‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 17 sur 57 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

De tout ce qui précède, on voit clairement l'impossibilité d*ane forêt considérable dans les grèves du Mont-Saint-Michel, surtout en présence des grands courants de l'Océan et de la mobilité 4o§

rivières. Les faits historiques confirment cette vérité que tes preuves physiques démontrent suffisamment.

Dans les premiers siècles de notre ère, le flux de la mer se développant sur un territoire beaucoup plus vaste, et les rivières coulant comme au sein de vallées creusées dans des grèves fort basses, on comprjsnd que des bois taillis, plus ou moins étendus aient pu se maintenir très longtemps sur certains points des oiarais de Dol et d^Ardevon. La forêt de ce dernier marais, protégée par le promontoire du Mont-Saint-Hicbel et les racines de ses grands chénès, a dû pendant bien des siècles, braver les rivières et la mer, comme du haut d'un tertre. Mais les alluvions marines et fluviales augmentant de jour en jour, les estuaires, les marais et les grèves se relevèrent, les vallées des fleuves se remplirent, la mer perdit du terrain, mais atteignit, avec les rivières, un niveau supérieur. Comme si elle eût voulu compenser ses pertes, elle prit sur les rivages voisins, creusa plus profondément les havres et grâce à ses fleuves, détruisit peu à peu la forêt de Quokelunde qui s'avançait trop hardiment sur les limites de son empire ^*\ Telle est, à notre avis, la vérité sur cette question. Quant aux forêts légendaires, elles ne seront jamais admises ni par Thistoire, ni par les écrivains qui feront une étude approfondie du sol de la baie.

(1) Le chef du Génie de Granville» M. Fontiac, chargé par le roi Louis XV, en 1775, de lever les plans du Mont-St-Michel, a laissé une histoire abrégée du Mont dans laquelle il résume assez bien la destruction de la forêt primitive. Pour lui. Ce n'était qu*une langue de terre s'étendant du Mont-Saint- Michel à Beauvoir. Voici son texte : « Saint Aubert, évêque d'Avranches, établit, en 709, une Eglise sur le Mont-Saint-Michel. Il n'y avait pas longtemps que ce Mont appelé alors Tombe tenait encore au continent par une longue forêt qui s'étendait jusqu'à Beauvoir. Une mer orageuse ayant submergé cette langue de terre, les courants se multiplièrent, les lits des rivières qui se jettent dans la baie devinrent plus variables ; on voyait tous les jours les sables mouvants s'accumuler... »

(Atlas^ grand in-folio, contenant les plans détaillés de Granville et du Mont-St-Michel Archives du Génie» article 1*% n"" 3 bis.)

Page 1