V. — LES GRSTfiS
Quand l'Océan n'a que de petites marées, ce qui a lieu à l'époque où la lune est au premier ou au dernier quartier, on dit que la mer est à morte eau, et les grèves abandonnées par les flots ressemblent à d'immenses déserts où l'on voit parfois des effets de mirages surprenants et des météores lumineux' les plus étranges. Hais la baie, avec ses caps, ses anses et ses havres variés, n'offre plus alors qu'une beauté triste et mélancolique. Le Mont-
pl^r du haut ôeè monolithes du Sol*Koc ou du sommet de Tanfractuositë qui découpe le nord-ouest de Tombelaine. Qaand les ya(;ues sont affilées par les tempêtes* elles peuvent enlever lé spectateur de son point d'obsérvktîQn, et le prédpiter dans Tabime, pour le broyer ensuite contre les rocliers.
âaint-Miçhel, sur lequel Toeil se repose avec un plaisir toujours nouveau, s'élève comme une superbe pyramide au sein des sables ; le rocher de Tombelaine ressemble à uo sphinx gigantesque levant sa tête vers le ciel ; les fleuves et les rivières apparaissent comme des routes d*un brun foncé sur une nappe blanche. Sur les sables, on voit çà et là, comme des points noirs perdus dans Tespace : des pêcheurs allant à leurs filets, des femmes et des enfants, cueillant les coques ou petites bivalves rayées qui sont comme la manne de ses solitudes, des voitures partant de Pontorson, d'Avranches, de Courtiles et de Genêts et conduisant au Uont-Saint-Michel des pèlerins ou des touristes. Sur le rivage, des villageois viennent enlever la tangue, c'est-àdire une quantité de ces alluvions marines et fluviales formées de sables, de limons, de coquillages et de détritus variés. De même, naguère encore, Tagriculteur avec un certificat du maire de la commune et l'autorisation de la douane, usait du résidu des fourneaux de salines, sous le nom de cendres^ de curins ou de calcins ^^K Mais en dehors de ces pécheurs, de ces pèlerins, de ces cultivateurs qui enlèvent les tangues, on peut dire que ces rivages sont sans commerce et sans vie. Depuis l'extinction des salines, ce golfe jadis si animé est actuellement un désert. Les usines ont disparu, les maisons des propriétaires sont en grande partie abandonnées ou en ruine ; la mer a détruit la plupart des mondrains et ce qui en reste n'a été défendu que par des digues, des talus, oii croissent le fenouil et le tamarin. Les belles grèves blanches sont couvertes de graminées, de salicornes et de polygonum dont se repaissent des troupeaux de moutons et de volatiles domestiques. Aussi ne pourraitH)n plus se livrer à ce divertissement populaire, à ce jeu de la crosse que Richard Séguin, dans une page pittoresque, nous décrit ainsi : « On re-
(t) Archives des salines de l'Avranchin. — Robert du Mont, dans sa chronique, parle de tangues enlevées pour Tagricnlture. — (OEuvres de Robert du Mont, édition de M. Delisle, t. II, p. 336). — Un plan de la commune de Vains, levé par Houel, en 1763, indique plusieurs chemins mn^otix, c'està-dire conduisant à la grève ou à la tangue. -
)^ marquait à Avranches an divertissement singulier, ai]ic[uei » toute la ville prenait part. On, l'appelait la Crosserie. Pour cet » effet, le jour du mardi-gras, l'évoque, les chanoines et autres
> du bas-chœur s'armaient de chacun un bâton ayant une masse » au bout comme au jeu de mail. Ils se rendaient sur la grève » de la Saudière, auprès du Pont-Gilbert. Là on formait une » partie de joueurs, divisés en deux bandes, et à une certaine dis- » tance de chaque côté, on plaçait deux pierres par entre les- » quelles celui qui était assez adroit pour faire passer le jax ou » boule de buis avec la massue, gagnait la partie. Le signal, » pour commencer le jeu, était donné par le son de la grosse » cloche de la cathédrale. Alors Tévêque donnait le premier coup
> de crosse ; les chanoines continuaient la partie jusqu'à ce que » quelqu'un l'eût gagnée. Ils cédaient ensuite la place au bas- » chœur, qui se divertissait à son tour, et tout le monde à la » suite. Quand il était temps de finir les jeux, on sonnait la » grosse cloche, et chacun rentrait à la ville ^*\ »
