‹ MémoiresChapitre 15 sur 47 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du dessein que prit M, le prince de Condé, vqyant les forces estrangeres approcher y et comme il s'alla présenter datant Paris , oà ayant séjourné onze jours sans faire nul effet y il s'achemina vers la Normandie.

PouB.CE que les bons conseils, sont les sources d'^ob dérivent les belles exécutions , et les.aecroissemens des forces sont les instrumens qui servent pour y parvenir, cela fit que messieurs le prince et Admirai , sentans les leurs estre proches y pensèrent en eux-mesmes à eslire quelque bon dessein. Enfin, avec leurs plus confidens, ils délibérèrent de marcher diligemment vers Paris, non en intention de la forcer (car ils se doutoient bien que les ennemis jetteroient incontinent leur armée dedans), ains pour faire crier les Parisiens, qu'ils estimoient les soujSlets de la guerre, et la cuisine dont elle se nourrissoit; car eux, voyans leurs maisons champestres fourragées et bruslées, et dans leur propre ville logez tant de milliers de soldats insolens, ou ils presser oient le Roy et la Royne d'entendre à la paix, ou diroient tant d'injures à ceux qui seroient renclos dans leurs murailles, qu'ils les forceroient de so^Mf en campagne, où ils auroient moyen de les combattre et regaigner l'avantage qu'ils avoient perdu à la camisade de Talsy ; que cependant ils envoyeroient en Normandie, pour préparer les cent cinquante mille escus qu'on avoit empruntés de quelques, marchands d'Angleterre ^

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ce disoit-on, et sur bons gages , d'autant que c^estoit toute l'espérance de soqdoyer l'armée estrangere;joinct aussi que la nécessité contraignoit de la faire vivre hors de son pays^ et sur celuy de son ennemy, où le soldat trouve tousjours quelque chose à butiner. Deux ou trois jours après ^ le prince de Condé partit d*Orleans avec toutes ses. forces françoises, et huict pièces d'artillerie, tant grosses que petites, et alla rencontrer sesreitres à Pluviers, où il y avoit garnison ennemie » qui fut forcée bientost. Les ayans gracieusement recueillis^ on leur donna un mois de gages, qu'on avoit amassé par ci et par là, de quoy il fallut qu'ils se contentassent^ car c'est un mal nécessaire aux armées huguenotes d'estre tousjours sans argent. On les pria après de ne temporiser afin de gaigner la ville d'Estampes. A quoy ceste* diligence servit, pource que jà les catholiques s'y voulpient accommoder, encore que ce soit la pire ville du monde ; mais en France on combat tout. Ceste prise, estant sceuë à Paris 5 il y eut bien du remuement de mesnage des fauxbourg en la ville; et qui se fust avadcé sur cest estonnement, on les eust forcez, ce disoient beaucoup de gens, lesquels crioient qu'on les allast attaquer. Au contraire, les plus bravas chef? respondirent que, quand bien on forceroit les fau^kbpurgs, on ne gaigneroit pour cela la ville, qui estoit pleine de gens de guerre, et qu'il y auroit danger qu'en, les pillant nostre infanterie, qui estoit en petit nombre, ne fust en ce desordre taillée en pièces, et qu'il estoit plus profitable d'aller prendre Cprheil, qui estoit très-foible, pour brider la rivière de ce costéjà. Les plus grands inclinèrent à ceste opinion « Mais comme les catholiques virent qu'on prenoit ceste

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route 9 ils y envoyèrent toute la nuict le maistre de camp Cosseins avec son vieil régiment^ et après le mareschal de Sainct-Âindrë; qui firent bien conoisti^e aux huguenots que la meilleure deffence des places sont les bons hommes en nombre suf&sant; car ce n'estoient que grosses escarmouches tous les jours. Ce qu'ayans bien considéré messieurs le prince et Admirai , dirent : ce ]>ravanturons point nos deux canons et deux coulevrines devant une si mauvaise beste qui mord si fort, car elles seroient en danger de s'aller pourmener à Paris. » Alors il me souvient que quelqu'un dit à M. l'Admirai que c'estoit une grande vergongne' de n'oser attacpier une telle bicoque. Auquel il respondit qu'il aimoit mieux que les siens se moquassent de luy sans raison^ que ses ennemis avec raison.

