CAUSES
DE
Si Sadowa et les suites de ce grand événement s'étaient bornées à déplacer l'équilibre entre les puissances de l'Europe; si le développement gigantesque de la Prusse n'avait fait que créer à nos portes une dangereuse rivalité, blessé notre amourpropre, en révélant tout à coup à notre ignorance habituelle de l'étranger l'existence d'un peuple dont nous ne soupçonnions pas la valeur; enfin si cette révélation subite n'avait mis en péril que notre puissance matérielle, je m'en consolerais aisément. Comme les Prussiens eux-mêmes qui disent et répètent avec raison que c'est à la défaite d'Iéna qu'ils doivent leur grandeur présente, je ne verrais dans l'échec de notre politique, et surtout dans ce déplacement de puissance à notre préjudice, qu'un avertissement salutaire, qu'une excitation à
réorganiser nos forces, à les préparer pour toutes les éventualités; et confiant dans les ressources de notre génie national, dans les qualités supérieures de notre armée, j'attendrais sans crainte la lutte probable ou possible entre les deux peuples que divise le Rhin. Alors même que l'homme remarquable qui mène aujourd'hui, d'une main si ferme, les forces de la Prusse, parviendrait de son vivant à réunir toute l'Allemagne à cette puissance nouvelle, je n'en serais pas encore effrayé pour la France. Si le petit peuple originaire qui a fait la Prusse actuelle est, en effet, façonné à chaux et à sable; s'il a des qualités de premier ordre, une solidité, une énergie indomptable; s'il semble naturellement destiné à dominer l'Allemagne, il ne me paraît pas cependant propre à s'assimiler les diverses races germaniques et encore moins à leur infuser les vertus particulières qui font sa vitalité. Entre le génie rêveur, mélancolique et sentimental des peuples des bords du Rhin, du haut Danube et du Mein, et le tempérament positif, dur, actif et brutal des habitants de la Sprée, il y a tout un monde de forces contradictoires qu'un grand homme peut trouver le moyen d'accoupler quelque temps, mais qui doivent finir par se heurter ou par se neutraliser.
Ce n'est donc pas, je le répète, la grandeur nouvelle de la Prusse qui me fait déplorer si amère-
ment les événements de 1866. C'est le coup terrible porté au prestige de l'Empire lui-même par l'attitude effacée, incompréhensible, du gouvernement français au milieu de ces événements. Jusque-là, malgré les divers échecs de notre politique extérieure et même l'issue malheureuse de notre expédition du Mexique; malgré les critiques amères dont ces échecs avaient fourni le prétexte ou l'occasion aux partis hostiles, la nation tout entière avait une telle confiance dans la fermeté et dans l'habileté de l'Empereur, qu'elle se reposait absolument sur lui du soin de veiller sur ses destinées. Les attaques des oppositions coalisées contre ce qu'elles appellent le gouvernement personnel, faute de démonstrations suffisantes ou de preuves sensibles, glissaient sur l'esprit public sans y pénétrer. Mais quand on vit ce gouvernement qui, après avoir paru exciter la querelle des États en présence, et mis la main de l'Italie dans celle du roi de Prusse, non seulement ne profitait pas des événements prévus, sinon préparés par lui, mais se montrait inerte, impuissant,désarmé, et n'intervenait que pour sanctionner, sans compensation pour la France, l'audacieuse ambition de la Prusse, à ce spectacle étrange, une sorte de stupeur frappa l'esprit public, la confiance générale en reçut une atteinte profonde, et l'Empire sembla comme ébranlé sur ses bases. Or, comment expliquer dans un gouvernement
intelligent une aberration pareille ? Quelles causes ont obscurci son jugement et paralysé à ce point ses facultés ? J'ai été longtemps à m'en rendre compte, parce que bien des particularités secrètes m'étaient inconnues. Mais aujourd'hui ces causes apparaissent assez clairement à mon esprit pour que je puisse les décrire. Et comme il y a toujours utilité à faire connaître les raisons des fautes commises pour en préserver l'avenir, autant que l'expérience d'une génération peut servir à celle qui la remplace, je ne crains pas d'aborder ce sujet délicat. Comme il arrive toujours dans les fautes d'un gouvernement, les causes de notre triste politique de 1866 sont multiples. Les plus graves appartiennent aux principaux membres du ministère, les autres proviennent de la personne même du souverain. Et d'abord je dois dire que sans la conduite de quelques hommes que je considère, dans mon sentiment intime et du fond de ma conscience, comme ayant été les fléaux de ce gouvernement, jamais l'Empereur n'aurait commis les fautes qu'on peut lui reprocher dans le cours de ces événements. Mais, comme sans l'extrême bonté, sans l'extrême bienveillance qui le distingue, sans cette douceur de caractère si attrayante chez l'homme privé, mais si dangereuse chez le prince, il n'aurait pas eu de pareils ministres, ou que les ayant, il ne leur aurait pas permis d'abuser ainsi
de sa bonté, on peut dire que les causes se confondent et découlent toutes en réalité de l'âme de ce prince. Oui, il faut bien l'avouer, l'Empereur, qu'il est impossible à tout cœur honnête de ne pas aimer, de ne pas respecter profondément, manque en réalité d'une qualité essentielle aux grands princes, la sévérité du caractère, la faculté de savoir punir aussi bien que récompenser.
