CHAPITRE XI
Da siège mis par M, de Guise devant Orléans^ et du voyage que fit M, V Adnùnal en Normandie.
[i563] L'espérance ftit grande que M. de Guise conceutde mener bien tost à fin ceste guerre, voyant la belle victoire qu^il avoit obtenue, bien qu'elle lûy eust coustë cher, le chef du party contraire pris, et luy de mouré seul sans compagnon, avecquestout le commandement. Il ce fut pas paresseux de la faire publier par tout ; et se voyant contraint de raifraichir son armée , il y donna bon ordre. Cependant, ses pensemens es-? toient tournez à préparer toutes soiiies d'instrumens el
<') GoiUre iedict sieur prince. La Noue fait ici allasioii aux mesures ifà furent prises contre le prince de Condé à la fin du règne d« Francis II. Ce prince fut arrêté pendant les états d'Orléans , et livré à une commission qui Fauroit probablement condamné à mort, si lo loi eêit T^cu quelques jours de plus. Il parolt que le cardinal de lior- HMie .e»| 1^119 4e pa^ à oet|te yiolei^çe qufi son itère le duc de Q^ise*
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provisions ipour assaillir la viile d'Orléans ; et disoil que le terrier estant pris oh lés renards se retiraient j après on les courrok à force par toute la France, M. l'Admirai aussi n'avoit pas moins besoin de repos pour ses gens, qui, se faschant d'avoir esté batus, prenoient souvent des occasions de murmurer. Il passa la rivière dé Loire, tant pour les faire reposer que les raccommoder aux despens de plusieurs petites villes ennemies mal gardées, et d'un bon quartier de pays, où la bride fut un peu laschée au soldat pour se refaire de ses pertes. Cela leur redonna courage et espérance, voyans leur liberté accrue. A quoy il s'estoit laissé aller, partie par conseil, partie par nécessité, pour éviter une mutination , mesmeuient des reitrès, qui sous main estoient sollicitez de la part des catholiques de se retirer avec grandes promesses. Il craignoit aussi la retraite de quelques soldats françois, qui aux adversitez sont assez prompts de retourner leur robbe.
Après il se vint planter à Jargeau, ville sur la rivière de Loire, où il y a un pont, pour avoir ce passage libre ; et là résolut de s'acheminer en Normandie, pour recueillir l'argent d'Angleterre qui jà y estoit, d'autant que les reitres le menaçoient de 1^ faire prendre prisonnier. Leurs chariots furent mis dans Orléans, afin que la diligence fust plus grande, où M. d'Andelot son frère demoura pour y commander. M. de Guise, appercevant ce deslogt^ment, se vint camper devant la ville ; et son premier dessein fut de vouloir gargner le fauxbourg qui est au bout du pont, qui s'appelle Le Portereau, pour empescher les issues de ceste part. U avoit esté retranché par le sieur de Feuquieres, eD
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intention d'y loger à scureté les Allemans et François à pied reschappez de la bataille de Dreux, jusques à ce qu'ils fussent pressez, et se pouvoit garder quatre ou cinq jours contre les combats de main, moyennant qu'on n'y amenast l'artillerie. 11 arriva cependant un tel accident, quand il fut attaque, que la ville en cuida estre prise (tant les evenemens de la guerre sont pleins de merveilles), et principaleiuent par la lascheté des lansquenets. L'opinion de M. de Guise n'estoit pas de le forcer ce jourJà, ains plustost faire reconoistre quelle contenance tiendroient ceu^ qui estoient dedans. Neantmoins, comme chef avisé, il alla garnj de fil ^t (Tesguilles, comme oh dit, non seulement pour estre préparé pour l'occasion, mais pour former l'occasion, et puis s'en prévaloir. Parquoy il donna à M. de Sipierre, excellent capitaine, douze cens barquebusiers