens appelaient l'Action la parole du corps. Comme on demandait à Démosthène : quelle chose a la meilleure place dans l'éloquence, il répondit : l'Action. Et la seconde ? l'Action. Et la troisième? l'Action. Faible en tant qu'invention, disposition, élocution, un discours peut être grand et fort par l'action, dans certaines circonstances et devant certains auditoires, par exemple devant la foule : « Que faut-il, dit Buffon, pour émouvoir la multitude et l'entraîner? Un ton véhément,

rapide, des gestes expressifs et fréquents, des paroles rapides et sonnantes. »

L'Action se compose de la Voix, du Geste, de la Physionomie.

« La voix, dit Gic^ron, a autant d'inflexions qu'il y a de sentiments et c'est elle surtout qui les communique... L'orateur qui aspire à la perfection fera donc entendre une voix forte, s'il doit être yéhé* ment ; douce, s'il est calme ; soutenue, s*il traite un sujet grave ; touchante, s'il veut attendrir. :» Gelui qui donne ces préceptes . réussissait surtout par la douceur de ses inflexions. Le timbre de la voix, qu'on ne se donne pas, mais que le travail et l'art modifient, est sans doute ce qui exerce la plus grande influence sur la masse des auditeurs ; il y a des timbres qui ont le charme, la séduction : trois fois heureux l'orateur, le poète, Tacteur, l'homme, la femme qui ont Torgane musical, sonore, vibrant, qui va remuer toutes les fibres du cœur. G'est un des principaux éléments de ce je ne sais quoi que les Latins appelaient auctoritas, que nous appelons <s. ce qui vous empoigne, » que les Anglais nomment prepossession.

Les rhéteurs de l'antiquité, spécialement Cicéron, ont donné des préceptes minutieux sur le Geste, pour les circonstances les plus variées. Il est évident que le détail de cette chose ne s'apprend pas, et qu'il gênerait et glacerait la pensée elle-même. Ce qu'on peut enseigner, ce sont quelques principes généraux, car chaque homme a sa manière et des gestes différents conduisent souvent au même résultat. Pour Hamlet, par exemple, de grands acteurs y ont excellé, avec un personnage tout à eux. Ces principes généraux nous les empruntons à un grand artiste, élève de Roscius, au Rhéteur-Orateur, à Cicéron : oc Le geste doit être en harmonie avec le ton. L'attitude du corps dépend du mouvement de la pensée. La nature doit être le guide de l'art; c'est elle qui, dans la démonstration, pousse la tête et le corps en avant, comme pour nous rapprocher de ceux que nous voulons instruire ; c'est elle qui ajoute à la force de nos paroles par l'énergie du bras qui s'étend vers l'auditeur et qui précipite les mouvements réguliers de la main, marquant alors, par sa rapidité symétrique, l'essor et Tenchaînement des arguments ; c'est elle qui projette nos deux bras, élevés ou abaissés en lignes parallèles, pour maudire ou pour bénir ; c'est elle enfin qui retient le corps immobile pour exprimer le recueillement et le calme de la pensée. » Ces détails par trop formalistes sont bien à peu près d'untemps où Tiberius Gracchus, pour prendre le ton de son exorde, se faisait donner l'intonation par un joueur de flûte, placé à son côté.

La physionomie, qui est le miroir de l'âme, et l'œil qui est le siège principal de la pensée, forment une des parties importantes de Tac-^ tion : « in ore sunt omnia. > C'est à Quintilien que nous en emprun-

ferons la théorie : « Ce qui domine principalement dans cette partie, c'est le visage. Il n'y a sorte de mouvement et de passion quHl n'exprime. Il menace, il caresse, il supplie, il s'attriste, il s'égaie, il est fier, il est humble, il aime, il hait et souvent il dit plus de choses que n'en pourrait dire le discours le plus éloquent. Mais le visage lui-même a une partie dominante, ce sont les yeux. C'est par eux surtout que notre âme se manifeste sans même qu'on les remue ; la joie les rend plus vifs et la tristesse les couvre comme d'un nuage. Ajoutez que la nature leur a donné les larmes. »

C'est par la prédominance de la logique et de la raison que le discours se distingue des autres branches de Tart d'écrire ; sa puissance artistique vient de sa complexité : participant de tous les autres arts, il accumule la force et la jouissance. C'est Lamennais qui a bien mis en lumière ce point de vue, dans VEsquisse d'une philosophie, un livre où il y a bien moins d'esthétique que d'histoire de l'art, mais qui est trop éloquent et trop poétique pour gagner la confiance du penseur. <si L'art oratoire a quelque chose de tous les autres arts : quelque chose de l'architecture, par la disposition, la structure de l'édifice entier du discours ; de la sculpture et de la peinture, par la pose, le geste de l'orateur, l'expression des traits ; de la danse, par l'harmonie des mouvements ; de la musique, par l'accent de la voix et le rhythme de la déclamation. y> C'est le même qui a dit encore : (a Ce ne sont pas les choses dites qui remuent: c'est la voix, l'accent, le regard, le geste. Il en est ainsi au théâtre et l'acteur, en effet, ne diflfère de l'orateur qu'en un point : celui-là imite et celui-ci exprime la réalité même. » La tragédie classique française offre avec l'art oratoire un rapport de plus, celle de Corneille surtout, un grand plaideur normand, c'est qu'elle est moins l'image de la vie qu'une série de discours, de plaidoyers, où l'adversaire écrase triomphalement l'adversaire, plus sous le poids des arguments qu'il ne le courbe sous l'influence de la passion.

