‹ MémoiresChapitre 28 sur 47 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Des premiers progrez des deux armées^ lors qu* estant en leur fleur elles cherchoient avec pareil désir de s'entre» combattre.

Apres la desfaite de Mou vans > l'armée catholique se retira à Chastelleraud^ craignant que celle des huguenots^ qui s'estoit faite si puissante^ ne la vinst affronter en mauvais lieu. Monseigneur le duc d'Anjou se trouva là, qui amena encores d'autres forces bien délibérées ^ ayans pour chef un tel prince, à qui elles portoient beaucoup d'amour et d'obéissance. Et croy que de long-temps on n'a point veu tant de François en deux armées. Le prince de Condé, ses places fournies, avoit en la sienne plus de dix-huit mille harquebusiers et trois mille bons chevaux. J'estime qu'en celle de monseigneur n'y avoit moins de dix mille soldats et quatre mille lances, sans conter les Suisses; de manière que des deux parts se fussent trouvez trente-cinq mille François, tous accoustumez à manier les armes, et possible aussi hardis soldats qu'il y en eust en la chrestienté. L'armée des huguenots se voyant forte voulut tascher de venir aux mains, et s'approcha à deux lieues près de Ghàstelleraud. Mais ayant le prince de Condé eu

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advis que l'autre camp estoit placé en lieu, avant^geuxy quasi eavironué d'un petit marescage, à quoy on avoit adjousté un léger ]?etranchement en quelques endroits, il ne voulut rien attenter témérairement, et chercha les voyes pour attirer ses ennemis à combattre. Ce qui le convioit à cela, estoit l'ardeur qu'il voyoit en. ses soldats; secondement, le grand nombre qu'il en avoit, car il se doutoit bien que les armées ausquelles la paye défaut, ne se peuvent tenir grosses que bien peu de temps ; aussi que la rigueur de Thy ver l'auroit bientost diminuée; en l'armée catholique paravanture qu'aucunes de ces considérations avoient quelque, poids. Mais il y eut bonne uniformité en ceci, que les deux chefs estoient touchez d'un pareil désir de venir aux mains, et eurent un pareil dessein d'aller vivre chacun sur le pays de son ennemy, pour conserver, le sien des ravages extrêmes que font les armées.

Ainsi toutes les deux descamperent, et prirent la rpute de Lusignan , près d'où il y a un petit quartier de pays bon en perfection, où chacune estoit intentionnée de se venir loger. Et combien qu'elles fussent assez proches, si est-ce que l'une ne sçavoit nouvelles de l'autre, ce qu'il ne faut trouver trop estrange, pource qu'on le voit avenir quelquefois. Ayant doncques de. toutes les, deux parts esté donné le rendez-vous en un gros bourgnommé Pamprou, plein de victuailles, les mareschaux> des deux camps s'y trouvèrent quasi en mesme temps, avec leurs troupes, d'où ils se chassèrent et rechasserent par deux ou trois fois, tant chacun desiroit attra-. per cest os pour le ronger, qui fut àla.parfin quitté. Mais, d'autant que les uns et les autres sçavoient bien qu'ils seroient soustenus, nul ne prit la fuite, ains se

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retirèrent à un quart de lieue de là, où ils se mirent en bataille. Après ^ arrivèrent pour le soustien des uns messieurs T Admirai et d'Andelot, avec seulement cinq cornettes de cavalerie ; et, du costé des catholiques , se présentèrent sept ou huict cens lances. « 11 n'est plus question y dit alors M. l'Admirai, de loger, ains de com-^ I^attre; » et tout soudain advertit M. le prince, lequel estoit à plus d'une grosse lieue de là, qu'il s'avançast, et que cependant il ferait bonne mine. Il commanda qu'on se mist en ordre sur un petit haut, pour oster aux ennemis la veue d'un vallon^ afin qu'ils ne le re-^ CPQUssent, et o'estoit pour leur faire penser que nous avions grosse cavallerie et infanterie cachée dedans. Estansdonc rangez à une canonnade les uns des autres, il dit à un capitaine d'harquebusiers à cheval qu'il s'a^ vançast cinq cens pas, et qu'il se tinst près d'une haye, ce qu'il fit. Mais comme ces gens là, encore qu'ils sça^ ehent tirer et courre, ne sont pas pourtant soldats entendus, ils n'y eurent pa$ esté six patepostares, que la moitié $'esbranla pour aller escarmoucher, et après leur cornette marcha pour les soustenir. Les ennemis yoyans cela jugèrent qu'on vouloit aller à eux, ce qui les fit serrer, et, avec trois ou quatre grojsses troupes de lances, commencèrent à s'avtincer. Certes, je vis alors c^ deux chefs bien faschez de n'avoir prévenu Findi^cretion de ce fol, et encores plus pour ne sçavoir quelle resolution prendre, voyans leurs ennemis beaucoup plus forts qu'eux ; mais quand ce vint à conclure, cha^ Gun conclud autrement que son naturel et sa coustume ne portait. M. d'Andelot, qui ne trouvoit jamais rien trop chaud, dit qu'il se falloit retirer au pas, et que les ennemis, estans plus forts, nous feroient recevoir une

