NOTICE SUR FRANÇOIS DE LA NOUE
les protestans^ il ne prit aucune part à la conjuration d'Amboise, tramée dans des vues politiques bien plus que dans des intérêts religieux. Il fut même un des plus sincères admirateurs des qualités solides et brillantes du duc François de Guise y auquel la France avoit dû son salut après la funeste bataille de Saint- Quentin. Ses relations amicales avec la maison de Lorraine continuèrent pendant les premières années du règne de Charles ix, et il fut désigné par cette famille pour faire partie du cortège qui reconduisit en Ecosse l'infortunée Marie Stuart^ veuve de François ii. Ce fiit dans ce voyage qu'il contracta une liaison assez intime avec Brantôme/ qui, jeune encore, recueilloit déjà des notes pour ses intéressans mémoires.
La Noue se trouvoit à Paris au mois de mars 1862, lorsque l'accident de Vassy, produit, selon toute apparence, par le hasard, mais à qui l'esprit de faction parvint à donner les couleurs les plus alarmantes, devint le signal des guerres civiles. Persuadé que Catherine de Médicis formoit des vœux secrets pour que le jeune roi Charles ix tombât au pouvoir du prince de Condé, chef des protestans, il se rangea sous les étendards de ce prince, le suivit dans ses différentes expéditions, et prit part à la bataille de Dreux, où les protestans furent vaincus et Condé fait prisonnier [19 décembre 1 562]. Après avoir dirigé avec l'amiral de Coligny la retraite difficile de l'armée battue, il apprit bientôt l'assassinat du duc François de Guise, chef du parti catholique, qu'il n'avoit pas cessé d'estimer, et auquel il donna des regrets. Cet attentat ayant été suivi presque immédiatement de la paix d'Amboise [19 mars 1 563], La Noue put aller dans ses terres
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1 éprendre la vie paisible qu'il n'avoit quittée que pai^ des circonstances indépendantes de sa volonté.
Ce repos ne dura que quatre ans, et fut souvent troublé par les excès auxquels se livrèrent impunément les deux partis. Les conférences que Catherine de Médicis avoit eues à Bayonne avec le duc d'Albe, répandirent de nouveau Falarme parmi les protestans : ils se figurèrent que leur ruine étoit décidée , et ils ne trouvèrent d'autres moyens delà prévenir, que de s'emparer de la famille royale, qui devoit passer les derniers beaux jours de Tannée i567 à Monceaux, maison de plaisance qui n'avoit aucune fortification.
Les rôles fiirent partagés entre les différens chefs protestans pour la réussite de cette grande entreprise ; et tandis que le prince de Condé et l'Amiral, à la tête d'une troupe nombreuse de cavalerie, dévoient surprendre Monceaux, les autres généraux étoient chargés de s'emparer de quelques grandes villes. Les projets du prince de Condé sur la famille royale échouèrent par l'inébranlable fidélité de six mille Suisses que la Cour avoit appelés; mais La Noue, qui avoit dans Orléans des intelligences avec le bailli de Grelot, y pénétra, n'étant suivi que de trois cents hommes, fiit obligé de soutenir dans les rues, et sur les places publiques, plusieurs combats sanglans, et parvint enfin à se maintenir en possession de cette ville importante. Il parcourut ensuite la Bretagne, l'Anjou, la Touraine, la Normandie, le Perche, la Beauce, y leva des troupes; et, après avoir déployé une étonnante activité, il vint joindre le prince de Condé, qui campoit sous les murs de Paris.
Peu de jours après, la bataille de Saint -Denis fut
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livrée [lo décembre 1567]; les protestans eurent le dessous comme à Dreux ; ipais les catholiques perdirent leur général^ le connétable de Montmorency. Cette action n'étant pas décisive^ Gondé^ qui n'avoi^ plus l'espoir de s'emparer de la capitale, mena son armée en Lorraine afin de joindre le prince Casimir, second (ils de l'électeur Palatin, qui venoit à son se* cours. Il falloit une somme considérable pour payer ces troupes étrangères; et, par des circonstances qu'an n'avoit pas prévues , la caisse du prince de Condé étoit vide : on vit alors les chefs, et même les soldats, s'empresser de subvenir à ce besoin pressant ; une armée qui n'étoit pas payée se dépouilla entièrement pour en faire subsister une autre; et il n'est pas besoin de dire que La Noue donna, l'un des premiers, le conseil et l'exemple de ce noble désintéressement. C'étoit une des époques de sa vie dont il se rappeloit le souvenir avec le plus de complaisance, a II seroit impossible, dit-il ce dans sesjnémoires, de faire maintenant le semblable, <c parce que les choses généreuses sont quasi hors « d'usage. »
Ce renfort, que les protestans avoient payé si chèrement, ne leur fut pas d'une grande utilité, car ils furent obligés de faire la paix peu de mois après [27 mars i568]. La Noue, suivant son habitude, se retira aussitôt dans ses terres, mais il ne put y jouir d'une longue tranquillité. A peine y eut -il passé six mois, qu'il apprit que Catherine de Médicis avoit tenté de faire arrêter le prince de Condé dans son château de Noyers, et que ce prince, accompagné de l'Amiral et de quelques amis, s'acheminoit en toute hâte vers La Rochelle, unique asile qui lui restât. Il conduisit
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sur4e-chatiip quelques troupes à d'Aitdelot^ qui étoit enBreUgne; et tous deux se préparèrent à joindre leur chef. Mais les passades de la Loire ëtoient au pou* voir des catholiques y et ce fut avec beaucoup de peine qu'ils parvinrent à découvrir un ^é; ils y furent vivement attaqués par Martigues, et La Noue, qui le dernier traversa le fleuve , courut le plus grand danger.