(i) Richard Séguin, Essai sur V Histoire de industrie du Bocage, p. 354. --R. Séguin ou mieux M. Le Franc, dont Séguin a imprimé le manuscrit sans citer son auteur, se trompe en donnant à la boule le nom de Jax. Le Jcud ou Jeu était le but, le passage qu'on devait atteindre et franchir pour gagner la partie. Il était indiqué, à une assez grande distance du point de départ» par deux piquets ou branchages. La boule s'appelait horet. Le horet était en buis ou en bois quelconque. On pouvait être un nombre indéfini de joueurs divisés en deux camps. Le sort indiquait celui qui devait commencer la partie. Le groupe qui avait obtenu d'ouvrir le jeu choisissait le bras le plus yigoureuji pour lancer le horet, dont le diamètre ne dépassait jamais plus de i à 5 centimètres. Les deux compagnies couraient après la boule, les uns pour la diriger et la faire passer lé Jax ; les autres pour la contraindre à déyier de sa voie et pour la lancer en dehors du but« afin de reprendre» à leur tour, la partie perdue- En courant sur le horet, la partie qui Toulait gagner, excitait ses partenaires en criant : kjax, kjam, c'est-à-dire : au but, frappez Ters le but. Dans le mélange des crosses, pour diriger la bou)e dans des directions contraires, les joueurs recevaient bien quelquefois des coups de crosse ou de horet, et c'est probablement des blessures occasionnées par le hùret, qu'est venu le mot horion, dont M. Littré, en parlant de ce mot, dit ignorer la provenance.
La fabrication des crosses et des horets était surtout l'indusrie des pastoureaux qui sculptaient ces instruments en gardant leurs troupeaux. Dans
Aujourd'hui les grèves n'offrent plus aucun diyertisàement et, à l'exception des médiocres profits dont nous avons parlé, elles sont complètement incultes et inutiles à l'homme.
Et cependant quel terrain fertile que ces sables calcaires I... Nous pouvons nous en faire une idée par les lambeaux déjà ar* rachésà rOcéan. Endiguées et conquises, ces grèves ne le ce* deraient nullement aux meilleurs fonds delà Belgique, du Bessin ou duCotentin et suffiraient pour enrichir un pays dont le sol granitique est naturellement pauvre. Resteront-elles éternellement improductives ? Nous ne le croyons pas.
Deux partis sont en présence. Les uns prétendent que le Mont- Saint-Michel, la merveille sans pair et Tornement de ces plages abandonnées, doit rester une tle, autrement le monastère perderait toute sa poésie.
Les autres soutiennent que le Mont-Saint-Michel ne parlerait pas moins à Timagination au milieu des plaines verdoyantes et fertiles, arrosées par des fleuves navigables, qui porteraient partout l'aisance et la vie, qu'au sein de ces sables mobiles et parfois dangereux. Entourées d'une gare de chemin de fer, d'un port et d'un entrepôt de marchandises, de jardins et de ravissantes
les prés humides, ils reeueiUaient les branches de saule recourbées et munies, à la partie inférieure, d'une masse dont ils arrondissaient les contours. Ce divertissement n'était pas particulier aux grèves de la baie du Mont-Saint- Michel. On jouait à la crosse dans tout TAvranchin, et les grèves étaient remplacées par les champs, les routes* les avenues du château ou les cours de la ferme. Il faut avouer cependant qu'on n'y trouvait pas l'animation que ce jeu avait sur les grèves. La crosserie n'est tombée en désuétude qu'au commencement du xix* siècle, et vers tSiO, sur le littoral de la baie. En 18S8 on jouait encore beaucoup à ta crosse dans les grèves de Genêts et nous avons été plusieurs fois un des acteurs de cet intéressant exercice. Néanmoins ce jeu n'est pas perdu. Transporté dans les Iles Britanniques, il nous est revenu rajeuni, sous l'appellation de cricket, mot qui, chez les Anglais, comme chez nous, signifie jtu de la crosse ; cricket-player, jouer à la crosse* Ainsi ce divertissement consacré, pour ainsi dire» par les évéques d'Avranehes, est allé en Angleterre, et, après avoir fait le tour de l'Europe et du monde, est venu nous retrouver, avec de légères modifications, mais portant ^jours son nom primitif de crosserie» de cricket ou jeu de la crosse^
Câmj^agDes, les vieilles marailles, la ville et ^admirable abbaye, ressortiraient avec plus d'avaota^e.