Quand on l'approche de près, quand on le voit dans son intimité, aussi simple, aussi modeste dans la plus éclatante fortune que le dernier de ses sujets, quand on se trouve devant cet homme de bien, ce parfait gentleman, aux manières distinguées, sans l'ombre de prétentions, d'orgueil personnel ou de vanité; quand on entend cette raison noble, élevée, appliquer à tous les sujets le bon sens le plus droit, le plus parfait; enfin quand on l'a vu, comme j'ai eu l'occasion de le voir dans le péril, le plus intrépide des hommes, il est impossible de ne pas être charmé, séduit, et l'on comprend aisément les grandeurs de son règne. Mais si l'on pénètre plus avant dans son cœur, si l'on vient à assister aux luttes de sa raison contre sa bonté, luttes qui ne sont souvent que des défaites et quelquefois des déroutes, on plaint ce prince si bon, si généreux, si indulgent de ne pouvoir punir et frapper ceux qui devraient être punis et frappés; on devine avec quelle facilité ce noble esprit peut être la victime de
l'intrigue, et l'on connaît, au dehors comme au dedans, le secret des fautes, des faiblesses et des échecs de sa politique.
Que l'on suppose à côté d'un tel prince une phalange d'hommes de foi, de conviction, d'esprits honnêtes guidés par le dévouement à une grande cause, que de belles et nobles choses se pourraient accomplir! On peut en juger par les commencements de son règne, alors que l'intrigue n'avait pas encore découvert jusqu'où pouvaient s'étendre les limites de sa bonté, ni trouvé les moyens de surprendre sa bonne foi. Mais avec un prince dont le cœur généreux ne peut se décider à sévir, et qui par conséquent cesse bientôt d'être craint, le triomphe de l'intrigue était assuré d'avance. Gomment déjouer, en effet, les calculs de ceux qui, n'ayant en vue que des avantages personnels, qui, toujours prêts à sacrifier l'intérêt public à leurs intérêts propres, ne s'appliquent qu'à satisfaire aux dépens de l'État les passions et les ambitions qui s'agitent autour du prince? Comment, au contraire, l'honnête homme dont le mobile est l'intérêt public et qui soulève inévitablement contre lui toutes les avidités, toutes les cupidités non satisfaites, peut-il résister à ce concert de récriminations, de griefs, d'accusations, qui ne cesse d'assiéger l'oreille du souverain, de ce souverain qui ne sait pas imposer silence à l'intrigue, que celle-ci
ne redoute plus, et qu'elle peut, par conséquent, tromper impunément? Sous le gouvernement d'un prince si facile, si bon, si peu redouté de ceux qui l'approchent, il n'est pas surprenant que l'intrigue soit prépondérante dans l'État. L'extraordinaire serait que le talent lui-même pût arriver ou se maintenir au pouvoir sans l'intrigue.
« Ah! Persigny, me disait un jour l'Empereur qui était en ce moment frappé de quelques considérations que j'avais l'honneur de lui présenter, quel malheur que vous soyez si colère! — Hélas ! lui répondis-je, c'est en effet bien malheureux pour moi, puisque ce défaut est une des causes, ou un des prétextes qui me tiennent éloigné de votre personne; mais ce qui est bien plus malheureux, c'est que vous ne soyez pas colère vous-même. Car si, comme moi, vous ne pouviez vous empêcher de laisser éclater votre indignation devant le mal, l'injustice ou l'intrigue, tout le monde ferait son devoir autour de vous, tandis que personne ne le fait. Rappelez-vous que le poème le plus célèbre du monde, V Iliade, commence par les mots : « Je chante la colère d'Achille. » Cette généreuse colère des princes qui épouvante les méchants et rassure les bons, pourquoi Dieu ne vous l'a-t-il pas donnée ? »
Quoi qu'il en soit, nous allons voir par quelles manœuvres l'Empereur s'est trouvé désarmé au
milieu d'événements qui nous offraient l'occasion d'achever de nous débarrasser des traités de 1 8 1 5, et devant lesquels, d'ailleurs, la plus simple prudence nous commandait de nous tenir sous les armes, ne fût-ce que pour faire respecter notre médiation.
