‹ MémoiresChapitre 38 sur 47 · JQ · texte numérisé non relu

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que les deux vieux regimens furent défaits , et plusieurs villes prises. Tout cela ramassé, avec d'auti*es occasions secrettes et particulières, disposèrent le Roy et la Boyne à condescendi^e à la paix, laquelle fut publiée au mois d*aoust. Ceux de la religion la desiroient aussi grandement, et en avoient besoin, pource que n'ayans un escu pour contenter leurs reitres, la nécessité en quoy ils estoient les eust contraints d'abandonner messieurs les princes ; ce qu'ils leur firent entendre par le comte de Mansfeld; et se voyans approchez de leur pays,!iL estoit à craindre qu'ils ne s'y résolussent. Cela advenant, c'estoit la ruine de leurs affaires. Plusieurs autres* incommodités que je n'allègue pressoient à ce poinct, et, entre autres, les desreiglemenis de nos gens de guerre estoient tels qu'on n'y pouyoit remédier. De sorte .que^ M. l'Âdmiral, qui aimoit la police et haïssoit le vice, a dit plusieurs fpis depuis qu'il desireroitplustost mourir* que de retomber en ces confusions , et voir devant se», yeux: commettre tant de maux. Somme, que la paix! fut'acceptée sous des conditions tolérables, etiadjouata-:; tron pour la seureté d'icelle ce qu'on n'avbit'-oséde-' niànder ne sceù obtenir aux autres , à sçavoir quatre villes.' , < '

Le commencement de la négociation fîit après le siège de Saint Jean d'Angely , où furent employez; les srigiieurs de Thellîgny et Beauvais la Node, gentilshommes! ornez de plusieurs vertus,' qui s'en; acquit^terent fidèlement; et si auparavant les catholiques eussent offert à ceux de la religioh,ilors qu'ils estoient en mauvais termes, des conditions moindres, je cuide qu'ils les eussent acceptées. Mais quand ils virent qu'ils

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ne vauloient leur permettre nul exercice de la religion, ains seulement une simple liberté de conscience, cela les mit au desespoir, et leur fit faire de nécessité vertu. Et comme le temps apporté des mutations, celles qui survindrent se tournèrent en leur faveur , si bien que leurs courages en furent relevez, et leurs espérances fortifiées. Le meilleur temps pour traiter une paix est quand on a Tavantage de la guerre; mais ordinai* rement cela «nfle de telle sorte qu'on n'en veut point ouïr parler : si «st-ce que tost ou tard le Roy fit sagement de l'accorder, car la continuation de la guerre luy ostoit ses plaisirs , ruinoit l'obéissance et amour qui luy estoit deuë, fourrageoit son pays, espuisoit ses finances et consumoit ses forces. « Mais le roy d'Espagne n'a pas fait ainsi en Flandre, dira quelqu'un. — Vraiment, respondra un autre, il n'y a pas beaucoup gaigné, et paravanture qu'enfin, pour donner quelque surseance à ces fascheuses tragédies, il suivra le mesme conseil qu'ont pris ses voisins. »

Or, comme ainsi soit que la paix ait esté nécessaire à ceux de la religion, toutesfois ce malheur est quasi tousjours advenu, qu'elles n'ont pas beaucoup duré, mesmes n'ont pas esté establies selon les conventions faites. Je parleray de la première, bastie devant Orléans, qui dura quatre ans et demy^ laquelle n'estoit pas si avantageuse pour eux à beaucoup près qu'estoit l'edict de janvier. Mais il ne s'ensuit pas pourtant qu'elle ne fust acceptable alors ; car leurs affaires n'estoient en tel estât qu'ils l'eussent deu refuser, et le temps fit conoistre depuis le fruit qu'elle apporta. La concorde, }£s bonnes mœurs .et l'obéissance aux loix, avoient