On de^campa après pour s'acheminer vers Paris; et, le jour qu'on arriva devant, on voulut taster les ennemis, pour sonder ce qu'ils avoient dans le venitre , et pour essayer aussi de les attirer. Us mirent hors de leurs tranchées douze cens harquebusiers et cinq ou sia^ cens lances*, et là s'attaqua une très-grosse escarmouche. Enfin M« le prince commanda de faire une charge générale, ce qui fiit fait, où les catholiques furent menez, partie au trot, partie au galop, jusques dedans leurs tranchées^ et non sans-^fTroy, lequel passa aussi jusques parmi le peuple parisien. Le sieur Strosse alors, avec cinq cens harquebusiers choisis, demeura engagé assez loin dans les murailles qui servoient d'enclos à un moulin à vept, où il fit une si brave contenance, qu'encores qu'il fust outrepassé et assailly des nostres, neantmoins on ne le peut forcer. La retraite faite, on s'alla camper aux trois villages fort prochains les uns

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de^ autres y à sçavoir : Gentilly, Arcueil et Montrouge. L'espace de sept ou huit jours ce ne furent que parleijiens; mais enfin on conut que ce n'estoit qu'amusemenjs ^ car les chefs catholique^ , ayans de$jà obtenu de si graods .avantages > tendoient plustost à la victoire quà lioL paix. Je dirày une chose qui arriva pendant que nous estions en ces termes, par où on conoistra encore ipieux le. naturel de nostre nation : c'est que le jour que la trefve duroit, on eust veu dans la campagne, entre les corps de garde, sept ou huit cens gentilshommes de costé et d'autre deviser ensemble, aucuns s'entre -saluer, autres s'entr'embrasser, 4e telle façon que les reitres du prince de Condé, qui ignorpient nos coustumes, entr oient en soupçon d'estre trompez et trahis par ceux qui s'entrefaisoient tant de belles démonstrations, et s'en plaignirent aux supérieure* Depuis ayant veu , les trefves rompues, que ceux mesmes qui plus s'entrecaressoient estoient les plus aspres à s^enti^edonner des coups de lances et de pistolets, qui rapportoieut quelquefois de ceste tragédie de griefves blessures, ils s'asseurerent un peu, et disoient entre eux : « Quels fols sont ceux-cy, qui s'entr'aiment aujourd'huy et s'entretuent demain? » Certes il est mal-aisé de voir ses parens et amis, et ne s'esmou- Yoir point. Mais quand on avoit remis les armes sur le dos, et ouy le sifflement des harquebusades, toutes courtoisies estoient rompues. Encores les catholiques se mocquoient de nous, disant : « Messieurs les huguenots, ne prenez pas Paris pour Corbeil. » Ces parlemeus d'entre la noblessse devinrent à la fin fort suspects aux chefs catholiques, comme ceux de la paix, qui n'estoient qu'apparences. Je furent encore plus

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aux chefs de la religion, lesquels, se faschans d*avoir si peu effectué au séjour qu'ils avoient fait devant Paris, délibérèrent de donner une camisade aux fauxbourgs, pour tailler en pièces la pluspart de l'armée ennemie qui estoit là logée , et toute dispersée à la garde des tranchées, qui avoient bien deux lieues de longueur.

