ETENDUE ET TRANSMISSION DU DOMAINE
Le giboyeux domaine de Beaubois, qui s'étend encore à présent, avec les quatre fermes restantes, sur les paroisses de Bourseul, de Lescouêt et de Saint-Méloir, a appartenu par alliances successives anx familles de Beaubois ; de Tréal (vers 1480); de Névet (1610) ; de Franquetot, comtes puis ducs de Coigny (1729); aux de Bruc, par acquêt par retrait lignager en 1769 ; aux de Guéhéneuc en 1773, par union avec les de Bruc; aux Le Breton de Blessin (1), en 1816, par alliance avec les Guéhéneuc ; de nouveau à ceux-ci, par succession, en 1843, et, enfin, aux de Tesson, par achat, en 1854.
Beaubriand, la Quinevedais, la Yille-Hunaut, l'Orfeuil, la lande de
(1) M. Luc Le Breton de Blessin, ancien officier de marine, époux d'une demoiselle de Gaéhéneuc, habitait le château de la Costardais, en Médréac, canton de Montauban, arrondissement de Montfort (Hle-et-Vilaine). Cette famille malouine était, dit-on, d'origine anglaise.
Parga, etc., ete., faisaient autrefois partie du domaine de Beaubois, ainsi que les moulins de Jugon, sans l'étang.
Les terres dé Beaubois furent « acquises à la République par rémigration de Silvie-^abrielle-Antoinette Debruc, veuve Jean- Bapiiste^^René Guéhéneuc- Boishue, et d'Anne-Gonstanee Debruc, femme Guéhéneuc, » et vendues séparément comme biens nationaux. L'acquéreur de la retenue et des dépendances de Beaubois fut le citoyen Gilles-Pierre Collibault, de Dinan, qui demeura aussi à c la maison de Beaubois. » Il y eût donc rachat par les Guéhéneuc. Lors de l'acquisition de 1854, le château était habité de vieille date par un simple fermier. Déjà, du temps des Coigny et des de Bnic, il était occupé par un fermier général ou régisiieur. Tout ceci ressort du texte des rares pièces de la seconde moitié du dernier siècle (quelques baux et actes de vente), qui se trouvent entre les mains du propriétaire actuel.
Anciens Seigneurs de Beaubois
DE BEAUBOIS
Jean de Beaubois se trouvait parmi les croisés de la septième croisade, la première de Saint-Louis, assemblés à Limisso, dans Tile de Chypre, en avril 1249, se disposant à passer à Damielte, en Egypte. Les Beaubois de Bourseul portaient : de gueules à trois étoiles d'argent, 2 et i; allas t de gueules à la croix guivrée d*or. Ces dernières armes leur vinrent sans doute de ladite croisade ; mais, ce sont les premières, avec des étoiles» qui figurent sur Técusson sculpté en pierre dont nous avons parlé plus haut. On voit les Beaubois de Bourseul paraître encore dans les montres et réformaticms de 1448 à 1467.
Il a existé une autre famille de Beaubois également ancienne, mais portant des armoiries différentes (de gueules à neuf quatrefeuilles d*or)y. dont la terre seigneuriale était assise dans la paroisse de Drefféac, au diocèse de Nantes. Cette commune, qui faisait partie de Taocien arrondissement de Savenay et qui se trouve aujourd'hui enclavée dans celui de Saint-Nazaire, canton de Sainl-Gildas-des- Bois (Loire-Inférieure), possède encore un château du nom dé Beaubois» actuellement habité par le comte de Baudinière.
DE TRÉAL
Nous ignorons la date précise à laquelle la Seigneurie de Beaubois passa aux Tréal ; ce fut, comme nous l^avons vu, par une alliance entre ces deux maisons dans la seconde moitié du XV'' siècle. Cette nouvelle famille avait eu pour principales illustrations : Tr^al le Fier, l'un des trois rédacteurs, vers 1330, de la très ancienne coutume de Bretagne^ qui fut imprimée quatre fois jusqu'à Tépoque de sa première réformation en 1539, et un évoque de Rennes, sacré en 1364, mort en 1383. Elle tirait son nom de la châlellenie d'ancienneté de Tréal, paroisse dudit, canton dé la Gacilly, arrondissement de Vannes (Morbihan). Cette châlellenie passa par alliance, en 1500, dans la famille de Sévigné, bien connue par les Lettres de la célèbre marquise de ce nom. Les Tréal s'allièrent aussi aux Chateaubriand, aux Malestroit, aux Tournemine et aux Rohan, c'est-à-dire aux plus grandes maisons de la province.
