ÉPILOGUE
vaises passions et tant de traîtres sans avoir pris des mesures de prévoyance. L'armée démagogique n'a été vaincue que moralement; elle reste debout, conduite et dirigée par les orléanistes, et toute prête à profiter des moindres circonstances. Il me semble que la première mesure à prendre est de supprimer par une loi d'urgence la liberté de la presse et celle de réunion pendant la guerre.
Ce qui me frappe aussi, c'est que si le ministère reste entièrement ce qu'il est aujourd'hui, en cas de succès, ce que je voudrais considérer comme certain, Votre Majesté sera dans l'impossibilité de profiter des circonstances. Elle se heurtera aux préjugés libéraux de son ministère comme, après Solférino, quand elle voulait compléter les institutions monarchiques du pays, elle s'est heurtée aux préjugés bourgeois des ministres d'alors.
Je n'insiste pas sur ce point, que je livre aux méditations de Votre Majesté. Ce que je veux surtout lui dire, c'est ceci : Dans des circonstances aussi graves pour l'Empire, est-ce que vous ne m'emploierez à rien? Suis-je condamné, moi, homme des jours d'épreuves, à me croiser les bras, quand l'Empereur, son fils et la dynastie vont courir des dangers?... Je fais appela votre cœur. Je lui demande à m'employer à Paris là où mon dévouement peut être utile à Votre Majesté^ ou de me permettre de vous accompagner et d'aller combattre dans les rangs de vos plus courageux serviteurs.
Je suis avec respect.
Sire, de Votre Majesté, le très fidèle et très obéissant serviteur.
Signé: Persigny.
Cet appel émouvant resta sans réponse.
Cependant, l'Empereur, déjà miné par la maladie qui devait l'emporter trois ans plus tard, affaibli physiquement et moralement, a commis des fautes stratégiques qui paralysent la valeur d'une armée héroïque, disséminée sur de trop longues lignes. L'unité, la vigueur du commandement font d'ailleurs défaut. Les défaites succèdent aux défaites.
Alors éclatent les vices latents du gouvernement impérial tant de fois signalés par M. de Persigny. Sa faiblesse le livre sans défense aux entreprises des partis chez qui l'ambition étouffe le patriotisme. Dans leur avidité du pouvoir, oubliant l'intérêt sacré du pays, ils se lèvent contre l'Empire désarmé et le renversent sous les yeux de l'ennemi. Le désordre, l'anarchie s'étendent sur la malheureuse France, ajoutant leurs désastres à ceux de la guerre; la plus vile populace, déchaînée, se livre à tous les excès. Les hommes du gouvernement tombé sont proscrits, recherchés, arrêtés; le sol de la patrie ne leur offre plus d'asile sûr; leur liberté, leur vie même sont en péril. M. de Persigny, obligé de pourvoir à sa sécurité ainsi qu'à celle de sa famille, réussit, au prix de mille dangers, à passer en Angleterre.
Tant de fautes, de malheurs accumulés, n'ont pourtant pas abattu son âme intrépide; il conserve encore l'espoir de sauver et l'Empire et la France. Grâce à d'anciennes relations, il engage des négociations avec le gouvernement allemand et parvient à en obtenir des conditions inespérées qui, si elles eussent obtenu l'assentiment de l'impératrice Eugénie, nous auraient épargné la perte de deux provinces, moins Strasbourg, et de quatre milliards. Malheureusement, la résistance aussi obtinée qu'inexplicable de celle-ci fait échouer cette combinaison.
C'est pendant ce séjour à Londres que, quelque temps après, un groupe de notables habitants de la Loire qui, eux, n'avaient pas oublié les services rendus à leur province et à la nation par leur éminent compatriote, vinrent, à l'occasion d'une élection partielle, lui offrir de soutenir sa candidature à cette Assemblée législative imposée par le vœu du pays, au gouvernement se disant de la Défense nationale.
A cette heure sombre et néfaste où tant de vulgaires ambitieux, tant d'individualités obscures, inutiles ou funestes,