desjà pris un si bon cours parmy Tuniversel de la France^ qu'elle en estoit toute reparée; mais la discorde ayant j^lé ses metiées secrettes la troubla^ Quant à la seconde > ce fut p^i^ et non paix^ et n*en eut que le nom seulement , mais en eOect ce fut une guerre couverte. On la pçut appeller le salaire de Timprudenc^ de^ hugiienots^ c^n ce qu'après avoir esté suffis samtiiient advertis qu'elle sçroit très-mauvaise, ils ne laissèrent de la recevoir. La troisiesme fut fort désirée à cause de^ ruines survenues ^ des nécessitez présentes, et qvie chacun estoit las de travailler et souffrir. Or cooiine le François est impatient^ il accommode les guerres à son humeur. Et d'autant que les conditions estoient esgales ou plus grandes que les précédentes , à mon avi? elle devoit estre suportable à ceux de la religion, veu aussi qu'il n'y avoit moyen d'en avoir de meilleures. Et pour les deux années qu'elle dura, peu s'en peuvent plaindre, sauf quand la rupture d'icelle arriva; car ce fut un acte horrible, qui mérite d'estre enseveli. Maintenant qui considérera ces paix en leur droite observation , je pense qu'il jugera que ce remède estoit utile et nécessaire h tous; mais qui voudra regarder à leurs fins, il né se pourra garder de les nommer paix masquées. Et cecy en a rendu aucuns si farouches, qu!ils croyent qu'il y a tous] ours du poison caché souz le beau lustre de cest or. Il s'en est desjà fait en France six générales, comme il se fit aux guerres civiles de la maison de Bourgogne et d'Orleatis: et tant les uttes que les autres ont esté enfraintes ; mais la septiesme qui s'accorda à Arras (0 fut durable et ayda à

Cl) S'accorda 4 Arras. Ce traité fût conclu le ai septembre i435, entre Charles VIT et Phllippe-lë-Bon , duc dt Bourgogne.

DE François mt là îtoue. [i57p] 2gî

redbr^er la France, On pourroit par cêst exemple inferer que nostré septiesme devra aussi èstre bonne , oombien qu'il seroit à désirer qu'on ne vinst à ces termes, parce que le souhait semble impertinent^ de vouloir tomber eu maladie pour jouir après d'iine parfaite sauté. Dieu y vueille pourvoir ainsi qu'il luy plaira. Certes un cbacttuse doit mettre devant les yeux, quand il void le royaume embrasé de guerres, son ire et son courroux, et plustost à l'encôntre de soy que contre ses eunemis; car les uns disent : ce Ce sont les hugue- Mts^ qui par leurs beresies excitent ces vengeances sur eux. » Les autres répliquent : *< Ce sout les catho^ Uques, qui par leurs idolâtries les attirent, v Et eu teb discours nul ne s'accuse. Cependant la première chose qu'on doit faire ^ c'est d'examiner et accuser en çqs cjft-r laoûte? universelles ses propres im^perfectioiisi afin de les amender ) et puis regarder la çoulpe d'autruy. Et quand nous voyons une £fiusse et courte paix , nox^ devons dire que nous ne méritons pas d'en avoir une meilleure, pource que> comme dit le proverbe, quand h pont e^t passé on s^ moeque du suint > et la pluspart retournent à leurs vanité? et ingratitudes accoutumées.

C'est pourtant une affection louable de désirer la paix, j'enliens une bomie (car les mauvaises sont 4^ vrais ooupe^oi*ges), d'autant que par icelle ilisenihle que la pid;é et la vertu r^f^rennent vie : comme au c^oltmre les gueri^ civiles sont les boutiques de toutes meschaneeteï , qui font horreur aux gèn^s de bien. Autrefois il s'en est trouvé de tous les deux partis qm ne prenaient guieres de plaisir à en ouyr parter;

