CHAPITRE XVIII
De la seconde paix qui fut faite à Lonj'unteau.
En tous les troubles de la France on a tousjours veu ceci advenir, c'est qu'en faisant la guerre on n'a pas laisse de traiter de la paix, tant chacun a voulu démonstrer avoir agréable chose si salutaire : aussi s'en est-il fait beaucoup, entre lesquelles ceste-ci a esté la pire pour ceux de la religion. La négociation s'en reoïmancha, estant là le prince de Condé devant Chartres; et fut envoyé le cardinal de Chastillon de sa part avec autres gentilshommes, pour s'assembler avec les députez du Roy à Lonjumeau, où ils besognèrent si bien, que tous les articles furent accordez , les uns envoyans à Paris, les autres à Chartres, pour vuider les difficultez qui survenoient. Qr, comme une bonne paix estoit fort désirée, et n'estoit aussi pas moins nécessaire, ce-
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pendant il y en eut peii qui s'amusassent à bien considérer quelle pouvôit estre ceste-ci ; ains, comme si le nom enst apporté avec soy le vray effet , la pluspart de ceux de la religion demeuroyent là attachez qfi^il la falloit embrasser. Et pont parler rondement, c'est ce qui força messieurs le prince de Condé et Admirai à y condescendre, voyant une si grande disposition ( et mesmement en la noblesse) de l'accepter. Ce fut un tourbillon qui les emporta, à quoy ils ne purent résister. Vray est que M. le prince y avpit quelque inclination : mais M. l'Admirai se douta tousjours de l'inobservation d'icelle, pource qu'il appercevoit à peu près qu'on vouloit prendre une revandie sur les huguenots de l'injure receue à la journée de Meaux. Mesmes dès lors aucuns catholiques, qui estoyent de ceux qui ne peuvent rien celer, disoient tout haut qu'ils s'en vengeroient bientost. Et un de nos négociateurs de paix manda avoir ouy plusieurs. fois tels langages, et apperceu une grande indignation cachée es poictrines d'aucuns de ceux avec lesquels ils conferoyent, et qu'on y prist garde, pource que cela denotoit quelque sinistre événement, ^avantage, il y en eut de la Cour propre, tant hommes que femmes, qui quelquefois desrobent des paroles du cabinet, qui mandèrent à leurs parens et amis qu'iodiibitablement ils seroient trompez s'ils ne besongnoient seurement, qui estoit bien pour resveiller ceux qui se vouloyent endormir sur ce doux oreiller de paix. Mais, quelque avis que l'on eust, on ne peut retenir le torrent qui jà estoit desbordé. On se pourra esmerveiller dequoy ces grands chefs, qui avoient tant de crédit sur leurs partisans, n'ayent sceu leur persuader ce qui leur estoit utile. Mais si on considère bien quelles gens ce
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sont que les volontaires, et la véhémence du désir de voir sa maison , Ton verra que quaiid l'ancre de la nécessité apparente est rompue , le navire poussé de vents si violens ne se peut arrester.
Desjà avant le levement du siège de Chartres , il s'en estoit allé des cornettes entières et plusieurs particuliers (sans demander congé aux supérieurs) vers les quartiers de Saintonge et Poictou. Et ceste humeur passa parmj l'infanterie y mesmement en celle qui estoit des pays esloignez; et plusieurs disoient , puisque le Roy oSroit l'edict de pacification dernière, qu'on ne le pouvoit refuser ; autres de la noblesse, qu'ils vouloient aller prendre des retraictes en leurs provinces, pour la conservation de leurs familles, qui estoient souvent meurtiûes par la cruauté de leurs ^inémis : les gens de pied se plaignoient aussi de n'estre payez , et qu'ordinairement ils manquoient de vivres. Ainsi donc les chefs de la religion ne peurent adhérer aux advertissemens qu'ils eurent, et rejetter cette paix, pource qu'ils fussent demourez trop foibles. Sur cecy ils discouroyent quelquefois en ceste matière : que le gros de leurs forces françoises les abandonnant, ils seroient contraints de se mettre sur la défensive ; mais que cela les desfavoriseroit grandement , veu qu'on estoit en la saison en laquelle les armées se mettent en campagne; que de séparer les reitres pour les distribuer dans les villes, ils ne le vouloient faire, pource que c'estoit se dévorer soy-mesme ; de les placer aussi en camp fortifié, le remède n'estoit que pour peu de temps ; somme, qu'il falloit esprouver le hazard de la paix. Alors on eust bien désiré d'avoir des vfUes pour seuretez d'icelle ; mais quand on demandoit d'autres seuretez que les
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edicts , les sermens et les promesses , on estoit renvoyé bien loin, comme si on eust vilipendé et mesprisé l'authorité royale, qui fut occasion qu'on receut ce qui estoit accoustuméd'estre offert. Ainsi ceux de la religion licencièrent leurs estrangers, se retirèrent en leurs maisons , puis posèrent les armes chacun en particulier , ayans opinion (au moins le vulgaire) que les catholiques feroient le semblable. Ils se contentèrent seulement de le promettre, mais en effet ils n'en firent du tout rien; et, demourans tous] ours armés, gardèrent les villes et les passages des rivières, si bien qu'à deux mois de là les huguenots se trouvèrent comme à leur discrétion. Aucuns mesmes de ceux qui avoient insisté pour la paix furent contraints de dire : ce Nous avons &it la folie , ne trouvons donc estrange si nous la beuvons. Toutesfois il y a apparence que le breuvage sera bien amer. »