Quel parti remportera dans cette casse si vivement débattue? Naus croyons que le besoin de conquérir, Tintérél et le bien-être général du pays, obtiendront, dans un temps plus on moins éloigné, une victoire décisive : les grèves seront endiguées et conquises.
« Les poètes, les artistes, les historiens, les médecins mé0ie » n'y feront rien ; notre belle baie est destinée à disparaître.... )^ Il y a là une loi du monde moderne et de son expansion contre » laquelle il serait vain de se révolter ; coloniser à Tintériear, » cultiver cette France, dont un huitième est encore inculte, » agrandir sa surface productive, puisque nous n'avons presque » pas de colonies étrangères, c'est un besoin irrésistible, surtout » dans un temps qui m demande guère que la sécurité et le bien- » étre^*^ »
Ce ne sera donc pas sortir de notre sujet, en résumant les différ rents essais qui ont été faits pour enlever à la merles plaines sablonneuses.
A une époque relativement reculée, les moines possesseurs des grèves, en vertu de leur baronnie d'Ardevon, abandonnèrent tous les relais de mer aux paroisses d'Ardevon, des Pas, de Huynes et de Beauvoir, qui relevaient directement du Mont-Saint*Michel. Quelques portions de ces relais furent endiguées et devinrent des propriétés communales. C'est ce qui ressort de la lecture de plusieurs aveux où nous voyons grand nombre de propriétaires defr xvii^ et xvni® siècles, vendre leurs terres et passer à l'acquéreur leurs droits sur les marais et les grèves ^*\
Toutefois ces conquêtes, dirigées par d'humbles villageois, étaient insignifiantes et bien loin de ce qu'elles auraient pu devenir.
(1) M, Le Héricher, journal YAvranchin, année 1S6S. Article « Endiguement des grèves da Mont«Saint-Michel. »
(2) Aveux de plusieurs propriétaires de la commune des Pas : les Malenfant, les Serel, les Fag«ais, les de la Baiftille, etc.. ett 16S6, I6«0, I77b et 1757. Titre en uétre poêseâsioD.
Aussi, dès le mois de mai 1609, deux Hollandais, Umfroy et Bradley proposèrent-ils à Sully de construire à leurs frais, dans la baie du Uont-Saint-Michel, une digue depuis la pointe de Carolles à celle de Cbâteau-Richeux. Ils ne demandaient en dédommagement que la cession pure et simple de la moitié du terrain qu'ils auraient enclos. Malheureusement la retraite du ministre, après la mort funeste de Henri lY, arrivée le 14 mail 61 0, empêcha l'exécution de cette grande entreprise ^*K
Sous Louis XIV, Yauban avait conçu le projet de réunir la Sée, la Sélune et le Couesnon dans un canal qui aurait porté leurs eaux dans la Rance, afin de ne plus avoir que la mer pour ennemie ^^K
En 1 757, M. Quinette de la Hogue, en récompense des services rendus à TEtat, se fit céder, par le gouvernement de Louis XV, une partie considérable des grèves qu'il devait enclore et livrer à l'agriculture. Abandonné à ses propres forces, il se trouva en présence d'une tâche très difiQcile. Sa concession devait être limitée par une digue qui, commençant aux Quatre-Salines, sur la côte bretonne, devait passer à trois cents toises au midi du Mont-Saint-Michel, et finir près du Pont-à-l' Anguille, à l'embouchure de la Guintre. M. Quinette commença les travaux et cultiva une partie de ses terres. Mais comme il comprenait dans son domaine les grèves déjà conquises, les communes protestèrent contre Tenvahissement et détruisirent tous les travaux du nouveau possesseur. Pendant plus d'un demi-siècle les habitants du littoral furent pour M. Quinette et sa famille de cruels voisins. Un ennemi d'un nouveau genre se présenta bientôt, ce fut le Couesnon. Cette rivière capricieuse, qui affectionnait le rivage breton et menaçait ses digues, arrêtait les travaux commencés. Pour arriver à un résultat, il fallait l'enchatner et lui tracer un canal. L'exécution était rude. Le département de lllle-et-Vilaine
(i) Blanet, De Vêtat ancien et de Vitat actuel de la baie du MofU-Saint- HÊicKel, p. 101. — M. de GervUle, Voies romainei dam la Manche. (2j Mémoires de la Société d'Archéologie d'Avranches, t. II, p. 5i.
