DE SAINT- JAMES DE BEUVRON
(suite)
CHAPITM IPIÈÏE
HISTOIRE MILITAIRE DE SAINT-JAMES DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE DE CENT ANS JUSQU'A LA DESTRUCTION DU CHATEAU (1450-1590).
Jacques de Luxembourg, que le duc de Bretagne avait établi gouverneur de la ville et du château de Saint-James, au mois d'août 1449, eut pour successeur Louis d'Estouteville, qui était en même temps capitaine du Mont Saint-Michel et d'Avranches (1). Louis d'Estouteville mourut en 1463 et fut probablement remplacé par Jean Guiton, « viel capitaine desja célèbre dans cette guerre (2). » Cette distinction couronnait une vie de bravoure et de fidélité.
La guerre du Bien public troublait alors la Normandie et causait de nombreux désordres particulièrement sur les confins de la Bretagne. Le roi vaincu à Montlhéry (1465) dut céder la Normandie à
(1) « Une lettre de Monseigneur Loys d'Estouteville, capitaine du Mont Saint- Michel, d'Avranches et de Saint-James de Beuron, comme il vouloit que en son temps les hommes de Savigny ne fussent subjcctz faire aulchun guet ou réparations es dites villes ou chasteaux. En date de l'an mil IIII* cinquante et deulx* » (Extrait de l'inventaire de l'abbaye de Savigny, cité par M. Desroches, Ann. Relig., p. 61).
(2) C'est d'après l'autorité de M. l'abbé Desroches que nous inscrivons Jean Guiton sur la liste des capitaines de Saint-James. Nous avons reproduit, p. i49, une charte adressée par Charles VIU à l'Echiquier de Normandie, en faveur du fils de Jean Guiton, sur lequel s'appuie M. Desroches pour établir ce fait historique. La citation que nous lui empruntons ici est extraite, dit-il, a d'une chronique de ce temps. »
Le 21 avril 1452, nous v^ons paraître Jean Guiton en qualité de témoin avec Tévèque d'Avranches, l'abbé de Montmorel et Gauvain de la Haye, dans un acte d'hommage fait au Mont Saint-Michel par le seigneur des Biards au cardinal d'Estouteville, de son fief du Mesnil-Adelée. (Charte des arch. de la Manche citée par M. l'abbé Desroches, Ann, Relig., notes critiques, p. 19). Jean Guiton est aussi compté au nombre des hommes d'armes sur le « rôle de la monstre faite à Avrenches, le XIX* jour de juillet, l'an mil CCCC cinquante cinq, par Jehan de Loucelles, escuier d'escurie du roy, nostre sire, et commissaire en ceste partie de noble et puissant seigneur Monseigneur de Lohéac et de Rays, mareschal de France, des vingt-cinq hommes d'armes et cinquante archiers de la petite ordonnance estant en garnison es places d'Avrenches, le Mont Saint-Michel et Tombelaine, sous la garde de Monseigneur d'Estouteville. » (Id. Ann, Relig.^ p. 71).
son frère Charles de Berry, allié de François II, duc de Bretagne. « Toutes les villes de Normendie se tournèrent devers le duc de Berry, frère du roy, et en eult yceluy sire pocession par gens de par luy, eu moys d'octobre, de toutes les places de laditte duchié, excepté des places et villes de Vernon, Gaillart, Louviers, le Pontde-l'Arche, Faloise, Chierbourg et le Mont Saint-Michel. Pour lesquelles rendre, le roy contraint à ce faire envoya le sire de Maupas, son commissaire, pour les délivrer et bailler au sire de Saint- Symon, commissaire dudit sire de Berry (1). »
Mais le duc de Bretagne n'ayant pu obtenir pour prix de ses services l'occupation des villes des bailliages de Caen et du Cotentin, garda Avranches, Coutances, Pontorson, Saint-James et Gavray (2). Il entra même en négociations avec Louis XI et lui donna ces places qui avaient toujours conservé des garnisons bretonnes. Cette évolution fut de courte durée : en effet, bientôt il abandonna la cause royale avec autant de facilité qu'il l'avait embrassée, se retourna vers le duc de Berry et leremit en possession des villes qu'il venait de lui enlever. Louis XI fit alors avancer deux armées contre les coalisés et les amena à signer, le 18 septembre 1468, le traité d'Ancenis, qui lui livrait la Normandie. « Et partout les Bretons qui tenoient Avrenchcs et les autres places en Normendie rendirent lesdittes places au roy et vuiderent Normendie et s'en allèrent en Bretaigne (3). »
Le roi plaça une garnison française à Saint-James, à la tête de laquelle il mit Robert de Verdun (i), qui avait épousé Jeanne Guiton, fille de Jean Guiton.
Le 2 avril 1469, l'amiral de Bourbon écrit d' Avranches au roi pour qu'on prescrive aux trésoriers des guerres de verser leur solde aux francs archers du Cotentin et d'Evreux, qui étaient à Avranches et à Saint-James (5). •
Pendant toute la durée du règne de Louis XI, surtout vers la fin.
(1) Chi'xmique du Mont Saint-Michel, éditée par M. S. Luce, T. I, p. 84.
(2) D. Taillandier, Histoire de Bretagne, T. Il, p. 99.
(3) Chronique du Mont Saint-Michel, T. 1, p. 84.
(4) Nous citons encore Robert de Verdun an nombre des capitaines de Saint- James, d'après MM. de Gerville {Anciens Châteaux du département de la Manche) et Desroches [Histoire du Mont Saint-Micftel, T. Il, p. i72), qui n'indiquent pas la source où ils ont puisé ce renseignement.
(5) Histoire du Cotentin et de ses Iles, par M. G. Dupont. T. III, p. 70.
les impôts excessifs et les contributions de toute nature épuisèrent le pays. Les incursions incessantes des Bretons achevèrent de le ruiner et amenèrent la dépopulation des campagnes.
Le règne de Charles VIII fut aussi désastreux que le règne précédent : les bandes bretonnes, « qui mangeaient les laboureurs et les poules, » continuèrent de ravager TAvranchin ; et ce fut en vain que le roi demanda à La Trémoille de venger « ses pauvres sujets de Normandie (1). » Ils durent encore loger et ravitailler une partie de l'armée française avant la bataille de Saint-Aubin-du- Cormier (27 juillet 1488), dont le résultat fut l'annexion de la Bretagne à la couronne de France. Le mariage de la duchesse Anne avec Charles VIII acheva l'œuvre commencée sur le champ de bataille (2).
Dès lors la ville de Saint-James perdit une grande partie de son importance militaire ; si elle servit encore à la défense du pays, elle ne fut plus « comme porte et clef » du royaume de ce côté, et son rôle militaire fut par là même singulièrement amoindri. Aussi les habitants de la châtellenie profitèrent de ces circonstances pour tâcher de s'exempter de faire le guet du château (3), alléguant que « ledit château ne fut oncques limitrophe, fors au temps des hostilités entre les Françoys et ceux de Bretaigne, à raison qu'il estoit situé dedans la frontière dudit pays de Bretaigne (4). »
Ces réclamations se produisirent dès le commencement du XV^ siècle. Elles furent portées devant le Parlement de Rouen qui, par arrêts de 1506 et de 1520, condamna les habitants de la châtellenie à faire le guet. Le capitaine, Jean de la Chesnaye, ne pressa pas l'exécution de ces arrêts ; mais son successeur, Jean de Pise,
(i) Lettre du 12 juin i488 : Supplément aux Preuves de {'Histoire de Bretagne de D. TaiUandier, T. II, p. 260.
