‹ MémoiresChapitre 43 sur 47 · JEAN PHILIPPI · texte numérisé non relu

JEAN PHILIPPI

Au mois de juillet i56o, les jeunes gens de Montpellier firent venir un ministre prédicant de Genève, nomme Jean de La Gbame, lequel, ayant occuUement prêché et enseigné quelques jours par crainte de la justice, augmenta tellement le nombre de ceux qui croyoient à sa doctrine, tant de la viUe que des environs^ qu'ils commencèrent à se montrer ouvertement, faisant prêcher et administrer les sacremens de jour et publiquement, d'abord en l'Ecole de la grammaire , dite l'Ecole-mage, puis dans l'église de Saint Matthieu par eux saisie pour leur temple. Pierre de La Coste, juge-mage, n osoit y pourvoir par rigueur , de peur d'exciter une sédition. L'évêque Guillaume Pelissier et les chanoines fermèrent leurs portes, et mirent garnison dans Saint Pierre.

Les états du Languedoc étant mandés à Beaucaire , Honorât de Savoy e, comte de Villars, lieutenant-général en Languedoc, arriva pour les tenir; et pour pourvoir aux troubles, amena deux compagnies de ca. Valérie, et fit lever les légionnaires du pays. Alors les protestans cessèrent leurs exercices, et le ministre sor-

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tit de Montpellier. Villars fit. pendre le ministre d'Ai gues-Mortes, et arrêter Daisse qui en étoit gouverneui et capitaine.

Le i5 octobre, Saint-André (0^ de la maison d Montdragon-lez- Avignon, arriva à Montpellier ave titre de gouverneur. Il mena trois enseignes d'infanterie j on lui remit les clefs des portes de la ville qu'i fit murer, excepté celles de Saint Gilles et de la Sonnerie. L'évêque, les chanoines et le juge-mage sortirent de leur fort. Saint-André ayant fait assembler 1 peuple, fit publier une lettre du Roi, qui blâmoit fo tout ce qui s'étoit passé, et en défendoit la continua tion : le peuple leva la main, et consentit à tout; Guillaume de Chaume seigneur de Poussan , étoit premiei consul.

Le samedi i6 novembre, le comte de Villars, ayan pourvu aux affaires de Nismes et des environs, arriv à Montpellier; le mardi 19 il assista à la procession gé'— nérale et à la messe solemnelle : la procession s'arrêta devant la maison de ville, où le juge-mage harangua le peuple et l'exhorta de demeurer fidèle au Roy ; le peuple parut acquiescer par ses acclamations. Villars fut ensuite faire la même chose en Cevennes, à Anduze et à Alais, où avoient été faites plusieurs assemblées en armes : il fit razer quelques maisons de gentils-hommes chefs des protestans, dont les personnes s'étoient absentées, et vint passer le surplus de l'hyver au château de Vauyert près d'Aigues-Mortes. Le gouvernement ayant changé à la mort de François 11 , on ôta la

(0 SairOrAndré. Il n^étoit pas de la maison de Montdragon. Son nom de famille étoit Albert, et il fut clief d^une branche cadette de celle dn connétable de Lujnes.

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garnison de Montpellier , et les absens eurent permission d*y rentrer.

Au carême de 1 56 1, quelques jeunes enfans s'assembloient^ comme d'eux-mêmes sur le soir^ sous le couvert et parvis du consulat ^ et là^ les chandelles allumées, chantoient les pseaumes de David en François, et fun d'eux faisoit des prières et oraisons publiques en là même langue, sous la forme de la religion protestante. Ces assemblées devenant extrêmement nombreuses, Pierre de Bourdic, seigneur de Villeneuve, gouverneur de la ville, fit ce qu'il put pour les faire cesser ; mais, n'osant en venir à la force, il temporisa.

