CHAPITRE XXIII
De la mort de M. le prince de Condé à Bassac,
[1569] ^^^ huguenots ayant beaucoup souffert es jours precedens, trouvèrent le séjour fort doux dans le pays de Poictou, oii ils s'estoient retirez, quand on vint rapporter que l'armée de monseigneur eistoit aux champs, et s'acheminoit vers les costez d'Angoulesme. Illuy estoit venu deux mille reitres de renfort; et croy que son but estoit, pour achever l^ientost la guerre, de forcer ses ennemis à combattre , ou les contraindre de se renfermer dans les villes. En l'un il avoit l'avantage, et en l'autre il diminuoit leur réputation. Messieurs le prince de Condé et Admirai sur cest advis firent res-
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Serrer leurs gensj et cféliberérent de se tenir au long delarîvkre de ChèirentiB,^oUr:vôir leur contenance, sanis rieh hàzardôi^j afussîpôur favoriser leurs placés , po^r lesquelles fournir d^kommes ils affTQiblirent leur armée. Il né ise fit riende mémorable jusques à ce que les icatholiqueà arrivèrent ' à Chasteau-neuf, qui' est sur la rivieît^ susdite; ob d'abordée ils prindreiït lé cliasteau j qiri éstoît ès^maiiis d'uri iriau>vais gardien. Et cf autant que le pont aivoit esté rompu en deux endroits, M. r Admirai voulut luy-inesme, pour mieux reconoistre leur mine ^t le passage, venir jusques-là avec sept ou huit cens chevaux et autant d'harquebusîers, la rivière entre deux toutesfois,'oCi il ^'attacha une escarmouche avec quelques gens qu'ils avoient fait passer, ou-par barque, ou sur quelque planchage soud«iinement mis, laquelle ne dura pas beaucoup. Cependant il fut aisé de juger qu'ils vouloiént s'efforcer de pas-serlà.
M. l'Admirai, désirant de conserver sa réputation tant qu'il se pouvoit, et faire paroistre à ses ennemis qu'il ne vouloit leur quitter la terre que pied à pied, pt^oposa'de leur empescher le passage en corps pour le lendemaitl ; et sur le lieu teiesme ordonna que deux régiméns d'infanterie Idgeroient à' un qili;àrt de lieuéf du pont, et huit cens chevaux quelque peu derrière, ^donl le tiers seroit en garde asse^ près du passage, tant pour advértir que pour faire quelque4ôgere contestation. Gela fait, il se retira à Bassac, distant^ d'tthe lieue, avec lereste deravant-gàrde; et M. le pirince s'approcha à Jarnac, qui est une lieue plus- outre. Mais ce qu'il commanda ne fut pas fait; car, tant la cavallerie que l'infanterie, ayant reconu qu'aux lieux désignez y avoit
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peu de maisons et nuls vivres ny fourrages^ ayabt ou^ blié du tout la toustume de camper, et d'estre sans commodité au log^s, alla prendre quairtier ailleurs. Ainsi kl pluspart de ceste troupe s'esloîgna pour loger, et ne demeurÉ^ tor le lieu que peu de gens, qui s^ac* commoderent à demy -^lieue du passage. De cecy s'ensuit que la garde fut trèsHToible^ laquelle ne peut s'approcher açsez pour ouyr lay dûiiner alarihé d'heure en heure au& gardes ennemies > ainsi qu'il laivoit esté aày visé, pour faire croire que toute iKXStre avant^-gafde estoit la logée. Les catholiques, qui>ayoient résolu de se saisir de ce passage, quand bien tout nostre camp i'eust voulu empescher, firent, par la diligence >;de M. de Biron, non seulement refaire le vieux pant^ mais aus^i eii dressèrent un nouveau des barques qui ^e portent aux armées royales, et avant la. minuit le tout fut parachevé i puis commencèrent à passer sans -gràtid bruit, cavallerie.et infenteriei. Ceux de la rdi^ gioii qui estoient en 'garde avec^ cinquante ;ohévaux à un petit quart dé lieue djjL pasèagé, n'apperceurent quasi poiiît qu'ils paâsoient, sinon surirmibe du jour, -et incontinent en àdyertirent M. l'Adiniral; lec^el ayant sceu côîïinie là pluspart de ses gens avoient logé fort escàrtez ,rmesme du costé que venoîentles ennemis, leur mattiàsc qu'ils passûielfit^ .et' qu'ils* b'achemînassfent diligemmeïit Vers luy, afin de se retirer toos ensenible, et Kju'il feroit alte cependant à Bassac. Il commanda -aussi à l'hetire» mésme que tout le haga^je* et l'infanterie se retirasty^ce qtii fiart^fait. Et si lott's, yoire une heure après, toutes ses troupes^ eussent esté assemblées^ très-facilement il se fuôt rétiré, mesme au petit pas; mais ceste longueur de temps qui se passa (qui
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ne fut moins de trois heures) à les attendre , fiit la principale occasion de nostre desastre. Il ne vouloit laisser perdre telles troupes, où il y avoit huit ou neuf cornettes de cavallerie , et quelques enseignes de gens de pied, dont les chefs estoient le comte de Montgommery, M. d'Acier et le colonel Puviaut.
