DE COIGNY
Si la marquise de Névet s'était flattée de faire contracter à sa fille une alliance brillante, elle ne fut point trompée dans son espoir, puisqu'elle réussit à lui faire épouser le comte de Coigny, favori de Louis XV, avec lequel il avait été pour ainsi dire élevé et qui tenait déjà à la Bretagne par sa mère, Henriette de Montbourcher, et par ses deux aïeules nées de Goyon de Matignon et de Goyon de la Moussaye.
(i) H* Gaston de Carné, directeur de la Kevue historique de l'Ouest, publiée à Nantes (année 1888 — 1»» Mvraison).
Né fe 27 septembre i702, Jean- Antoine-François de Franqnetot, comte de Coigny, gou?emear et grand bailli de la ville et cbftteau de Caen, épousa au mois de novembre 4729 (1) Marie-Thérése- Josèphe-Gorentine (2), fille unique de feu Malo, marquis de Névet. Il fut fait colonel-général des dragons et maréchal de camp en 4734.
Son heureuse destinée se trouva fort prématurément tranchée par une mort tragique. Un jour, au jeu du Roi, où il jouait contre le prince de Dombes, fils du duc du Haine, bfttard de Louis XIV, comme il perdait beaucoup, il lui échappa de murmurer : c II est plus heureux qu^un enfant légitime. » Le prince n'avait pas entendu ce propos ; mais des ftmes charitables, il s'en trouve toujours I le lui rapportèrent. Il en résulta un duel, à nuit close, aux flambeaux, sur la route de Versailles, couverte de neige. Coigny fut tué sur place d'un coup d'épée à la gorge ; on le remit dans son carrosse qu'on fit verser dans un fossé et il passa à la cour pour être mort de la chute, étranglé par le cordon de la voiture. Il n'avait que 45 ans. Louis XV fut au désespoir de ce malheur. < Le Roi en a été à me faire peur, » écrit la marquise de Pompadour. Sa Majesté ne connut d'ailleurs la vérité sur ce triste événement qu'après la mort du prince de Dombes ; on a même prétendu qu'on la lui laissa toujours ignorer.
Frappé le 4 mars 4748, le comte de Coigny laissait trois enfants en bas ftge. Sa veuve, dame de compagnie de Mesdames de Frapce, décéda à Paris, sur la paroisse Saint-Roch, le 49 août 4778. Henri, l'atné de leurs fils, qui était un modèle de beauté, de grâce et de politesse, en même temps qu'un officier distingué, fit partie de la société intime de la reine Marie-Antoinette et fut élevé à la pairie en 4387. Gouverneur et grand bailli de Caen, la noblesse de ce pays le députa aux Etats-Généraux de 4789. Le couronnement de sa carrière militaire fut, sous la Restauration, le bâton de Maréchal de France et le gouvernement de l'Hôtel des Invalides, où il mourut
(1) Sur les registres paroissiaux de Bourseul, on trouve seulement la mention
ci-dessous : « BAN. — J'ay fait le premier ban du futur mariage d'entre Haut et
» puissant seigneur Messire Jan, François, Antoine, de Franquetot de Coigny, gou-
» verneur et grand bailli de Gaën, et Haute et puissante Damoiselle Thérèze, Joseph,
1 Gorentine de Névet, ce 23 octobre 1729.
> Signé : J* FAISANT, R*'. »
Le contrat fut passé, à la même date, devant M« de la Balle, notaire à Paris.
(2) La devise héraldique des Névet : Pérag (Pourquoi ?) figure dans Tun des cartouches du portail de la cathédrale de Quimper-Gorentin. On sait que cette ville doit son surnom à son premier évéque, saint Gorentin. Les Névet avaient aussi leur enfeu au lieu le plus éminent de ladite cathédrale, dans la chapelle même de saint Gorentin ; mais, le chapitre le céda au chanoine du Marc*hallac*h, du vivant de Claude de Névet, calviniste, père de Jacques, seigneur de Beaubois. L'avantnlernier évéque de Quimper, Mgr Nouvel, a été inhumé dans cet enfeu.
en 1824, à T&ge de 84 ans. Ses deux frères parvinrent, Tan au grade de lieutenant-général, Tantre à celui de maréchal de camp.
Le célèbre maréchal, père du pauvre Coigny, avait été créé duc héréditaire, pour descendants mâles, en février 1747. Le vieux château de Caigny, où il était né en 1670, existe encore en partie dans la commune de ce nom, canton de La Haye-du-Puits, arrondissement de Coutances. Le département de la Manche y a installé, voilà trois ans. une Ecole pratique d'agriculture et de laiterie, sur la proposition de lord John Darlymple-Hamilton, comte de Stair, et de lord Pierrepont, comte de Manvers, tous deux pairs d'Angleterre et époux de demoiselles de Coigny, arrière -petites-filles du marechai de la Restauration.
Le château actuel, situé à un kilomètre de l'ancien, fut bâti vers 1750, sur la terre de Franquetot, en Cretteville, pour recevoir la visite du roi Louis XV. Le dernier duc, considérant comme une anomalie d'avoir son château dans une paroisse voisine de celle dont il portait le nom, obtint une ordonnance d'annexion de Franquetot à Coigny, en 1840.
Les Guillotte, ancêtres des Coigny, furent anoblis l'an 1545, en la personne d'un greffier de l'élection de Coutances dont le frère était aussi anobli par la même charte comme vicomte de Carentan. Thomas, ledit greffier, commua son nom en celui de Franquetot, d'un fief acheté aux d'Auxais. Le domaine de Coigny fut érigé successivement en comté, duché et pairie, dans les années 1650, 1747 et 1787, pour jeter de plus en plus d'éclat sur les principales illustrations de cette grande famille des Franquetot qui ont donné des présidents à Mortier au Parlement de Normandie, tandis que les Coigny, en particulier, ont produit neuf officiers généraux dont deux Maréchaux de France et quatre gouverneurs de Caen.