D'ACHILLE GAMON
Xj'aw i558, lé 27 décembre, furent ëlus.consuls d'Annonai Achilles Gamon , avocat , et André Marclan , pour les deux années suivantes iSSg et i56o. C'est dans celle-ci que commencèrent les troubles et les émotions au sujet de la religion. La compagnie des gendarmes du , comte de Y illars , lieutenant du gouverneur du T^ianguedoc , fut envoyée en garnison à Annonai, d'où elle délogea bientôt par ordre de Marillac, abbé de Thiers(0.
Il y, eut deiix assemblées des états de Languedoc, tenues, l'une à Beaucaire au mois d'octobre 1 5 Sg^ et l'autre à Montpellier au mois de mars 1S60, où les ^tats furent extraordinairément assemblés après l'as-* Semblée générale de ceux de tout le royaume, tenue à Orléans au commencement du règne de Charles. ix.
Le sujet de ces assemblées étoit l'acquit des dettes du Boi , qu'on disoit monter à plus de quarante-deux millions, et dont le clergé de France ofTroit d'acquitter
(<) MarillaCy tibbé de Thiers, Bertrand de Marillac, cordelier, abbé de Thiers, puis évéqae de Rennes, mourut eu iS'jS, Il étoit oncle du j»arde des sceaux Michel de Marillâc, e^ du maréchal louis de Marillac» qui figurèrent sous le régne de Louis XIII, et qui eurent une fin malheureuse.
3o4 [l56o] MÉMOI&ES
dix-sept. Cette ofire fut proposée dans rassemblée ^ et approuvée de la noblesse ; mais Terlon, avocat et ca^ pitoul de Toulouse y qui portoit la parole au nom du tiers -état) dit que l'expédient le plus prompt étoit de prendre tout le temporel de TEglise y en reservant aux bénéficiers les maisons et les terres adjacentes de leurs bénéfices , et une pension équivalente aux revenus de ces derniers , que le Boi leur assigneroit sur les bonnes villes du royaume. Cette proposition fut vivement rejettée par l'évêque d'Usez, aussi bien que les plaintes que Chabot , advocat de Nismes ^ à qui l'audience fut d'abord refusée, et ensuite accordée à cause des da^ meurs et 4es murmures du peuple, fit à l'assemblée contre les ecclésiastiques, sur lesquels il requit qu'on Ht tomber les charges de la province , pour les dédommager des maux qu'ils en avoient reçus, et soulager le peuple ; ajoutant à ces plaintes, et au portrait qu'il fit de l'ignorance et de la corruption des mœurs des prêtres , la demande qu'elles fussent insérées dans le cahier des états, pour être présentées au Boi avec la signature de trente syndicats favorables à la peligion reformée, dont Crussol, duc d'Usez, se chargea au refus des états. Ledit Chabot étant sorti de la salle, tout le peuple , dont il étoit attendu , se retira sans brmt.
La crainte d'exciter une sédition parmi le peuple empêcha les pr^ats, les barons et les autres, qui composoient l'assemblée des états, de faire arrêter cet avocat : il$ vouloient le faire punir comme un perturbateur du repos public. Leurs sentimens étoient d'ailleurs si partagés sur la religion , ils se defioient tellement les uns des autres, que personne n'osa proposer
Ds GAMoir* [1S62] 3o5
puQÎtÎQD, Un air (le réforme, dont les prédicateurs
<Je la houvqIIç religion feispient voir la néj[?es9itéy»sén
duisoit les un3 j la lil^ert^ qu'elle &vor j^pit pprroqoppît
le» autres, et dans riqçertitpde, ou, pour mi^px dire,
Tigïiprance dp la religion catholique pt dp la religion
reformée çh on étoit, on ne sçavoit |t qupllp des deusp
on devoit s'attacher, et quels p^^urs ij ^lloit sni^re,
La nouvplle religion fit en ppu de tempa dPS progrès
étonnana dans la ville d'Annonai et dan$ tous Ips au|re^
lieu;x voisins, d'où pUe sp çomiu^niqua et se r^pai^it
de l'un k l'autre, QuelquPS-unç, tpwdié^ du di^PPP^ d#
Tavocat don^ nous avons parlé, dpvinrpnt prptp^an^^
Ipur exemple en entraîna d^utres, et je npmbrp de çeu^i^
qui Ips suivirent s'acrut tellement, et leur parti devint;
si supérieur âi Gplui de$ catholic(i^es, qu'ils abhattjbrent,
pendant la nuit du (^ dp P9ars x 56 1 , tontes les GtiWf^ 4?