Outre les idées mesquines en matière de finances, de la coterie toute-puissante dont il s'agit; outre le beau système de M. Fould de traiter une grande nation comme un propriétaire obéré, de confondre les dépenses productives avec les dépenses nécessaires, de réduire les unes comme les autres, et de ne permettre d'achever l'outillage du pays qu'à l'aide des ressources ordinaires du budget; outre l'aberration de cet étrange ministre des finances qui jette l'alarme pour relever le crédit, qui crie misère au milieu d'immenses richesses, qui repousse du pied les milliards que l'épargne lui offre pour terminer nos travaux indispensables, mais leur ouvre la porte de l'étranger pour aller s'}'' perdre, au grand préjudice du pays; enfin, outre le monstrueux spectacle donné par des hommes d'État, d'arrêter de leurs propres mains les sources de la richesse publique, et qui, à la honte de la presse et à l'honneur, si c'en est un, de leur étonnante habileté en intrigues, ont eu pour complices tous les journaux de la France et de l'étranger, leur grande préoccupation était d'empêcher la guerre.
Loin de moi ici la pensée de blâmer dans des
hommes d'État, le désir de conserver la paix. Personne ne s'est inspiré plus que moi de ce grand intérêt de la civilisation moderne. Mais ce n'est pas par la peur de la guerre qu'on peut maintenir la paix : c'est par des alliances solides et soigneusement entretenues, par la fidélité dans les relations, par les égards envers les puissances; par la sagesse, la loyauté, en même temps que par la fermeté dans les négociations et surtout par la modération appuyée sur la force. Mais désarmer le pays, en prévision d'une conflagration sur les frontières, et pour lui interdire d'avance toute possibilité de s'y engager, serait le comble de l'imprudence ou de la sottise humaine. Que si les auteurs d'une pareille politique avaient conscience des conséquences qu'elle peut entraîner, ce serait pis encore, c'està-dire une véritable trahison envers le prince et le pays. Et cependant voilà, sauf l'intention de trahir, la conduite que ne cessèrent de tenir les hommes d'État dont je parle, depuis l'origine jusqu'à la fin du grand drame de Sadow^a.
Explique qui pourra cette absence complète de sens politique dans des hommes d'ailleurs intelligents. Pendant que l'Empereur, en présence des agitations de l'Allemagne et de l'Italie, devant les signes précurseurs de la crise qui se préparait, se montrait préoccupé de l'attitude à prendre dans ces graves circonstances, eux, ses ministres, ne voyaient
dans les préoccupations de l'Empereur qu'un désir de jeter le pays dans des complications extérieures. Ni le spectacle de l'Italie, émue, agitée devant Venise, ni le bruit des pas de la Prusse marchant audacieusement à la conquête de l'Allemagne ne pouvaient distraire ces esprits prévenus de leurs calculs personnels. Ce qu'ils croyaient avoir à surveiller, ce n'était pas ce qui se passait de l'autre côté du Rhin ou des Alpes, mais dans l'esprit même de leur souverain. C'est qu'en effet, montrez à certaines âmes un péril qui trouble leur quiétude ou inquiète leurs jouissances, et vous serez accusé de créer ce péril. Quand l'Empereur signalait les symptômes menaçants qui apparaissaient à l'horizon, les ministres détournaient les yeux de ce spectacle, pour aller jeter partout ce cri d'alarme : « L'Empereur veut la guerre », trahissant, sans s'en rendre compte, le souverain qu'ils avaient la prétention de servir : au lieu de s'associer et d'associer le pays aux nobles sollicitudes du prince, ils ameutaient contre lui les plus misérables passions. Serviteurs peu scrupuleux, ils organisaient comme une vaste conspiration autour de lui, et ils pouvaient le faire avec d'autant plus de sécurité que, confiants dans l'extrême bienveillance du prince, et surtout dans l'habileté de leurs procédés, ils savaient mieux que personne déguiser cette espèce de révolte sous les dehors du dévouement. « Empê-
chons-le de faire la guerre, et nous le sauverons », disaient-ils autour d'eux.