(2) Pendant que l'armée de Charles VIU, forte de 12,000 hommes, s'avançait de Tours sur les marches de la Bretagne, vers Châteaubriant, un nombreux corps de troupes partait de Marcilly, près Avranches, et s'avançait sur Dol et Saint-Malo. (Hist. du Cotentin et de ses Iles, T. lU. p. 181).
(3) L'abbaye de Savigny, nous venons de le voir dans une note précédente, était exempte du guet et des réparations des villes et châteaux du Mont Saint-Michel, d'Âvranches et de Saint-James.
Le receveur du guet des châtellenies d'Avranches, Pontorson et Saint-James, en 1456, était Jehan du Chastel. (M. Desr., Ann, Helig.y page 61).
(4) Archives de la Manche. Voir M. l'abbé Desroches, {^Annales Relig, de VAvraU'r cMn, p. 64).
se montra plus exigeant. Il se plaignit de la négligence des habitants au bailli du Gotentin, qui, après plusieurs enquêtes, leur enjoignit de remplir leurs devoirs accoutumés. Une première information eut lieu à Saint-James, le 12 avril 1535, devant Jean Vivien, licencié aux lois et lieutenant du bailli. Le capitaine avait fait assigner Thomas Roger et Jean Paris, de la paroisse de la Croix ; Vincent Maheut, Michel Picot, Pierre Picot, de Vergoncey ; Pierre Choisnel, Jean Bailleul-Chaunière, Jean Bailleul-Gouberdière, Guillaume Lefauconier, Guillaume Chauvois, de Saint-Aubin ; Martin Le Belle, Jean Le Belle, Richard Colin, Philippe Lelièvre, de Saint- Laurent; Richard Bailleul, Robert Luslé, Guillaume Lurois, Jean Lurois, Jacques des Vallées, de Saint-Sénier ; Christophe Guyot, Julien Guyot, Julien Dupont, Jean Lemoine, Julien Despas, Pierre Lefèvre, de Montjoie; Michel NaturetJeanLetaillandier,deCrollon. Les hommes des autres paroisses de la châtellenie furent convoqués pour le samedi suivant, à Avranches, et tous furent assignés à comparaître de nouveau à Saint-James dans le délai de huit jours, pour faire leurs réclamations et entendre les témoins que le capitaine voulait produire. La sentence confirma l'arrêt du Parlement (1).
Cinq ans plus tard, les habitants de Crollon refusèrent encore de faire le guet, parce que, disaient-ils, le château était en ruine et n'était plus limitrophe. Le capitaine, Michel Rodyer, sieur de Sageon, répondit que « le château était en fort bon état et qu'il était limitrophe, n'étant distant de la mer que de trois lieues (2). »
Les plaignants furent de nouveau condamnés, par sentence du 19 juillet 1541, à faire le guet ou à payer au capitaine cinq deniers d'amende, chaque fois qu'ils y manqueraient. Enfin les habitants de Saint-Martin et de Saint-Brice-de-Landelles, qui présentèrent les mêmes plaintes en 1545, furent également condamnés (3).
Depuis près d'un demi-siècle le pays jouissait d'une paix relative, quand le Protestantisme déchaîna sur la France les guerres de religion qui l'ensanglantèrent pendant de longues années.
Après la catastrophe du 10 juillet 1559, Gabriel de Montgommery s'était échappé de Paris en toute hâte pour gagner son château de
(1) Archives de la Manche. Voir Pièces Justificatives, N* XV. {%) Id., voir M. Tabbé Desroches, {Annales Belig., p. 64). (3) Id. Rapport de M. Dubosc, archiviste du département de la Manche, {Annnaire de la Manche ^ 1873, p. 13).
Ducey et s'enfuir de là à Jersey avec sa femme. Il voyagea ensuite en Italie, revint en Angleterre, s'engagea dans le protestantisme et devint l'un des chefs les plus intrépides et les plus habiles du parti. Il était, dit Brantôme, « aussi fin que Matignon et plus vaillant (4). » Plusieurs membres de la famille Guiton et quelques seigneurs du pays embrassèrent les idées de la Réforme ; mais la plus grande partie de la noblesse resta fidèle à la foi catholique.
La première guerre de religion commença en 1562. Cette année fut signalée dans l'Avranchin par des scènes de meurtre et de pillage. Dès le mois d'avril, les Protestants, sous la conduite de Touchet, s'emparèrent d'Avranches par surprise et commirent toutes sortes d'excès dans la cathédrale et sur les gens d'église. Saint- James ne fut pas plus épargné que la plupart des autres localités du diocèse. Une troupe de calvinistes, probablement commandée par Montgommery revenu d'Orléans, au commencement de juillet, « pour se rafraîchir et pourvoir au pays de Normandie, » pénétra dans la ville mal défendue et dévasta les églises.
« Le XXVIe jour de juillet, Tan mil Vcc LXII, les églises de Sainct-James et de Sainct-Benoist furent ruinées par gens iniques et mal vivantz. Les ymages rompus et cassés, les libvres bruslez, les vitres rompues avec les cloches, les ornements perdus et emportés par lesd. perfides et méchans. Somme il y eut grande persécution aux gens d'église aud. an. Dieu veuille par sa grâce amolir le cœur des méchantz! (2) »
Dans le même temps « furent occis à Argouges et mis en terre sainte les onze personnes dont les noms en suivent : M© Clément Hérault et les autres (3)... »
Gabriel de Montgommery s'établit à Saint-James, où il rassembla des forces assez nombreuses dans le but de s'emparer de quelques places fortes, entre autres de Pontorson, et d'organiser la résistance dans le pays. Le 10 août 1562, le duc d'Etampes, gouverneur de Bretagne, qui surveillait ses mouvements, écrivait à la reine-mère : < Le comte de Montgomery fait son assemblée à Saint-James de Beuvron, qui n'est qu'à deux lieues de notre frontière. Ce que je crains le plus est qu'il se saisisse de Pontorson, qui est si près de notre pays qu'il nous ferait de là infinis maux. Pour être hors de
(1) Brantôme, T. X, p. 162^ Ëdit. de la Société de THistoire de Normandie.
(2) Registre de la paroisse de Saint-Benoit.
(3) Texte cité par M. l'abbé Desroches, (Hist. du Mont Saint-Michel, T. II, p. 211).
mon gouvernement je n'y ose aller sans votre exprès commandement, et s'il vous plaisait n'avoir point respect à cela et advertir ceux qui ont charge en Basse-Normandie et Bas-Maine, nous aurions moyen de faire bon devoir (1). »
Le maréchal Jacques de Matignon avait écrit dans le même sens à la reine, qui lui donna l'ordre de se joindre au duc d'Etampes. « La prise de Montgomery, ajoutait-elle, me serait autant agréable que pouvez penser (2). »
Le duc d'Etampes fit immédiatement partir son neveu, M. de Martigues, à la tête d'un corps de 4,000 hommes. Montgommery, surpris par la rapidité de la marche de l'armée bretonne, arriva trop tard pour couper les ponts sur la Sélune et couvrir la ville d'Avranches qui tomba au pouvoir des catholiques ; mais il s'avança sur Saint-Lo, s'empara de Bayeux et alla s'enfermer dans la ville de Rouen, qu'il défendit, pendant plusieurs mois, contre le duc de Guise. Le duc d'Etampes, maître du pays, fit publier un arrêté par lequel il enjoignit à la noblesse, aux juges et aux habitants de rétablir la messe que les Calvinistes avaient abolie dans la plupart des localités. Il commanda aussi aux ministres de se retirer et défendit de faire aucune assemblée ou prêche, de ne suivre dans l'administration des sacrements d'autre rit que celui de l'Eglise catholique, et ordonna aux habitants de rentrer dans leurs demeures qu'ils avaient abandonnées.
