‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 26 sur 35 · III. La paralytique d'Avranches guérie à la porte Baudange · texte numérisé non relu

III. La paralytique d'Avranches guérie à la porte Baudange

Il n'est pas hors de propos de dire comment, dans ce siècle, c'està-dire de nos jours, le Seigneur daigna montrer sa puissance par l'entremise de son pontife Aubert. On sait qu'il est d'usage que les moines du Mont Saint-Michel visitent une fois chaque année le clergé de la cathédrale d'Avranches, et que les chanoines de la cité épiscopale viennent aussi une fois l'an à la basilique de l'Archange. Les moines portent avec eux le corps de saint Aubert ; les chanoines, les reliques de sainte Pience. C'est ainsi que, selon cette coutume, saint Aubert, jadis évêque d'Avranches, visite son ancienne cité. Dans cette ville était une femme paralytique qui, depuis quelques années, ne vivait plus que des aumônes des personnes charitables. Un jour, après la messe solennelle, la châsse renfermant le corps de saint Aubert fut portée au milieu de la ville. La pauvre femme voyant de tous côtés des personnes de l'un et de l'autre sexe passer en courant, elle demanda où cette foule se rendait avec tant de joie. On lui répondit qu'elle allait au devant du corps de saint Aubert qui passait dans la grande rue de la cité. Ayant entendu ces paroles, elle prononça plusieurs fois le nom de saint Aubert et se mit à le prier, afin que par sa très sainte intercession il daignât lui accorder le bienfait de la santé. Quand elle vit les porteurs pénétrer sous la porte de la ville, elle fit tous ses efforts, en se traînant par terre, pour s'approcher d'eux, et demanda avec instance que le suffrage du saint ne lui fît pas défaut. C'est pourquoi la miséricordieuse puissance de Dieu, qui aime à couronner ses saints dans le ciel et à les honorer sur la terre par des miracles, accorda aux mérites de saint Aubert que cette femme fût guérie et rétablie dans sa santé première, en présence de tout le peuple. La paralytique avait à peine touché l'ombre du brancard qui portait le reliquaire, qu'elle se releva debout saine et sauve, en louant Dieu avec toute la foule témoin du miracle.

IV. Un quatrième miracle, attribué à saint Aubert, est la fameuse victoire de 1434, où deux mille Anglais furent tués sur les remparts et sur les grèves du Mont Saint-Michel. Ce combat si remarquable, qui permit à cette place fameuse de rester seule française au milieu

de la Normandie et de plusieurs autres provinces soumises par l'ennemi, est ainsi raconté par Dom de Camps, Dom Huynes, Dom Leroy et plusieurs autres historiens :

a L'an 1433, les Anglais, profitant d'un incendie qui avait éclaté » au Mont Saint-Michel, conçurent le projet de mettre un ternie à » leur dessein. C'est pourquoy l'année suivante 1434, dix-sept juin, » veille de S. Aubert, premier fondateur de cette église, ils vinrent » plus de vingt mille hommes sous la conduite du sieur d'Escalle, » tous bien armés, avec plusieurs machines espouventables , de y> divers engins de guerre. Ayant donc observé le flux et reflux de y> la mer, ils dressèrent une batterie si furieuse contre les murailles ï> de la ville qu'ils y firent brèche suffisante. Mais venant à monter » à l'assaut, ils furent ressus si vertement et si vivement repoussés » par ceux de ce Mont, qu'il demeura presque 2,000 Anglais de tués » dans les murailles et sur les grèves. Le peu qui échappa fut se » fortifier dans leur bastille d'Ardevon. Cette victoire peut être » comparée à celle de Josué contre les ennemis du peuple de Dieu, » d'autant qu'en cette grande deffaite et dans un combat fort san- » glant, il ne s'en trouva aucun de la garnison du Mont Saint-Michel » ny de tué, ny mesme de blessé, quoyqu'ils fussent fort inférieurs » en nombre à leurs adversaires. Ce qui fut attribué à la protection » particulière du glorieux Archange saint Michel et aux mérites de » saint Aubert (1) dont on commençait à célébrer la feste.

» On conserve des marques, sur la terrasse, de cette déroute. Les » Anglais n'obmirent aucun stratagème de guerre pour pouvoir » jouir de cette sainte montagne, depuis l'an 1420 jusqu'en 1449, » auquel temps, par plusieurs grandes et illustres victoires, » Charles VII^^ délivra son royaume, en moins d'un an, de toute » cette nation enemie qui, auparavant de quitter ce Mont, mit le » feu à leur forteresse d'Ardevon, des Pas et à quelques autres (celle » de Genêts), pour donner à connaître à la postérité que leurs » grandes prétentions contre le royaume de France, et en particu- » lier contre le Mont Saint-Michel, se résoudoient en fumée. »

Les fiévreux, les paralysés, les personnes qui désirent obtenir

(1) Dom Iluyiies dit aussi qu'on rendit grâce de cette victoire à la sainte Vierge, au glorieux Archange et îk saint Aubert, Thonneur et la gloire des prélats du diocèse d'Avranches. (Tom. 0, p. 122).

quelque grâce particulière ou un succès, invoquent toujours saint Aubert.

Le manuscrit du docteur Bienvenu raconte une guérison qu'il obtint, après un pèlerinage fait au Mont Saint-Michel, en l'honneur de saint Aubert, en 1785.

MIRAGULA SANCTI AUBERTI

I. Domus quse continebat corpus Sai^cti Aiiberti sola flammas evasit.

Exigente deinde mole peccaminum, eumdem Montis Sancti Michaelis burgum nocturno tempore devastare cœpit incendium, quod altius emittens globos flammarum vaporiferos, monasterium ipsius S^i Michaelis contiguasque invasit domos. Monachi itaquetanto obstricti articulo quicquid ornamentorum loci igni eripere potuerunt tuto recondiderunt in loco, interque alla majorem capsam auro decentissime opertam extulerunt, infra quam recondita fuerat pixis sanctarum reliquiarum. Vorax itaque flamma cuncta habitacula cum ecclesiis exussit, illud tamen domus quod continebat corpus sancti Auberti, ipsius meritis, solum evasit.

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