En ceste manière, le despit et la honte leur fit prendre une resolution pour attenter une chose difficile, qu'auparavant, par un meur jugement, lors qu'elle eust esté plus facile , ils avoient estimé n'y avoir nul profit de l'entreprendre/ Et souvent j'ay veu arriver le semblable à plusieurs bons hommes de guerre. Quand doncques la nuict fut venue, l'ordre estant jà donné, chacun s'arma, et puis marcha-t-on par les chemins un peu escartez vers le côsté du fauxbourg Sainct- Germain, où l'on avoit advis que les retranchemens estoyent petits et la garde foible, ce qui estoit vray. M. de Guise eut quelque advis de ceste enti^eprise, et qu'à minuict on devoit donner. Pour ceste occasion fit-il tenir, dès le soir, sa cavallerie et infanterie en armes tout le long de la tranchée, selon le quartier assigné à un chacun ; mais quand les quatre heures du matin fiirent sonnées, et que les catholiques virent qu'il n'y avoit nulle rumeur du çosté de nostre camp, quasi tous dirent que c' estoit un faux advertissement, et que les huguenots n'avoient pas le courage de les venir attaquer, et qu'il n'y avoit nul propos , veu que le froid estoit si extresme, de les faire geler tous l'espace d'une longue nuict, à l'appétit d'un soupçon peutestre mal fondé. Bref, les uns après les autres se retirèrent chacun à son logis, et ne demeura que la garde

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ordinaire. Ceux de la religion cependant , en faisant leur grand circuit pour n'estre descouverts, se perdirent/ et ne peurent arriver que le jour ne fiist desjà tout clair près du lieu par où ils dévoient assaillir; et, se voyans descouverts et l'alarme grande, ils se retirèrent. Mais s'ils fussent arrivez trois quarts d'heure plustost,Uy a apparence qu'ils eussent en cest endroit forcé la tranchée. En ceste entreprise, on voit comme l'impatience des uns cuida estre cause de leur faire re-^ cevoir une grand honte ; et le peu de prévoyance des autres à la conduite de leurs gens de guerre, leur fit faillir l'occasion qu'ils avoient embrassée, et estre en mocquerie à leurs ennemis. J'ay entendu que M. de Guise et Mi le Connestable craignoient plus que le fauxbourg fust forcé pour la vergogne que pour le dommage, et qu'ils affermoient qu« ce seroit une ruyne de ceux de la religion s'ils y entroyent ; car, estans escartez dedans au pillage, ils faisoient estât de jetter, par diverses portes et autres endroits, quatre ou cinq mille harquebusiers et deux mille corcelets sur eux, lesquels, les surprenans, en eussent tué une bonne partie et mis l'autre en fuite. Nous fusmes si mal advisez que de vouloir trois jours après retenter le mesme dessein, et croy que nous eussions esté bien batus; mais, au changement de nos gardes, avint qu'un de nos priur cipaux capitaines (0 se retira vers les catholiques, ce

(') Un de nos principaux capitaines. Ce capitaine éloil Genlis, qui avoit de grandes liaisons avec la maison de Guise. Le prince de Coude , ayant conçu contre lui quelques soupçons, ne lui avoit pas confié d^abocd le secret de cette attaque; mais bientôt, rassuré par ses protesta^ tions de fidélité, il le charma d^un commandement. Genb's, après avoir long -temps sollicité d^Avaret^ Tun de ses amis, d^abandonner Parmée protestante , partit seul pour Paris avec ce qu'il avoit de phis précieux y

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qui rompit Texecution. Le premier jour on luy fit de très-graQdes caresses ; le second on se n^ocquoit de luy; le troisiesme il se repentit d'avoir abandonné ses amis. M. le prince de Condé^ craignant qu'il ne donnast advis des défauts de so|i armée y deslog^ea le lendemain; qui fiit un conseil qui luy profita/ pour ce que M, de Guise avoit résolu ^ d'autant que les Espa-. gnols et Gascons estoient airivez, d'attaquer son camp, avec toutes ses forces à la diane, s'ils eust encores séjourna un jour. Et veu la façon dont il vouloit proce-^ der, qu'on m'a racontée, je cuide qu'il nous eustmis en nuiuvais termes y h cause que nous estions logez trop escartez, pour estre si prochains d'eux, qui est une mauvaise coustume que la guerre civile a engendrée. Ainsi donc M. le prince, estant deslogé, dressa sa teste vers la Normandie, pour l'efiect cy-devant ctict, et, deux jours après, le camp du Boy se mit à le suivre, le costoyant tous jours, jusqu'à ce qu'es plaines de Dreux les deux armées se rencontrèrent.

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