la ville , du fauxbourg pt des lieu^ pirppnvpisii^^
Le i^ suivant, les autels forent renversés^ Ips imag^^ briséçs Pt brûlées dans Ips égUses, et h npi^vpUp rpli<^ gion précbée dans les places publiqups.
he massacre de Yassy donna lieu aux premier^ troi^les au sujet dP la rpligiop. Ceux de la nouvi^llp^
plus forts que ceux de l'ancienne, s'emparèrept dp^ villes dp Lyon, de Tournon, de Romans, de Valence et d'Aiinonai , sans troublp ni sédition^ au mpi^de v^^ de l'an iSQ^- Lp sacrifice de la messp fut si^pend<;L pt comme interdit ; on bâtit des temples -, 9n appella 1^ ministres Pierre Railhet et Pierre BouUod 9 et w fyt l'pjcercip^ public dp la nonvpUe rpligiop, Qfl^iq^p la ville d'Annonai fût sous les ordres des consuls, Pierre Gueron, sieur de Prost, y fut appelle de Lyon pour en prendre le commandement.
3o6 [l562] MÉMOIRES
Jje 27 de juillet^ les religionnaires enlevèrent pendant la nuit les omemens^ les vases sacrés ^ Targenterie et les «aintes reliques : ce qui irrita extrêmement les catholiques de cette ville , tous leurs voisins, et en particulier le baron de Saint-Vidal, l'évêque du Pui, et plusieurs autres seigneurs, qui menacèrent de les aller assiéger pour les en punir.
Les consuls, craignant de ne pouvoir pas garder leur viUe, ni contenir les habitans à cause de la diversité des sentimens sur la religion, y appellerent Sarras , François de Buisson, nouveau protestant, et lui en donnèrent le commandement, sous le bon plaiisir et la commission du baron des Adrets. Ce commandant maltraita les gentilshommes voisins, et vexa les catholiques.
Sur la fin d'octobre i56a, ledit Sarras, sous une prétendue commission du baron des Adrets (0, ifit armer environ cent quarante artisans ou laboureurs d'Annonai , avec lesquels il surprit Saint-Estienne en Forez, dont, après avoir enlevé les armes, et fait un butin considérable , il fut chassé au plus vite par les habitans des lieux voisins, avec perte de tous ceux qu*il avoit emmenés d'Annonai, et défait avec le reste de ses troupes.
Le bruit de cette défaite, où le frère de Sarras fut dangereusement blessé et &it prisonnier, découragea la plupart des habitans d'Annonai, qui, se voyant sans armes et sans secours, abandonnèrent la ville, et se retirèrent ailleurs.
Quatre jours après, sçavoir le dernier octobre 1 562 ,
(i) Du baron des Adrets, Cet homme» fameux par ses cruautés , exerçoit alors en Dauphiné les fonctions de lieutenant général du prince de Condé f chef des protestans.
DE GAMOJN. [l56a] 807
Saint Ghamond^ accompagné de douze à quinze cens hommes y s'étant présenté devant la ville d'Annonai par ordre du duc de Nemours^ somma la ville de se rendre au nom de ce seigneur, et de se soumettre à l'obéissance du Roi; ce qu'ils refusèrent d'abord, quoique dénués de tout secours, jusqu'à ce qu'ayant sauvé les ministres Bailhet et BouUod , et fait conduire en lieu de sûreté, ils capitulèrent avec SaintChamond, qui, après avoir fait brûler une partie du pont de Deome, et abatre le mur près du pont de Valgella , entra dans la ville avec ses troupes, passa au fil de Fépée tous ceux qu'il trouva sous les armes, fit précipiter ceux qu'il trouva dans lés tours, épargna les catholiques retirés chez du Peloux et Jarnieu (0 ; et après avoir fait brûler ou renverser les tour§, et permis le sacàgement de la ville, se retira W avec ses troupes, et alla joindre le duc de NemSûrs, qui campoit devant Vienne, dont il s'étoit rendu le maître, et arrêter les desordres que le baron des Adrets faisoit aux environs de cette ville. Il mit en garnison Jarnieu dans le château des Célestins de Colombier-le-Cardinal, peu éloigné de la ville d'Annonai.*
Pendant le pillage d' Annonai , le chevalier d'Apchon faisoit de son côté piller par ses hommes les lieux voisins, où les religionnaires s'étoient fortifiés.
