‹ MémoiresChapitre 34 sur 47 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Que le siège de Saint—Jean-d* Angely fui la ressource de

ceux de la religion.

Gomme Ta^siegement de Poictiers fut le commenceînent du malheur des huguenots , aussi fut celui de Sainct-Jean Farrest de la bonne fortune des cathoîigties. Et sHls ne se fussent amusez là^ et eussent poursuivy les reliques de l'armée rompue ^ elles eussent esté du tout anéanties ^ veu Testonnement qui se mit parmy^ et les difficultez qui se présentèrent. Messieurs les princes et Admirai se retirèrent avec ce qu'ils peurent recueillir outre la rivière de Charente , et donnèrent cependant ordre à la haste pour conserver les villes de Poictou , qui estoient les premières à la batterie. Mais d'abordée cinq furent abandonnées , à- sçavoir : Parthenay, Niort, Fontenay, Sainct-Maxiant (0 et Ghastelleraud; et la sixiesme ayant veu le canon se rendit^ qui fut Lusignan. Cela enfla tellement d'espérance les victorieux, qu'ils pensoient despouiller en bref temps toutes ces provinces , sans y laisser que la ville capitale , qu'ils estimoient estre La Rochelle. Parquoy ils marchèrent tousjours en avant, pensans que les autres villes , à l'exemple de celle-cy, viendroient à obéissance. Ils s'adressèrent à Sainct-Jeaiid'Angely, qui n'estoit gueres plus fort que Niort; et l'ayant sommée, elle ne se voulut rendre, pource que le seigneur de

(<) Sainel'Maxiant : Saint-Maixent. ^ .

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Pilles^ qui y estoit entré avec partie de son régiment^ desiroit de combattre.

J'ay entendu par quelques uns^ qu'alors les piîncir paux capitaines qui estoient avec monseigneur furent assemblez pour sçavoir ce qu ils dévoient faire. Aucuns disoient, puis que toute l'infanterie des princes avoit este taillée en pièces, et qu'eux n'avoient plus que gens de cheval, et la pluspart reitres, qui estoient fort mal contens, et demy enragez d'avoir perdu leur bagage, que leur advis estoit de les poursuivre chau^ dément (0, et qu'il en adviendroit l'un de ces deux efiects : ou qu'on les defieroit, ou qu'on les contrains droit de capituler pour leur retraite en Allemagne, ce qu'on obtiendroit facilement en leur accordai^t deux mois de gages. Nous conoissons aussi, disoient-ils , l'Ad-r mirai , qui est un des plus rusez capitaines de la terre, et qui se sçait le mieux desmesler d'une adversité, si on luy <lonné le loisir. Il raccommodera les forces qu'il a, et y en adjoindra encores d'autres de la Gas-r congne et du Languedoc : tellement qu'au printemps nous le reverrons paroistre avec une nouvelle arm^^ avec laquelle il ravagera nos provinces, voire viendra molester et brûler jusques aux portes de Pai*is. Davantage^ les princes de Navatre et de Condé estans au milieu de ceste troupe vaincue, leur présence peu à peu les ranimera^ et res veilleront encore beaucoup de cou-' rages abbatus en d'autres lieux, si avec la diligence on ne leur oste le moyen de se. prévaloir du temps. Ils

(<) De les powiuiure chaudement. Cétoit Favis de Tavannes, qui avoit été chargé par la Gourde diriger le duc d^ Anjou ^ mais Charles IX, à qui Ton inspira de la jalousie, ne voutut pas que son frère eût la

ôre de terminer la guerre.