Après l'édit d'Amboise, Montgommery revint à Ducey, où il était au mois de mai 1563. Il y passa aussi l'hiver de 1570-1571, qui suivit la paix de Saint-Germain. C'était là qu'il préparait ses plans de campagne et qu'il entretenait correspondance avec les principaux chefs du protestantisme en France et à l'étranger.
Il possédait depuis un temps que nous ne pourrions préciser la capitainerie de Saint-James; caf, à sa mort arrivée en 1574, elle est comprise « avec ses dignitez et libertez » dans les biens de sa succession (1). Du reste, la lettre suivante adressée par le roi Henri III à M. de Matignon ne peut laisser aucun doute à ce sujet.
(1) Le duc d'Etampes au roi de Navarre : Lettre du 20 août 1562. (Orig. Bibl. Nat., f. f. 15876, f 389).
(2) Lettre du 14 août de Catherine de Médicîs, publiée par le comte H. de la Perrière : La î^orniandie à ^étranger, T. I, p. 375.
(2) A la mort de Gabriel de Montgommery, sa veuve resta au château de Ducey. Le revenu de la famille consistait en cette seigneurie « et ce qui en dépend, Ghé-
A Monsr de Matignon, mon lieutenant général en Nomiandye. Mons»" de Matignon, j'ay esté requis d'accorder à Jacques d'Avenel, sieur dud. lieu, la charge de cappitaine de Sainct-Jame de Beuvron qui estoit cy devant tenue sous le nom de feu comte de Montgommery par un nommé Picaulx exécuté par justice ; et d'autant que je désire y mettre personnaige sur lequel je me puisse reposer, encores que j'estime que led. d'Avenel soit pour s'£n acquitter dignement et fidellement, touteffois je n'ay voulu pourveoir de luy ny d'autres que je n'en eusse vostre advis, pour estre chose qui deppend de vostre charge, afin que suivant ce que vous m'en manderez j'advise ce que j'auray à faire, sur ce priant Dieu, Mons»" de Matignon, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Lyon, le VI jour d'octobre 1574.
Henry. Fizes (1).
Nous ne savons si Jacques d'Avenel fut définitivement nommé capitaine de la place.
Après la défection du duc d'Alençon (sept. 1575), les instructions les plus sévères furent données de l'un et de l'autre côté du Couesnon, pour qu'on gardât les passages et qu'on fortifiât les villes voisines. Pendant les années suivantes, la lutte continua entre les deux partis, avec des alternatives de succès et de revers.
Dans les derniers jours d'octobre 1585, le prince de Condé, cerné près de Vendôme par les forces supérieures de Mayenne, dut dissoudre son armée, qui se déroba par petits détachements, et fuir lui-même accompagné seulement de La Trémoille, d'Avantigny et d'un valet. Il put gagner les confins de la Bretagne, sans être arrêté et arriver au manoir de Jautée (2), où il reçut, pendant cinq jours, l'hospitalité de Jacquemine de la Haye, veuve de Gilles Guiton. Le danger était imminent, car le roi avait écrit à ses lieutenants de Basse-Normandie de faire garder tous les ponts, bacs et bateaux sur les rivières, et de rassembler le plus de gens possible, afin de se saisir du prince « et de s'en défaire. » Et il ajoutait : « Hastez-vous et donnez sy bon ordre à tous les passages qu'ilz ne puissent en aulcune sorte passer. »
rencey-I©-Héron, Giiampservon, la Plotière et l'Horbinière^ maaantes et deppendantes dadit Ducey... les métairies da Rouel et da Gheanier (en Juilley), Laumeraie et HauUe-Fosse (en Saint-Aubin-de-Terregâte), la capitainerie de Saint-James avec
les libertés et dignitez deppendantes de ladite capitainerie » Titre cité par
M. l'abbc Desroches, (Annales civ» et miliL du pays d'Avranches, p. 377).
(1) Bibl. Nat. Mss. 3455. f. f. f 64.
(2) Paroisse d'Argouges, canton de Saint-James.
La dame Guiton nous a laissé le charmant récit du séjour du prince à Jautée et de son départ pour l'Angleterre :
Le 18e jour de novembre 4585, à heure de nonne, arrivèrent soubdainement en ce manoir quatre chevaucheurs conduis par un pauvre charbonnier de la forest de Foulgeres. Bien que patis de froid et de fatigue, prime que de descendre, Tun d'eux voulut parler à moi et veint dreit à ma chambre où de prime face me dis : « Estes- vous Jacquemine de la Haye ? » Je respondis que ouy, et luy me dis : « Je suis le prince de Condé qui vient vous demander asyle. » Toute esbahye, je repartis : « Ah, m*on Dieu ! que est donc advenu ! » «Je vous raconterai tantost ; » puis me dit : « Allez commander à vos gens tenir secrette cette nostre venue et prendre soin de mes compaignons. » Ce que feis incontinent, puis pensent que j'estois veufve et voyant mon fils aisné qui tout estonné entroit au logis, je le prins et le conduisis en la chambre où lui dis : « Veicy Monsieur le prince de Condé qui vous demande azile, » Bien qu'esbahy de tout ce cas, incontinent se mit à genoux, baisa la main dudit seigneur, jurant par son serment le vouloir garder, servir et deffendre envers et contre tous ; et loyaument le feit, car a bien le noble cœur de son pauvre père. Des sieurs Claude de La Trémoille et Davantigny et un varlet seulement, qui aussi estoient au logis, entrèrent les deux en la compaignie et avoient le rhume si dur qu'à peine s'entendoient parler ; jà estoit en pourpoint ledit seigneur, mon Jehannot entre ses genoux, gaussant mon fils Louis qui par respect ne se vouloit seoir. AUors que furent repus se mint ce bon seigneur en mon lit et ses deux nobles compaignons en la grande sale, et ainsi sy feit cinq jours durant, faisant bon guet tant de jour que de nuit et non sans grand travail d'esprit et grandes pensées, car nos gens estant sept, il n'est possible qu'on se sceust si bien donner garde que l'un ou l'autre ne die quelque parole. Mais Dieu aida et vindrent lettres du comte de Montgommery contenant comme il y auroit l'opportunité d'une nef à Chéruel-lez-Cancale pour passer à Grenezay, et la nuit suivante arriva messire Jacques de Montgommery, sieur de Corbozon, avec quelque dix hommes gens de main, et ensuite les sieur de Clermont et de Bussac, qui logés estoient au chastel de Sacey, courant le pays pour prendre langue, et tous feirent leur partement à l'aube, accompaignez de mon fils Louis Guiton, sieur de Jautée, mes nepveux Jehan et Thomas Guiton, sieurs de la Villeberge et de Carnet, Jacques de Clinchamps, sieur de la Pigacière, François de Verdun, sieur de Margottin, et Gabriel de la Cervelle, sieur d'Auxey, tous montés à cheval à cette noble occasion et s'y passa la rivière de Coesnon au Guez Pérou, sous la moustache du sieur de Fleurimont, capitaine de Pontorson, qui pour avoir à femme Diane de Cossey est bien avant dans la Ligue. Enfin à 11 heures arrivèrent bagues sauves audit lieu de l'embarcation, laquelle s'y feit par bon temps; et prime que d'entrer dans le bastel nostre gentil prince feis tous remercimens à la noble compagnie, puis embrassant mon fils Louis lui commanda
faire de môme à la bonne maman, car ainsy me souloit honorer, et pour dernière fin tous firent retour a sauveté et grand contentement (i).
