‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 22 sur 57 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Divisions Géogi\aphiques de v ^yi\anchin

DIVISIONS KM PATS

Dans les limites de rAvranchiD étaient renfermés trois territoires ou pays secondaires.

4** Le Val deMorlain, Vallis Moretonii. — Ce val n'était ni celui de la Cance, ni celui de la Haute-Sée, ni même celui de la Sélune jusqu'à son confluent avec TÂiron» mais c'était la réunion de tous ces bassins. Il comprenait le deuxième Archidiaconé du diocèse, si Ton excepte les paroisses situées sur la rive gauche de TAiron (Mronus, Baironus seu Ardeus), quand le comté de Mortain fut divisé et considérablement amoindri, c'est ce val qui forma Tapanage des ses comtes, avec la châtellenie de Tinchebfay. Dans la charte de fondation de la collégiale de Mortain, en 1082,1e comte Robert, frère de Guillaume le Conquérant, appelle lui-même ce territoire le Val de Uortain, et il y établit un collège qui devait être le seul dans tout ce pays : « Canstitutum » est a Comité Hoberto iprmtenç, m intoto, mile Moretonii prmter

» scholam SancU Ebrulphi, schola aliqmhaberetur ;quod si inve- » nirentur alicubi libri^ a canonicis capereniur de schola et in » ihesaurum ecclesiœ poneretUur. »

Le poète Wace, dans son roman de Rou, rappelle aussi le Val de Hortain avec le pays de Cinglais, qui faisait partie du Bessin, comme le Val dépendait de rÂvranchin :

A lai se sunt joutez trestint li Bessînois

Et eil d'AvrancbiD et li GostentiDois

Du Val de Moretain et cU de Chingulais (i).

2® Le Val de Sée, Vallis Segim, Vallis Seim. — Ce canton modeste, qui a donné son nom à une antique sergenterie, est souvent rappelé dans les grands rôles de TEchiquiernormand : (k Homines Vallis Seim. y^ Il est également mentionné dans une charte du Livre- Vert du chapitre d'Avranches, dans le Tableau des fiefs de 1327, et dans différents titres conservés dans le manuscrit du chanoine Guérin '^^K Le poète Jacques de Champ- Repus le chante dans ses vers ^^^\ et Robert Cénalis le cite dans la description de ses fleuves ^*K

Selon ces deux auteurs, il s'étendait depuis Brécey jusqu'à Ponts-sous-Avranches. Comme sergenterie, le Val ne comprenait qu'une dizaine de paroisses, au nord de la Sée. Comme doyenné, il était plus considérable. Sa capitale était Tirepied que Cénalis appelait aussi Tiers-Pied à cause de l'étonnante fertilité de son sol : « Tertius decanus est quem Tripedanenm dictmt qui anti- » quitatem loci scrutati sunt. Aiunt enim Tirepied alias Tiers-- » Pied, ob loci fertilitatem, eo quodpes u/nu^tr^daneam in aliis

(1) Wace» roman de Rou ou chronique en vers des ducs de Normandie. Voir Richard I, défendu par Harold à la tête des chevaliers du Bessin, du Gotentin et de rÂvrancbiQ. Vers 635, 626 et 627.

(2) Acta Sanctœ Ecclesiœ Ahrincentit, p. 405, 407 et 454. — - Livre- Vert, foiio GGVI et sequ^ntes.

(3) Œuvres fi^étiques de Jacques de Champ-Rq^us, gentUbamme bas normand, p. 108.

<4) -Robert Génafis, ffierarehia ffêustria, manuscrit de la Bibliothèque Bftjtoiale,l^ 19,

> lods terrm mensuram proventu fœturdque superet ^^\ »

3° L'Avranchin. — Le Cotentin renfermait un pays qui portait son nom. C'était un archidiaconé comprenaotla partie septentrionale de son diocèse. L'Avranchin avait aussi nnpays, un Avranchin spécial, au midi de rArchidiaconé d'Avranches ; c'était le grand doyenné de La Croix. Robert Cénalis le désigne ainsi : « Est enim ager qui speciatim Abrincinus dicilur, rectius appel- » landus ArboretanuSy cuiprœst censor seu decanus de Abrind- » nio primus inùer foraneos censores ^^K »

Nicole, dans son livre sur Sainte- Anne de Carnet, nous montre cette paroisse située « dans cette partie da diqeëse qu'on nomme encore à présent TAvranchin ^^K >^ Ce territoire, au point de vue de l'administration civile, dépassait les limites du doyenné à l'est et s'étendait jusqu'aux rives de l'Airon. Il avait ainsi poar limites cette rivière et la Sélune à l'est, au nord la mer, à l'ouest le Couesnon et au sud la Bretagne. Le bourg de La Croix, qu'on appelait LaCroix-en-Avranchin, était son centre religieux, bien qu'il renfermât trois villes importantes : Pontorson, Saint-James et le Mont-Saint-Michel.

Cette contrée nous semble avoir pris son nom dès le dixième ou le onzième siècle, alors que les Bretons y exerçaient particulièrement leurs ravages. Les ennemis s'approchaient rarement des murs d'Avranches, toujours bien gardés; mais, comme ies oiseaux de proie, ils s'abattaient souvent sur ces plaines fertiles, que limitent la Sélune et le Couesnon. Déjà possesseurs d'une partie de cet Avranchin qui leur avait été cédé, au ix® siècle, par Charles le Chauve, les Bretons essayèrent plusieurs fois de reprendre cette partie du diocèse d'Avranches qui leur eût donné des limites naturelles.

C'est pour défendre cette frontière extrême de la Normandie

(t) Oierarchia Neustriœ, manuscrit. de la Bibliothèque nationale, n*' 5,901, p. 15.

(i) Btrnnrchta NêusMœ,ià.,p. 15.

(3) Nicole, Rigleâ et Statuts de la Confrérie d$ Sainte-^nne^de-Camet^ éditiop de 1765| p. 9,

et de la France que nos ducs et nos rois établirent une ligne de forteresses qui fixèrent nos limites et mirent fin aux envahisse* ments des Bretons. Ces forteresses furent celles du Mont-Saiot- Michel, de Pontorsoo, de Gheruel, deMoutaigu, de Saint-James, des Biards et de Saiut-Hilaire. Nous pourrions encore ajouter le petit castrum de la Chaise, sur la rive gauche deTAiron, qui protégeait les marches indiquées par le ruisseau français, « Rivus Francicus vulgo Bussel Français ^*\ »

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