françois, deux légères coulevrines, et six cornettes de cbevaqx, et luy marcha après avec autre petite ti^oupe. A l'abordée, qui fut du costé des Gascons ,^^ ils les trouvèrent hors à l'escarmouche, et leurs tranchées et barriquades bien garnies. Mais cependant qu'on s'entretenoit là, quelques soldats escartez rapportèrent que vers le quartier des lansquenets on n^ faisoit pas trop bonne mine : ce qui fut cause qu'on envoya quatre ou c4nq cens^ harquebusiers, suyvis de quelque cavalerie, pour sonder ce costé là. Et au mesme temps, M. de Sipierre fit tirer l'artillerie dans les barriquades des François. Les lansquenets à ce bruit et nK>uvement s'estonnerent, et abandonnans leurs gardes se mirent en fuite. A l'instant entrèrent les soldats catholiques dans le fauxbourg ; puis ils. allèrent donner par le derrière des François, qui combattoient
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bravement à leurs defences, et par ce moyen totits'eti alla à vau de route. On ne sçauroit imaginer un plus grand desordre qu'il y eut là 5 car le pont estant embaiTassé du bagage; qu'on faisoit retirer dans la ville^ les fuyans ne se pouyoient sauver. Mesmes on ne pouvoit fermer la porte dés tourelles , ny hausser le pont levis. Cela fut cause ^ue la pluspart se jetterent dans la rivière à nage ; et, en ceste façon, par le fer, le feu et Feau , plus dé huit èens hommes périrent. Mais Teffroy qui fut porté dans la ville fiit encore plus grand que le dommage, et se disoit tout haut que les isles qu'on avoit fortifiées estoient jàgaigiiées, mesme qu'on combattoit à la porte principale, ce qui estonna les plus asséurez. Alors M. d'Ahdelot, qui estoit un chevalier sans peur, voyant tant dé confusion et d'effi*oy, dit: « Que la noblesse me suive, car il faut rechasser les ennemis, ou mourir. Ils ne peuvent venir à nous que par une voye, et noii plus que dix hommes de front. Avec cent des nostres > nous en combattrons mille des leurs. Courage, et allons. » Comme il s'acheminoit, il voyoit la crainte, la fuite et le desordre ; il oyoit mille voix lamentables, et quasi autant d'avis qu'on luy donnoit. Luy cependant, sans aucunement s'estonner, passa tous les ponts, et parvint jusques aux tourelles, bien aise dequoy il h'avoit trouvé les ennemis plus avancés. Mais aussi estoit-il temps qu'il y arrivast; car desjà ils estoient près du pont levis pour donner en gros ; lequel neantmoins fut haussé, et la porte serrée, avec peu de perte. Or, il faut noter que depuis l*enti ère prise du fauxbourg, jusques à l'arrivée de M. d'Andelot audit lieu, il se passa plus d'une grosse demie heure, que ceste porte demeura tous) ours ouverte, sans qu'il y eust aucun ^i
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-y fist teste. Cependant les catholiques n'enfoncèrent point ^ soit qu'ils s'amusassent à pillek* ou à tuer, ou qu'ils se trouvassent là trop peu, ou qu'il n'y eust ca^ pitaioe d'importance pour guider et commander. Mais c'est chose asseurée que si à l'abordée ils eussent en gros dressé leur teste vers la ville, qu'ils l'eussent emp(»i:ée, tant l'effroy estoit grand, et les remèdes petits ; pour le moins se fussent-ils faits maistres des isles, qui e^oit avoir la ville quinze jours après. Je me suis enquis à de bons capitaines catholiques pourquoy ils ne s'avisoient plustost de nostre estonnement; ils m'ont dit qu'eux mesmes estoientestonnez de se voir si soudain victorieux de tant de gens ; mais qu'ils pensoient que ee qui les avoit retenus, estoit un bruit qui couroit parmi eux, qu'on avoit quitté les tourelles exprès, les ayant rempli de poudre pour les faire sauter lors que beaucoup de gens les auroient outrepassées^ Ainsi