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escorne, et qu'on ne devoit regarder à la honte, d'autant que celuy qui évite le péril, avec le profit qu'il en reçoit, jouit aussi de l'honneur. M. l'Admirai, qui estoit homme de grande considération, s*opiniastra k vouloir demourer, disant estre nécessaire avec la bonne contenance de cacher sa foiblesse, et envoya incontinent quérir et rappeller ces barquebusiers, ce qui fit arrester les ennemis.

Or, combien que ce cQn3ail profita, si est ce que celuy de M. d'Andelot estoit plus seur et à préférer^ au moins à mon opiqioti; ayant bien voulu rex:iter ce petit fait assez au long, afin que ceux qui veulent s'ins* truire aux armes en tirent ce fruict : c'est que, quand il est question d'acte qui importe, on doit oster ces argolets de la teste, et au lieu y mettre un très^avisé capitaine, accompagné de bonnes lances; car caluy qui a ceste place est la guide du reste, et, sur son avi$, tout le reste se mt^ut ; et faisant autrement on erre > eoomie on feroit si, en marchant par pays inconu, on mettoit devant une guide ignorant le chemin* On peut remarquer aussi qu'encores qu'il n'y^it nulle ja-^ lousie entre des capitaines, toutefois, voire en un fait bien clair, on voit arriver de la contrariété en leurs opinions. Et ce qui me fait plus esbahir de celle-ci ; est que chacun contrarioit à sa diispo&ition naturelle et coustume de procéder ; car l'un, estant actif comme un Marcellus, délibéra très^sagement, et l'autre, lent et cQu^ideratif comme un Fabius, opina hazardeusement. J)e dire la cause de cela je ne soaurois, sinon qu'aux prompts mouvement on ne garde pas tousjours l'ordre accoustumé en ses actions. On voit aussi comme l'audace sert quelquefois; mais, comme on dit.

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Ces coups sont bons à faire une fois, et n'y retourner pas souvent, pour le hazard qu'il y à. Je demanday depuis à M. de Martigues, qui commandoit en ceste troupe de lances, s'il sçavoit que messieurs TA-dmiral et d'Andelot Tussent en ces cinq cornettes. Il me dit que non, et que s'il l'eust sceu, qu'il eust cousté la vie à tous, ou il lès auroit eus vifs ou morts, et qu'ils cuidoient que c'estoient les troupes des maresdiaux de camp, qu'ils eussent chargées sans un doute qu'ils eurent qu'elles estoient soustenues par une grosse harquebuserie, qui leur sembloit qui paroissoit en un village derrière, encores que ce ne fussent que valets, et qu'ils attendoient leurs gens de pied.

Mais au bout d'une heure, les uns et les autres pensèrent bien qu'il y auroit un plus gros jeu 5 car on appercent de tous costés marclier les enseignes d'infanterie et les esquadrons de cavallerie, et estoit sur le tard quand tout fut arrivé, et n'y eut autre chose qu'une grosse escarmouche que la nuict fit cesser. Là n'y avoit-il que Tavantgarde catholique : et ses chefs, voyant la partie mal faite d'elle contre le camp huguenot, s'aidèrent d'une gentille rusé pour nous faire croire que tout leur gros y estoit; car les tambours de leurs regimens françois, ils les firent sonner à la suisse, ce qui nous confirma que tout leur corps estoit là, et ne parloit-on que de bataille pour le lendemain. Ils deffendirent aussi que nul des leurs ne se desbandast, et qu'on n'attaquast rien qu'en se deffendant, de peur qu'on ne prist quelque prisonnier qui eust descouvert la vérité : et si nous eussions sceu ceci , on les eust assaillis dès le soir mesme. Us firent battre les gardes et Élire de grands feux ; mais après qu'ils eurent repeu

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ils deslogerept avec peu de bruit, et se retirèrent, les . unsà JasDueil, où monseigneur «stoit logé avecgues la bataille, et les autres au bourg de Sanssay, qui n'en est qu'à une lieue. Le prince de Condé fut adverty à trois heures après minuict de leur deslogement, et à cinq il se mit à leur queiie avecques toute son armée, se doutant bien que la leur n'estoit venue là. Voilà comment en un mesme jour deux belles occasions se perdirent : la première, par les catholiques, la seconde, par ceux de la religion. Toutefois, si ne doit-on donner gueres de coulpe ny aux uns ny aux autres, cs^t elles furent mal-aisées à reconoistre sur le champ, et en deux ou trois heures elles se passèrent. Vray est qu'un petit avis les eust à plein descouvertes; mais cela est un bénéfice de l'heur, qui ne dépend de la suffisance des capitaines.