Le 25 mars, le vicomte de Joyeuse en Vivarais, lieutenant général en Languedoc depuià peu , par la cession du comte de Villars, tint à Montpellier une assemblée extraordinaire des états, pendant lesquels, et jusqu'au départ de Joyeuse, qui fut à Pâques, ces prières publiques cessèrent; mais, dès qu'il fut parti, Jean de La Chasse et Claude Formy, natif de Montpellier, commencèrent à prêcher en maison privée, et de jour, portes ouvertes, malgré les défenses de la justice. Le peuple catholique fit aux protestans quelques brava des; et le dimanche 4 niai, ils s'assembleront au nombre de douze ou quinze cents, et accompagnèrent le pain-béni en grande ;solemnité à la grand'messe de l'église Saint-Pierre.

Le 6 août, on publia à Montpellier la tenue future du colloque de Poissy.

Le samedi 3o, on publia un édit du Roi défendant toute assemblée publique avec armes ou sans armes : on défendit aussi les privées, et de prêcher et d'administrer les sacremens autrement qu'il n'étoit ordonné

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par l'église catholique : cet édit n'empêcha pas les protestans de continuer leurs assemblées.

Le mercredi matin, ^4 septembre, ils se saisirent de l'église Notre-Dame des Tables, qu'ils appellèrent le temple de la Loge. Ils y firent faire un inventaire par Montferrier, premier consul, et autres notables personnages, et les mirent au trésor de la maison de ville. Le même jour, Claude Formy, l'un des ministres,' fit dans cette église son premier prêche ; tout le reste se passa ti^anquillement.

Quelques protestans s'assemblèrent à Béliers : Joyeuse s'y rendit, et fit sai$ir le ministre que l'on ne vit plus.

Messieurs de Saint-Pierre ayant mis garnison daps leur fort avec la permission de Joyeuse, les protestans s'armèrent de leur côté, et firent faire garde la nuit. Quelques-uns alloient par troupes le jour, armés de gros bâtons, dont ils frappoient tous les prêtres et religieux qu'ils trouvoient; et ces bâtons se nomimoient espoussettes (0, d'où vint en proverbe Vespoitssette de Montpellier. L'évêque, le gouverçieur et le j âge-mage s'étoient absentés.

Le dimanche xg octobre, les protestans, au nombre de sept ou huit cents, assiégèrent le fort de Saint- Pierre. Le 2o , les chanoines qui étoient dedans demandèrent du secours. François de Chef- de -Bien, , général des finances, le seigneur de La Verune-lez- Montpellier, et autres des deux religions , négocièrent un accord par lequel les chanoines pourroient continuer le service de leur église, mais sans armes, et

(') EspoussetU : vieux mot qui veut dire vergéttes , ou les petites baguettes dont on se sert pour épousseter les habits.

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cjue la garnison sortiroit et seroit mise hors la ville.

La garnison sortit , et un soldat lâcha mal-à-propos xtn pi$tolet à feu , et occit un des habitans du nombre des protestais : alors ce peuple y criant trahison y se jetta sur les catholiques , entra dans le fort de Saint- Pierre, tua quarante chanoines ou autres, et pilla tout ce qu'il trouva. Berald, gardien des cordeliérs^ qui avoit prêché avec grande réputation contre les protestans, fut du nombre des occis; et lé prêcheur de Saint-Pierre, nommé Menim, docteur de Paris, échappa, mais fort blessé* La sacristie, dont les reliquaires ou autres joyaux valoient plus de quarante miUe livres, fut garantie, mais avec grande peine. L'église de Saint-Pierre fut mise dans six ou sept heures dans l'état du monde le plus affreux, cent quatre-vingtdix-sept ans et dix-neuf jours après la première pierre dudit édifice posée par ordre d'Urbain v, fondateur de ce monastère de l'ordre de Saint-Benoît, sous le nom dç Saint-Germain, qu'avoit été le i octobre i364, et vingt-trois ans après que les moines dudit lieu avoient été joints aux chanoines réguliers de Maguelone, et institués église cathédrale par Clément vu en i536. Ce peuple marcha de là contre les autres églises ; de manière que ce qui avoit été fait ou entretenu depuis quatre ou cinq cents ans fut dans un demi-jour si effacé, que, des soixante églises ou chapelles qu'il y avoit dedans ou dehors Montpellier, le lendemain il ne s'en trouva aucune ouverte , et moins fut vu prêtre ou moine qu'en habit dissimulé; et de telle façon pour lors eut fin la messe ; les nonains furent mises hors leur couvent.