Déjà la faiblesse de ces hommes vis-à-vis des partis hostiles les avait conduits depuis longtemps à désorganiser les divers services de l'armée, en dissimulant à la Chambre les véritables dépenses du Mexique et les couvrant par des virements de crédits dans le budget de la guerre. Ils avaient épuisé et vidé nos arsenaux sans oser demander aux Chambres les moyens d'y suppléer; pour cacher au pays l'étendue du mal, ils s'étaient appliqués à affaiblir clandestinement l'armée; pour n'avoir pas à la payer, ils avaient renvoyé ou laissé dans leurs foyers la plus grande parti-e de nos contingents militaires; enfin ils avaient réussi à désarmer complètement le pays. Tandis que de l'autre côté du Rhin, un grand ministre, à l'âme fière et ardente, organisait d'une main puissante toutes les forces de sa nation, faisait appel à tous les courages, à tous les dévouements, chez nous des avocats, des hommes d'affaires transformés en hommes d'État, s'appliquaient à paralyser les ressources, à annuler les bonnes volontés et à soulever les mauvais instincts du pays. Telle était l'ardeur et l'habileté de ces manœuvres, qu'à la convocation des Chambres, il avait suffi à M. Rouher des quelques jours qui précèdent d'ordinaire les travaux de la session, après le discours du trône, pour porter
jusqu'à l'exaltation les sentiments pacifiques de la Chambre. Or, cette Chambre qui, à l'exception d'une minorité factieuse, numériquement très faible, était la plus honnête et la plus dévouée qui se fût jamais rencontrée ; qui, instruite de la véritable situation des choses, eût voté avec acclamation tous les moyens nécessaires pour placer le pays à la hauteur des circonstances, cette Chambre trompée, égarée par des conseils funestes, se persuadait qu'en enlevant à l'Empereur tout moyen de s'engager au dehors, elle servait les intérêts de la France, et en conséquence elle faisait chorus aux clameurs d'une minorité hostile. M. Thiers, toujours le même homme, le mauvais génie du pays, constamment prêt à sacrifier l'honneur et l'intérêt de la France à ses vanités ou à ses rancunes, surexcitait encore la passion de la paix, en condamnant toute intervention dans les affaires de l'Allemagne. Enfin M. Rouher, immolant son amour-propre à son étrange patriotisme, ne craignait pas de jeter la Chambre dans les bras de M. Thiers, et se consolait des applaudissements que ce dernier recevait de la majorité par l'impuissance à laquelle il réduisait son souverain.
Au spectacle d'une telle aberration, que pensait M. de Bismarck? quelle joie devait-il ressentir? Je n'ai pas à le demander; il me l'a dit lui-même. Mais ce qui l'a étonné, ce n'est pas la conduite de
nos ministres, car il connaissait par sa propre expérience en Prusse ces natures de politiques sans caractère, qui forment le personnel le plus habituel de tous les gouvernements, ces faux patriotes qui confondent la faiblesse avec la sagesse, et dont il avait eu la chance de délivrer le gouvernement de son pays. Ce qui l'a surpris au dernier degré, c'est que l'Empereur ait supporté de la part de ses ministres une pareille conduite. Et j'avoue que tout ce que j'ai pu lui dire pour en justifier l'Empereur n'a guère paru pénétrer dans son esprit.
Ce n'est pas, du reste, tout ce qu'avaient fait ces hommes d'État pour forcer l'Empereur à l'inaction. Dès longtemps auparavant, l'un d'eux, plus ardent que ses collègues dans le système de museler l'Empereur, M. Fould, avait fait triompher une série de mesures propres à enlever au souverain tout moyen d'agir sans les Chambres. Il ne s'était pas borné, en effet, à obtenir de l'Empereur de renoncer au droit essentiel et indispensable au chef d'un grand pays d'ouvrir des crédits extraordinaires en l'absence des Chambres. En s'obstinant à ne pas recourir à l'emprunt pour consolider une partie de la dette flottante, en laissant, au contraire, augmenter démesurément le chiffre de cette dette; en adoptant, enfin, sinon en inspirant la proposition de M. Thiers, d'interdire à L'État
l'émission des bons du Trésor au delà de 200 millions, il avait littéralement frappé l'Empire d'impuissance. Car d'un côté il exposait le gouvernement, au premier bruit de guerre, à d'énormes remboursements, et de l'autre il lui refusait les moyens de pourvoir aux nécessités du Trésor. Cependant M. Fould n'était point encore satisfait. L'aigle impérial ne lui paraissait pas suffisamment désarmé. Un jour, au mois de novembre i865, au moment même oxi se dessinait la grosse question qui allait aboutir à Sadowa, il avait l'audace de demander à l'Empereur une réduction dans les cadres de l'armée, pour réaliser une économie de 12 millions sur le budget de la guerre, et, chose inouïe, il obtenait de l'Empereur cette inconcevable concession.
J'avoue qu'à cette nouvelle j'avais perdu toute mesure. « Comment, écrivais-je à l'Empereur, Votre Majesté peut-elle consentir à une telle proposition ? Quoi ! M. Fould va désorganiser les cadres de l'armée pour une misérable économie de 12 millions! Mais cela n'est pas croyable! Quand il s'agit de réduire l'armée, on invoque de grandes considérations de politique européenne : on veut donner au monde un gage de paix, contribuer à un désarmement général, et devant un grand intérêt moral l'armée s'incline avec respect et soumission. Mais alléguer de misérables raisons d'éco-
nomie, désorganiser les cadres de l'armée pour 12 millions, n'est-ce pas blesser, humilier l'armée elle-même ? Et puis quel effet produira dans le monde cette étonnante nouvelle que nous en sommes réduits à ne plus pouvoir payer notre armée ? etc. »
Quoi qu'il en soit, voilà donc le géant Gulliver garrotté par les Lilliputiens! et dans quel moment? quand la liberté de ses mouvements lui était le plus nécessaire. Or, c'est ici qu'apparaît dans toute sa vérité pratique la fameuse doctrine de Machiavel sur les violents et les flegmatiques. Quoique le grand politique de Florence préfère en général les violents, il reconnaît que les flegmatiques ont fourni aussi de grands princes, et que les uns et les autres peuvent également obtenir de grands succès, mais à une condition, c'est que les temps soient favorables à l'un ou à l'autre tempérament; que si, par exemple, l'état des affaires exige la prudence et la temporisation, l'impatience des violents les perdra; que si, au contraire, c'est l'action, la vivacité, la promptitude des déterminations que demandent les circonstances, la lenteur des flegmatiques leur sera funeste.