perdirent les çadioliques une belle occasion , et ceux de la religion eschapperent un grand péril. Ces faits extraordinaires doivent resveiller la prévoyance de ceux qui défendent, et inciter à diligence ceux qui assaillent, afin que les premiers n'attendent pas à fkire demain ce qui se doit faire aujourd'huy, et que les autres se souviennent d'accompagner les troupes qui affrontent, de capitaines qui sèachent promptement conoistre et prendre le parti quand il s'offre. tJne très-grande espérance prindrent d'un si bon succez,^ non seulement M. de Guise, mais aussi tous ceux de son armée, qui passoit en nombre vingt mille hommes. au contraire, plusieurs de ceux de dedans furent esbranlez d'une si dure atteinte, et eussent bien désiré qlie M. l'AditiÂral fust révolé vers eux ; maisp^u à peu
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M. d'Andelot remédia à la faiblesse de telles apprehen-* sions par paroles puissantes et persuasives. / ^
Beaucoup de temps se passa après , qu'on employa à attaquer les tourelles^ qui furent surprises par la négligence d'aucuns de ceux de dedans, et à tirer aux défenses des isles. Al. de Guise avoit délibéré de les battre deux jours avccques vingt canons, puis y donner un furieux assaut. Et comme elles n'estoient guères fortes, à mon avis il les eust empoitées. Mais en ces entrefaites survint un accident inopiné, non moins estrange et plus rare que le premier, ipii troubla toute lafeste, qui fut la I)lesseure dudit sieur de Guise par un gentilhomme nommé Poltiot^ et sa mort pea.de jours après. Cela rabatit toute la gaillardise etlcspoir des gens de guerre de Tarmée, se voyans privé d'ua^i grand chef; en sorte que la Boyne, lassée de tant de misères et de morts signalées , embrassa la négociation de la paix. Et ne fit-on depuis que parlementer d*un costé et d'autre, yusques à ce quelle fut conclue,: es» tans M. le prince de Condéet M. le Connestable les principaux instrumens qui la traitèrent. Parlons maintenant <ie l'expédition de M. l'Admirai, lequel, craignant qu'Orléans ne fust forcé, se proposa pour, but la diligence. Aussi en six jours fit-il plus de cinquante lieues avecques son armée de cavalerie. Elle estoit de '' deux mille reitres, cinq cens chevaux françois et mille harquebusiers à cheval; et pour porter le bagage jn*y avoit aucune charrette, sinon douze cens chevaux. En cest équipage nous faisions telle diligence, que souvent nous prévenions la renommée de nous-mesmes en plusieurs lieux où nous arrivions. Estant ledit sieur Admirai parvenu à Gaen, il attaquai parle moyen de
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l'artillerie, et de deux mille Anglois qui luy furent envoyez du Havre de Grâce par messieurs le comte dé Warvich et Beauvais La Nocle, qui estoient dedans. Ayant furieusement I)atu le chasteau, il se rendit par çouiposition, où M. le marquis d'Elbœufestoit, àqui on ne fit que toute courtoisie. Nos reitres receurent aussi argent, qu'ils trouvèrent beaucoup meilleur que les cidres de Normandie. Et comme nous nous préparions pour retourner secourir Orléans, M. le prince de Condé escrivit que la paix estoit arrestée : ce qui convertit le désir de combattre en un désir de revoir sa maison. Ainsi print fin ceste première guère civile, après avoir dure un an entier : terme qui sembloit plus long que brefà l'impatience naturelle de nostre nation, laquelle en aucuns endroits se desb.ôrda en des cruautez plus propres à des barbares qu'à des François. Ceux de la religion en soufFroient tousjours la plus grande partie. Et c'est ce* qui fit trouver à beaucoup de gens de bien ceste paix meilleure, d'autant qu'elle mettoit fin à toutes ces inhumanitez.