Dans son Histoire du capitaine Breil de Bretagne (1503 83), époux de Jeanne de Tréal, le comte de Palys produit l'inventaire, dressé en 1567, des toilettes, des tentures et des tapisseries de leur bellesœur ; la dame Noël de Tréal de Beaubois, devenue veuve, inventaire qui donne une haute idée du luxe de la maison. Il mentionne^ aussi l'artillerie de Beaubois, apportée à Dinan pour y être vendue; avec les armes et harnais de guerre du capitaine l'AdvenTUre,
Du Breil, gouverneur de Granville de 1561 à 1568, organisant la défense de cette place contre les huguenots, assure par lettre le maréchal de Matignon qu'il pettl compter tout autant sur ses beauxfrères et compagnons d'armes, les deux capitaines de l'Adventure, que sur lui. Il s'agit dé Noël et de François de Tréal, flls de Briand de Tréal, seigneur de Beaubois l'Adventure, déjà cité. Noël mourut sans postérité. François épousa Adrienne Gautron du Plessis-Gaulron, en Sévignac (canton de Broons). Son fils Christophe, seigneur de Beaubois, épousa Françoise de Quélenec et la fille unique de ce dernier s'unit à Jacques de Névet en qui s'est fondue cette famille.
Cette filiation est donnée par le comte de Palys dans Touvrage précité. Dans le Nobilaire de Bretagne, de P. de Courcy, on trouve encore Jacques de Tréal, seigneur de Beaubois, chevalief de Saint- Michel ou de l'ordre du Roi, en 1600.
DE NÉVET <')
La baronnie de Névet, baronnie d^ancienneté, s'étendait principalement sur les cinq paroisses contigues de Plonévez-Porzay {anciennement Plounévet), Locronan, Plogonnec, Ploaré et Pouldergal (2). Pouldavid, trêve de Pouldergat, Plie Tristan avec Douarnenez et Tréboul firent aussi partie du fief de Névet, dont le cheNien était en réalité dans la ville de Pouldavid, plus importante que le bourg de Douarnenez avant sa Jestruclion, à la fin de 1597, par Guy Eder de Beaumanoir, dit La Fontenelle, ennemi capital des Névet. Cet abominable bandit, fléau de la Basse-Bretagne, déjà maître depuis deux ans de Tile Tristan, profita, pour exercer ses dévastations sur la terre ferme et ruiner autant que possible la maison de Névet, de la minorité et de Téloignement de Jacques de Névet, qui venait de perdre presque en môme temps son père et sa mère. C'est ce même Jacques qui devait, treize ans plus tard, devenir seigneur de Beaubois par son mariage.
Toutefois, la résidence des seigneurs de Névet fut au château de leur nom> situé à Textrémité de Plogonnec, jusqu'à la fin du XIV* siècle, que Tun d'eux, à la suite d'un différend avec Tévéque qui prétendait exiger le bail féodal, le transporta, pierre à pierre, aux confins de Plonévez-Porzay, à Lézargant, qui prit dès lors le nom de Névet. De cette speudide demeure des temps passés, il ne reste que quelques murs d'enceinte encore très beaux à la lisière de la forêt de Névet. Bois et ruines sont aujourd'hui dans la paroisse de Kerlas, section distraite de la commune de Plonévez.
L'ermitage de Saint Renan était situé dans la forêt de Névet, où il endura les persécutions de la mégère Kéban. A treize cents mètre$ au nord-est du bois, se trouve l'église de Locronan, qui contient le tombeau du saint et qui fut fondée au XV* siècle par les Névet, fondateurs aussi, au Xyi** , de celle de Plogonnec.