Malheureusement nous en étions là en 1866. L'Empire, miné depuis longtemps par un travail de taupes, embarrassé dans des liens misérables et désarmé des pieds à la tête, ne pouvait sortir de
cette fausse situation que par une résolution prompte et décisive. Il fallait que l'Empereur, brisant d'un effort violent les entraves de son propre gouvernement, se débarrassât des eunuques politiques qui dominaient son ministère, fît appel à des hommes énergiques et résolus, et, exposant la situation véritable au pays, appelât la France sous les armes. Appuyé sur la force, non seulement il aurait pu veiller plus efficacement sur les intérêts de la France, mais, comme je l'ai exposé ailleurs, empêcher aussi la guerre, en faisant lui-même un partage honorable entre de grands intérêts en présence qu'il était possible de concilier. Mais les plus grands princes ne peuvent changer de caractère avec les circonstances. Surpris par les événements, pressé par le temps, le lion désarmé, ne se croyant plus en état de faire autre chose que de spéculer sur la réputation de sa force, en était réduit à trafiquer de sa neutralité. Or, même sur ce terrain, quoique peu digne peut-être d'un grand empire, il y avait encore une belle partie à jouer; car cette neutralité de la France, les deux puissances belligérantes la réclamaient tour à tour à leur profit, et chacun était disposé à l'acheter chèrement. Comment donc cette neutralité s'est-elle donnée pour rien ? Par quelle fatalité, par quelles fautes n'avons-nous eu pour partenaire ni l'Autriche, ni la Prusse ?
Nous avons vu que M. de Bismarck était parti
pour Biarritz, à la fin de Tété de i865 (i),avec la résolution, suivant sa propre expression, de faire un gros sacrifice pour obtenir notre neutralité (2). De quelle nature était ce sacrifice? Nous l'ignorons, puisque M. de Bismarck essaya vainement, à Biarritz, d'entrer en négociation avec l'Empereur, et que par conséquent il n'y eut aucune espèce d'arrangement fait entre eux deux.
Maintenant, pourquoi l'Empereur, qui probablement avait fait venir lui-même M. de Bismarck à Biarritz, ne s'explique-t-il pas avec le ministre prussien ? Ceci est encore un mystère, mais non peutêtre impossible à pénétrer par ceux qui ont connu la nature des sentiments et des sympathies qui se manifestaient auprès de l'Empereur et le genre d'influence qui dominait dans son intérieur (3). Quant à moi, je ne vois qu'une seule manière d'expliquer le silence de l'Empereur vis-à-vis de M. de Bismarck : c'est qu'à la suite de confidences tardives et peut-être légèrement faites sur les dangers qu'allait courir l'Autriche, des émotions soudaines auront agité, troublé l'esprit de l'Empereur; qu'en présence de difficultés imprévues, et suivant la politique habituelle des tempéraments flegmatiques, ce
(i) Voyez page 323, chapitre Sadowa.
(2) Le but et le résultat de cette visite sont exposés dans le chapitre ci-après, pages 375 et suivantes.
(3) L'impératrice Eugénie. {Note de l'éditeur,)
prince aura cru pouvoir ajourner la question, et qu'ainsi lui aura échappé l'occasion de faire un accord avec la Prusse.
Mais à défaut de la Prusse, il y avait l'Autriche, tout aussi avide d'obtenir pour elle-même la neutralité de la France. Et en effet, quoique toujours lente à prendre ses résolutions, l'Autriche avait fini par comprendre qu'en présence de l'Italie constituée comme elle l'est aujourd'hui, la Vénétie n'était plus qu'un boulet à ses pieds; que c'était pour elle une cause de ruine et de faiblesse; que si elle avait à défendre cette province, elle allait se placer entre deux feux, serait forcée de diviser son armée en deux camps, et que par conséquent, sous peine de succomber dans la lutte, il lui faudrait gagner deux victoires au lieu d'une. Prenant donc, à la fin, son parti, elle se décidait à renoncer à la Vénétie. Or, par une circonstance singulière, c'était moi qui avais l'honneur d'être le premier confident de cette résolution.