La retraite de Saint-Chamond donna lieu à Pierre Peichon, successeur de Pierre Fourel, et aux deux consuls qui s'étoient retirés à Tournon et à Valence , d'appeller les chefs des religionnaires pour s'en saisir
(*) Chez du Pelou et Jarnieu. Ces deux saioiears avoient des cMteaiUL fortifiés dans le voisinage d'Annonay. — C*) Se. retira. De Thou attribue cette retraite à ce que le bruit courut que le baron des Adrets Tenoit renger par d'autres cruautés celles qui avoient été commises.
ao.
3o8 . [l563] MÉMOIRES
de nouveau; ce qui fut exécuté en vertu d'une déiibé^ ration prise dans une assemblée tenue à Baïs : et le comte de CrussoJ, chef des églises protestantes de Languedoc ^ sous Tobeissance de Dieu et du Roi, en donna la commission à Saint-Martin, son lieutenant au pays de Vivarais, lequel y entra sans résistance le ^B décembre i563 avec quatre cents hommes de pied ou de ch(ival/eu fit aussi réparer les murailles , et tâoha de la mettre en état de deflense. Après son entrée dans An*uonaiy ledit Saint Martin somma, mais inutilement, le château despèr^s celestins de Colombier.
Le duc dtî Nemours, averti de la prise d'Annonai par les rrfigionnaires, y envoya Saint-Chamond avec trois mille hommes assemblés du pays de FOrez , pour la ^-éprendre; ce qu'il fit après deux jours de siège, que les habitans soutinrent malgré la retraite de Saint-Mar* tin. La crainte des aproches de l'armé^ fit sortir^aint- Martin et se retirer à Tournoo, sous prétexte d'aller chercher du secours ; mais, privés de secours et de mu-» nitions de guerre, ils furent obligés ^e se rendra par capitulation le 1 1 janvier ]i563, dont le$ çonditiotis fu- Tent : i^ Que les troupes étrangères sortiraient avec leurs armes et Içuvs chevaux, et que, sans emportai' leurs enseignes ^ ils pourroient se retirer où bpu lew sembleroit; 2^ que la vlUe i^e seroit pas donnée au pillage; 3^ qu'on ne feroit aucun préjudice aqu habi-^ tans; 4^ qu'il seroit libre à ces dçnaiers de s^ retirer au cliâteau s'ils voul9ie^î\t ,^ et leurs le#mes ave^ i^uns enfans dans les maisons de Jarnieu et du Peloux; 50 que l'inlanterie n'entreroit point dans la vîlk ; 60 que la cavalerie n'y logeroit qu'une aprés-drnée ^ pour y prendre quelques rafraîchissemens, Qç fut sottS
DE GÂHOA. j^î563] iog
cette capitolation, qui fut reçue par une pauvre femtne qui servit de trompette , que les babitans ouvrirent les portes à Saint^Chamond; mais, nonobstant ces conditions, après avoir fait passer au fil de T^pée tous les faabitans qui sortoient avec la garnison, il fit suivre et charger celle-ci par le chevalier d'Apchon, qui, ayant été vivement repoussé par le capitaine Montgros, fit piller et tuer tous les religionnaires qu'il rencontra stir son passage.
Saint--Ghamond fît entrer son infanterie et sa cavalerie dans la ville d'Annonai, oîi le fer et le feu furent paiement employés, et oix le soldat exerça toutes les fureurs de la guerre, jusqu'à précipiter du haut des tours quelques habitans et officiers de la ville qui avoient été les plus séditieux et les plus rebelles : plusieurs catholiques eurent le même sort que les religionnaires; et il n'y eut de sauvés que ceux qui se retirèrent chez des gentilshommes voisins, ou qui s'allèrent cacher dans les l)ois; le pillage dura cinq jours.
Le i4 du même mois, Saint -Chàmond, après avoir fait brûler les portes d'Annonai, démanteler les tours et raser les murailles de la ville jusqu'aux fôndemens, se retiré à Boulieu, voisin et dépendant d'Annonai, o£i les religionnaires qui l'habîtoient ne furent pas mieux traités que ceux de cette dernière ville.