Ce que j'ay recité de la journée précédente est encores peu de cas au prix de ce qui survint le lendemain à Jasnueil ; et semble que celuy qui dispose de tout se voulut mocquer, pour quelques jours, de tant d'excellens chefs qui estoient là ; d'autant que plusieurs choses qui se firent alors, et qui arriver eiit, fut plus par hazard^, et inopinément quasi, que par conseil. La délibération des huguenots estoit de suivre les ennemis jusques dedans le corps de leur armée, et au lieu où ils la trouveroient la combattre. Parquoy M. l'Admirai se mit sur leurs brisées, qui estoient assez apparentes, et M. le prince marchoit après; et comme il y avoit deux routes , l'une qui alloit au bourg de Sanssay, et l'autre à Jasnueil, M. le prince se fourvoya, et prit ceste-ci : dequoy fut occasion une bruine qui s'esleva avant le poinct du jour. La teste

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que M. rAdmiral avoit mise ^devant luy, qui estoit forte, donna sur les huict heures du matin au bourg de Sanssay, où cinq ou six cens chevaux estQient logez, qui furent contrains de se retirer plus viste que le pas, et y perdirent tout leur bagage, et si les suivit-an fort loin. Cependant M. le prince, continuant le chemin qu'il avoit pris, ayant marché plus de deux lieues, se trouva au fi^oc^t de l'armée de monseigneur, ne sçachant aucune nouvelle de sonavan|;-garde. Luy, se voyant engagé, pensa qu'il falloit faire bonne mine; et pource que le pays estoit fort, il fit mettre ses harquebusiers devant, qui passoient douze mille, et fit attacher une escarmouche, et manda à M. l'Âdmiral, ne sçachant où il estoit, qu'il avoit esté contraint de monstrer semblant qu'il voulpit eombattre, se trouvant si prochain de l'armée de monseigneur, et qu'il rebrcÂissast vers luy en toute diligence. Avant que le messager fîit à mi-chemin, M. l'Âdmiral entendit tirer les canonnades, ce qui le fit douter de ce qui estoit avenu, et s^ach^nina vers le bruit avec ce qu'il peut ramasser; mais quand il arriva sur le lieu, le soleil s'en alloit jà couché, qui garda qu'on ne peut avoir temps pour délibérer, reconoistre, ny entreprendre rien en gros. Tout se passa en grosses escarmouches, qui furent les fans belles qu'on ait veu il y a long -temps, qui mirent l'armée de monseigneur en quelque espouvantement, i cause qu'elle estoit placée en un lieu merveilleusement incommode ; et toutefois elle ne laissa de tenir tousjours bonne contenance. L'une ny l'autre ne se voyoient jpoint, estans cachées dans des hayes et petits vallons, et n'y avoit que l'harquebuserie desbandée qui s'apperceut. Je remarquay bien que la nostre estoit pleine de

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<;oarage autant qu'il se peut; mais la conduite ne fut pareille, cai^ elle tiroit comme en salve, et se tenoit trop serrëe ensemble, et tout un régiment attaquoit à la fois : au contraire, celle dé monseigneur estoit esparse, tirant assez lentement, et alloit par petites troupes, de manière que deux cens harquebusiers ar^ restoient un régiment huguenot. Ils ne sceurent pour^tant empescher qu'aucuns, des nostres ne donnassent jusques dedans les premières tentes, laquelle ardeur leur cousta cher; car M. de La Valette leur fit deux charges fort à propos avec trois cens lances, et en tua bien cent cinquante. On demandera à ceste heure si toute l'armée du prince fust arrivée jointe avecluy, ce qui se fust ensuivi. J'ay opinion que l'autre eust esté fort esbranlée, car sa place de bataille estoit si estroîte, qu'elle ne suffisoit pas à la ranger en ordre, venant au combat. Nous luy eussions jette par les flancs (qui estoit tout pajrs fort) dix mille harquebusiers &vorisez de mille chevaux; puis, avec tout le reste de l'infanterie, et plus de quinze cens chevaux, M. le prince eiisl donné par la teste, ce qui estoit difficile à souslenir« Les capitaines catholiques qui y estoient^ et qui en voudront parler sainement, ne contrediront guerés à ceci; car onc ne furent si embarrassez qu'ils furent lors. Comme je l'ay appris des plus gratids> qui ne me l'ont celé. La nuict estant survenue, M* le prince de Gondé s'alla loger à Sanssay, qui n'est qu'à une lieuë et demie de là.

