CHAPITRE XXVIII
Que la ville de La Rochelle ne servit pas moins à ceux de la religion quavoitfail Orléans aux troubles passez,
: Les villes, qui sont comme les appuis non seulement àe& ariqéesy mais aussi des guerres, doivent estre puissantes et abondantes, afin que, comme de grosses sources, dont découlent de gros ruisseaux, elles puis* sent fournir lès commoditez nécessaires, et à elles possibles, à ceux qui ne les peuvent avoir d'ailleurs. Cecy a fait dire à quelques catholiques qu'ils n'estimoient pas les huguenots ti'op lourdauts , d'autapt qu'ils avoient tousjours esté soigneux etdiligens de s'approprier de très-bonnes retraites. « Nous leur avions osté, disoientils, Orléans, pource que nous ne voulions pas que de si près ils vinssent muguetter nostre bonne ville de Paris; mais les galans n'ont pas laissé d'attraper la ville de La Rochelle, qui ne leur servira pas moins.» Cestecy n'est pas si grande ny si plaisante que l'autre; elle a pourtant d'autres choses qui recompensent bien ces défauts, dont la principale est sa situation maritime, qui est une voye et une porte qui ne se peuvent fermer qu'avec une despense incomparable, et par oh toutes provisions luy viennent en abondance. A deux lieues dans la mer, il y a des isles fertiles qui branslent sous sa faveur. Le peuple de la ville est autant belliqueuj^ que trafiqueur, les magistrats prudens et tous bien affectionnez à la religion reformée. Quant à la fortifica-
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tion, on a conu par espreuve quelle elle est ^ qui me gardera d'en parler davantage : )e confesseray bien que Orléans, quand on est fort en campagne , est en lieu plus propre pour assaillir; mais estant question de se defièndre, La Rochelle est beaucoup plus utile. Il y en a qui disent que le peuple qui y habite est rude : quoy qu'il en soit, si peut-on affermer qu'il est loyal ; et le mesme se dit du Namurois, qu'il est rude et loyal. Quand les défauts qui se retrouvent en une cité ou en un personnage sont beaucoup moindres que lesJ)onnes qualitez, on doit^passer cela légèrement.
Le secours que messieurs les- princes receurent d'elle. en çeste troisiesme guerre, a fait conoistre que c'est une bonne boutique et bien fournie : ce que je n'allègue pas pour donner matière aux grandes villes de se glorifier, ains plustost pour les inciter à louer Dieu de leur avoir eslargi abondance de commoditez; car quiconque s'esleve est rabaissé tost ou tard. Entré celles qui s'en tirèrent, ceste-cy est' à remarquer; c'est qu'elle equippa et arma quantité de vaisseaux qui firent plusieurs riches prises, dont il revint dé grands deniers à la cause générale ; cai*, encore qu'on ne prist alors que le dixiesme pour le droit d'admirauté, on ne laissa d'en tirer profit plus de trois cens mille livres. Depuis, aux guerres qui se recommencèrent l'an 1 57 4y Id nécessité contraignit, de. prendre le cinquiesme : et pensoit-on que cela rebuteroit les gens de mer d'aller chercher, avec tant de hazards, leurs adventures : toutesfois cest exercice leur estait si i friand, qu'ils ne désistèrent, pour l'excessiveté de ce tribut^ encores que souvent il avint qu'aux proyes que 'fleurs griffes avoient attrapées, les ongles de la picorée
DEPEÀirÇOIS DE LA NOUE. [l56g] 3^8 I
terrestre donnassent de terribles pinçades. Par cecy peutTon voir combien de richesses viennent en un pays par la guerre de la mer. Or, si celle de terré est juste, aussi doit estre celle-cy. Toutesfois, quand on vient à examiner plusieurs actions particulières d'icelle/ oh trouve qu'il s*y commet' des abuz merveilleux, au moins parmi nous, car la pluspart de ces ad^tantuiriers mettent peu de différence entre les amis et ennemis, et plusieurs fois s'est veu l'ehnemy pauvre recevoir mise- • ricorde, et l'amy riche estre dévalisé et jette dedans les onde^, eux presumans par le vice de cruauté cacher celuy d'avarice. Mais le ciel, qui a des yeux et une Ijouche, ne laisse pas, après avoir veu ces inhumanitez secrettes,d'en faire des manifestations publiques, et, davantage, d'en précipiter justement aucuns dans les propi^s abysmes où ils avoient ensevely injustement le trafiqueur innocent. Ceci soit dit sans faire injure à ceux qui légitimement s'employent en leur vocation : c'est à ceux qui ont une affection desordonnée de piller le monde à qui mon propos s'adresse. J'ai entendu , par les Espagnols qui estoient à la deffaité de M. de Strosse (0, que la moitié de son armée estoit composée de coureurs ou pilleurs de mer, lesquels Fàbandonnerent au besoin, le laissant périr à leur vue, avec la pluspart des braves hommes <]ui le suivirent au combat ; et s'esbahissoient que de quarante navires qui
(i) M. de Strosse, Philippe Stroizi, fils de Pierre Strozzi, maréchal de France, tué en i558 au siège de Thionyille. Il étoit parent de Catherine de Médicis. L'expédition dont il fut chargé en 1 58a avoit pour objet de soutenir don Antonio, qui disputoit à Philippe II lé trône de Portugal. Il périt à la suite d'aune bataille quMl livra prés des Açores , le 36 juillet , k la flotte espagnole commandée par le marquis de Sainte- Croix.
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Taccompagnoient, n'y en avoit que six ou sept qui eussent combattu. Mais comme ils prisoient beaucoup la valeur de ceux-cy , aussi blasmoient-ils de mesme la lascheté des autres , encore qu'elle leur Fust profitableé Cecy nous monstre que les afièctions de butiner et les affections de combattre produisent de differens effets. Quant à moy^ )e regreteray tousjours ce magnanime capitaine, qui estoit mon très-bon amy, lequel, vivant et mourant, a honoré nostre France.