‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 2 sur 37 · SITUATION ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

SITUATION ET HISTORIQUE

La terre de Beaubois est située par plus de ceat mètres d'altitude» sur un vaste plateau, à rextrémité sud de la commune de Bourseal, c'est-à-dire à deux lieues de Téglise paroissiale, mais à deux kilomètres seulement de la chapelle-annexe du village de Saint-Méen» Longue de près de trois lieues, cette paroisse de Bourseul, qui dépendait jadis de Tévêché de Saint-Malo et de la baronnie de h Hunaudaye (1), se trouve aujourd'hui du diocèse de Saint-Brieuc^ dans le canton de Plancoêt, arrondissement de Dinan (Côtes-du- Nord).

Le château actuel de Beaubois, le troisième connu, est, d'aprè3 son style, du commencement du XVIP siècle, premières années Louis XIII ou fin Henri IV ; les parties hautes surtout soi^t tro|i caractérisées pour qu'il y ait doute à cet égard. Or, les Névet, succédant aux Tréâl, devinrent seigneurs de Beaubois Tannée même de Tavènement de Louis XIII ; mais ils continuèrent à habiter sur<^ tout la Cornouailles, leur pays d'origine, et vécurent moins sm^ doute à, Beaubois, bien que nous ayons encore rencontré fréquemment leurs noms, ceux des femmes principalement, dans les re^is-^ très paroissiaux de Bourseul, comme on le verra plus )oin. Le châ* teau qui nous occupe a donc été bâti, selon toute apparence, par les derniers Tréal, sous le règne de Henri IV.

Possédé pendant quarante ans, au siècle dernier, par la famille ducale des Coigny, ses derniers seigneurs héréditaires qui durent

(1) La bannière de la Hunaudaye, en Plédéliae, aux sires de Tearnemine, erigi-* Baires d'Angleterre, fut érigée en batonnie pour eux et leurs successeurs. Tan 1487. — Un seigneur de Beaubois fut exécuteur testamentaire de Geoffroi de Toumemine en 1^7. — Le baron de la Hunaudaye était hors de pair scvec le reste de la noblesse bretonne ; il présidait de droit les Etats-Généraux de Bretagne.

forcément le délaisser, au moins à partir de 17S7| année de la mort^ à Beanbois, de la dernière marquise de Névet, ce château fut finalement aliéné par Marie-Thérèse de Névet, dame de Coigny. En 1169, Silvie de Pontbriand, épouse du comte Louis de Bruc, héritière unique de la branche aînée de Pontbriand, exerça le retrait lignager en faisant valoir qu'elle descendait d'une demoiselle de Névet, sa bisaïeule de Pontbriand.

La comtesse de Bruc mourut bien avant son mari, à Yvignac (1) en 1773, laissant deux filles, Silvie et Anne, mariées aux deux frères : le comte Jean-Baptiste-René de Guéhéneuc de Boishue (2) et le chevalier Toussaint-Marie de Guéhéneuc. Dans Pacte de partage (3) des biens maternels qui eul lieu en 1775, on s'exprime ainsi : « Le château de Beaubois si ruiné que M. et Mme de Boishue en ont fait démolir la moitié pour rebâtir Yvignac. »

La seigneurie de Beaubois fut donnée en partage par Palnée, Silvie, héritière principale et noble, à sa cadette Anne, épouse du chevalier de Guéhéneuc, après toutefois en avoir retiré douze baillages et les moulins de Jugon qui étaient tenus du domaine du Roy, sans Pétang.

En 1854, le château de Beaubois fut de nouveau vendu par M. Alphonse de Guéhéneuc du Plessis (4), petit-fils du chevalier précité, à M. Alfred-Gabriel de Tesson, qui entreprenait bientôt sa restauration de concert avec M. Aubry, architecte de Dinan,

A cette date, il était encore greffé en équerre, suivant Paxe du pavillon, sur les restes d'un vieux manoir à cour carrée, garnie de constructions rurales, dans laquelle on pénétrait par deux portes cintrées, une grande et une petite, faisant face au château. Cette habitation antérieure rentrait donc dans la catégorie des gentilhommières que M. de Gaumont fait remonter à la fin du XY* siècle et au XYIV Ce qu'on en voyait n'offrait plus en réalité d'architectural que des lucarnes arrondies et tréflées à un seul meneau de traverse. On acheva sa démolition pour dégager et transformer, par l'adjonction de deux tours, notamment, la belle demeure qui subsiste seule aujourd'hui. En dépit de ce qui s'écrivait il y a plus de cent ans.

(1) Yyignac, château et paroisse du canton de Broons, arrondissement de Dinan (C6tesM)tt-Nord).

(2) Boishue, château en Lanhélin, canton de Combourg, arrondissement de Saint* Maie (lUe-et'Vilaine).

(3) Nous deyons Textrait de cet acte et d'autres renseignements à Tobligeance de M. le comte de Palys, époux d'une demoiselle de Goéhéneuc de Boishue, au château de Clayes, près Montfort (lUe'^et-Vilaine).

(4) Le Plessis^Goudray^ en Landujan, canton de Montaubani arrondissement de Montfort (Ille-et-Vilaine)«

ses épaisses murailles présentent un aspect àe solidité tout à fait rassurant ; elles braveront encore bien des siècles.

Le véritable motif de la démolition signalée plus haut fut que le comte de Boishue, devenu, par son mariage, propriétaire d'¥vignac, prenait des pierres partout, disent les actes, pour rebâtir ce dernier cbftteau situé à moins de onze kilomètres, à irol d'oiseau, de celai de Beaubois. Kerinan, en Languédias, dans le canton de Plélan-Ie* Petit, et Yaucouleurs, en Tréiivan, près Dinan, furent aussi démoHs pour fournir leur contingent de matériaux à cette grande construction sans style.

S'il faut en croire la tradition que le goût de Tépoque à laquelle appartient le château de Beaubois rend très vraisemblable, la partie abattue renfermait une salle de spectacle. L'endroit tronqué, avant d'être flanqué des deux tours neuves, était encore orné d'une tou« relie à cul-de-lampe qui devait, avec une autre semblable, encadrer, à partir du premier étage, le milieu de la façade entière, se trouvant juste dans l'axe de la grande avenue. C'est dans cette partie centrale que se trouvait, dit-on, la salle de théâtre. Cette façade présentait alors trois rangées d'au moins quinze ouvertures chacune^ Le château seul avait donc plus de cent portes et fenêtres ou lucarnes, en comptant celles des côtés, et sans parler de celles du manoir appelé évidemment, dans la pensée du constructeur, à disparaître tôt ou tard.

Dans les décombres de la cour, on retrouva un écusson aux armes d'alliance des Tréal et des Beaubois (1), qui fut incrusté dans la façade du pavillon pour rappeler le souvenir de ces anciens seigneurs, et quelques pierres admirablement sculptées dont les plus belles, à accolades géminées, de la fin du XY* siècle ou des premières années du XYI« et sans doute du même temps que l'écusson précitéi ont été placées à l'entrée de Tavenue principale, longue de plus d'un kilomè^e, aboutissant à la route nationale de Caen à Lamballe. Au bout et en face de cette grande avenue, se trouvait la métairie et auberge de la Maison-Neuye. Il ne reste plus qu'une ferme contigûe à la lande de Beaubois qui a été défrichée, en partie, par le propriétaire actuel.

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