C'était vers la fin du mois de mai, je me trouvais par hasard aux courses de Longcfiamps et ne me doutant guère de la confidence que j'allais recevoir, lorsque le prince de Metternich m'aborda et me dit qu'il était venu aux courses dans l'espérance de voir l'Empereur; que ne l'y trouvant pas, il me priait d'aller demander pour lui une audience à Sa Majesté. Il ajouta que pour ne pas perdre de temps,
je pouvais d'ailleurs communiquer de suite à l'Empereur la proposition qu'il était chargé de lui faire de la part de son gouvernement. Or, voici quelle était cette proposition : l'Autriche consentait à céder la Vénétie à l'Italie à deux conditions : la première, que la France et l'Italie resteraient neutres dans le conflit entre l'Autriche et la Prusse; la seconde, que si l'Autriche sortait victorieuse de la lutte, elle s'indemniserait par la Silésie de la perte de la Vénétie, sans prétendre à rien de plus; enfin M. de Metternich ajoutait que quant aux provinces du Rhin, il n'appartenait pas à TAutriche de disposer d'un territoire allemand en faveur de la France; mais que, comme c'était surtout une question à vider entre la France et la Prusse, si d'une manière ou d'une autre ce territoire venait à tomber dans nos mains, l'Autriche n'y ferait aucune opposition. J'avoue qu'au milieu des inquiétudes que me causait le sentiment de la fausse situation où nous nous trouvions, je fus émerveillé d'une telle proposition. Je courus aussitôt chez l'Empereur demander l'audience pour Metternich et faire à Sa Majesté la communication dont j'étais chargé; mais, à mon étonnement extrême, l'Empereur parut recevoir très froidement la proposition de l'Autriche. Ne comprenant pas la cause de son attitude, en recevant une nouvelle qui me paraissait à moi si magnifique, je me permis d'exposer à Sa Majesté tous
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les avantages que je voyais à cette proposition. Je lui disais que la veille, à cause de la grosse difficulté de Venise et de la nécessité d'achever l'Italie, j'aurais fait des vœux pour la Prusse, malgré bien des causes d'appréhension; mais qu'aujourd'hui la question était retournée; que dès que l'Autriche renonçait à la Vénétie, tout était changé dans l'échiquier européen; que nous avions cent fois plus d'intérêt à nous unir avec l'Autriche qu'avec la Prusse; que victorieuse l'Autriche ne gagnerait rien ou presque rien en Allemagne, parce qu'elle y était impopulaire, et soulèverait contre elle toutes les passions libérales; que la Prusse, au contraire, en donnant depuis longtemps la main aux éléments révolutionnaires, avait acquis une énorme influence sur l'esprit public en Allemagne; qu'avec la victoire, elle serait intraitable et voudrait tout avoir; qu'à moins d'être liée par des engagements bien précis et absolus, elle ne nous accorderait rien, et deviendrait bientôt pour nous une cause de graves difficultés; que si, au contraire, l'Autriche l'emportait, tout l'édifice si laborieusement construit par les Radowitz et les Bismarck croulerait de toutes parts; que les débris delà Prusse appartiendraient à qui les ramasserait, et qu'alors s'il nous convenait de nous étendre jusqu'au Rhin, personne ne pourrait plus s'y opposer. Je conjurai donc l'Empereur d'accepter sans hésiter la proposition autri-
chienne. Et comme Sa Majesté, tout en reconnaissant que cette proposition était très importante, objectait que ce n'était pas tout et qu'il y avait d'autres choses à considérer : « Alors, Sire, lui répondis-je en prenant congé de lui, et croyant d'après son attitude qu'il avait reçu de la Prusse des engagements encore plus favorables, je vous fais mon compliment; car si l'offre faite par l'Autriche ne satisfait pas entièrement Votre Majesté, il faut que vous ayez de bien belles cartes dans votre jeu. » Malheureusement, comme l'événement le démontra plus tard, l'Empereur n'avait aucune carte dans les mains. Non seulement il n'avait fait avec la Prusse aucune espèce d'arrangement, mais il se croyait lié envers elle sans que celle-ci le fût envers lui. Et en effet, comme je l'ai su depuis, l'Italie, avant de signer avec la Prusse un traité d'alliance offensive et défensive, l'avait communiqué à l'Empereur, qui lui avait donné son agrément. L'Empereur se croyait donc en quelque sorte solidaire de l'Italie et à certain égard engagé moralement envers la Prusse. Or, comme le traité secret qui liait la Prusse et l'Italie pour trois mois était du 6 avril, ne devait par conséquent expirer que le 6 juillet, et que nous n'étions encore qu'à la fin de mai, voilà sans doute quelle était la cause de l'embarras ou du trouble de l'Empereur en recevant la proposition autrichienne. Et en effet, le len-
demain, comme je l'ai appris également depuis, Sa Majesté transmettait la proposition autrichienne à Florence. Le roi d'Italie s'en montrait très ému, et son premier ministre, le général La Marmora, encore plus. Mais ce dernier, après une longue discussion dans le conseil des ministres, faisait prévaloir l'opinion que l'honneur interdisait à l'Italie de se séparer de la Prusse, quoique l'objet du traité fût atteint. M. de La Marmora engageait, du reste, l'Empereur à chercher à gagner du temps, pour empêcher les hostilités jusqu'au 6 juillet, date à laquelle l'ItaHe, dégagée des obligations du traité, accepterait la proposition autrichienne. C'est donc sans doute après cette réponse de Florence que l'Empereur proposa un congrès, et probablement pour gagner le 6 juillet. Mais malheureusement, et sans que je puisse m'en expliquer la cause, c'est l'Autriche elle-même qui, en refusant la proposition du congrès, fit avorter l'expédient qui pouvait dégager l'Italie, et ainsi la guerre éclatait sans que nous eussions profité des dispositions d'aucune des deux grandes puissances allemandes à traiter avec nous.