M. l'abbé Desroches avait cru, d'après les renseignements de M. Guiton de la Villeberge, que Jean Guiton,le petit Jehannot, dont il est ici question, était devenu le fameux maire de La Rochelle, qui soutint avec un courage si héroïque le siège de cette ville de 1628 contre Richelieu. Son récit n'est qu'une légende qui disparait devant les recherches consciencieuses faites depuis quelques années sur cette intéressante question historique. Le maire de La Rochelle est né à La Rochelle et n'appartient point à la famille Guiton de la Basse-Normandie (2).
L'assassinat du cardinal et du duc de Guise aux Etats de Blois de 1588 fut le signal d'un déchaînement incroyable de passions politiques et religieuses. Valognes, Coutances et Avranches embrassèrent le parti de la Ligue. Saint-James suivit leur exemple. Après la mort de Henri 111 , les deux frères de Montgommery, Jacques et Gabriel, qui étaient au siège de Paris, se détachèrent de l'armée de Henri IV, qui battait en retraite, et vinrent en Basse-Normandie, à
(1) MM. Desroches (HisL du Mont Saint-Michel^ T. II, pages 229, 230, 231} et Le Héricher (Avranchin monumental et historique, T. II, art. Argoages, pages 509, 510, 511) indiqaent comme source le chartrier de M. de Guiton. Dans un manuscrit du trésor de l'église d'Argouges, ajoute M. Le Héricher, on lit, page 6 : «c A ce dit an, 1585, mois de novembre, le sieur prince de Gondc et trois huguenots, Ycnaut des pais du Maine, ont été cinq jours durant musses au manoir de Jautée, chez damoiselle Jacqueline de la Haye, veuve de Gilles Guiton, esculer, d'où se sauvèrent à Grencsey en Angleterre. »
(2) L'opinion de M. Desroches (Hist. du Mont Saint-Michel, T. II, pages 260, 261, 262, 263) nous paraissant improbable, nous avons écrit à M. de Meschinet de Richement, archiviste de la Gharente-Inférieure, pour lui faire part de nos doutes et lui demander son sentiment k ce sujet. Sa réponse, que nous donnons aux pièces justificatives, N* XVl, tranche la question d'une manière définitive.
Dans un travail postérieur de plusieurs années à V Histoire du Mont Saint' Michel, de M. l'abbé Desroches, intitulé : Généalogie de la famille de Guiton {Annales historiques, nobil, et biograph,, T. 1, série 2«), M. le vicomte de Guiton semble reconnaître cette erreur par le silence qu'il garde sur Jean Guiton.
M. de Gerville a commis la même erreur dans sa Notice sur le château de Saint- James (Mémoires de la Société des antiq. de Normandie, années 1827 et 1828, p. 152).
Est-ce pour accréditer cette fable qu'une main inconnue a ajouté en surcharge, sur les registres de Saint-James, dans un acte du 5 février 1617, « le Roehelois » aux mots : Jean Guiton, et dans un autre acte du 3 septembre 1623, « de la Ro^ chelle » aux mots : damoiselle Jeanne de Guiton ?
la tête de deux cents chevau-légers, dans l'intention de surprendre le Mont Saint-Michel.
Le 10 novembre, ils arrivèrent à l'improviste devant Saint-James qu'ils prirent par escalade.
i< Les deux frères de Montgommeri, raconte l'historien protestant d'Aubigné, à savoir Lorges et celui qui en porte le nom aujourd'hui, laissèrent l'armée du Roi vers le pont de l'Arche, et avec environ 200 que chevaux légers, qu'arquebusiers à cheval, s'envindrent pour faire la guerre en leur pays, où d'abordée ils prirent par escalade une petite ville nommée Sainte Jaime, là où ayant pris la commodité du rafraîchissement et de l'approche à quelques desseins, ils essayèrent celui du Mont Saint-Michel par une surprise de jour (1). »
Le même fait a été consigné dans un intéressant écrit rédigé en 1607 par un témoin oculaire. M® Jean Menard, curé de Saint-James.
Certifie Jan Menard, ip^^^y curé de Sainct-Jame de Beuron, avoir connaissance que, durant les troubles derniers, la maison des Granges appartenant au S»" de la Paluelle, et dans laquelle, l'hors de son vivant il faisoit sa demeure et résidence, a esté par plusieurs fois pillée et ravagée par les gens de guerre, premièrement Thors de la prinse de la ville du dict Sainct-Jame, qui fut au mois de novembre, mil cinq cent quatre-vingt neuf, de laquelle ville icelle maison est distante de viron ung traict d'arquebouse. Ledit sieur estant pour l'hors réfugié dans le Mont St-Michel, icelle maison fut occupée par la compagnie du capitaine Faultrière, dans laquelle il demeura environ un mois ou cinq semaines, pendant lequel temps le dict Mont St-Michel fut prins, où estoit demeurant le dict sieur de la Paluelle, la damoiselle sa femme et leurs enfants et serviteurs. L'hors de laquelle prinse le dict sieur se retira dans le château, et fut sa maison pillée ; et l'hors de la reprinse de la place faicte par le deffunct S"" de Vicques, iceluy S»" de Vicques le print prisonnier et lui fist paier ranson. Davantage avons congnoissance comme par plusieurs aultres fois ladicte maison auroit été pillée tant par les soldatz de la garnison de Foulgères que du dit lieu du Mont St-Michel que aultres endroictz, où y auroit esté prins grand nombre de biens, comme chevaux, bestes à corne et aultres biens meubles de plusieurs espèces... (2). »
Montgommery et ses troupes se reposèrent, en effet, environ un
(1) Histoire universelle du sieur d'Aubigné^ T. HI, ch. 19, fol. 369.
(2) M. Fabbé Desroches donne ce précieux renseignement {Annales civ. et mUiU du pays d^Avranclies^ p. 397)^ d'après le titre original qaïl avait copié aux Archives de la Manche.
mois à Saint-James et profitèrent de ce temps pour préparer leur plan d'attaque contre le Mont Saint -Michel et saisir Toccasion favorable de l'exécuter. Elle ne se fit pas longtemps attendre. Ayant appris que le gouverneur, Louis de la Moricière, sieur de Vicques, s'était absenté de la forteresse pour quelques jours, ils partirent de Saint-James de grand matin, le mardi 5 décembre, et <( l'ont vit s'engager (1) en grève une cavalcade de damoiselles, honnêtement dressées (habillées), et qui semblaient être de bon rang. Elles se dirigeaient comme pèlerines vers le sanctuaire. En tête de leur compagnie marchaient en guides quatre pêcheurs.
