‹ MémoiresChapitre 14 sur 47 · lï · texte numérisé non relu

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escartez pour piller. On dit aussi que le sac ne dura que trois jourç ; ordre qu'on doit tenir aux villes qu'on veut conserver, à sçavoir : un jour entier pour butiner, un autre pour emporter, et l'autre pour composer. Mais en ces affaires-là les supérieurs abbregent ou allongent le terme, selon qu'ils veulent et qu'ils conoissent qu'ils se pourront faire obéir; laquelle obéissance se monstre bien plustost es petites places pauvres qu*ès grandes villes opulentes. Ce fut là l'un des principaux actes de nos premières tragédies, d'autant plus remarquable qu'un roy y fut tué (0, quatre mille hommes^ tant d'une part que d'autre, morts ou blessez, et la seconde ville de France en richesse toute saccagée. La nouvelle en fut bien triste au prince de Gondé, me$mement pour son frère. Il luy desplut beaucoup aussi de ce qu'on fit pendre trois personnages excellens en armes, enloix et en théologie, à sçavoir, Decroze, Mandreville et Marlorat. Aussi ceux de la religion, estans irritez d'une telle ignominie , tascherent de s'en revancher sur d'autres prisonniers qui avoient esté pris, dont l'un estoit conseiller de la cour .de parlement de Paris, et l'autre abbé W. Les catholiques disoient que le Roy pouToit faire pendre ses sujets rebelles. Les huguenots respondoient que les haines d'autrui estoient couvertes de son nom, et qu'ils feroient de tel pam souppSj comme dit le proverbe. On doit cependant avoir desplaisir, voire honte, d'user de si rigoureuses

(•) Qu'un roy ^ fut tué. Antoine de Bourbon, roi de Navarre, père de Henri IV. I] moonit à Andely, le 17 novembre i563, ê^v^e blessore qu'il avoit reçue au siège de Rouen.

(«) Dont Vun estoit un conseiller , et Vautre abbé, Jean-Baptiste Sapin , conseiller-clerc, et Jean de Troyes, moine aiigu^tin, abbé de Gastînes.

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revanches^ mais plus honteux est-il beaucoup, pour vouloir rassasier son courroux, donner commencement à une nouvelle cruauté. Ce ne seroifent pas guerres civiles que les nostres si elles ne produisoient de tels fruicts.

Peu de temps après, M. le prince de Condé entendit la route d'une petite armée de Gascons que le sieur de Duras luy amenpit, où il n'y avoit |)as moins de cinq mille hommes, qui fut deffaite par le sieur de Montlttc^ ce qui redoubla encores son ennui. Mais il ne perdoit ny le courage ny là contenance es adversités. Le malheur avint au sieiir de Duras pour deux raisons principales, à ce que j'ay oui dire : Tune, que, pour vouloir traisner deux canons quant et ses troupes, il marcha pesamment ; l'autre, que, pour la commodité de ceste artillerie, il s'amusa à battre par le chemin quelques chasteaux où il y avoit grand butin, ce qui donna temps à ses ennemis de le ratteindre ; lesquels , «stans puissans en cavallèrie et luy foible, le renversèrent incontinent. Ceux qui ont à mener un secours se doivent délivrer dé gros bagage, et rendre leur expédition couronnée avec la diligence.

En ces entrefaites, j'ai souvenance, oyant deviser de ces choses, que M. l'Admirai dit à M. le prince de Condé qu'un malheur estoit tousjours suivi d'un autre, mais qu'il feUoit attendre l$i troisiesme âvànturè {entendant du passage de son fk-ere), et qu'elle les releveroit ou abbatroit du tout. Aussi, eux s'attendoient, si mal luy fust avenu, d'avoir lé siège ; et en tel cas ils avoient pris upe resolution foil secrette, que l'un d'eux s'en iroit en Allemagne pour s'efforcer d'y relever encore quelques secours, et avisèrent que M. le prince

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de Condëy pour la grandeur de sa maison, auroit beaucoup plus d'efEcace pour persuader les princes protestans de la Germanie de luy assister en une cause où eux-mesmes avoient quelque participation. La dif&culté estoit du moyen de l'y conduire seurement ; mais aucuns gentilshommes se trouvèrent, qui monstrerent évidemment qu'allant de^ maison en maison de ceux qui favorïsoient son parti, et marchant la nuict et reposant le jour, il estoit facile de passer ayant vingt chevaux , et non plus. Mais il ne fut besoin de tenter ce hazard, pource qu'à dix ou douze jours de là ils eurent nouvelles que M. d'Andelot, ayant passé les principales difficultez de son voyage, estoit à trente lieues d'Orléans. Elle fut secondée d'une autre, à sçavoir, que le comte de La Bochefoucaut, suivi de trois cens gentilshommes et des reliques jdc l'armée du sieur de Duras, seroit bientost joint à luy. Le prince de Gondé dit alors : ce Nos ennemis nous ont donné deux mauvais eschecs, ayant pris nçs rocs (0 (entendantRouen et Bourges); j'espère qu'à ce coup nous aurons leurs chevaliers s'ils sortent en campagne. » Il ne faut point demander si chacun sautoit et rioit à Orléans ; car c'est la coustume des gens de guerre de se resjouir plus ils ont de moyen de faire du ravage et du mal h ceux qui leur en font ; tant l'iré est puissante en' leur endroict. Et comment n'auroient-ils quelquefois les affections tachetées de sang, veu que plusieurs gens d'église les ont si rouges de la teinture de vengeance , au cœur desquels ne devroit résider que charité?

(0 JVos rocs. On donuoh alors ce nom aux pièces du jeu d*échecs qui s'appellent toun.

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