Pour moi, quand je songe à de si douloureuses circonstances, je ne puis m'empêcher de gémir de ce penchant habituel à l'Empereur de cacher toujours quelque chose à ses conseillers les plus intimes et les plus dévoués. Que si, en effet, Sa Majesté
m'avait confié son enibarras lorsque je lui apportais la proposition autrichienne, qu'elle m'eût fait connaître l'existence du traité, ah! j'en suis convaincu, tout aurait changé de face. Il ne m'eût pas été difficile de faire comprendre à l'Empereur que pour avoir approuvé le traité de l'Italie avec la Prusse, il n'en était pas moins libre de ses résolutions; que la Prusse n'étant engagée à rien vis-à-vis de lui, il n'était engagé à rien vis-à-vis d'elle; que, de plus, l'Italie ne s'étant liée avec la Prusse qu'en vue de la Vénétie, elle ne pouvait rester liée quand l'objet même du traité lui était acquis. J'aurais soutenu que le point d'honneur qui consiste, dans la vie privée, à sacrifier ses intérêts les plus chers et à exposer même ses jours pour rester fidèle à sa parole, n'a rien à faire dans les relations d'État à État, où l'intérêt des peuples reste et doit rester la loi suprême; qu'un homme d'État n'a pas le droit de subordonner les destinées d'une nation à la satisfaction de ses sentiments généreux ou chevaleresques; que, d'ailleurs, un traité d'alliance offensive et défensive doit être une cause de force, et non de faiblesse ou de ruine; que Venise étant rendue à l'Italie, il était insensé d'exposer le sort d'une armée et d'un pays pour la conquérir; qu'enfin, si l'Autriche faisait une concession analogue à la Prusse, ce n'était pas M. de Bismarck qui s'inquiéterait de son traité avec l'Italie, et qu'il ne fallait pas
que l'Italie s'inquiétât davantage de son traité avec la Prusse. J'aurais en outre établi que quant à la proposition de M. de La Marmora de gagner du temps pour s'affranchir des obligations du traité, c'était une singulière manière de comprendre l'honneur, car il ne s'agissait de rien moins que de tromper la Prusse et de l'induire dans une erreur funeste; que l'acte de dénoncer le traité, commandé par l'intérêt suprême de l'Italie, était au contraire un avis salutaire pour la Prusse, et par conséquent plus loyal que le procédé imaginé par M. de La Marmora.
De ma personne, je me serais offert pour aller convaincre le roi Victor-Emmanuel et ses ministres; au besoin, j'aurais conseillé à l'Empereur de dégager la parole de l'Italie, en lui imposant, au nom des services rendus par la France et de la solidarité d'intérêts résultant des événements passés entre les deux, l'obligation de dénoncer le traité. Enfin, dans le cas oia on eût voulu absolument attendre l'expiration du traité, j'aurais insisté pour une entente et une convention immédiate avec l'Autriche. Or, une fois l'accord établi entre la France, l'Italie et l'Autriche, cette dernière ne faisait point échouer par son refus du congrès l'expédient destiné à annuler le traité. A l'aide du congrès, on gagnait aisément un mois, et comme au 6 juillet l'Autriche pouvait disposer de toutes ses forces, amener contre la
Prusse non seulement l'armée de Bohême, mais celle de Vérone, elle avait toutes les chances raisonnables de battre la Prusse ! Au lieu de la triste situation que la défaite de l'Autriche nous a créée, sa victoire, au contraire, nous aurait ouvert les plus brillantes perspectives.