« Les deux principales de ces p^^m^i^s étaient le huguenot Ravardière, très bien attifé et déguisé, qui allait en croupe de la Suze, et le jeune Corbouson (Montgommery), vêtu en pareil carnaval. Deux servantes suivaient dont l'une était un Ecossais nommé Treille, et l'autre, le chevau-léger Vilaines de Mirbolais. Enfin des Fossés, qui fut plus tard sergent-major à Metz, jouait le rôle de porterespect. Pêcheurs, belles dames, soubrettes et majordome étaient tout cousus d'armes. A la porte on vint reconnaître ce bel équipage, et personne ne conçut de soupçon. Des Fossés mit chapeau bas et dit : C'est mademoisselle de Saint-Auviers qui vient voir la dame de la Moricière pour avoir retraite en la ville, à cause des gens de la religion qui font courses partout le pays.
» En même temps deux soubrettes essayaient d'entrer.
» Un soldat morte-paye voulut badiner avec l'une d'elles et lui toucha le menton. « Barbe il y a ! » s'écria-t-il. Le menton appartenait à l'Ecossais Treille, qui, voyant l'alarme donnée, planta le stylet de sa manche dans la poitrine du soldat. Aussitôt une mêlée générale s'engagea ; les demoiselles y allaient d'aussi grand cœur que leurs guides et serviteurs. En un clin d'œil toutes les mortespayes furent hors de combat. Quelques blessés parvinrent à grand'peine à gagner, en suivant les remparts, le corps de garde situé sous le ravelin de l'abbaye, et s'y barricadèrent ; mais on les en
(1) Nous empruntons à Paul Féval {Les Meiteilles du Mont Saint-Michel, p. 300 et suiv.) le récit de la prise du Mont Saint-Michel, si intimement liée à celle de Saint- James. L^auteur reproduit avec une scrupuleuse exactitude le texte de Thistorien d'Aubigné, d'un intérêt hors ligne. {Hist. Univ. Amsterdam, 1626, in-fol., T. lU, Liv. ni, Ch. XVI, col. 369 et suiv.) Cette narration nous donne les noms des principaux chefs protestants qui s'étaient rendus maîtres de la ville et du château de Saint-James, au commencement du mois de novembre 1589.
délogea, tandis que Corbouson et Ravardière restaient en bas, gardant la porte ouverte pour l'aîné de Montgommery, qu'on voyait déjà courir en grève à la tête de ses arquebusiers et chevau-légers.
» Tout n'est pas profit pourtant dans les mascarades. Un brave bourgeois de la ville basse se servit du déguisement des huguenots pour rendre courage aux habitants qui fuyaient, effrayés, à la pensée surtout que la Moricière était absent. Ce bourgeois arrêta la déroute en criant : « N'avez-vous pas honte? Ce ne sont que des femelles ! » Il parvint à faire reculer Ravardière et Corbouson. Déjà même la herse commençait à descendre, quand Ravardière eut l'idée de pousser une échelle sous le râteau, qui ne put ainsi toucher la terre. Une étroite baie restait : les gens de Montgommery y passèrent, et le sac d^e la ville prise dura huit jours entiers, pendant lesquels tous les moyens furent tentés pour enlever aussi le château. »
Nous savons comment de la Moricière de Vicques, ayant reçu avis de la prise de la ville, « se fit ginder jusqu'au rez-de-chaussée de la Merveille » par les poulains qui existaient alors de ce côté.
« Alors eut lieu la mémorable sortie qui aurait suffi à laisser aux celliers du Mont Saint-Michel leur nom de Montgommeries, s'ils n'avaient dû avoir sous peu un baptême autre et encore plus sanglant. Par le grand escalier, dit le Gouffre, les défenseurs réintégrés de Saint-Michel prirent leur course et tombèrent sur ceux qui, naguère, étaient de si insolents vainqueurs. D'Aubigné avoue, avec quelque tristesse, que ses ami« avaient essayé de faire des recrues dans le pays ; mais ni gentilshommes ni vilains ne s'étaient montrés curieux de « loger Genève si près d'eux. »
« Les deux Montgommery et leur troupe eurent le temps de se mettre en armes, mais le choc de la Moricière fut comme la foudre. La bataille s'engagea dans l'unique rue du Mont, pied à pied et corps à corps ; le sang roula en rivière du haut en bas du rocher, car chevau-légers et arquebusiers se battirent bien bravement et tombèrent sur place. Le crime des guerres civiles paraît plus grand quand il dévore ainsi des cœurs intrépides. Lorsque la barricade en pierres sèches qui défendait le milieu de la rue fut renversée, les Montgommery et quelques chefs capitulèrent sous un portail où ils s'étaient jetés ; Gabriel, le cadet, parvint à s'évader; Jacques rendit son épée à la Moricière qui le traita honorablement ; mais il n'en
fut pas ainsi des « damoiselles » qu'on faillit pendre avec leurs soubrettes, pour avoir violé Vordre de la guerre. Il fallut de hautes influences pour les sauver. »
D'Aubigné porte à une centaine le nombre des soldats tués dans le combat. « Le combat, dit-il, dura dans la rue jusqu'à une heure de la nuit, et enfin tout fut meslé si furieusement, qu'après cent des conquérants tués sur la place, Lorges et les principaux se retirèrent dans un portail où ils capitulèrent à demeurer prisonniers de guerre. » Le capitaine Fautrière était au nombre des morts (1).
La reprise du Mont Saint-Michel eut lieu le dimanche 10 décembre.
Ceux qui avaient pu s'échapper rentrèrent à Saint-James, d'où ils furent bientôt délogés. De Vicques s'empara de la place, le mercredi 20 du même mois, et aussitôt il ordonna le démantèlement de la ville et du château. Un moine de Montmorel put rédiger, sur Tobituaire de l'abbaye, l'acte de mort de la forteresse qui avait lutté contre l'étranger et défendu nos frontières pendant plus de cinq siècles. Il est ainsi conçu : « Urbssancti Jacobi de Beurone capta cum castello^ lOnov. 1589, — 20 dec. ejusdem anni liberata et relicta ab hostibus^ et statim postea cum cmtello exuta mœnibus (2) ». « La ville de Saint-James de Beuvron fut prise avec son château, le 10 nov. 1589, — Le 20 déc. de la même année, elle fut reprise sur les ennemis qui l'abandonnèrent, et aussitôt après ses remparts et son château furent abattus. »
(1) Un manuscrit de M. de Béranger, cité par M. Fabbé Desroches {Annal, relig,, %« partie^ p. 77) s'exprime ainsi : « Pris [le Mont Saint-Michel] par les capitaines Lorges et Montgommery, frères, et autres huguenots déguisés en damoyselles et paysans. — 1589, X décembre, le Mont Saint Michel fut repris par Mons. de Vicques* Le capitaine Lorges et ses sœurs prisonniers, le capitaine Fautrière tué et plusieurs autres. »
Un autre manuscrit, cité également par M. Desroches, indique la prise du Mont Saint-Michel à la même date et sa reprise par de Vicques, au dimanche suivant. Voici ce texte : « La prise du Mont Saint-Michel faicte par le sieur de Lorges fut le mardy, cinquiesme décembre, audit au iS89, et le dismanche diziesme dudit moys fut reprinse par le sieur de Vicques, lequel y laissa pour commander le capitaine La Carryère, et est sorti du commandement ledit La Garryère, le vingticsme jour de novembre, quattre^vingt dix. »
L'auteur anonyme de l'Histoire de la Ligue en Bretagne, (T. I, p. 204) signale, sans donner de détail, un combat que Montgommery aurait livré en cette année 1589, auprès de Saint-James, contre les troupes du S' de Biraguc, qu'il aurait mises en déroute.