Le dimanche 26 octobre, un ministre prêcha dans l'église de Saint-Firmin , et la populace continua la

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ruine des couvents et des églises. La même chose fut faite aux villages du diocèse , la messe abolie et les prêtres chassés. La même chose arriva à Ntsmes , Lunel y Gignac y Sommieres et lieux circonvoisins. Après cette émotion , on tint un conseil général dans la maison de ville y et on députa au Roi et à M. de Joyeuse à Narbonne pour les informer du fait de Saint -Pierre.

Au mois de novembre, Joyeuse tint les états du Languedoc à Beziers; et le 20 du mois , il fit publiera Montpellier un édit du Boi, qui ordonnoit de rendre dans vingt-quatre heures les églises, et de les remettre dans leur premier état. Le lendemain les protestans cédèrent l'église Notre-Dame, et se remirent à prêcher à TEcole-mage ; mais, quelques jours après, ils firent un accord avec messieurs du chapitre de Saint-PieiTe, qui les laissa prêcher dans Téglise Notre-Dame et Saint- Matthieu, non que par cet appointement la messe ni la prêtrise fût remise, ains augmentoit la religion des fidèles. Les habitans qui n'en étoient point se contenoient chez eux les dimanches et les fêtes sans mot sonner. La même chose arrivoit dans les villages voisins. Le populaire des fidèles continuoit de mettre en pièces les sépulchres, déterrer les morts et faire mille folies. On obligeoit les prêtres déguisés à aller ouir les ministres pour pouvoir être en paix. Le peuple porta sa haine jusqu'aux bonnets quarrés, et les gens de justice furent obligés de prendre des chapeaux ou bonnets ronds.

Au commencement de décembre, il y eut à Carcassonne une émeute qui dura neuf ou dix heures contre les protestans. Quelques gens armés d'Avignon, étant

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sllésà YilleneuTe^ y maltraitèrent quelques protestàns qu'il y avoit.

Tout tendoitàlaguerre^ lorsque le<;omte de Crussol^ nommé par le Roi pour pacifier le Dauphiné, la Provence et le Languedoc, arriva à Villeneuve, et y manda, au commencement de i562, les ministres et les principaux des villes de Nismes, Usez et Montpellier, auxquels il signifia que le Roi ne vouloit pas que les ministres préchassent dans les églises. Les envoyés de Montpellier y étant revenus, y firent publier le 21 janvier, par ordre dudit seigneur de Crussol, de désemparer les églises, et démettre les armes en lieu public. Le lendemain les protestàns se remirent à prêcher à TEcole-mage et maison privée en la Loge, mais la messe ne fut point rétablie : elle le fut à Nismes, et un jacobin y prêcha. Pierre Viret, un des anciens ministres, arriva de Genève au commencement de Thy ver à Nismes , et y prêcha toujours. Il vint à Montpellier et y fit le premier prêche à la Loge, le mercredi 18 fé-, vrier : le présidial y assista en corps ; et le premier consul, Jacques David, seigneur de Montferrier, avec le chaperon rouge et les hallebardîers, comme viguier, conduisit au prêche ledit Viret depuis son logis : les étrangers venoient en foule à Montpellier pour l'entendre.

Le samedi 7 mars, on publia à Montpellier l'édit du 17 janvier, qui défendoit tout exercice de la nouvelle religion dans les villes.

Le lendemain on prêcha hors delà ville dans le fossé des arbalétriers, qui va de la porte de Lattes à celle de la Sonnerie. Les protestàns de Toulouse firent prêcher vdans le faubourg Saint-Michel ; ce que messieurs

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du parlement n'eussent cuidé ; mais Fédit y étoit. Comme les villes de la frontière étoient exceptées, Fourquevaux, gouverneur et capitaine de Narbonne, fit sortir tous les suspects. Les protestans de la ville basse de Carcassonne, faisant prêcher hors de la ville, furent maltraités par le peuple catholique, parmi lequel étoit Marion, controUeur du domaine, homme des premiers de ce pays en bien ; le ministre et le juge ordinaire de la ville furent tués dans ce tumulte. Les protestans de Montpellier, faisant la cène le jour de Pâques , établirent une garde pour leur sûreté ; et les catholiques qui voulurent faire leurs pâques furent obligés d'aller à Castries, à Vendargues, à Teyran ou à La Verune, où la messe étoit rétablie.