Je ne veux taire une chose pour rire qui arriva alors : c'est que pendant qu'on fit alte, tout le bagage de nostre infanterie se vint arrester au long d'un bois, asses près de la queue de nos gens de guerre, et là s'ac-

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commoderent, pensans qu'on y deust catnper, y faisant plus de quatre mille feux, et n'apperceurent^rarmée se retirer à cause de la nuict; de manière que plusieurs maistres furent ce jour-là mal soupez. Aucuns catholiques qui estoient en garde, m'ont conté que voyans tant de feux, et oyans tant de cris, ils tenoient pour certain que c'estoit nostre armée, et s'attendoient d'avoir le lendemain bataille, ce qui les rendit plus diligens à fortifier leurs avenues. Le feu capitaine Garies m'a aussi dit qu'il s'oiOTroit d'aller reconoistre ce que c'estoit; mais on ne voulut rien bazarder contre ces braves soldats qui là estoient. Sur la minuit, M. le prince receut avis comme tout le bagage estoit engagé, et le tenoît comme perdu : neantmoins il ne laissa d'y envoyer quatre ou cinq cornettes pour le retirer, et commanda qu'une heure après mille chevaux et deux mille harquebusiers s'y acheminassent pour le favoriser si on sortoit après. Les premiers qui y arrivèrent trouvèrent messieurs les valets et goujats campez en moût belle ordonnance, se dhaufians, chantans, et faisans bonne chère; et eust-on jugé, de loin que là y avoit plus de dix mille hommes, et eux n'avoient non plus d'appréhension que s'ils eussent esté dans une ville forte. Ils se prindrent à rire de la stupidité de toute ceste forfanterie, laquelle ordinairement est couarde comme un lièvre, mesme où la seureté est; et là, non seulement au milieu d'un trèsgrand péril, ains de la mort, elle ne faisoit bruire que cris d'allégresse y à cause qu'ils avoient très-bien soupe des vivres de leurs maistres. Ils furent à la teste de ce beau camp, où les plus vaillans goujats avoient posé leurs gardes et sentinelles, et de tant loin qu'ils apper-

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cevoient quelqu'un, encore qu'il dist cent fois ami, ils tiroient de lionnes harquebusades après luy, et puis crioient comme des enragez. A la fin ils se rëconurent^ et ayant sceu où ils estoient, leur assurance se couver^ tit en peur, et deslogerent tous sans trompette. Après que d'une part et d'autre on eut séjourné un jour, le prince de Condé s'achemina à Mirebeau, qu'il prit, et monseigneur alla à Poictiers, et chacun se logea un peu au large pour reposer les troupes, qui estoient harassées.

Huict ou dix jours s'estans passés, M. l'Admirai fit une entreprise pour tailler en pièces le régiment du comte de Brissac, qui estoit assez fortement logé au village d'Aussences, prochain d'une lieue de Poictiers. Or, pensoit-il que toute l'avant-garde de monseigneur fust encore logée à ce Èiuxbourg de la ville qui: estoit de nostre costé; mais* plus de la moitié estoit passée delà l'eau le jour précèdent; et seulement les Suisses et quelque cavalerie y estoient demeurez. Nous meuasmes bien six mille harquebusiers et quinze cens chevaux, qui arrivèrent à la diane au village , lequel ils forcèrent après quelque résistance. Cependant, le régiment qui y estoit se retira avec perte de cinquante hommes, et non plus, par un vallon droit à leur camp, et quelques chevaux desbandez des nostres se mirent à le suivre ; mais le jour estant grand, on apperceut sur un haut, vers ledict Poictiers, nombre de cavallerie qui se rangeoit en ordre, et ouit-pn les tambours sonner, mesure on vid paroistre un bataillon de piçques. Les chefs dirent alors: « C'est l'armée, et si nostre gros passé le ruisseau pour deffaire ce régiment qui se va esloignant, elle nous viendra sur les bras, et y a danger que

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soyons nous mesmes défaits. » Parquoy ils résolurent de se retirer. Quasi tous les meilleurs capitaines opinèrent de mesme ; et, pour dire vray, il sembloit en apparence qu'il y eust raison de ce faire. Neantmoins qui eut passé outre, non seulement on eust rompu ce régiment, mais aussi toute ceste demie avant-garde , qui en effect estoit foible. Aucuns capitaines catholiques qui là estoient ayant ouy l'allarme, et voyans qu'il n'y avoit plus là logé que dix enseignes de Suisses, et environ trois cens lances, firent mettre sur ce haut maistres et valets , armez et desarmez , de tous ceux qu'ils purent ramasser, tant de la ville que dehors. Cela faisoit une très-belle monstre, par laquelle nous fusmes circonvenus : et quelques-uns m'ont asseuré que si nous eussions marché droit à eux, qu'ils eussent pris party : mais par cest artifice ils évitèrent le péril , et acquirent louange, verîfians ce vieil proverbe françois, (ju engin vaut mieux que force,

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