Dans ladite commune de Plonévez-Porzay, s'élève, sur le penchant d'une colline, à 600 mètres de Tanse de Tréfentec, dans la baie de Douarnenez, la chapelle de Sainte-Ânne-la-Palue, où a lieu, le dernier dimanche du mois d'août, l'un des plus célèbres pardons de Bretagne Nous avons eu le bonheur, pendant notre résidence à
(1) M. J. Trévédy, ancien président du tribunal civil de Qui mper et vice-président de la Société archéologique du Finistère, s'occupe avec un grand zèle de Ftiistoire de cette illustre maison ; nous lui devons beaucoup.
(2) Plonévez-Porzay et Locronan, canton et arrondissement de Châteaulin (Finistère) ; Plogonnec, Ploaré et Pouldergat, canton de Douarnenez, arrondissement de Ouimper (Finistère).
Brest, de voir se dérouler dans ce site admirable la longue file des pèlerins revêtus de tous les costumes si variés et si pittoresques de la Cornouailles.
Le pardon septennal de Locronan, appelé la Grande-Troménie, ii*est pas moins célèbre. La procession, qui a lieu le deuxième dimanche de juillet, parcourt ces paroisses de Locronan, Plonévez- Porzay et Plogonnec, où les Névet ont laissé tant de pieux souvenirs. Les jours de fête, avant la grand'messe, la grosse cloche de Locronan tinte trente coups :
En rhonneur du seigneur de Névet, Du seigneur de Névet béni, Qui était le soutien des Bretons.
Ces vers se rapportent au dernier marquis de Névet, Malo, père des pauvres et providence d^s pèlerins, dont il sera parlé plus loin.
Jacques, baron de Névet, gendre d'Alain de Guengat, vice-amiral de Bretagne ; René et Claude de Névet, ses fils, furent gouverneurs •de Quimper,de 1524 à 1588. René mourut sans postérité.
Claude avait été aussi gouverneur du Faou et de Douarnenez ; il eut d'Elisabeth d'Acigné de la Roche-Jagu, sa femme :
Jacques, chevalier de Saint-Michel, époux, en 1610, de Françoise de Tréal, héritière de Beaubois. Gouverneur du Faou, de Douarnenez et de nie Tristan dont il rétablit le fort en 1614, ce qui rincommoda beaucoup, il reçut le titre de gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi. Le 28 octobre 1616, il fut assassiné à Rennes par Thomas de Guémadeuc, grand écuyer héréditaire de Bretagne et gouverneur de Fougères, à la suite d'une contestation durant la tenue des Etals. Guémadeuc fut exécuté Tannée suivante à la poursuite de la veuve, Françoise de Tréal, en quoi elle fit d'extrêmes dépenses. Elle mourut à Rennes et fut inhumée aux Carmes, le 7 février 1635. Sa fille, Claude, se remaria à Beaubois.
Jean, seigneur de Lézargant et de Beaubois, fils de Jacques, fut comme son pfère gentilhomme de la chambre et chevalier de Tordre du Roi. Il mourut à Névet en 1646, à Tâge de 34 ans, après avoir eu de Bonaventure du Liscoët, sa compagne, une dizaine d'enfants dont quatre fils bientôt réduits ù deux : René et Malo. Leur frère atné, François, vint au monde à Beaubois. Parmi les filles de Jean, nous avons besoin de mentionner Bonne ou Bonaventure, mariée à Louis du Breil, comte de Pontbriand, dont il a été déjà parlé et dont nous reparlerons encore. Elle se maria à Beaubois ainsi que sa sœur aînée, Claude. Une autre soeur, Margi^^erite, naquit au même lieti. René, colonel des ban et arrière-ban et garde des costes de Cor-
ttouaiiles, commandant poar le Roy, mourut également à Névet et à 34 ans, le 13 avril 1676. Il avait fait un brillant mariage eo s'unissant à Anne de Goyon de Matignon, qui mourut à Beaubois en août 1699. Son cœur fut rapporté à Locronan et sur son épitaphe en cette église on a eu soin dUndiquer qu'elle était petite-fille de la princesse Léonore d'Orléans de Longueville, qui épousa le fils (1) du maréchal de Matignon, ce qui la faisait de son vivant cousine du roi régnant Louis XIY. Léonore d'Orléans de Longueville était, eo effet, fille de Léonor d'Orléans, duc de Longueville, et de Marie àû. Bourbon, duchesse d'Ëstouteville, fille unique et héritière de François de Bourbon, comte de Saint-Paul, et cousine-germaine d'Antoine de Bourbon, père de Henri IV.