Le i4 de mars de l'an i563 , le Roi fit publier un edit de pacification, qiii donna à chacun la liberté de conscience avec le libre exercice de la religion reformée en certaines villes des bailliages, sénéchaussées et gouvernemens, et en celles où elle avoit été exercée jusqu'au 7 dùdit mois; ce qui commença à rétablir les religionnaires, auxquels on donna la ville d'Annonai
3iii [i568] MÉMOIRES
habilans^ et alla ensuite loger obez les celestiûs de Colômbier^ d'où le jeudi suivant il prit la t*oute de Tournod aveo ses Iroupe^^ pour deifendre le pasisage du Hhône aux ennemis) mais ceux-ci plus diligens le fôr«eerent de retourner à Annonai, d'où , après un pillage affreux^ des exactions et des violences hoiribles^ et avoir mis le feu aux quatre coins, il alla le lendemain dans le Fot*ez et le Vêla i.
Avant sa sortie d'Annonai^ il tenta de ëurprendre leâ religionnaires^qui s'ëtoient réfugies en grand nom-> bre et avec leurs effets dans leà châteauii et villages voisins; mais^ La Tour - Maubourg l'ayant prévenu raidit sa tentative inutile^
A peine Saint-Chamond fut arrivé en Yélki , qu'il oivoya trois compagnies de ses troupes à Annonai y qui fût pilléy saccagé et rançonné pour la cinquième fois^ le 24 septembre i568*
Pendant ce temps«là> les troupes de Saint -» Romain et de Virieu, s'étant jointes à celles d'Acier, frère du comte de Grussol , se rendirent par le Gevaudan dans les provinces de Guienne^ de Xaintonge et du Poitou, où la guerre étoit ouverte, et où il y eut deux camps pendant iout l'hiver, qui fut très^rude> commandés, l'un par Monsieur, frère du Boi, et l'autre par le prince de Gondé.
Le duc d'Anjou, comte de Forez, qu'il tenoit pour une partie de son apanage depuis la révolte du duc de Bourbon, comte d<ô Forez > la ville d'Annonai lui ap*partenant en cette qualité, ayant apris que le capitaine Praulx s'étoit jette dans la ville de Beaulieu par ondre de Joyeuse, qui y pouk" son elatretien et celui de les troupes, lui avoit assigné une grosse somme à prendre
DBOÀMOnr. [iSyo] iti
sur la ville et baronnie d'Âimonai , donna pour celle* €Î des lettres de sauvegarde et d'exemption^ qu*il fit signifier à La Tourete^ commandlint pour le Boi dans le haut YiVarais; et les habitans filment déchargés de la garnison dudit capitaine Praulx, k la place duquel il mit le capitaine La Garenne avec quarante auxquels il assigna 4oo livres par mois sur la ville d'Ànnonai , ensuite Sur le pays, et surtout sur les religionnaires et sur les biens confisqués de ceux qui s*étoient retirés , et portoient les armes contre les catholiques : ceux qui restèrent dans la ville furent privés de leurs charges , tant par l'édit du Boi que par arrêt, du parlement de Toulouse > ampliatif de celui qui fut publié au bailliage d'Annonai le 17 février 1569. *
L'armée des princes de Navarre et de Condé en faveur des religionnaires, s*étant raliée après la déroute de Montcontour, sous la conduite de Gaspard de Coligni, amiral de France, courut quelques jours aux environs de Toulouse, et de là s6 rendit à Montpellier^ àNismes, ensuite dans le Yivarais, et séjourna environ quinte jours à Charmes, Saint-Peray et Chalançon, etquelques autres endroits^ d'où elle passa, en mai 1 67 o, à Saint-Etienne en Forez , et de là à La Charité et Sancerre, commettant mille désordres dans leur passage et dans leur route.
Suse s'étant mis en marche pour côtoyer cette armée et l'attaquer aux environs de Saint -Didier en Vêlai avec cinq cens chevaux et quinze cens hommes de pied^ il la suivit jusqu'au boui^ Argental et à Saint** Sauveur en Forez; mais il fut obligé de se retirer et de repasâei* le Bhôue^ par la désertion d'une grande partie de ses ti*oupes, qui craigrioient qu'il ne voulût les rar
3l4 ['^7^1 MÉMOIRES
mener en Guienne, où elles avoient passé un mauvais quartier d'hiver.