(2) Cette note est tirée du manuscrit du chanoine Ch. Gueriu : Acta Sanctœ Ecclesiœ AbrineensiSf qui l'avait copiée sur l'obituaire de l'abbaye de Montmorel.
Cependant les fortifications ne furent complètement ruinées que vers le milieu du siècle suivant. Charles de la Paluelle auquel le roi donna, au mois d'avril 1645, « les place et démolitions de Saint-James, > fit combler en partie les fossés et détruire les murailles, qui pouvaient nuire à l'accès du marché (1).
Là finit à proprement parler l'histoire militaire de la ville et du château de Saint-James. Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de raconter les faits qui se rattachent à cet événement et qui signalèrent, dans la contrée, la fin du XV1« siècle.
Les campagnes sans défense furent alors ravagées tour à tour par les troupes de Montgommery, qui s'était attaché à la fortune de Henri IV, et par les Ligueurs de Bretagne et de Normandie ; et l'on vit, comme autrefois, des bandes organisées rançonner les habitants et assassiner ceux qui leur paraissaient suspects.
Il faut lire les relations contemporaines pour avoir une idée exacte de la situation du pays (2). Les cahiers de remontrances présentés aux Etats provinciaux réunis à Caen, en 1593 et 1595, suffiraient pour nous renseigner à cet égard ; mais nous avons une autre source d'informations d'autant plus précieuse qu'elle est plus locale. Les registres de Saint-Benoit renferment des notes disséminées dans le texte, qui forment comme une chronique des principaux événements de la paroisse et des contrées environnantes.
(1) Nous lisons daas TinTentaire des pièces du chartrier de la famille La Paluelle, sous les numéros 2o8 et 259 : « Donation faite par Sa Majesté des place et démolitions de Saint>Jame8 de Brevon audit feu Seigneur, comte de Ponta?ice, le mois d'avril^ mil six cent quarante cinq, y jointes sept autres pièces, tant en papier que parchemin, contenant les fins de ladite donation de plusieurs jours et dattes. » (Archives de la Manche, série Ë, Fonds La Paluelle).
(2; Les plus émouvantes descriptions ne sauraient remplacer ces quelques lignes du cahier de doléances présenté aux Etats de Blois de 1588 : « Les diocésains d'ÀTranches sont la pluspart destruîts ; à cause du tenement des champs de la
gendarmerie, plusieurs bons laboureurs ont quitté leurs charrues Chanoines,
curez et prestres occis, les uns occis, les autres noyez et estranglez XXVUI ; moines occis VII ; jacobins augustins occis II ; gentilshommes catholiques occis CLXI ; gentilshommes de la religion CUII xx ; soldats catholiques VU mil C ; soldats de la religion VI mil VII c ; hommes et femmes massacrez et exécutez par justice, on n'a pu recouvrer Testât ; villes, bourgades et maisons brûlées. Testât n est dressé ; femmes et filles violées, tant catholiques que de la religion. Testât n'est encore dressé. Nombre des personnes occis, exécutez et massacrez au diocèse d'Avranches, XIII mil LXXVI. Somme totale des deniers levez en ce diocèse, LIII millions CXX mil livres » dans l'espace de trente-un ans finissant à la fin de 1580. (M. Desroches, Annal. Civ, et Mil. da payé d*Avrançhes, page 380).
Toutes ces noies n'ont pas, il est vrai, le même intérêt historique ; mais un grand nombre fournissent des détails qui révèlent l'état des esprits et nous aident à mieux connaître les mœurs de l'époque. Elles revêtent d'ailleurs un caractère de véracité indiscutable, parce que l'auteur raconte ce qu'il a vu ou ce qu'il tient de témoins oculaires, et qu'il eût été facile de démentir son récit consigné dans un livre public, s'il eût été contraire à la vérité. Nous puiserons à cette source les documents inédits qui vont suivre, et nous les citeroi>ô textuellement dans leur ordre chronologique, afin de leur conserver leur grâce et leur naïveté (4).
« Le XVle jour du moys de mars 1590, Me Guillaume Beslin fut tué à la Croix en Avranchin. Requiescat in pace, »
« Le XXe jour de mars, Me Guillaume Gautier, pbre, curé de Canville, et Jehan de Gimpront, fils de deffunt Mons. d'Aubroche, furent tués, à Avranches, à la maison du Cheval Noir, et led. prêtre fut enterré à Villiers et led. de Campront à Vergoncey (2) . »
(1) Le vicaire de Saint-Benoit, M« Julien de TËspine, commença les registres de cette paroisse en 1562, comme nous l'apprend son successeur^ M« Bertrand Guyot^ par ce titre placé en tète du premier feuillet : « En suit la coppie du registre faict par defunct M« Jullien de l'Ëspine, pbre, vivant vicaire de Sainct-Benoist, contenant les memoyres des baptesmes, espousailles, mortuages que antres choses dignes d'estre rédigées et escriptes, faite par moy Bertrand Guyot, pbre, vicaire de Sainctr-Benoist. Et premier pour Tan de N'" Seigneur, i562. » Ce fascicule de quelques pages (quatre feuillets plus un recto) comprend les années écoulées depuis 1562 jusqu'au mois de novembre 1573 ; mais il contient plutôt des notes que des actes proprement dits.
Les cahiers qui renfermaient les actes, depuis la fin de 1573 jusqu'au 21 novembre 1589, c'est-à-dire pendant douze ans, ont été perdus, et cette lacune est d autant plus regrettable qu'ils nous auraient certainement fourni des renseignements du plus haut intérêt sur cette époque si agitée des guerres de religion.
Le cahier de 1590 commence ainsi : « En suyvent les memoyres faitz par M« Bertrand Guyot, pbre, vicaire de Sainct-Benoist, pour l'an mil V ce IHI xx et dix. » Et celui de Tannée 1593 : « Mémoires des baptêmes et mortuages et autres choses dignes de mémoire faites en l'an du Seigneur 1593, par moy Bertrand Guyot, pbre et vicaire de Sainct-Benoist. » Les registres furent continués pendant les XVII* et le XVIII* siècles ; mais les notes historiques deviennent de plus en plus rares vers la fin du XVU« siècle, et disparaissent complètement au siècle suivant. Sauf quelques lacunes peu considérables, ils forment un ensemble complet et très précieux pour l'histoire des familles et du pays, depuis la dernière moitié du XVI* siècle. Nous devons la conservation de cette précieuse collection aux soins de M. l'abbé Mury, curé de Saint-James, comme on le voit par cette note consignée sur le registre (1 763-1 776j : « Ces présents registres ont été reliés et mis en ordre à la réquisition et par la libéralité de M. Mury, curé de la paroisse de Saint- James, 1777. »
(2) Jacques, de la Fresnaye, oncle maternel de Jean de Camprond, était alors
M. Raveu de Campront venait, en effet, cinq jours auparavant, de mourir lui-même à Avranches, probablement de mort violente.