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concluoyent que moDjseigneur avec les deux tiers de Yarrùée les devoit suivre : ce que faisant, il n'y avoit doute qu'en bref on ne forçast les chefs de se renfermer pour refuge en quelque mauvaise place/ qui seroit Tachevement de la guerre. Autres après opinèrent en ceste sorte , disant que Tuu des principaux fruictz de la victoire obtenue , ils le moissonnoient à présent par la conqueste des villes , en ayalit jàgaigné six en dix jours; que c'estoit là ùh il falloit s'attacher, et essayer d'avoir les autres, veu le grand éstonnement qui estoit en icelles, et que les huguenots ne se cônliendroient jaiàais tant qu'ils auroient des re^ traités ; et que, lès en privant , ils perdroient la volonté de se remuer; qu'il ne restoit plus que quelques villes de Xaintonge et Angoulmois en ce quartier là, qui ne pouvoient résister plus de deux mois aux efforts de l'armée victorieuse et au bonheur 'de monâeigneiir; et qu'après, La Rochelle, se voyant desnuée de couverture, trembleroit. Quant aux restes de l'armée des&ite, oii les princes et l'Admirai s'estoient jettez àsauveté, tout cela s'en alloit fuyant^ et se dissiperoit de soymèsnie; et que, pour en haster l'exécution, on pourroitenvoyer après eux mille chevaux et deux mille harquebusiers, et faire eslever toutes les forces des provinces où ils s'arresteroient , et cependant mander quérir promptement artillerie et munitions pour parachever leur dessein; lequel > estant bien exécuté, seroit une playe mortelle aux huguenots, qui ne battaient plus que d'une aisle. De ces deux opinions, ceste-cy, qui estoit la moins bonne, comme l'expérience le moflstra depuis, fîit ^suivie.

Je me recorde qu'estant prisonnier, ainsi qu'on me

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menoit vers le roy Charles à Tours, en passant par Loudun, feu M. le cardinal de liorraine qui y estoit^ me fit dire qu'il desiroit parlera moy.. L'estant allé trouver, il m'usa de fort honnestes langages; puis, venant à discourir des affaires militaires, comme o'estoit un prince qui ne les ignoroit, il me dit que la cause de la perle de T Admirai et de ceux de son party, avoit esté le siège de Pôictiers, et qu'il avoit ouy dire à son frère qu'on ne se devoit attaquer à une grande place bien fournie, quand l'on, poursuivoit un plus gratid bien . ce que nous faisions alors, d'autant. qiie l'armée du Roy.estoit sans vigueur et demy dissipée , et que nous eussions peu aller jusques à Paris sans trouver résistance 3 mais que nous, luy avions donné temps de se refaire , et nous prendre quand nous estions demy desfaicts. Je luy respondis : « Monseigneur, je croy que nostre erreur vous admonestera de n'en faire un paireil. - — Nous nous en donnerons bien garde, » repliqua-4-il. Certes ,'ny l'un ny l'autre ne pensoit à ce qui survint depuis; et quand les effects en apparurent,. je conus bien. que nostre exemple leur avoit bien peu profité, et qu'ils n'avoient laissé de broncher à' la mesme pierre. . ^

Or eux, pensans espouvanter Saint-Jean, firent d'abordée une batterie avec sept ou huit pièces ; à quoy ils employèrent toutes leurs munitions sans faire bresche qui valust : et cependant qu'ils en attendoient d'autres, les assiégez se renforçoient de courage et de rempars. Ainsi battans pièce à pièce, deux mois s'écoulèrent ; et après avoir perdu beaucoup d'hommes , mesmement par la rigueur de l'Jiiver, enfin la ville se rendit par Composition, qu'ils eatim oient devoir emporter

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en huit jours. La resi^ance qu'elle fit releva les afiaires de ceux delà religion ^ ce qui acquit grande renommée au seigneur de Pilles , pour le remarquable service qu'il leur fit. M. TAdmiral m'a autrefois dit que si on eust vivement poursuivy messieurs les princes etluy quand ils s'acheminèrent en Gascogne avec le reste de leur armée y qu'ils estoient en danger de se perdre , veu mesme qu'en passant par le pays de Perigort et d'autres endroits difficiles, les paysans et les petites garnisons leur avoient fait beaucoup de dommage, pource qu'ils n'a voient que cavalleric non moins harassée qu'estonnée ; maiâ que le temps qu^ils eurent de se rafraischir, fortifier d'infanterie, et de butiner dans le bon pays où ils allèrent, restaura les courages et fespoirde tous. Voilà comment Saint-Jean ayda à re-^ parer en quelque sorte les ruines que Poictiers et Montcontour avoient faites. Et assez ordinairement vbid*on advenir que ceux qu'on pense qui doivent verser par terre, rencontrent quelqu'appuy inopiné qui leur ayde à se redresser : ce qui sert pour modérer la fierté du vainqueur, et enseigner aux vaincus qu'il y a quelque remède, voire aux choses désespérées , lequel, ne se trouvant en la vertu humaine, se trouve en la bonté divine.

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