L'édit de pacification donne à Saint - Germain en Laye au mois d'août 1 67 o, fut publié au bailliage d'Annonai^ et sa publication fit cesser d'abord la guen^e et les hostilités de part et d'autre.
Deux ans après, le 24 août iSya, le massacre surnommé de Saint -Barthélémy, fait à Paris, Orléans, Rouen, Meaux, Maçon, Lyon , Romans, Valence, Toulouse, et dans les autres principales villes du royaume, jetta une si grande terreur sur les religionnàires d'Ânnonai , qu^au moindre bruit ou mouvement des catholiques ils se mettoient en fuite sans être poursuivis de personne.
Environ Noël de l'an 1672, Henri de Montmorenci, seigneur de Dampville, mareschal de France, vint en Languedoc avec la commission de lieutenant général pour le Roi dans cette province, et celles de Lyonnois, Dauphiné et Provence. En passant à Vienne, il donna le commandement de la ville et baronnie d'Annonai à Nicolas du Peloux, seigneur de Gourdan et de. La Motte, chevalier de l'ordre du Roi. Ce commandant fit publier la commission du duc de Montmorenci en janvier iB^B, qui portoit l'assurance de la liberté de conscience en faveur des religionnàires, pourvu qu'ils fussent tranquilles et soumis aux ordres du Roi , à la reserve de ceux qui avoient commandé dans l'armée contre les catholiques. Ledit du Peloux déclara ensuite de bouche aiix habitans d'Annonai, que l'intention du Roi étoit qu'il n'y eût qu'une rdigion en France, et que tous ses sujets allassent à la messe ; et après avoir fait lire les instructions et les
• DE GAMoir. [1573] 3l5
ordres du Boi à tous les gouverneurs sur celà^ il commanda aux curés de tenir un registre de tous ceux qui iroienl[|l la messe ^ et youdroient faire profession de la religion, catholique. et romaine^ et exhorta les habitans de se conformer aux ordres de Sa Majesté.
La mémoire récente des châtimens passés fit que ^ le dimanche suivant, la plupart des protestans d'Annenai, et, à leur exemple, ceux des villes et villages voisins, assistèrent à la messe.
> Du Beloux, ayant mérité par sa sage et prudente conduite le commandement du haut Yivarais, se.compoiia avec tant de douceur et de modération dans son gouvernement, qu'il contint tout le pays dans la paix et dans la soumission; mais, sur l'avis qu'il eut qu'à, l'occasion du massacre de la Saint -Barthelemi les religionnaires d'Aubenas et de Privas avoient p^is les armes, et qu'ils s'étoient emparés de nouveau de la ville de Dezaignes, aussi-bien que du château de Bozas, il fit réparer les brèches des portes d'Annonai, et fortifier le château; il mit quelques troupes aux dépens du pays dans le château de Quintenas, et envoya son frère Charles du Peloux, sieur des Colaux, pour commander dans la ville de Chalançon : celui-ci y fut bientôt après assiégé par les religionnaires, qui se jetterent et se retranchèrent dans le faux-bourg; mais du^Peloux ayant rassemblé quelques troupes, auxquelles plusieurs catholiques d'Annonai se joignirent, il attaqua le renfort qui Vjsnoit secourir les assiegeans, et l'obligea de se retirer avec perte et confusion.
Parmi ceux qui avoient pris les armes pour la religion, il y eut un jeune homme nommé Erard, du pays de Vernoux, qui, ayant quitté la bazoche de Vismes,
3i6 [*573J kÉMoiEBS •
se mit à la tête de quatre-vingts hommes de son génie et de sa façon ^ aveé lesquels^ sous un guide d'Âfinotiai qui counoissoit le pays ^ il se jetta daus les (||]rs du seigneur de M unas M^ près d'Ardoîs et d'Oriol, qu'il fit réparer; de là, pour faire subsiàtei: sa troupe > il feisoit des courses sur les villages voisins> qu'il chargeoit d'exactions et de contributions > du Peloux l'ayant assiégé inutilement dans les tours de Munas et d'Oriol.