« Le XVe jour de mars, 1590, Ravent de Camprond, sieur de Surville et d'Aubroche, décéda dans la ville d' Avranches, en la maison de la Masure,
advocat, et fut iceluy et enterré à Saint-Benoist. Requiescat in pace. »
« Le XIX« jour du dict moys et an [juin, 1590], Aubin Dupont, fils Marc, et Michelle Le Roy, fille dejullien, s'espouzèrent dans la chapelle St Denys, à cause des troubles. »
Ici se place un événement que notre chroniqueur ne pouvait passer sous silence. Au mois de juin de cette année 1590, le sieur de Saint-Quentin, qui tenait la ville de Pontorson pour le roi, fut mortellement blessé à l'attaque du château occupé par le sieur de de Fleurimont, partisan de la Ligue.
« Le Vie jour de juin 1590, le sieur de Sainct Quentin fiit blessé à la prinse du chasteau de Pontorson par le sieur de Fleurimont, et, le Ville du dict moys, le dict sieur de Sainct-Quentin mourut et fiit enterré dans le cœur (sic) de l'église de Pontorson (1). »
Montgommery, maître de la ville, fut assiégé, au mois de septembre suivant, par Louis de la Moricière de Vicques, qui fut tué ou plutôt traîtreusement assassiné dans une tranchée par le capitaine La Coudraye.
« Le treize de septembre 1590, le sieur de Vicques ftit tué devant la ville de Pontorson. Requiescat in pace (2). »
« Le VI mars 1591 , Julien Cholet fiit tué à Fougères. »
« Le XIXe jour du moys de may 1592 ceux de... prindrent Pierre Bailleul, sergent, et ce même jour le tuèrent. Requiescat in pace. »
« Le quatorziesme jour de mars, 1593, le sieur de Maloué fiit prins, au village de la Croisette (3), par le sieur de la Fontaine- Ardenne et ses gens. »
curé de Vergoncey. C'est ce qni explique pourquoi on fit rinhumation dans Tégiise de cotte paroisse.
(1) La tentative sur le château de Pontorson est racontée dans tous ses détails ' par rhistorien Agrippa d'Âubigné {Hist, Univ., T. III, ch. 17, fol. 370 et suiv.).
(2) Le manuscrit de la bibliothèque d' Avranches, n" 209, p. 142, cité par M. Desroches (Hist. du Mont Saint-Michel, T. II, p. 231), indique le 14 décembre 1590 comme le jour de la mort de Louis de la Moricière de Vicques, mais VHistoire générale de V Abbaye, par Dom Jean Huisnes, publiée par M. E. de Beaurepaire, T. II, p. 132, donne la date du 13 septembre comme le registre de Saint-Benoît.
(3) Village situé auprès du bourg de Saint-Benoit, sur la route de Saint-James k Avranches.
« Le dit jour et an [13 juin, 1593], décéda Jean Ameline du Boys-Hubert,
à cause que un nommé Bienfait le fist tant battre à un soldat qu'il en est mort. Reqùiescat in pace. »
Vers ce temps-là, un contingent de deux mille cinq cents hommes, sous la conduite du capitaine Martin Forbisher, envoyé au général Norris, qui soutenait le duc de Montpensier contre Mercœur, en Bretagne, débarqué à Granville, occupa les environs de Saint- James, où (( il avait fait comme les Anglais ont accoustumé de faire en France (i). y>
Voici un fait entre autres rapporté dans le registre de Saint- Benoit.
« Le samedy, quatorziesme jour du mois de may, 1594, viron sept à huit heures du matin, Pierre Pichot, autrement dit la Lande, demeurant au village des Quatre- Chesnes (2), mari et espoux de Margueritte de la Motte, femme en premières nopces de Gilles du Bas-Rocher, vivant dit Quatre- Chesnes, fut rencontré de quatorze ou quinze soldatz de Bretaigne, lesquels lui donnèrent trois coups d'arquebuze et plusieurs autres coups sur les parties de son corps [tant] qu'ils le tuèrent dans le champ de derrière son logis. »
Pendant une de ces courses dans le pays, la garnison du Mont Saint-Michel ayant fait prisonniers le procureur et un fermier de Gilles de La Paluelle, la femme de ce seigneur, Geneviève Vivien, se noya à la porte du Mont, en allant les délivrer.
« Le lundy, tresziesme jour du moys de mars, mil Vcc IIII xx et quinze, damoiselle Geneviève Vivien, femme et espouze de noble homme Gilles de la Paluelle, sieur dud. lieu, allant à la ville du Mont Sainct-Michel pour la délivrance de son procureur (3) et un sien fermier de , elle fut noyée auprest de
la porte de la dicte ville du Mont Saint-Michel, qui fut une très grande perte pour le pays ; et le mercredy en suivant, elle fut inhumée dans l'eglize Saint- Jacques de Saint-Jame par le Fr., curey de Sacey. Reqùiescat in pace. »
Le livre paroissial ne manque pas non plus de raconter, avec des
(i) D. Taillandier, Histoire de Bretagne^ T. II, p. 442.
(2) Le Tlllage des Quatre-Chesnes, au nord de la paroisse de Saint-Benoit, sur les limites de Saint-Sénier-de-Beuvron.
(3) Le procureur de la famille de La Paluelle, à cette époque, était Aubin Menard, le parent et peut-être le frère de M« Jean Menard, qui devint plus tard curé de Saint- James, comme nous le voyons par un contrat passé, le 14 décembre 1596, par devant Pierre Huré et Jacques Grignard, tabellions à Saint-James, entre Julienne Guyot et « noble homme Gilles de la Paluelle, S' du lieu, la Chaudronnaye et les Granges, absent, stipulé par Âulbin Menard, son procureur. » (Archives de la Manche, série E, fonds La Paluelle).
détails curieux, une nouvelle tentative de Montgojuniery sur le Mont Saint-Michel, au mois de septembre suivant :
« Le jeudi au matin, viron de cinq à six heures, septième jour de septembre 1595, la ville du Mont Saint-Michel fut surprinse et pillée par le sieur de Boy essusset et ses gens avec les gens du Sr de Montgommery et plusieurs autres, et ne seurent entrer dans le chasteau de lad. place, et quittèrent la dicte ville, le lundy matin en suivant, qui estoit l'unzième jour dud» moys, parceque ceulz du chasteau estoient secourus par les gens de S»" Laurent la Chenaye et plusieurs garnisons de Bretaigne tenant le parti de l'Union (1). »
La Chesnaye Vaulouët mourut peu de temps après, des suites d'une blessure qu'il avait reçue dans un combat livré aux Anglais, auprès d'Ambrières :
« Le jeudi Ve jour du moys d'octobre, 1595, décéda le sieur de la Chesnaye Vaulouët, gouverneur des villes et chasteaulz du Mont Saint-Michel et Fougères, et le vendredi. Vie jour dud. moys, fut inhumé dans Teglize Saint- Léonard dudict Fougères. Requiescat in pace. »
Nous apprenons encore de la même source que le marquis de Belle-Isle, qui avait succédé à M. de la Chesnaye dans Iç gouvernement de la ville de Fougères, se rendit au Ferré, le li janvier 1596, pour signer une prolongation de la trêve conclue entre les Royaux et les Ligueurs.