Le jour de Pâques, ag mars, vers les sept ou huit heures du matin, on vit à Montpellier et à Nismes trois soleils au ciel (0, un cercle au-dessous, et l'arc de saint Martin.

Le samedi 4 avril, on publia à Montpellier une déclaration du Roi, du 6 mars, en explication de Fédit de janvier, qui défendoit aux officiers de la justice royale d'assister au prêche pour faire profession de la* dite religion ; le Roi ajoutoit que, par cet édit et cette déclaration, il n'entendoit approuver la religion nouvelle.

Le comte de Crussol revenu de Provence, et ayant réglé les affaires à Bagnols, Usez et Nismes, arriva à Montpellier le mercredi 8 avril ; il assembla les principaux des deux religions, et les fit convenir de vivre

(0 Trois soleils au ciel.'Ce météore est appelé parélie. C'est une clarté très- vive qui paroît quelquefois aux c^tés du soleil par la réflexion de la lumière dans une nuée.

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en paix et de rétablir la messe : on établit^ d'un con> sentement unanime, pour capitaine dans la ville, Louis de BuceDi, seigneur de La. Mousson /enfant de la ville, avec des soldats pour s'opposer aux séditieux.

Le dimanche la avril, la messe fut dite dans Saint- Firmin par des prêtres étrangers ; car ceux de la ville ne Teussent osé faire : beaucoup de peuple et de noblesse y assistèrent; Grussol et les protestans restèrent à la porte. La messe rfétoit qu'à demi dite qu'il y eut une sédition : les principaux protestans tâchèrent de calmer le peuple, et la messe s'acheva avec grande hâte. Les consuls et principaux accompagnèrent les seigneurslieutenans, et les ramenèrent sains et saufs dans leurs logis : depuis furent les messes plus dangereuses que devant, et disoit-on par mémoire dans ladite ville la messe des comtes.

Lesdits seigneurs quelques jours après s'en allèrent^ laissant ladite ville dans un état pire qu'auparavant : tant il est dangereux de lâcher la bride au peuple, et lui laisser gagner le haut.

Le a3 avril , on publia à Montpellier les lettres patentes du Roi, par lesquelles il déclaroit être parfaitement libre, et non détenu, comme le publioient les protestans, qui avoient commencé la guerre civile. A la fin du même mois, on publia d'autres lettres du Roi, qui oommandoit qu'on laissât les armes, et confirmoit l'édit de janvier.

On fit alors à Beziers ce qu'on avoit fait à Montpellier; la meftâe abolie et les images brisées. Les protestans de Montpellier prirent prétexte d'une pluie pour ne plus prêcher dans le fossé e^t pour se remettre dans Notre-Dame. On fit garde la nuit, et

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on sonna le tambourin , ce qui n'avoit pas encore été Élit.

Les protestans allèrent se saisir de Tisle et château de Maguelone, et y mirent une garnison pour être les maîtres du passage de l'étang. Ils ruinèrent les antiquités et les sépulchres. Les reliques épargnées et le trésor de Saint-Pierre, dans lequel on trouva six cents marcè d'argent, furent employés à lever des troupes.

Le 12 et i8 mai, fêtes de la Pentecôte, les protestans de Toulouse, ayant voulu se rendre maîtres de cette ville, en furent chassés par les catholiques (0 secourus par Montluc, Terride et Fourquevaux. Le parlement fit ensuite décapiter Yabres, sénéchal de Toulouse, Portai, viguier, Theronde, ancien et fameux avocat, et le capitaine Sault.

Au mois de juin, Mirepoix, sénéchal de Carcassonne, prit d'assaut, après un mois de siège, la ville de Limoux, que les protestans, semons par Joyeuse leur voisin, n'avoient point voulu rendre. La ville, qui étoit fort marchande, fut pillée et ruinée.

