‹ MémoiresChapitre 5 sur 47 · NOTICE SUR FRANÇOIS DE LÀ NOUE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FRANÇOIS DE LÀ NOUE

elle réussit parfaitement ; bientôt il entra en convalescence ; on lui fit un bras de fer dont il put se servir pour tenir la bride de son cheval, et il ne respira plus que les combats.

Cependant tout se disposoit pour la paix; les deux partis, fatigués d'une lutte qui n'avoit rien de décisif, modéroient leurs prétentions ; les chefs se rapprochèrent, et ils firent à Saint-Germain, le 8 août 1670, un accommodement qui malheureusement ne calma pas les passions violentes dont ils étoient tourmentés. Deux jours après la signature de ce traité, le premier président Christophe de Thou, père de rhistorien, écrivit à La Noue une lettre qui prouve l'estime que ce guerrier généreux inspiroit aux catholiques.

« Je désire, lui dit-il, qu'il vous plaise, comme suie jet et vassal du Roy, et ayant le moyen de nous ay- €c der et secourir, pour &ire cesser tous troubles et <c nous mettre en repos et tranquillité pour recognoistré a et aymer de tout notre cœur un seul Dieu et un seul ic Roy, d'y employer tous les moyens que Ken vous « a donnés, lesquels vous ne pouvez employer mieux « à propos, ni plus opportunément. Je sçai votre vo^ « lonté, votr« puissance; restel'exécution, que f estime « aysée, oubliant le passé, sur lequel nous n'avons au- « eun commandement, et traictant les choses de bonne « foy^ sans aucune passion ni affection particulière, i% mettant hors toutes défiances , car sans'cela ne pour^ « rions rien fiiire. De ce je vous prie et supplie, etc. »

La Noue, ayant toute la confiance des protestans, fit partie des commissaires qu'ils chargèrent de veiller à l'exécution du traité. Peu de temps après, Coligny, ayant été bien accueilli ii la Cour, crut avoir déter^

ET SUR SES MÉMOIRES. qS

miné Charles ix à déclarer la guerre aux Esp^^nols; et La Noue^ persuadé que les promesses du monarque étoient sincères^ partit pour les Pays-Bas avec Louis de Nassau y frère du prince d'Orange , afin de commencer les opérations. Ils prirent Valenciennes et Mons; mais bientôt assiégés par le duc d'Albe dans cette dernière ville y et ne pouvant espérer de secours, ils furent obligés de se rendre [a i septembre 157 a].

La capitulation p^mettoit à La Noue de rentrer en France^ mais les événemens qui vénoient de s'y passer sembloient rendre son retour impossible. Les protestans s'étoient trouvés proscrits au milieu de la sécurité la plus profonde; le signal du massacre <le la Saint- Barthélémy avoit été donné à Paris dans la matinée du a4 ^o^t 9 6t cet horrible exemple avoit été suivi dans presque toutes les provinces. La Noue ne pouvoit donc ' rencontrer de sûreté que dans le camp du duc d'Albe, et il obtint de cegénérdi la permission d'y s^ourner quelque temps.

Le duc de Longueville^ gouverneur de Picardie, dont il étoit estimé et chéri, fut instruit de sa position, et il crut pouvoir lui offrir un asile. La Noue ne balança pas à se rendre auprès de lui, et la Cour, avertie de son arrivée dans Amiens, résolut sur-leK;hamp de le charger d'une mission qui montre combien elle croyoit pouvoir; compter sur sa loyauté et sur sa bonne foi. Les Rochellois, exaspérés par le massacre, s'étoient déclarés indépendans, cl paroissoient décidés à s'^isevelir sous les ruines de leur ville, plutôt que de rentrer dans l'obéissance du Boi : on vouloit que La Noue jouât près d'eux le rèle de médiateur, leur fit oublier le passé , et les amenât à se soumettre.

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