Enfin, quand ils furent rejoints à luy (sauf M. d'Acier, qui prit la route d'Angoulesme), les ennemis, qui ëstoyent tous] ours pass)3z à la file, estoient si engrossis, si prochains de nous , et l'escarmouche si chaudement attachée, qu'on conut bien qu'il convenoit combattre :. c'est ce qui fit retourner M. le prince de Gondé, qui jà estoit à demy-grosse lieue de là se retirant ; car, ayant entendu qu'on seroit contraint de mener les mains, luy, qui avoit un x^œur de lion, voulut estre dé la psMie. Quand donc nous commençasmes à abandonner un petit ruisseau pour nous retirer ( qu'on ne pouvoit passer qu'en deux ou trois lieux), alors les catholiques Grent avancer la fleur de leur cavallerie conduite par messieurs de Guise, de Màrtigues et le comte de Brissac, et renversèrent quatre cornettes huguenottes qui faisoient la retraite, où je fus pris prisonnier; puis donnèrent à M. d'Andelot dans un village, qui les soustint assez bien. Eux, l'ayans outrepassé, apperceurent deux gros bataillons de cavallerie, où M. le prince et M. l'Admirai estoient , lesquels, se voyans engagez , se préparèrent pour aller à la charge. M. TAdmîral fit la première, et M. le prince la seconde, qui fut encore plus rude que l'autre, et du commencement fit .tourner les espaules à ce qui se présenta devant luy ; et certes il fut là bien combattu de part et d'autre. Mais d'autant que toute l'armée ca—
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tholique s'avançoit tous) ours , les huguenots furent contrains de prendre la fuite ^ ayans perdu sur le champ environ cent gentils-hommes^ et principalement la personne de M. le prince, lequel, estant porté par terre, ne peut estre secouru des siens, et s^estant rendu à M. d'Argences, survint un gentil-homme gascon, nommé Montesquiou, qui luy donna une pistoletade dans la teste, dont il mourut. Sa mort apporta un merveilleux regret à ceux de la religion, et beaucoup de resjouissance à plusieurs de ses contraires, lesquels, estimoient de voir bientost dissiper le corps duquel ils avoieut tranché un si digne chef. Si est-ce que parmy le blasme qu'aucuns d'eux lui donnoient, autres ne laissoient de louer sa valeur.
Aussi luy peut-on donner ceste louange, qu'en hardiesse aucun de son siècle ne l'a surmonté, ny en courtoisie. Il parloit fort disertement, plus de nature que d'art, estoit libéral et très-affable à toutes personnes, et avec cela excellent chef de guerre, néantmoins amateur de paix. Il se portoit encores mieux en adversité qu'en, prospérité. Mais ce qui le rendoit plus recommandable, c'estoit sa fermeté en la religion. H vaut mieux que je me taise, de peur d'en dire trop peu, ayant aussi bien voulu dire quelque chose, craignant d'estre estimé ingrat à la mémoire d'un si magnanime prince. Tant de dignes personnages catholiques et huguenots, que nos tempestes civiles ont emportez, doivent estre regrettez ; car ils honoroient noistre France, et eussent aidé à l'accroistre, si la discorde û'eust excité la valeur des uns pour destruire la valeur des autres. Après ce coup, l'estonnement fut grand au possible en l'aj-mée huguenotte, et bien luy servit le
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jpays enveloppé d'eaux^ où elle se relira ; car cela l'étint k§ catholiques , et luy donna temps de se réordonner. Ils in)Qginerent> ayant acquis une telle victoirey que nos villes, s^estonnerpient, qui n'estoient pl^s gueres fortes; inaisM. T Admirai avoit jette dedans la pluspart de son infanterie^ pour rompre ceste première imper tuosité ; de façon que quand ils s avancèrent pour atta-^ querCoignac^ ils conurent bien que tels dliotsue se prenaient pas (comme Ton dit)^ân^ mitjtaines ; cslv il y ayoit dedans quatre regimens d'infanterie;/ et comme ils eurent envoyé trois ou quatre cens harquebusier» du costé du parc pour reconoistre cest endroit, ceux de dedans en firent sortir mille ou douze cens, qui les -rechasserent si viste qu'ils n'y retournèrent plus j car aussi il n'y avoit en leur armée que quatre canons et quatre coulevHnes. Monseigneur^ se contentant de sa victoire, et voyant qu'il ne pouvoit gueres exploiter, se retira pour rafraiscbir ses gens, ayant triomphé eu sa plus tendre jeunesse de très'-excellent chef: aussi fut-il bien conseillé et assisté d'auti^es dignes capitaines qui l'accompagnèrent. De ce fait icy on peut recueiU Ijur que, quand il est question d'une chose importante et hazardeuse, on ne la doit point entreprendre à demy ^car, ou il la faut laisser, ou s'y employer avec tout son ^ens et avec toute sa forcci. En après, il faut noter quequacid Ies< armées logent 'escartées ,>elles tom« bent en desinconveniens que la suffisance des meilleurs che& ne peut détourner*
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