Les protestans renforcèrent la garde à Montpellier, tenoient les portes fermées, et faisoient mettre dans la prison de Saint-Pierre les catholiques qui n'alloieut pas au prêche.

Le 28 mai, Jacques de Crussol, seigneur de Beaudiné, dit le baron de Crussol, envoyé par le prince de Gondé qui avoit pris les armes pour délivrer le Roi , et nommé par lui pour commander en Languedoc, fit publier à Montpellier ses pouvoirs de la part du Boi« Le Languedoc fut ainsi divisé : Joyeuse commanda de

C<) En furent chassés par les catholiques. Voyez, sur les troubles de Toulouse y la note de la page 199 des Mémoires dé La Noue.

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[Narbonne en là, et Crussol de Beziers en çà. Ce baron gdla résider à Beziers, comme ville frontière : Agde, Pezenas et Montagnac tenoient son parti. Tout le monde portoit des armes à Montpellier.

Le samedi matin 3o mai, la cour des aides s'assembla dans la chambre du conseil; les assesseurs du consistoire et les principaux de Montpellier s'y rendirent aussi. On proposa de députer à M. de Joyeuse pour le prier de faire cesser les armes d'un côté et d'autre : les consuls et surveillans éludèrent cette proposition. Xe consistoire ayant pour lors toute puissance en ladite Tille, le baron de Crussol choisit parmi les surveillans cinq, leur donnant pouvoir, par ses lettres, de gouverner Montpellier, son ressort et places, et de prendre les dixmes et revenus ecclésiastiques, reliques, cloches, et le tout employer au fait de cette guerre. On fit la recherche d'armes dans la ville et dans les châteaux et maisons des gentilshommes, où. l'on en enleva plus de mille. On en fit de même à Nismes , à Alais et ailleurs. Les troupes que l'on leva allèrent joindre Crussol à Beziers.

Joyeuse leva aussi de son côté des troupes, et assembla la noblesse et les anciens capitaines qui avoient servi, Fourquevaux, gouverneur de Narbonne, Conas, ancien capitaine employé long-temps en Piémont, le baron de Rieux, le baron de Fendeille et le seigneur de Villeneuve, et se mit aux champs avec beaucoup d'artillerie. Crussol craignit qu'il ne le vînt assiéger dans Beziers, mais il côtoya la campagne, et se saisit de Capestang, de Cazouls, de Narbonne, Serignan et autres petits lieux sur son chemin ; il y eut plusieurs escarmouches. Tout-à-coup Joyeuse passa l'Eraut, et

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assiégea Montagnac, qui se rendit à lui le vendredi 17 juillet. Il traita la garnison avec beaucoup de douceur, et se contenta de faire pendre Bonal, autreoient le seigneur de Roquemaure , qui avoit proféré quelques paroles contre lui. Pendant le siège, Joyeuse ayant séjourné quelques jours à Montagnac, et son campa l'entour, alla à Châteauneuf-lez-Pezenas , près l'Eraut. Crussol sortit de Beziers, vint camper vis-à-vis de lui, la rivière entre deux : pendant la nuit Joyeuse fit passer la rivière à son artillerie avec partie de ses troupes, et la posta dans une chaussée très à couvert du côté de Lusignan : le camp des protestans étoit vers Pezenas. Les deux armées étoient presqu*égales, de quatre mille hommes chacune, mais la cavalerie de Joyeuse étoit presque toute composée de noblesse, et celle des protestans des gens du peuple.

Le lundi 20 juillet , vers les quatre ou cinq heures du soir, la cavalerie de Joyeuse attacha une escarmouche que les protestans ne refusèrent pas. Les catholiques firent semblant de fiiir , et attirèrent insensiblement les protestans devant leur artillerie, qui par un^décharge imprévue les mit tous en désordre; les gendarmes survenant les prirent en flanc , et achevèrent de les mettre en fiiite ; ce peuple non accoutumé ne put jamais se ralier : Crussol se sauva dans Pezenas avec le reste de son camp, n'ayant pourtant perdu que trois ou quatre cents hommes : Joyeuse traita avec beaucoup de douceur tous ceux qui se rendirent.

