‹ MémoiresChapitre 39 sur 47 · OF OXFORD · texte numérisé non relu

OF OXFORD

NOTICE

SUR LES IMi^MOIRES

D'ACHILLE GAMON ET DE JEAN PHILIPPl,

KJix n'a presque aucun renseignement sur les auteurs de ces deux ouvrages : on sait seulement que Gamon^ avocat d'Annonay, fut nommé consul de cette ville en i558, et que .Philippi étoit, dans les dernières années du seizième siècle , général des aides à Montpellier, ou conseiller de cette cour. Ils ont chacun tracé le tableau des désastres qui désolèrient leur pay^ pendant les guerres de religion : tous deux commencent leurs récits en i56o, époque de la conjuration d'Amboise ; mais Gamon s'arrête en i586y lorsque la^L^ue prit le plus redoutable ascendant , tandis que Philippi conduit son lecteur jusqu'en i5go, première année du règne de Henri iv. Ces'productions furent publiées, en 1759, dans un recueil intitulé : Pièces fugitwes pour servir à l'histoire de France,^ volumes in-4°; recueil dû aux soins du marquis d' Aubais, gentilhomme languedocien, et de Léon Ménard, conseiller au présidial de Nîmes,

Les Mémoires d'Achille Gamon contiennent un grand nombre de particularités intéressantes. On y voit que, dans les états de Languedoc, tenus à Montpellier en i56o, il fut proposé, au nom du tiers-état, de vendre

'i€}Q HOnCE SUR LES ICÉMOiUS

tous les biens du clergé pour acquitter les dettes contractées sous les règnes précédensi et que les esprits étoient tellement échauffés par les théories nouvelles, qu'il s'en fallut peu que la proposition ne fût adoptée. On y trouve des détails circonstanciés ^ur les horreurs auxquelles la ville d'Annonay fut en proie pendant les premières guerres civiles : à chaque vicissitude dans les affaires, le pillage et les massacres se renouvellent; et les vengeances les plus terribles s'exercent jusqu'au moment où les deux partis, fatigués du carnage, conviennent de s'épargner : repos qui ne dure que quelques années > et qui est suivi dV^cès presque aussi affreliXé Quel(|uéfoîs le style d'Achille Gamon oifire de la précision et de i'éûergie. En i586, la famine, suite ardîaaire dés longues guerres, désola le Vivarais; et la contagion succéda presque immédiatement à ce fléau. Les villes crurent d'abord pouvoir s'en préserver, mais elle y fit bientôt des ravages encore plus grands que dans les campagnes. «Elles devinrent, dit Gamon, désertes « et sans commerce^ soit par la xs^ort de ceux qui en este toieilit infectés , soit par la retraite de ceux qui vou- «c loient l'éviter. Pour oomble de malheur, il arrivait que « l^ uns et les autres, par l'horreur qu'ils a voient de « fié voir, et la crsûiite de se communiquer la conta- « gipn, mouroieut sans ^cours. Les fruits ne lurent « pas recueillis, le bétail iut abandouné; en un mot, te les biens et les héritages laisses à <les orphelihs^ hors « d'estat d'en jouir, ou à des absens que l'éloignénietlt « empéchoit de les prendre et d'eA avoir soin, ou à ndfs estrangers qui s'en enipàroknt. »

Les M^moii'es de Plnlippi (0 sont écrits avec moins

(0 L'abbé de Gr^feaUle, auteur d'une hifttoire de Montpellier qui

I>'l.GHILZ.E frAHOSr ET DE JE4N INH^LIPPI. 3oi

tl« soin : c'est presque toujcmm w \(>^vua^l fà}t avec précipitation y et qui n'ofire aucun développement^ mais on y rencontre souvent des anecdotes qu'on oherch^oit vailiement dans les histoi^ieii^. En pei^ gnant les excès auxquels leâ protestans de Montpellier se livrèt*ent en x56i contre les catlftoliques; Tai^ieur observe « que les prêtres ^ vêtus en laïcs > furepi forcés €x d'aller ouïr les ministres > et que le peuple por^nt «c sa haine jusqu'aux bonnets carrés , les gens de jus- « tice furent obligés de prendre des chapeaux et des ce bonnets ronds. » Il ajoute que la persécution s'étendit non-seulement sur les catholiques zélés , mais sur les indifférens mêmes , et que ces derniers^ auxquels on donna le nom de suspects j furent privés de leur liberté. Il parle d'une grande ass^nbléé qui fut tenue h, Nîmes vers la fin de 1^62, à la suite d'un avantage obtenu par le parti. Onjr régla tout, observe-t-il, à rinstar des républiques réduites en démocratie. Après avoir dressé cette constitution, poursuit Philippi , « les « chefs firent à Montpellier un rôle de proscription des (c catholiques qui ne leur estoient pas agréables , avec <c ordre de sortir de la ville sans emporter autre chose (c que dix livres tournois. » Ces particularités sont suivies de détails curieux sur la conduite de Damville, gouverneur du Languedoc, qui donna aux protestans une grande consistance en leur prêtant l'appui des

parut dans le commencement du dix - huitième siècle , attribue à Jean Philippi ces Mémoires, dont un manuscrit existoit dans la bi*. biiothèque de Gharles-Joachim Golbert, évèque de Montpellier. Dom Vaissette, qui depuis en fit usage dans son histoire du Langue-' doc, donne à Pauteur le nom èi Anonyme de Montpellier, Le marquis d^Aubais, premier éditeur, semble partager Popinion de Tabb^ «de Grefeuille.

302 NOTICE sua LES MÉM. DE QkMOJX ET DE PHiLIPPI.

politiijfues mécontens, dont il étoit Tun des principaux chefs. '

Les Mémoires de Gamon et de Philippi servent^ comme on le voit ^ à compléter les mémoires qui ont précédé. Ecrits par des témoins oculaires et impartiaux , ils peignent très-bien le caractère particulier qui distingut!>it les peuples du midi de la France , dam les troubles de la fin du seizième siècle.

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