Quant à Malo (1645-1721), imitant l'exemple de Saint Renan, il vivait en ermite à la Motte-Névet, en Locronan, où il s'était fait, construire une maison souterraine entourée d'un mur circulaire. Un édifice joint à ce mur, et qui porte encore le nom d'hôpital, prouve qu'en s'isolant des hommes il n'avait pas renoncé à leurfaire du bien. Mais, pour son propre compte, il se faisait un devoir de gagner sa frugale nourriture à la sueur de son front par sob travail manuel dans le bois, qu'il accompagnait de prières courtes et ferventes. Le reste de son temps était consacré à TadoratioD, à la lecture et à l'étude.
Henri, premier marquis de Névet, fils unique de René, était donc le seul espoir de la famille. Colonel du régimeot royal des Vaisseaux et du ban et arrière-ban de l'évesché de Cornouailles et garde des: costes général, il avait été obligé, pour cause de santé, de se retirer tout jeune du service et il était venu mourir en son château de Beaubois, le 12 décembre 1699, sans alliance. Son cœur fut, comme celui de sa mère, rapporté à Locronan.
Cette mort fut pour le pieux solitaire de Locronan comme un coup de foudre. Héritier de son neveu, cédant d'ailleurs aux suppli* cations de ses sœurs qui le conjuraient de ne point laisser éteindre le grand nom de Névet, il rentra dans le siècle et épousa Mlle de Gouzillon, du pays de Garhaix. Mais, au bout de dix années de mariage, l'espoir qu'il avait conçu de perpétuer sa race ne se réalisant point, il prit le parti, en 1710, d'adopter son filleul alors âgé de 11 ans : Malo du Breil de Pontbriand, petit-fils de sa sœur Bonaventure et cadet de famille. Sept ans après cette adoption,^
(1) Ce fils était Charles, sire de Matig^non et de Lesparre, comte de Torigny, de Gacé et de Selles, marquis de Lonrai, baron de la Marque, de Moyon, de Saiat-Lo et de la Roche-Tesson, conseiller da Roi en ses conseils et chevalier de ses ordres», fduverneur de Granville, Cherbourg et Saint-Lo, et lieutenant général de la pro-^ vince de Normandie.
le 30 jain 1717, du ciiâtéau de Lézargant, la marquise de Névet donnait le jour à une fille.
Loin â*étre accueillie avec joie, cette naissance dérangeait tous les plans du vieux marquis qui voulut quand même transmettre sa fortune avec son nom à son filleul et fils adoptif. Par une clause ajoutée à son testament, il exigea qu^aprës sa mort Tenfant fût mise au Calvaire de Quimper et n'en sortit qu'à l'âge de douze ans pour épouser Malo de Névet du Breil.
Le dernier marquis de Névet mourut le l»' avril 1721. Sa veuve s'empressa d'attaquer le testament et de quitter Lézargant où elle n'avait jamais connu le bonheur, pour aller s'établir au château de Beaubois avec sa chère enfant.
Sa années se sont écoulées; nous sommes en 1727. La noble châtelaine se promenait un jour avec sa fille dans le parc de Beaubois, lorsqu'elle reçut la visite de quatre dames qu'un grand carrosse avait amenées. Deux de ces dames s'approchèrent pour amuser Tenfant pendafUt que les deux autres s^éloignaient insensiblement avec la mère. Lorsque la marquise fut assez loin pour ne rien entendre ou qu^elte eut disparu au tournant d'une allée, des hommes qui attendaient dans le parc, au nombre de douze, se montrant tout à coup, s'emparèrent de Tenfant, la jetèrent dans le carrosse et la voiture partit au grand galop des chevaux.
Cette échauffourée, dont on se souvient encore dans la localité et dont nous empruntons les détails âr M. de Carné (1), ne profita pas à du Breil, car l'afiiaire tenait du jugement des maréchaux de France et le maréchal d'Estrées le força de rendre Mlle de Névet à sa mère.