« Le jeudi unzieme jour dud. moys [janvier], 1596, Mons. le Marquis de Belle-Isle, gouverneur de la ville et chasteau de Fougères, avec ses capitaines vinrent au Ferrey trouver les S^s de Canisy et de la Fresnaye et plusieurs autres seigneurs pour prolonger la trêve, ce qui fut fait. »
Le marquis de Belle-Isle, qui songeait depuis quelque temps à trahir le parti de la Ligue pour entrer dans celui du Roi qu'il avait quitté, résolut de s'emparer du Mont Saint-Michel et d'en faire
(1) Le 23 mars de l'année précédente^ la magnifique tour pyramidale qui surmontait l'église de l'abbaye du Mont Saint-Michel avait été renversée par la foudre : « Le XXIII <: jour du moys de mars 1594, le feu du ciel descendit sur la tour de
l'église du Mont Sainct-Michel et brûla tout le etfist bien dommage de XXX mil
francs k » (Registres).
Quelques années plus tard la tour de Saint-Aubin-de-Terregatte fut aussi foudroyée : « Le lundi III" jour dudit moys [janvier 1600], la tour de l'église de Saînt- Aubin-de-Terregaste fut rompue et tout le hault du dempuys les cloches abattu par le tonnere, et les carreaulz d'icelle tour épars et jetés en divers endroits, et le cœur (sic) de l'église de Saint-Aubin tout rompu et la chapelle toute descouverte. On estime y avoir perte de troys mille escuz. » (Id.)
hommage à Henri IV dans l'espoir d'une bonne récompense. Cette perfidie fut la cause de sa perte :
« Le jeudi XXIIIe jour de may, 1596, jour et feste de l'Ascension, viron IX heures du matin, le sieur merquis de Belle-Isle, filz du sieur maréchal de Raie, entrant dans le chasteau du Mont Saint-Michel avec sa noblesse et ses gardes tua le fraire (sic) du sieur Queroland, gouverneur de lad. ville et chasteau, avec six ou sept autres de lad. place. Au niesme temps led. sieur merquis fut tué avec un sien capitaine nommé Villebasse, filz du S»" de la Balue (1). Les corps ne furent rendus que par composition ; le corps du S»" merquis fut amené à Fougères, huictaine aprez, qui estoit jour de jeudy, accompaigné de ses gardes et gendarmes. Requiescat in pace. »
« Led. jour il fist une grande tempeste tant de vent que de pluye, il tomba plusieurs chesnes, pommiers et autres arbres (2). »
Nous ne voulons pas omettre ce détail qui nous donne l'idée des mœurs militaires de ce temps-là.
« Le dimanche au soir, viron nuict fermante, dernier jour du moys de juing, 1596, NicoUas Fontaine, dict Chastelier, soldat de la paroisse de la Croix, fut surprys volant des marchands de gros sel par le Sr de Sainct-Qou et autres de la garnison de Pontorson, dont led. Chastelier reçut un coup de pistoUet dans la teste, dont il mourut soudainement. La nuict la face lui fut mangée par des chiens. »
Les haines entre familles, dont les unes avaient embrassé la cause royale et les autres le parti delà Ligue, se traduisaient trop souvent par des scènes de la dernière violence. C'est ainsi qu'à Saint- Sénier-de-Beuvron, le manoir des Préaux, qui appartenait à Julien Le Rogeron, fut, vers 1595, envahi et mis au pillage par une troupe armée. Julien Le Rogeron, qui était depuis longtemps en procès avec la famille de Campront, accusa le curé de Vergoncey, Jacques de Campront, d'avoir été, sinon l'auteur, au moins l'instigateur de cet attentat. Il obtint même prise de corps contre lui. Mais, pour mettre ses jours en sûreté, Jacques de Campront entreprit un voyage en Italie et en Espagne. A son retour, le Parlement l'autorisa à garder la ville de Fougères, et ce fut alors qu'il présenta
(1) Le château de la Baluc était sitné dans la paroisse de Bazonges-la-Pérouse, canton d'Antrain (Ule-et-Vilaine).
(2) <f L'année 1596 fut remarquable par l'intempérie des saisons. H y eut une si grande abondance de pluye qu'il ne s'en étoit point vue de pareille de mémoire d'homme. Elle gâta toutes les moissons et rendit cette année absolument stérile. » {Hist* de la Ligue en Bretagne^ T. HI, p. 209).
pour sa défense un livre intitulé : « Psalterium juste Utigantitim » clans lequel il reproche à Le Rogeron d'avoir poursuivi et dépouillé son père, de l'avoir fait assaillir et assassiner (i).
Le registre paroissial nous a conservé, sous la date du 4 mars, 1616, un curieux détail qui se rattache aux longs procès qui divisèrent si profondément ces deux familles : « Le quatre mars, 1616, fut inhumé Martin Gérard, huissier, lequel échapit (sic) des prisons où le curé de Vergoncey et Martin de Campront, S*" d'Aubroche, son frère, l'avaient fait mettre à Carentan, parcequ'il avait injurié led. curé, l'appelant faux monoyeur, fabriqueur de faux témoins et plusieurs autres injures. »
Phis tard, Julien Le Rogeron fut encore victime d'une agression qui faillit cette fois lui coûter la vie :
« L'an mil VI centz, le mardi matin, viron deux heures après minuit, le seigneur de Montgommery accompagné de Mons»" de la Ravardière, son beau fraire (sic), avec soixante hommes d'aïmes ou viron, entrèrent dans la maison du S"* des Préaux, après avoir rompu les portes à coups de pétards, et prindrent led. S"* des Préaux, le menèrent prisonnier dans la ville de Pontorson, et le vendredy en suivant, viron deux heures après midy, fut mené à Rouen par les justiciers du parlement de Rouen ; et le lundy, dernier jour de janvier, et mardy, premier jour de février, an dessus dict, les fortifications dud. logis des Préaux furent abatues et les douves remplies, le tout par mandement de justice, et commis en ceste partie le seigneur de Montgommery (2). »
^1) Le Psalterium juste litigantium fut publié à Paris^ en 1597. La Bibliothèque nationale n en possède qu'un exemplaire, dédié au Parlement de Rouen. — Voir sur ce petit volume : Notice de M. A.-M. Laisné {Mémoires de la Société d'Archéologie d'Avranches, T. H, p. 71), — Manuel du bibliographe normand, par M. Ed. Frère, — Bibliothèque choisie des livres de droit, par Dupin aine, — Brunet {Manuel du libraire, T. 1, p. 537).
(2) Nous voyons, par différents actes des registres, que Montgommery recrutait ses troupes dans le pays.
Léonard Bernier, dit le capitaine Bourrault, servait parmi les Royaux. « Le 8 juillet, 1605, haut et puissant seigneur Gabriel de Montgommery, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, seigneur châtelain de Ducey, Ghérencey et Chancervon, gouverneur des ville et château de Pontorson, » se fit représenter par Léonard Bernier, S<^ du Bourrault, dans un contrat d'acquêt d'une maison sise à S. James, appartenant à David Richette et Marguerite Tahourdin, sa femme.
» Le lundi, second jour du dict mois [septembre], 1595, Jean Le Sénéchal, dit Le Gentilz, et Noëlle Le Bedel, veuve de dcfunct Pierre Gautier, vivant trompette de Mons. de Montgommery, fiancèrent.
» Le dimanche, Ille jour du moys de mars, 1596^ Olivier Jouchet, fils de Alexandre Jouchet, S' de la Plante, gendarme de la garnison de Mons. de Montgommef*y,