‹ MémoiresChapitre 20 sur 47 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Que trois choses que le prince de Condé attenta rendirent le commencement de son entreprise fort superbe ; dont les catholiques furent d*ahord estonnez.

Quand les hommes sont picquez de la nécessité leilrs courages se redoublent, et leurs appréhensions précédentes n'estansplus si vives, ils craignent moins de se bazarder à choses difficiles et périlleuses: ce qui avint à ceux delà religion alors ; car, appercevant le glaive jàdesgainé les menacer, ils résolurent de se sauver plustost avec les bras qu'avec les jambes; et, fermans les yeux à beaucoup de respects, estimèrent qu'il convenoit magnanimement commencer. Leur premier et principal acte fiit l'universelle pi ise des armes par toute la France

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en un mesme jour: ce quiapporta esbahissement^ mesme à plusieurs de leur party qui ne sçavoient rafiaire^ et beaucoup de frayeur aux catholiques, qui se fussent paraventure portez avec plus de rigueur qu'eux, s'ils eussent commencé, les premiers la feste. Cependant ils receurent un grand desplaisir de voir tant de villes saisies y ce qu'ils dissimulèrent; et aucuns d'eux dirent : a Les frères nous ont pris sans verd à ce coup, mais nous aurons quelque jour nostre revanche. » En quoj ils se monstrerent gens de parole ; car, avant qu'un an (ust passé, ils leur firent conoistre qu'ils avoient dit vray. Quelques-uns avoient opinion que tant d'adveriissemens qui se donnèrent aux provinces descouvriroient l'enti'eprise. Toutesfois cela arriva en peu d'endroits, combien que ce fussent lesimportans. Beaucoup moins à ces te heure pourroit-on procéder de mesme, à cause de l'indiscrétion des hommes, qui est telle qu'ils ne peuvent rien celer. Au temps ancien on re*marquoit des exemples semblables en quelque manière à céstuy-cy , excepté que les uns furent pour ofTendre et l'autre pour se deffendre, comme quand Mithridates fit en un pareil jour tuer dans tous ses pays plus de quarante mille Romains, aussi quand soixante villes de Grèce furent saisies et saccagées en un jour que le consul romain avoit assigné à ses légions, sans que les unes ny les autres en pressentissent rien qu'au temps de l'exécution. Tels faits n'arrivent pas souvent, parce que ceux qui ont une fois esté pris à la pippée, et qui sont reschappez, deviennent après si vigilans et soupçonneux, que le seul branslenient des feuilles les resveille, et l'ombre les fait tressaillir.

Le second acte renommé fut d'oser assaillir six mille

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Suisses, et les faire retirer avecques moins de cinq cens chevaux. Vray est que, selon le dessein qui avait esté fait, il y en devoit avoir davantage, nommément quelque nombre d'harquebusiers à cheval : toutesfois on manqua, non d'estre en campagne, mais de se trouver à poinct nommé au rendez-vous; et à cause du peu de forces, les chefs de la religion se retindrent, et n'osèrent s'aventurer à une charge générale dans ce gros corps qui sembloit une forest, et outre cela, les chevaux estoient demy recreuz de la grande courvée qu'ils avoient faite. Je leur ay pourtant ouy affirmer que si la troupe de Picardie fust arrivée, qui estoit de cent cinquante chevaux, ils eussent essayé le combat, faisant mettre pied à terre à leurs harquebusiers, et chargeant avecques les esquadrons par trois costez. Mais quand ils eussent ainsi fait, tousjours l'événement estoit fort douteux. Tout se pasça en escarmouches, où il y en eut de morts et de blessez de part et d'autre.

J'ay entendu dire que ce gros bataillon fit une contenance digne des Suisses ; car, sans jamais s'estonner, ils demeurèrent fermes pour un temps, puis après se retirèrent serrez, tournans tousjours la teste, comme a accoustumé de faire un furieux sanglier que les abbàyeurs poursuirent, jusques à ce qu'on les abandonna, voyant qu'il n'y avoit apparence de les forcer.

Le troisiesmè acte fut l'occupation de la ville de 5ainct-Denis, où le prince de Condé s'alla placer avec toutes ses forces, et en deux villages prochains qu'il fit retrancher, pour assiéger Paris de ce costé là. Tous ces efiects venans à estre considérez, voire des meilleurs chefs catholiques, ils en estoient esbahis, et cuidoient que ledict prince attendoit encore promptement d^

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grandes forces , et avoit de bonnes intelligences et dans Paris et dans^ la Cour; car autrement , disoient- ils , n*eust-il osé, estant si foible^ venir si audacieusement se loger si près de nous. Et T Admirai ^ qui est trèsavisé et bon guerrier^ n'auroit jamais conseillé cela , sans autres fondemens cachez. C'est ce qui les fit temporiser jusques à ce qu'ils eussent ramassé leurs forces. Plusieurs autres trouvoient merveilleusement dur, veu que desjà ils en avoient de bonnes, qui approchoient de dix mille hommes, qu'on souflfrist ceste petite poignée de gens les braver chacun jour par continuelles escarmouches jusques dedans leurs portes, et que c'estoit grand'vergongne de voir une fourmy iissieger un éléphant. Mais j^'estime que les considérations des auti*es estoient plus sages, lesquels maintenoyent que c estoit une imprudence toute notoire de vouloir par un combat, qui est incertain, contre des fols, disoientils, qui n'ont maintenant pour conseil que le desespoir, et pour richesses que leurs armes et chevaux, hazarder tout le corps de l'Estat, qui est comme endos dans les murailles de Paris, et qu'ayans chose si sacrée entre mains que la personne du Roy, il convenoit faire toutes choses seurement , et qu'en brief ils verroient sortir de cest avis d'honorables fruits. En ceste manière y eut-il , entre la sagesse des uns et la témérité des autres y comme un discordant accord par quelques jours, jusques à ce que le gros jeu se joua, qui fut si rude que les huguenots furent contraints de quitter leur giste. Sur cest exemple icy si quelqu'un vouloit bastir de grands et avantureux desseins, il feroit paraventure un erreur irrémédiable; car les choses qu'on veut comparer ne se ressemblent pas

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tousjours en toutes leurs parties, et puis ces accidens sont-telsy que c'est beaucoup quand un siede en produit deux ou trois.

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