SUR
f RÀirçois de La Noue naquit en i53i^ de François de La Noue et de Bonaventure TEspervier: sa famille ,' depuis long-temps illustre en Bretagne^ avoit des liens de parenté avec les maisons de Matignon et de Chateaubriand. Cet homme, qui, par ses vertus et ses talens, devoit répandre un si grand éclat sur les protestons français du seizième siècle, n^éut pas le bonheur de recevoir une éducation soignée : ses premières années s'écoulèrent , comme celles de du Guesclin son compatriote, dans une oisiveté qui ne fiit interrompue que par ces exercices violens auxquels on appliquoit dès Tenfance la jeune noblesse. A Tépoque de son adolescence, il parut comnie page à la cour de Henri ii ; et ce fut là que, réparant le temps qu'il avoit perdu ^ il embrassa un plan d'études qui avoit principalement pour objet la tactique et les histoires anciennes et modernes. Il fit des progrès rapides, et les auteurs les plus célèbres de l'antiquité, surtout Plutarque, dont Amyot faisoit alors la traduction, lui devinrent bientôt familiers.
Après avoir passé quelques années auprès du Roi , dont il fixa'les regards par ses dispositions naissantes , il alla faire ses premières armes en Piémont, sous le
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maréchal de Brissac , et il servit jusqu'à la paix de Cateau - Cambresis danç cette ^rinlée qui passoit pour la meilleure école de l'art de la guerre. Pendant qu'il étoit absent son père mourut; et l'on put craindre que sa mère, livrée à la passion du jeu, ne dissipât sa fortune : Henri ii, instruit de ce désordre, lui en ôta l'administration; mais, en croyant rendre au jeune orphelin le service le plus signalé , il connoissoit peu ce que pôuvoit sur lui le respect filial. Aussitôt que La Noue fut de retour, îl sollicita une audience du monarcjue, et la première chose qu'il demanda €t qu'il obtint, fut la levée de Fînterdictiôn prononcée contre sa mère. Cette femme fut vivement touchée d^une action que sa conduite ue lui avoit pas permis d'attendre ; elle cessa de jouerV mais elle survéeut peu au bonheur d'avoir retrouvé un fils si digne de son amour.
La Noue , privé de ses paretis , se fixa pour quel^ioe temps en Bretagne , dans Pintention de s'occuper, pendant la paix, de l'administration de ses biens, dont le revenu s*élevoit à quarante mille livrés, somme^ considérable pour le temps. Ce fut alors que d'Andclôt, frère de Coligny, qui Venoit d'épouser mademoiselle de îlieux, la plus riche héritière de la province, y fit un voyage. Ayant embrassé avec chaleur la religion prO" testante, il ne cherchoit qu'à faire des prosélyteis , et c'étdit dans cette vue qu'il se faisoit accompagner par le ministre Gaspard Cor mel, prédicateur fameux. Il ouvrit d'abord le prêche dans son château de La Bretesche, où les talens de Cor mel attirèrent beaucoup de curieux ; et quoique la Bretagne fût de toute la France le pays le plus attaché à la religion catboli-
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que y il parvint, en moins de cinq années, à y établir douze églises calvinistes. Ses efforts se dirigèrent principalement sur La Noue, qui , malgré sa modestie, lais^ soit entrevoir de grandes qualités politiques et militaires ; et il jugea que son adhé^on aux opinions nou* celles pourroit servir utilement un pa^ti qui, réprimé jusqu'alors très-sévèrement , n'avoit encore pris aucune consistance.
La Noue, qui, dans la maison paternelle, n'avoit ^isé aucun principe solide de religion, et qui, pendant son séjour à la cour voluptueuse de Hem*i ii, a'avoit pu, sous ce rapport, corriger les vices de son éducation première, prêta volontiers Toreille aux apô^ très d'une doctrine qui ne prêchoit en apparence que la réforme, et qui aifectoit beaucoup de rigorisme. Âgé de vingt-sept ans ^ il avoit échappé aux passions de la jeunesse, plutôt par la force de son caractère que par se& principes religieux^ mais il sentoit que Vbomme a besoin d'un frein plus puissant que sa foible raison; et, fatigué des incertitudes dans lesquelles il flottoit depuis plusieurs^ années, il embrassa sincèrement la croyance où il pensa trouver la vérité. En prenant cette ]:é&(^ution ^ qui devoit décider de son sort, il se préserva du fanatisme des nouveaux sectaires; et si par la suite les circonstances l'entraînèrent à soutenir ses opinions les armes à la main, il montra constamment, au milieu des guerres civiles les plus horribles, une noblesse, un désintéressement, une modération, qui lui attirèrent l'estime et l'admiration des deux partis qui divisoient la France- Sous le règne de François ii, lor^sque les Guise, parvenus au faîte du pouvoir, se flattèrent d'anéantir