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car les uns disoient que c'estoit chose indigne et injuste de faire paix avec des rebelles hérétiques, qui meritoient d'estre griefvement punis, et persistoient en leur dire jusqu^à ce qu^on les guerist de ceste maladie en ceste sorte : si c'estoient gens d'espée, on leur ehjoignoit d'aller les premiers à un assaut ou à uixe rehcon* tre,pour occire ces meschans huguenotz; de quoy ils n'avoient pas tastë une couple de fois , qu'ils ne changeassent yistement d'opinion. Quant aux autres qui estoient d'église, ou de robbe longue, en leur remoustrant qu'il estoit nécessaire qu'ils baillassent la moitié de leurs rentes pour payer les gens de guerre, ilî» concluoient à la paix. Bref, quelque couverture qu'ils prissent, fust de pieté ou de justice , leurs passions estoient inhumaines. Autres aussi y a eu parmy ceux de la religion » qui ne rejettoient pas moins la paix qu'eux, disans que ce n'estoient que trahisons; mais quand elles eussent esté très-bonnes ils en eussent dit autant, pource que la guerre estoit leur mère nourrice et leur eslevement. Un bon moyen pour les ramener à raison, estoit de proposer pour la nécessité d*icelle de retrancher leurs gages , ou faire quelques emprunts sur eux. Alors en desiroient-ils une prompte fin. Ostez à beaucoup de gens les profits et honneurs , alors jugeront-ils des choses plus sincèrement. Et pour prendre conseil en affaires de' si grand poids, ceux qui plus craignent Dieu, et qui sont plus revestus de prudence,. doivent estre choisis, d'autant qu'ils préférait tousjours Futilité publique à leurs commoditez et afiections particulières.

Je representeray aussi une autre manière de gefis

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qui indifferemment ; trouvoyent toutes paix bqnnes, et toutes guerres mauvaises ; et, quand on les asseurojt de les laisser en patience manger les choux de leur jardin et serrer leurs gerbes, ils couloyênt aisément l'un et l'autre temps y deussent-ils encore aux quatre, festes annuelles recevoir .quelque demie douzaine,, de ^ coups de baston. Ils avoient, à mon advis, empaqueté et caché leur honneur et leur conscience au fond d'un coffre. Le bon citoyen doit avoir zèle aux choses publiques, et regarder plus loin qu'à vivoter en des servitudes honteuses. Pour conclusion, en ces affaires icy la raison nous doit servir de guide, laquelle nous admonneste de ne venir jamais aux armes si une juste cause et grande nécessité n'y cpntraint ; car la guerre est un remède très-violent et extraordinaire, lequel en guérissant une playe en refait d'autres : pour ceste occasion n'en doit-on user qu'extrâordinairement. Au contraire, doit-on tousjours désirer la paix, je dy celle qui a présomption de fermeté, et qui n'est inique ; car les fausses ne méritent pas de porter ce tiltre, ains plustost de pièges et de pippées, comme fut celle des seconds troubles.. « Les autres n'ont guère mieux valu , dira quelqu'un, d'autant qu'elles ont eu peu de durée. » Mon opinion n'est pas telle ; car j'estime que jusques au temps qu'on les a irompues elles ont esté très-utiles: ce que l'expérience a fait conoistre; et cest argument ne vaut non plus que si on disoit : « Cestuy-là a esté meschant pource qu'il n'a vescu que quinze ans. » Mais je veux argumenter au contraire, et dire qu'elles ont esté bonnes d'autant qu'on ne les a souffertes avoir longue continuation 5 car si elles eus-

!àg6 [iS^o] MÉMOIHE5 D£ FÎlAirçOlS DE LA IfOUE.

sent esté nuidi)lés à ceux de la religion, on les eust laissé avoir lenr cours. Dieu vueille en donner une si bonne en France, tant deschirée de ruines , et destituée de bonnes mœurs, qu'elle puisse se renouveller en beauté, afin qu'elle ne soit f^lus la Êihle des nations, aîns un exemplaire de vertu.

rim U£S JtféMOlK£5 bê FRAurçm» f>£ LAIVOOX.

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