‹ Mémoires;Chapitre 15 sur 25 · DE LA PRÉSENCE · texte numérisé non relu

DE LA PRÉSENCE

DE

Depuis longtemps je gémissais de la situation de l'Empire et surtout de cette série d'échecs que notre politique au dehors et au dedans ne cessait de subir. Affaires de Pologne, de Danemark, de Mexique et d'Allemagne, élections de Paris et faiblesses à l'intérieur, tout cet ensemble de fautes avait besoin d'être expliqué. Or, en recherchant les causes de chacune de ces fautes, j'en trouvais une toujours prépondérante, toujours la même, l'influence de l'Impératrice. C'était, en effet, sa présence au conseil bien plus que sa personne elle-même, qui, en créant une dualité dans l'État, en opposant deux politiques l'une à l'autre, en les annulant l'une par l'autre et donnant carrière à toutes les intrigues, engendrait ces fautes funestes, qui, à leur tour, en produisaient tant d'autres.

Devant ce spectacle affligeant, bien souvent je m'étais promis de parler. J'avais essayé plusieurs fois dans mes rares entretiens avec l'Empereur de toucher à ce sujet délicat; mais Sa Majesté avait toujours repoussé mes ouvertures, soit en paraissant ne pas les comprendre, soit en brisant brusquement ce sujet de manière à m'interdire toute insistance. Et cependant je croyais important de faire entendre la vérité à l'Empereur. Comme je sentais qu'il n'y avait que moi dans tout le personnel de l'Empire assez courageux, peut-être, et assez dévoué pour se charger d'une pareille mission, je me disais que ce devoir m'était fatalement imposé et que, sous peine de trahir les intérêts de l'Empereur et du pays, je devais le remplir. Malheureusement, j'avais à redouter bien des conséquences fâcheuses de cet acte de dévouement; je craignais de blesser le cœur de l'Empereur et d'irriter profondément l'Impératrice, si elle en avait connaissance. Il pouvait en résulter pour moi une situation des plus pénibles, vis-à-vis de la famille impériale. Je restai donc quelque temps dans une sorte de perplexité; mais à force de me trouver face à face avec le devoir à remplir et de sentir ma conscience me reprocher mes hésitations, je finis par me décider. En conséquence, j'adressai à l'Empereur, en date du 1 1 novembre 1867, le mémoire qu'on va lire, espérant que Sa Majesté n'en donnerait pas connais-

àm

sance à l'Impératrice. Mais, par une fatalité singulière, cette pièce tomba d'abord sous les yeux de l'Impératrice elle-même. Car l'Empereur étant souffrant ce jour-là et gardant le lit, ce fut l'Impératrice qui, sur l'invitation de l'Empereur, ouvrit le paquet et le lut la première. On jugera si j'avais bien fait de prendre toutes les précautions de langage pour adoucir ma pensée. Quoi qu'il en soit, voici le texte du mémoire en question :

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