Les protestans, ayant ^n peu de temps réuni une armée nombreuse > se trouvèrent en présence des catholiques, près de Jamac, dans les premiers jours de mars iS6^» Après quelques indécisions, ils acceptèrent la bataille, la perdirent, et le prince de Condé, leur chef, fut tué par Montesquieu, au moment où il venoit d'être fait prisonnier. La Noue, quoique très-aiToibli par une fièvre quarte, avoit long-temps disputé la victoire au duc d'Anjou , frère de Charles ix. Cédant au nombre, il tomlia au pouvoir des catholiques, qui l'épargnèrent, et qui consentirent bientôt à ce qu'il fût échangé contre Sessac, lieutenant de la compagnie d'hommes d'armes du duc de Guise.
Devenu libre, il rejoignit Coligny qui avoit pris le commandement de l'armée protestante : il fit avec lui le siège de Poitiei's, et lui servit de lieutenant généi'al h la bataille de Montcontour [3 octobre iSôp]. Dès le commencement de l'action , l'Amiral reçut une blessure grave, et se trouva hors d'état de combattre. La Noue qui le remplaça ne put rassurer les soldats consternés du malheur arrivé à leur chef; il fut pris dans le fort de la mêlée , manqua d'être massacré, et ne dut la vie qu'à l'intérêt que témoigna pour lui le duc d'Anjou , dont il avoit mérité l'estime. Coligny, qui le regi'ettoit vivement , avoit en son pouvoir Strozzi , officier très-
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distingué, et parent de Catherine de Médicis : il fit proposer de réchanger contre La Noue; mais le cardinal de Lorraine s*y opposa fortejnent dans le conseil du Roi, et il fonda son opinion sûr ce quhl j assoit en France plusieurs Strozzi, tandis çuil ny avait quun La Noue. On balança quelques momens ; et ce ne fut que d'après le vœu bien prononcé de la Reine-mère , qu'on accepta la proposition de Goligny.
L'exécution de cet arrangement ne fiit différée que par la générosité de La Noue : Strozzi étoit attaqué à La Rochelle d'une maladie dangereuse, et l'Amiral auroit voulu le renvoyer sur-le-champ,, afin de revoir plutôt La Noue; mais celui-ci, ayant appris que Strozzi ne pouvoit être transporté sans péril, refusa d'être libre à ce prix : « Je ne bougerai pas, écrivit-il « à ses amis, et j'aime mieux demeurer en prison que « de hasarder la vie d'un brave cavalier. » Il attendit patiemment la convalescence de Strozzi, et il revînt, sans avoir eu aucun reproche à se faire, retrouver les protestans, qui lui confièrent le commandement des provinces de Poitou, d'Aunis et de Guienne.
Il s'efforça de faire lever le siège de La Rochelle, entrepris par les catholiques, surprit quelques petites places voisines, s'empara des Sables-d'Olonne, et remporta près de Luçon une victoire complète sur Puy- Gaillard, chargé par le duc d'Anjou de protéger cette place. Dans cette guen^e , où des deux côtés l'on montroit le plus grand acharnement, La Noue maintint parmi ses troupes la plus exacte discipline. Il empéchoit le pillage, et prenoit sous sa protection spéciale les vieillards, les femmes et les enfans : son habitude étoit de payer scrupuleusement tout ce dont
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la nécessité le forçoit à s'emparer -, et si les maîtres des maisons où il logeoit étoietit absens, il faisoit placer dans un trou l'argent qu'il leur destinoit. ce Ces pauvres fc gens, disoit-il y seront bien aises de trouver^ à leur re- « tour, ce dédommagementde la perte qu'ils ont éprou- (c vée. » Un jour, son maître d'hôtel vint lui dire qu'il n avoit point de fonds pour acquitter une dette de ce genre, et il reçut l'ordre de vendre un cheval : le marché ayant été conclu, on rapporta cent écus à La Noue. « Cent écus, dit-il, c'est trop j il ne m'en couste « que quatre-vingts, et il y a long-temps qu'il me rend «service; et de plus, celuy qui Fa achepté estant « homme de vertu comme il est, ne mérite pas d'estre « trompé. » Et il voulut qu'on rendît vingt-cinq écus à l'acheteur. Ainsi La Noué faisoit en quelque sorte revivre, au milieu des horreurs de la guerre civile la plus cruelle, l'humanité, la douceur et le noble désin-» téressementqui avoient autrefois mis Bayard au premier rang des chevaliers.
Après s'être emparé de Luçon, La Noue alla faire le siège deFontenayj et, s'étanttrop approché pour examiner la place, il reçut un coup d'arquebuse qui lui fracassa le bras gauche. On le transporta sur-le-champ à La Rochelle, oh se trouvoit Jeanne d'Albret, reine de Navarre, qui lui témoigna l'intérêt le plus tendre. Les médecins décidèrent qu'on ne pouvoit le sauver qu'en lui faisant Tanq)utation du bras : il déclara d'abord qu'il aimoit mieux.mourir que de se mettre hors d'état de combattre; mais ses amis, les ministres protestans, et surtout la reine de Navarre, le déterminèrent à vivre. U se soumit donc à l'opération, pendant laquelle la princesse eut le courage de lui tenir le bras :