‹ Mémoires;Chapitre 21 sur 25 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

VOS desseins. Les autres ministres ne doivent être que des étiquettes de libéralisme, et vous devez vous garder comme d'une faute capitale de mettre en délibération devant eux les choses qui touchent à la sûreté de FÉtat. C'est qu'en effet, quand il s'agit de prendre des résolutions vigoureuses, il faut bien se garder de les mettre en délibération devant dix à douze personnes. Si vous aviez, par exemple, à prévenir quelque formidable insurrection à Paris ou à Lyon, ce n'est pas à des âmes timorées et troublées que vous pourriez demander des mesures énergiques de salut public.

Maintenant, ai-je besoin de vous le répéter.? tout le vice actuel de l'État est dans la présence de deux hommes (i) qui personnifient l'impopularité dont votre gouvernement est frappé aux yeux d'une partie du public, dont le public est fatigué, ennuyé et presque honteux; de deux hommes qui sont les causes réelles de la démoralisation dont l'Empire est affecté, qui représentent précisément le système mesquin, bourgeois, de petites roueries, de petits expédients, sans foi, sans conviction, sans moralité, sans grandeur, qui caractérisait le gouvernement de Louis-Philippe et que le public vient de condamner d'un bout de la France à l'autre (2). Avec ces deux hommes, le mépris public, l'éloignement des honnêtes gens, s'augmenteront en même temps que l'audace des ennemis et la désaffection publique. Et, le jour où il faudra profiter d'une occasion, non seulement ils la feront manquer, mais, la veille du danger, ils vous abandonneront comme ils ont toujours fait. Que si donc

(i) MM. Rouher et Baroche.

(2) Par les élections générales de 1869, qui avaient accru d'une façon notable l'importance de l'opposition dans la Chambre. {Notes de l'éditeur.)

VOUS n'avez pas le courage de vous en débarrasser d'une manière ou d'une autre, tout est impossible, et votre gouvernement est condamné d'avance.

Voilà la vérité, la vérité éclatante! Pour moi, je ne me borne pas à vous le dire, j'envoie la copie de ma lettre en lieu sûr, pour sauver au moins l'honneur du nom que je veux léguer pur et sans tache à mes enfants et pour que mon fils (i) puisse, au besoin, prouver qu'il n'a pas dépendu de son père que l'Empire ne fût sauvé. Je suis avec respect.

Sire, de Votre Majesté, le très humble et très fidèle serviteur et sujet.

Signé : Persigny.

Ce cri d'alarme si pressant ne trouva pas d'écho. Il ne paraît pas, du moins, que l'Empereur en ait tenu aucun compte.

Mais les événements se précipitent. Les fautes de 1866 ont porté leurs fruits amers; le machiavélisme de M. de Bismarck a rendu les hostilités imminentes, malgré le sincère désir de l'Empereur de les éviter. La guerre est déclarée; Napoléon III va quitter Paris pour défendre les frontières à la tête de l'armée.

M. de Persigny, après de vaines tentatives pour le voir avant son départ, lui écrit :

Paris, le 17 juillet 1870.

J'ignore quelles sont les mesures que Votre Majesté compte prendre avant de quitter Paris; mais il me paraîtrait imprudent de laisser derrière soi tant de mau-

(i) Jean de Persigny, décédé en novembre i885. V. note i, p. 3o4.. {Note de l'éditeur.)

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