Au mois de novembre 157^$^ les capitaines Boy ^t Tremolet, avec leurs troupes, se jetterent dans les maisons de Munas et Manod) qu'ils pillèrent, et dont ild emportèrent tout ce que les villages voisins y avoient mis comme dans un lieu de sûreté.
Le mois suivant fut remarquable par la trêve qui fut traitée et conclue à Lotoire, paroisse de Quintenas {^)f entre François de Barjac, seigneur de Pierregourde, commandant dans le Yivarais pour les religionnaires^ et du Peloux* Selon cette trêve, il fut dit que les gar^ nisons des tours d'Oriol et desdites maisons de Munas^ Manoa et Lotoire, se retireroient; que Boffres seroit ouvert^ et que Quintenas et quelques autres châteaux seroient rendus à leurs maîtres^ et que, moyennant cela, les religionnaires abandoniieroient tous les forts du Yivarais, à la reserve de Dezaignes , et ne feroieot pas la guerre dans le Yivarais* Ce traité fut conclu à Brogieu, paroisse de Boi&en, audit mois de décembre 1573, suivant lequel les tours d'Oriol fureot abandonnées,^ et ensuite abattues, Quintenas, Loloire, Manoa et Munas furent rendus à leurs maîtres; Boffres
(*) Du seigneur Je Munas. Le château de ce seigneur étoit situé dans le diocèse de Vienne, à douze lieues de Viviets. — (*^ Lotoire, paroi'sêè de QuiAUnoê, Ce château éioic situ» daas le diocèse de Vienne.
fut abandonné ^ Ghalançon fut épargné, et ne fut pa^ démantelé, à la priei'e deU dame de Tournon, Glande de La Tour de Tureqne, et de Hautvillars.
La guerre, terminée dans le Yivarais, commença en Vêlai, où FierregQurde fit venir ses troupes au mois
de janvier }5'74< Erard s'y ^^^^i^ ^^^^î ^"^^^ ^^ si^'^^^^ ^ et se )ett4 dans la ville de Tence, qui avoit été démon* telée, et la Ibrtifia; il y fut ensuite assiégé, battu, fait prisonnier^ et relâché. On raconte du susdit Erard , que 9 curieui^ de sçavoii* combien de temps pouvoit vivre un homme san» aucune nourriture, il laissa inoiirir de faim plusieurs prisonniers, et que^i'nn d'eux vécut jq^qu'^U neuvième jour. Les religionnaires furent chas^s des maisons ou forts dont ils s'étoient saisis, p^r Saint-Vidal, Tévéque du Pui, La Tour, Saussac et autres gentilshommes , dans Teiipace de cinq ou six mois y reprenans les châteaux d'Espalli près du Pui, Saiqt- Quentin, Bellamonte, Bellecombe et au* très fai^ts,au nombre de dix à douze ^ Baudisner se deffendit, parce qu'il avoit tenu et gardé depuis le commencement des troubles par le capitaine Vacherelief, l4^ protestons perdirent quatre ou cinq cents boiiQiiiiesH^n Vêlai,
Lefi estaits de Languedoc , tenus à Montpellier, ayant r^olu de ne rien imposa sur le fait de la guerre, du PelouXy voyant que le pays ne lui fbumissoit pas^e qt^oi la soutenir, se démit de son gouvernement sur la ilo de janvier d^ Tan x574> laissa la ville d'Annonai à la gaixte des hahitans, et le château à celle de des Colanx son frère ; ce qui doniia lieu aux hahitans d'élire pour gouvçrne^^ Ai^ré de Gurin, sieur de Matré, gentil-»* homme ^ ils nommèrent ensuite trois d'entr'eux pour
3l8 [^^74] MÉMOIRES
1^ garde des portes de la ville ^ et bien-tôt après se char* gèrent de celle du château^ avec la résolution de vivre en paix sous Tobéissance du Boi^ et de ne favoriser en aucune manière les troubles, ni les difierens partis.
Au mois de mars de Tan i574> Peraud, qui^ jusqu'alors avoit suivi du Peloux, soutenu de presque tous les soldats congédiés du château d'Annonai, et d'une cinquantaine de jeunes hommes de la ville et de la garnison du château de Bozas, s'empara de celui de La Barge et de Serrieres, mit garnison dans son château de Peraud sur le Bhône , et enleva une voiture de marchandises de Lyon pourla valeur de 100,000 livres.