Enfin je tire d'un livre qui a fait de la logique une démonstration rigoureuse et mathématique, des Méthodes dans les sciences Se raisonnement, par un professeur de l'Ecole polytechnique, M. Duhamel, une adhésion marquée par le principe de Descartes, de n'admettre comme vraie que la chose qui lui paraissait évidente : <l Ce précepte, dit-il, qui nous paraît aujourd'hui si simple, a été à cette époque un immense progrès. En apprenant à chaque homme qu'il a en lui ce qui est nécessaire pour connaître la vérité, il a rendu la liberté à l'esprit humain ; il l'a affranchi du joug des doctrines imposées et lui a donné un guide sûr qui l'empêchera de s'égarer et de ne pas se prononcer sur des matières où le sentiment de l'évidence lui fera défaut; car Descartes admet et proclame hautement ce principe que

Dieu n'a pas voulu que rbomok^ iU la jouet dUUusioas parpétuelles» Vw U suit que la libre discussion de la vérité ne peut avoir pour résultat final une anarchie pire que le despotisme, mais rassaoU* ment unanime des esprits aux vérités, auxquelles le Créateur a. voulu que rhomma pût être initié. » Toutefois, Tévidence de Descartes n'est qu'une adhésion individuelle i ce que Ton croit vrai ; on peut, on doit douter de see lumières, et il faut alors appuyer sa certitude sur les vérités acquises par Thumanité.

E. Le Hèricher.

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LA CLOCHE DE LA SiNOBlDItRE

Le manoir de la Sémondière est silué dans la commune deBrécey, à un kilomètre au nord-ouest du bourg. Il se remarque par Fénorme épaisseur de ses murs et par la forme très allongée de sa toiture, commune au XVII® siècle. Sur le linteau de la porte d'honneur, ouvrant sur un perron garni de rampes en fer forgé, on voit encore la marque de Técusson des Brécey, sieurs de la Sémondière, qui portaient : « de gueules à deux badelaires d^argent, placées en sautoir, »

Le principal agrément de cette résidence déjà ancienne est le jardin rectangulaire attenant au midi de la maison et entouré des trois autres côtés par un canal ou réservoir à poisson. Un pont de bois, jeté sur la partie transversale, fait communiquer ce premier jardin avec un second appelé le Fruitier. Cette ingénieuse disposition a permis de s'enclore sérieusement sans se priver de la charmante vue des prés, des champs et des chaumes perdus dans la verdure des bois.

La terre de la Sémondière était une aînesse du fief de la Bourserie ou de Launay, en Brécey, fief dépendant de la célèbre abbaye de Savigny, dans le doyenné du Teilleul. La sujétion consistait en une rente seigneuriale de 24 boisseaux de froment et de S livres 19 sols 4 deniers, que le sieur de la Sémondière devait payer annuellement à ladite abbaye.

Gosme de Brécey, sieur de la Sémondière, obtint des lettres de confirmation d'anoblissement en janvier 1670. Son aïeul, François de Brécey, avait, en effet, été anobli en 1616 ; mais il avait négligé de faire enregistrer ses lettres de noblesse, ce qui en faisait perdre l'effet.

Le dernier représentant de cette famille à la Sémondière fut : Françoise-Laurence de Brécey, qui était veuve, à la fin de 1768, de Jean-Baptiste Ruault-Coutances, en son vivant lieutenant d'une compagnie d'Invalides de la garnison du château de Saint-Malo, demeurant à Solidor, dans la paroisse de Saint-Servan, faubourg et évéché dudit Saint-Malo.

En 1811, les héritiers bénéficiaires de la défunte dame de la Sémondière étaient ses deux fils : Julien-Glaude-Marie Ruault-Cou*

tances, chef des mouvements maritimes da port de Saint-Malo, domicilié à Saint-Servan, et Louis-Charles Ruaull-Coutances, lieutenant des vaisseaux de Sa Majesté.

Le samedi 26' aeûi 1845, à raudience pubUcpie du Tribunal civil d'Avranch€s, sur la réquisition de l'avoué de Julicn-Clautie-Marie, devenu aussi héritier bénéficiaire de son frère cadet, Tofflcier de . vaisseau, né en 1763, la Sémondiére, vendue aux enchères, fut adjugée à H. François- Jean du Buat, demeurant pour lors à La Hancellière, où il avait épousé, Tannée précédente, Monique-Louise- Bonne de Tesson.

M. du Buat, ex-capitaine d'infanterie, Chevalier de Saint-Louis,, mourut à la Sémondière en 1860, sept ans après sa compagne. Depuis cette époque, la cloche de Tantique manoir est restée muette comme en signe de deuil. Descendue dernièrement de sa positioa élevée, j'ai pu 5 relever Tinscription suivante :

lAY ETE FArrE PAR LES SOINS ET 6RATIFI€ATrONS DV

R.PERE GLAVDE DE SENEE PRIEVR DY CONVENT DBS

lACODINS DU MENÏLGARNIER à DY RP. lEAN BERTOT

SOVPRIEVR & PROCVREVR & DES RRPP. PIERRE MOILLET

PROFESSEVR EN PHIL. & PREDICATEVR lEAN NOBLET PROFESS.

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