et même l'Etat promirent des secours. De son côté» M. Qttinette vendit une partie de sa concession et se fit ainsi des associés» au nombre desquels se trouvèrent MM. Combe, le général Hoche et H. Pallix. Le canal, encore indiqué sur la carte de l'arrondissement d'Àvranches» par H. Bitouzé, devait partir du fond de l'anse de Moidrey et se diriger à Test du Hont-Saint-Michel. Commencés en 1805, les travaux furent poursuivis avec activité et allaient se terminer lorsque la marée de septembre 1806 vint les anéantir en comblant de sable le large fossé. Le Gouvernement, en apprenant cet insuccès, annula la concession de 1757, comme surprise par des moyens illicites et non revêtue des formes légales ^*\ )^
En 1817, on mit fin à ces essais infructueux en accordant des indemnités à M. Quinette et aux acquéreurs de bonne foi.
En 1829^ M. Brisson, inspecteur des ponts-et-chaussées, dans un projet nouveau, qui rappelle celui de Yauban, réunissait les eaux de la Sée, de la Sélune et du Couesnon à l'aide d'un grand canal qui, se développant le long de la côte, passerait sur les territoires de Céaux, Courtils, Huynes, Ardevon, Beauvoir, Saint* Georges^ Saint-l[arcan,aunorddeDoI, entre Lillemer et Saint- Guinoux, puis se dirigeant sur Cbâteauneuf, arriverait à laRance* Ce canal assez vaste et présentant des digues élevées pour pei^ mettre les plus fortes intumescences pourrait, dit l'auteur, « rece- » voir habituellement toutes les eaux douces affluentes et » favoriser ainsi la formation d'immenses endiguages dans la baie » du Mont-Saint-Micbel ^*K »
Ce projet de M. Brisson n'a pas été suivi, mais, en 1856, d'importantes concessions ont été faites à la Compagnie des Polders de l'Ouest. Plus heureuse que M. Quinette et ses associés,
(1] Voir la brochure intitulée : c MesHeun QukMite dé la Hogu$ et Uwrs concessUmê dans U» grètes du Mont-Saint'Michel, — Avranches, H&mbie, imprimeur, 1S64.
(2) Essai sur le système général de la navigation intérieure de la France^ par M. Brisson, inspecteur divisionnaire des ponts-et-chaussées. Paris^ 182$, ^vec une carte indiquant la direction des canaux projetés, p. 90,
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cette Gomptgciie a pu oanaltser le Couesnott. Il coule présente* VktjA au pied du Môfit^Saint-Mkbel, laissant sur sa vive gamefae plus de soixante kilomètres carrés de grèves et d'exeellent ter* ^aiio appartenant au départem^t de la Hanche. Des syndicats ontété établis sur différents points et djes conquêtes successives .ont été la récompense de ces premiers labeurs. Une partie des grèvesbldnebes cultivées ont donné d'admirables résultats; les :Qi£M*ais d'Huynes, d'Ardevonet de Beauvoir ont été dëssécbés; la oâle oiéridionale de la baie est protégée contre les invasions des rivières et on large sillon qui nous rappelle celui de Venise, permet désormais de se rendre au Monti-Saint^Miehel pendant les plus fortes marées ^*\
Néanmoins lestravaux marchent lentem«)t et sont loin d'avoir atteint le but proposé. Les deux digues de la concession ne sont pas terminées; celle qui doit partir de la Chapelle Sainte-Anne, en Bretagne, et se diriger sur le Mont, reste encore à faire ; celle qui vientde la Roche- Torin sur te même Mont est inachevée. Construite arvec des schistes, elle offre des matériaux insuffisants pour résister à la violence de TOcéan. Les pierres ne font cependant pas défaut, et de tous côtés nous avons les granits qui seuls pourront victorieusement braver les efforts d'une mer furieuse.