Maintenant, et pour compléter le tableau des causes de notre attitude en 1866, faut-il expliquer d'une manière plus précise que je ne l'ai déjà fait les mobiles secrets des derniers incidents du drame ? Pourquoi, par exemple, après avoir paru si frappé du plan que j'avais eu l'honneur de lui soumettre, c'est-à-dire d'établir sur la rive gauche du Rhin les princes dépossédés sur la rive droite, plan qu'à l'exception seulement de MM. Rouher et Lavalette, qui avaient gardé le silence, le conseil des ministres avait si vivement approuvé; pourquoi, dis-je, l'Empereur, soit avant, soit après Sadowa, ne prit-il aucune disposition sérieuse pour le faire triompher ? Pourquoi, après la victoire prussienne, fît-il la faute de consentir au rôle de médiateur sur des bases qui n'étaient plus acceptables par la Prusse, telles que le maintien de l'Autriche dans la Confédération germanique, quand c'est précisément pour l'en exclure que la Prusse venait de jouer sa destinée sur un champ de bataille ? Enfin, pourquoi l'Empereur fit-il à M. de Bismarck, dans l'unique but d'épargner une plus grande humiliation à l'Autriche
et sans aucun intérêt pour la France, des concessions territoriales en Allemagne qui nous auraient suffi, et au delà, pour indemniser la Prusse de la perte de la rive gauche du Rhin ?
Pour découvrir ces causes, il faudrait descendre, un microscope à la main, dans le monde des infiniment petits; être doué soi-même du génie de l'intrigue pour en décrire les procédés; montrer comment des jalousies mesquines, misérables et s'agitant dans l'ombre opposaient au mérite d'un plan politique les petites passions ameutées depuis longtemps contre l'auteur même du plan; comment elles exaltaient en versant de feintes larmes sur les malheurs de l'Autriche, mais en oubliant la France, les sympathies que l'âme ardente et généreuse de l'Impératrice n'était que trop disposée à ressentir; comment enfin elles réussissaient à dominer la raison de l'Empereur sous les élans passionnés de cette influence irrésistible.
Ainsi, d'une part, la conspiration des principaux ministres et de toute une école funeste, pour tenir le pays désarmé vis-à-vis des complications extérieures et en défiance de la personne même de l'Empereur; de l'autre, un prince agité, troublé, au milieu des combinaisons les plus graves de la politique, par des scènes d'intérieur; enfin l'isolement volontaire ou non de tout conseil dévoué, de tout avis patriotique, voilà les causes funestes de
cette cruelle page d'histoire qui s'appelle Sadowa. A ces causes, il faut cependant ajouter une considération qui n'est pas sans importance pour expliquer l'attitude de l'Empereur : c'est que personne ne croyait à une guerre de si courte durée. Quoique Solférino eût pu faire soupçonner ce nouvel axiome de stratégie qu'une armée de deux cent mille hommes, une fois battue, ne peut plus se rallier, avant Sadowa, personne n'en soupçonnait l'existence. Jusqu'ici on avait vu des armées vaincues battre en retraite, se replier sur des points favorables, y attendre les renforts, manœuvrer de nouveau et recommencer la lutte. Sadowa a montré qu'avec ces énormes accumulations de troupes que les chemins de fer permettent de concentrer sur un point, la guerre se décide par un seul choc; qu'embarrassées par le nombre, de telles armées une fois désorganisées ne peuvent plus se reformer, et qu'elles ne laissent ainsi d'autres ressources aux États vaincus que de faire la paix, en subissant plus ou moins la loi du vainqueur.
L'Empereur est donc bien excusable d'avoir ignoré ce que personne ne savait avant Sadowa; d'avoir compté sur le temps, peut-être sur l'épuisement des puissances belligérantes, ou sur les incidents ordinaires de la guerre, pour intervenir d'une manière plus favorable aux intérêts de la France. Et en effet, même après le triomphe de la Prusse,
il pouvait tout réparer, sans l'épouvantable désorganisation que l'aveugle politique de son ministère avait introduite dans l'armée. Si, à la première nouvelle de la défaite des Autrichiens, il avait pu réunir une armée sur le Rhin, comme il en avait eu l'intention, il se serait trouvé en situation de dicter la paix sans difficultés sérieuses. Mais le croira-t-on ? La France, qui payait et croyait entretenir une armée de cinq cent mille hommes, n'était pas en état, malgré la facilité des chemins de fer, qui permettent de transporter en vingt-quatre heures toutes les forces d'un pays sur un point, de mettre en ligne une armée de quatre-vingt mille hommes. On demandait six semaines pour la réunir sur le Rhin. L'aveuglement de nos hommes d'affaires avait fait plus que n'aurait pu faire la trahison la plus habile. Et en vérité, devant le spectacle d'un gouvernement si fortement dévoyé, ce serait à désespérer de l'Empire, si nous n'avions pour nous consoler cet autre spectacle merveilleux d'un second gouvernement qui, du fond du tombeau des Invalides, répare les fautes, couvre les faiblesses, efface les revers du premier et ne laisse apparaître aux yeux du peuple que les faveurs et les sourires de la fortune. — '-
Chamarande, 20 décembre 1868.