‹ MémoiresChapitre 24 sur 47 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des nouvelles forces de diverses provinces qui se trouvèrent h Orléans , ce qui convia M. le prince de Condé d'entreprendre le voyage de Chartres.

Aux premières guerres civiles, la pluspart de ceux delà religion tenoient pour maxime, et nommément leurs chefs, qu'il estoit très-difficile de iàire la guerre avec réputation, et la paix avec dignité, si l'on n'avoit tous) ours une armée en campagne. Et pour ceste occasion, ils exhortoient leurs partisans d'aider à en composer une qui fust gaillarde, d'autant que tout le corps en sentoit le bénéfice. Et c'est ce qui rendoit tant de gens prompts à s'y venir ranger. Mais quand pour cest eSect on a abandonné les bonnes places qu'on tenoit aux provinces, on s'en est mal trouvé, parce qu'après on demeuroit sans retraites ; quand aussi on a voulu en garder trop, on a manqué à l'autre poinct : ce qui nous doit enseigner à éviter les extremitez. La guerre

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n'a pourtant laissé de se faire èsditês provinces y tant 9,ux premiers troubles qu'en ceux-cy. Et qui voudrai bien considérer les mouvemens du baron des Adretz, et les autres beaux exploits de plusieurs capitaines^ tant catholiques que huguenots, lesquels sont notez aux histoires, il verra des choses misérables avoir esté valeureusement et prudemment exécutées. Mais pource que je me suis voulu assujettir de ne parler que de ce que j'ay veu ou entendu de bon lieu, j'ay différé de me donner la carrière par pays inconus, craignant de broncher. Estant doncques M. le prince de Condé informé que forces de Gascongne et Dauphiné luy estoient arrivées à Orléans, qui approchoient de six mille hommes, il voulut les employer, et leur manda qu'elles se tinssent prestes, et qu'on preparast aussi poudres et balles, et trois ou quatre chetives pièces d'artillerie qui restoient; car, encore que les catholiques estiment les huguenots estregensà feu, si sont-ils tous) ours mal pourveus de tels instrumens: aussi n'ont-ils point, comme eux, de sainct Antoine, lequel ils disent présider sur cest élément. Son intention estpit, avant que donner à conoistre son dessein à ses ennemis, d'avoir enviromié la ville qu'il pretendoit d'assiéger, et nulle ne luy sembla plus commode pour ses affaires que Chartres : laquelle ayant prise, il vouloit faire fortifier pour tenir tous) ours une éspiine au pied des Parisiens, et , à sa faveur, conserver en quelque manière son pays qu'il avoit derrière. Il envoya pour cest effet, de plus de vingt lieues loin , ti^ois mille chevaux pour la fermer. Laquelle diligence ne profita pas de beaucoup, pource qu'un^ régiment d'infanterîe cpêiï estôit logé à qiiiatre lieues de là ne laissa d'y entrer, qui fut la salvation

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de la ville. Lô seigiieur de Linieres y commandoit, qui ayoit en tout vingt-deux compagnies; et nul ne s'espargna à user de tous les remèdes de fortification dequoj Ton se sert aux mauvaises places qui sont prévenues. Les assaillans regardef'ént aussi de leur part aux endroits qui leur sembloyent les plus attaquables 'y et de tous costez il y en avoit de si mauvais , qu'on ne pouvoit quasi discerner le pire. Et ayant recona une montagne qui dominoit par le flanc d'une courtine, sans entrer en autre considération, ils choisirent cest endroit là, qui d'arrivée promettoit beau-^ coup; cependant les remèdes s'y pou voient aisément trouver, tav n'ayant M. le prince que cinq pièces de batterie et quatre légères coulevrines, que pouvoit faire cela contre tant de gens de défense et de travail qui là estoient? Aussi en deux jours et deux nuicts ils bastirent des traverses et desretranchemens, tels qu'on n'osa les enfoncer. Le Françms est si soudain, qu^il veut incontinent avoir descouvert ce qui ne se peut trouver qu'après avoir long temps cherché. Et par ceste prc^aptitude, j'ay tant veu faire d'erreurs aux reco- Qoissances des places, que )e tiens pour reigle très-utile de voir et revoir deux fois, voire trois, une chose avant que de prendre resolution de s'y arrester. On conut, après que la brescbe fut faite, que c'estoit perdre des hommes à crédit que d'attaquer par-là. Et comme on estoit après, pour préparer une nouvelle baterie par un plu& foible endroit, la paix fut conclue (0; ce qui renversa toutes actions militaires. Le proverbe qui dit tfuil ri est muraille que de bons hommes, est bien véri-

(0 La paix fut œnclue. Elle fut signée à Longjumeau le 27 macK 1 5S8. BUe ne dura que six mois.

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table; car il &at qu'une place soit bien mauvaise s'ils ne trouvent mioyen de s'y accommoder. En tels lieux ne sç doit-on pa$ obstiner à long siège; mais pour arrester upe armée troi^ semaines ou un mois^ cela se peut entreprendre, pendant qu'une autre se prépare pour favoriser les assiégez.

Au séjour que nous fismes devantceste place, M. l'Admirai fit une belle contre-entreprise, qui se demesla en la n^aniere que je dirai, yarmée contraire estoit aurdelà de la rivière de Seine, qui n'osoit approcher en corps de celle du prince, et ne sçay les causîes pourquoy. Elle ne voulut pourtant perdre l'occasion de por ter quelque faveur à ceux de dedans ; et pour cest effect fut envoyé M. de La Vallette, qui estoit un capitaine renomm§, ^vcc dix-huit cornettes de cavallerie, pour tascher de surprendre quelqu'une de nos, troupes au logis, endommager nos fourrageurs, rompre nos vivres, et nous tenir souvent en alarmes. Il s'approcha à quatre lieues près du camp, logeant assez serré, d'oii il commençoit à nous molester grandement. Dequoy M. l'Admirai estant adverti, il prit la chj^rge d'y pourvoir- Et comme il avoit accoustumé d'aller en gros^ de peur, dispitril, de faillir Iç gibier, aussi prit-il trois ^mille cinq cens chevaux, et partit de si bonne heure, qu'à soleil levé il se trouva dans le milieu des quartiers de ceste cavallerie, qui , nonobstant les bonnes gardes qu'elle tenoit en campagne, ne se peut .garantir que plusieurs ne fussent envelopper, et y eut quatre drapeaux priç, mais peu de gens tuez. M. de La Vallette, qui estoit logé dans Oudan, rallia quatre ou cinq cens chevaux; et, estant suivi de plusde mille des nostres, il se retira neantmoins avec une belle façon, tournant sou-

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vent teste; aussi avoitil art et expérience. On voit par ceci qu'il ne fait pas seur. séjour nergu ères , si on n'est en lieu fort ^ devant une grosse puissance de cavallerie,; car, sans qu'on y pense, on se trouve surpris comme d'un orage qui arrive à l'impourvue ; et quasi aussi-*tost que vos sentinelles, vedetes, ou batteurs d'estrade, elle vous est sur les bras; car elle marche en asseu^ rance, ne craignant rien, et dit tousjours aux premiers: Attaque, charge, et suj tout ce que tu trouveras. En tels affaires les plus fins, et qui ouvrent bien les yeux, ne laissent quelquefois d'y estre attrappez.

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