En i574> les habitans de Preaulx et de Saint-Jure, à l'exemple de ceux d'Annonai, prirent le parti de se garder eux-mêmes contre les protestans; mais une compagnie de ces derniers ayant surpris l'élise , où ils avoient porté tous leurs effets, furent pillés, aussibien que ceux de Saint-Jure, qui, surpris par le capitaine Clavel dans l'église où ils s'étoient fortifiés dans le temps même de la capitulation , furept presque tous ou tués ou blessés.
Montrond, de la maison d'Apchon, chevalier de l'ordre du Boi,fut fait prisonnier par les soldats de Peraud, dans une sortie de son château de Luppé, qu'il fit pour les reconnoîtrf, et tué le dernier mars 1574 P^i* uin de ses sujets qu'iLavoit autrefois maltraité.
Le 6 avril de la même année i574> la ville de Malleval fiit surprise par les soldats de Peraud à la faveur d'une grosse pluye; ils y mirent garnison, brûlèrent quelques maisons, et s'y fortifièrent avec perte de la part des habitans ; ils mirent aussi garnison dans le prieuré de Gharnas.
Ces. nouveaux troubles, qui annonçoieht une nouvelle guerre dans le Vivarais, furent cause que les habitans d*Annonai prirent de nouvelles résolutions de vivre en paix sons les edits du Roi, s'unirent ensemble et se promirent une fidélité mutuelle. Pierregourde, qui y le lundi de Pàque, 12 avril 167 4; avoit pris par composition le cbâteau de Quintenas, et y avoit mis garnison ; les somma de recevoir l'exercice de la religion reformée, et d'en faire profession publique, comme aussi d'abattre la grande église de la place vieille, afin que personne ne s'en saisît : ayant apris leur union, il ne les pressa plus.
D'un autre côté, Entragues, de la maison d'Urfé, gouverneur de Forez, et Saint-Chamond, levoient des troupes avec l'artillerie qui sortoit de Lyon, pour assiéger Peraud, Serrieres et Malleval. Voulant se rendre maîtres d'Annonai, ils sommeretit les habitahs de recevoir une garnison ; mais ceux-ci, voulant s'en décharger et se garder eux-mêmes , promirent de ne recevoir aucunes troupes contre la volonté du Roi, et donnèrent pour otage de leur parole et de leur fidélité deux habitans des plus considérables de la ville, de l'une et de l'autre religion; ce qui fut arrêté au château de La Gondamine près d'Annonai, le 26 avril i574.
Le même jour, les troupes de Saint-Ghamond ^ d'Urfé partirent pour aller à Serrieres ; à l'approche desquelles les protestans qui tenoient La Mure et Charnas les abandonnèrent après de grands dégâts. Peraud fut attaqué et assiégé le 3 jnars 1574^61 forcé d'abandonner ses deux châteaux.
Ceux qui occupoient le château de La Barge, et qui
di%P [1S74] MÉMOIRES
s'étoient retirés dans celui de Serrieres^ abandonnèrent celui-ci de nuit> de même que ceux de MaUeval, sur le bruit de la marche et de la batterie de Peraud: cette ville fut ]}rùlée par les soldats. Quintenas fat sommé de se rendre sans être attaqué, après quoi les troupes de Saint^Chamond se retireront.
Le capitaine Cellier, cadet de sa famille , commandant alors de Quintenas sous Pierregourde , devenu suspect, se démit de son commandement, qui fut donné à Peraud , accompagné de ses troupes.
Quoique lés bal^itans d'Annonai fussent sous la pr<v tection du prince Dauphin (0,lieutenant-*g^néralpoar le Koi en Languedoc, Provence et Daupbiné, qu'ils eussent peitnission de se garder eux-mêmes, et qu'ils eussent fait supplier par des députés Saint-Chamond de les laisser en paix et en repos, ce dernier, après k prise de Peraud, ne cessoit de les solliciter et de les presser de recevoir une garnison catholique ; ce qu'ils refusèrent^ aussi bien que ceux de Boulieu. Ceux d'Annonai furent alarmés sur le hruit qui se répandit que, depuis le décès de Charles ix, la Reine meré, régente du royaume, avoit donné è Saint^hamond If commandement du Vivarais;
Sur ce bruit , Saint-Romain , frère de Saînt-Chamond, commandant dans le bas Languedoc, les C«venes , le Vivarais et le Vêlai , pour les religionnaires , se rendit au château de Bozas avec un grand nombre de troupes, d'où il écrivit aux consuls d'Annonai de lui envoyer cinq ou six de ses habitans les jiu$ considérables pour conférer avec eux. Sa lettre lue dans rassemblée de la ville , il fyt délibéré
<"' Du prince Dauphin. Ce prince étoit iils du duc de Montpensier.