M. Auguste Latouche, le savant en langue hébraïque, mort presque centenaire, il y a quelques années, voulait une conquête plus importante. Le 87 janvier 1873, dans une lettre écrite à son ami, M. Fulgence Girard^ il s'adressait ainsi à ses concitoyens : « Avranchinais I... vous avez devant vous no immense » terrain des plus fertiles du monde; vous pourriez faire une » digue puissante, au-delà du Hont-*Saint-Michel , laquelle par- )► tirait de la côte bretonne, pour arriver vers Saint-Jean-le-
(1) Notice sur Us Polders âe la baie du Mont-Saint-Michel, par M. Touzard. — Mémoire de M. Màgny sur les conquêtes faites par la compagnie des Polders de rOaest, page 65 çle rAj!umai|*e des cinq départements dç la Nor** mandie, annéç 1886.
» Thomas, à la côte normande. Que vous manque-t-il pour faire » cette chaussée de trois lieues ou quatre au pIusTN'avez-vous » pas en masse le granit, le feldspath, les meilleurs schistes, » toutes les pierres que les eaux de la mer ne peuvent corroder 7 » Et si Targent du pays était insuffisant, ne pourriez-vous for- » mer une société intelligente, solide, de capitalistes, de Bretons
> et de Normands qui connaissent les lieux et qui fourniraient » les trois ou quatre millions nécessaires pour faire une digue » bien construite, inclinée vers la mer pour que, dans ses fu*
> ries, elle vint se briser contre une masse sur laquelle les va- » gués perdraient graduellement les forces dont elles sont ani- » mées, de manière que les flots ne monteraient un moment que » pour retomber sur les vagues suivantes et paralyser leurs for- » ces^*\ »
Il est certain que, pour être largement récompensé des frais considérables que demandera un tel travail, la concession qui a été faite est insuffisante. Il faudrait prendre toutes les grèves^ revenir au projet des Hollandais de Sully. Nous imiterions ainsi les Bretons qui, depuis des siècles, ont su arracher aux vagues les marais de Dol et entourer de terrains fertiles, leMont-Dol, l'ancien Mons-Jovis^ et Tlllemer, Insula maris. Si cette entreprise parait effrayante, il sera toujours possible de faire un endiguage entre le Groin du Sud et Tombelaine, qu'on prolongerait ensuite jusqu'aux falaises de Carolles et de Champeaux ^^\
Tout le littoral de la baie, généralement pauvre et misérable,
(1) Journal VÂwanchin, année 1873. Les trois rivières de la baie peuvent être dirigées à travers les terres» sur le bec de Champeaux aussi bien que sur laRance. Un canal profond permettrait alors aux plus gros navires de gagner Avranches.
(2) Les moines du Mont-Saint -Michel étaient convaincus qu'on ne pouvait laisser improductifs des terrains si considérables et destinés à devenir un élément de richesse pour le pays. En 1775, ils avaient môme pensé à endiguer les grèves qui leur appartenaient n depuis le ruisseau de la Gueintre jusqu'au pont de Pontorson, » (Archives du génie militaire. — Revenu tempord de la royale abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1670, publié par M. Charles de Beaurepaire, archiviste de la Seine-Inférieure, page 245, des Mémoires de la Société d'Archéologie d'Ayranches, t. Yll, année 1885).
depuis la perte des salines, retrouverait alors, avec un sol éminemment riche, le commerce, Faisance et la vie ^^K
(1) La concession de 1856 est de 3,000 hectares. L'ensemble des lerraing endigués s'élève aujourd'hui à 1,671 hectares dont le prix de location a été porté à 160 francs l'hectare, arec baux de douze ans.
En 186S, M. Malaguti, doyen de la faculté des sciences de Rennes, a fait l'analyse des terrains conquis dans la baie du Mont-Saint-Michel et a obtenu les résultats suivants :
Carbonate de chaux 40.41
Carbonate de magnésie 0.40
Phosphate de chaux 8.06
Matières organiques azotées 3 43
Argile 3.64
Oxyde de fer 0.77
Sable micacé argileux 49 59
100.00 Cette composition chimique prouve que ces grèves sont très favorables aux diverses cultures. Ainsi, dans un hectare de terrain, le froment rend de 85 à 40 hectolitres, les plantes fourragères de 5 à 6.000 kilos, la betterave 60 à 80.000 kilos ; la culture maraîchère a donné également les plus beaux résultats. Aussi, les mémoires que nous avons cités démontrent clairement quo cette partie de l'Avranchin si déshéritée depuis quelque temps, peut de^ venir un des pays les plus prospères de la France.