DB GAMON. [l574] 321
^ue Maire y accompagné de quelques auti^es habitans^ tant calJioIîqaes que religionnaires ^ iraient joindre Saint-Romain ^ et qu'ils le prieroient de ne rien tenter contre leur ville , et d'en éloigner ses troupes : ce qu'ils crurent obt^ir. Mais pendant leur conférence tenue à Quintenas/deux ou trois compagnies ^ s'étant approchées et logées dans le fauxbourg, siirprirent la Ville > à la faveur de quelques habitans qui étoient d'intdli** gence avec d'suitres qui étoient dans les troupes de Saint-Romain^ donnèrent entrée aux capitaines Clavel, Le Bouchety Gussonnel, Le Bascou^ et quelques autres; ce qui affligea exti^émement la ville^ qui se vit replongée dans les mêmes malheurs qu'elle avoit voulu éviter^ et qu'elle n'avoit que trop éprouvés auparavant.
Saint-Romain > informé de la surprise de cette ville, s'y rendit le jour méme^ le 17 juillet i574, accompagné de trois ou quatre cents chevaux, et de cinq compagnies d'infanterie, mit des capitaines et des gardes aux portea et au château, et fut maître absolu de la villey d'où le lendemain, 18 juillet, ceux des catholiques qui vou'^ loient sortir furent accompagnés hors de la viUe : on ne fit aucune violence ni aux prêtres ni aux autres catholiques qui voulurent rester.
Saint - Romain , touché de compassion sur l'état pitoyable de ces derniers^ détourna la proposition qu'on fit de lever sur eux 2 ou 3,ooo livres pour, le payement des troupes^ dont ils étoient déjà extrême* ment foulés, aussi bien que les ecclésiastiques, les biens desquels étoient employés poUr le payement des soldats avec ceux des deniers royaux et du domaine.
Pendant le séjour de Saint-Romain et de ses troupes à Annonai, la garnison de Quintenas se retira dans la 34* ai
322 [l574] MÉMOIRES
ville; et le château magoifique de rarcheyéque de Vienne^ autrefois les délices de la maison de Tournop, fut brûlé ^t presque entièrement ruiné, avec l'église, que l'on croit de la fondation de Charlemagne.
Quintenas avoit été anciennement une abbaye de l'ordre de Saint-Benoit , à laquelle la maison de Tournon ayoit donné des abbez^ qui avoient fourni des sommes considérables pour lia construction et l'entretien du château, sur l'une des portes duquel on voyoit autrefoiç les armes de cette maison, qui sont de France, parti de gueules au lion rampant d'or, avec la crosse abbatiale à la cime de l'écusson.
Saint-Romai^ arrêta p^r sa prudence et sa sage conduite l'insolence du, soldat, et empêcha le pillage et les autres çxcàs qui ruinoient le peuple.
La ville de Chalançon, assiégée ceUe même année I $7 4 P^ ^^ religionnaîreç , sous la conduite de Pierregourde , traite et capitule avec eux et Saint-Chamond et Saint-Vidfi^, qui étoient en marche pour lui donner du secours. Selon ce t:raité:, elle e;^t démantelée avec les châteaux de Bozas, Estables et quelques autres forts , et les religionnaires y sont introduits. La guerre cesse jusqu'à l'arrivée de Henri ui, appelle de Pologne, dont il étoit roi, à la couronne de France, par le décès de son frère Charles ix : i| vint à Venise le jour de la surprise de la ville d'^nnpnai par les religionnaires. Sjaint-Bomain établit à ses dépeps iine garnison à Annonai à la ipirapût 1574» i^ y l^sa tiois compagnies dis gens de pied, et y mit pour gouverneur Antoine de La y^iisseri^, sie^r de Meausse, près Montmirel en Querci ; il fit fiutifier la yiUe et le château, sur le bruit de l'arrivée de la {leine régente à Lyon, sur la fin