L'évêque de Lodeve, accompagné du sieur de Saint- Felîx, surprit Gignac et s'en empara ; et les catholiques de Frontignan en chassèrent les protestans, et rétablirent la messe. /

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Joyeuse, étant à Cliâteauneuf, fit repasser l'Eraut à son artillerie, et la porta sur une hauteur près de la maison d'un gentilhomme nomûié Saint-Martin, entre Châteauneuf et Aumes , tirant contre Pezenas , quoi- <ju'éloigne' d'une demie-lieue, TEraut entre deux. Le canon tiroit et les couleuvrines, lorsque tout-à-coup, le 23 juillet, Joyeuse et Crussol convinrent d'une cessation d'armes, sans que l'on publiât d'autres condit;ions. Crussol quitta Pezenas, où Joyeuse étant entré, y ^ mit la messe et garnison : il somma Beziers qui ne voulut pas le recevoir, et se retira vers Narbonne avec ses gens; Crussol vint à Montpellier, et son camp se débanda.

Les protestans de Montpellier, ni ceux du voisinage, n'avouèrent pas le traité conclu entre Crussol et Joyeuse, d'autant plus qu'ils y perdoient les villes de Pezenas, Montagnac, Gignàc et JPrôntignan, où Joyeuse avoit aboli la religion prétendue reformée et mis garnison contre les traités , et ils résolurent de continuer la guerre : pour avoir de l'argent, ils empruntoient cent, deux cents et cinq cents écus de tous ceux qu'ils vouloient; et si on refusoit on étoit envoyé prisonnier à Saint-Pierre. On imposa sur le diocèse soixante et un mille livres payables par les bien-aisés, sauf à eux à les recouvrer sur les autres.

Le baron de Crussol, ayant ramassé trois mille hommes et quelques gentils hommes chassés de Provence pour leur religion, deiix gros canons venus de Beziers, et d'autres pièces de campagne, assiégea Frontighan le mardi i8 aoust, et leva le siège le mercredi â6 , sans y avoir donné l'assaut; et, après y avoir eu trois ou quatre cents hommes blessés bu tués, il i-en- 34- 23

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voya l'artillerie k Montpellier, et fat camper à Poussan. C^p^ndant Jpyeuse avoit rassemblé cinq cents ca* valiers Ixiei;^ arm^s et montas, cinq mille fantassins , et quinze pièces de canon , grosses ou moyennes. Cette armée y conduite en l'abseqce de Joyeuse par le l>aroii de Fourquevaux ,, passa TErdut » Crussol étant à Poussan ; ce qui l'obligea à se retirer à Montpellier. Le peuple de cette ville „ non accoutumé à telles allarmesy commença k se troubler;, le^ catholiques ou les suspects furent enfermés dans Saint- Pierre ^ la noblesse de la ville avoit délogé. On résolut^ pour la sûreté et renfort de la ville y d'abattre tous les fauxbourg qui en contenoientplus de la moitié, et où il y avoit quatre couvens de mendians, des plus beaux qu'il y eût en France, deux autres couvens d'hommes ,^ uu collège séculier de Saint-Sauveur, trois monastères de filles, et autres paroisse&et églises, jusqu'à vingt*six; lacommaiùlerie des chevaliers, de Bodes, dite Saint-Jean, trois sales» pour le droit civil et canon, avec une belle tour hors la porte du Peyron, où étoit la cloche de^ l'Université; qu^regrands fauxbourgs,, l'un à la pqrte Saint-Guillen, dit le Corrau, s'étendant jusques aux Jacobîns, et les autres aux portes du Peyron, dit Saint-Jaume, au Pila Saint- Geli et à la Sonnerie ; un beau et grand château nommé Botonnet, avec seigneurie et juri^diction à part de la viU^> près la porte des Carmes. La démolition de ces édifices fut prdQanéç par le baron- de^ Crussol le 39 aoust^ el çxécujtée par ^ut h peuple , hommes , femmes et enfaus^, pa^ feu, ruÂue artificieHe et sac, de manière qi^e d^ns (|u^çe jqur^ çeh hh achevé; tous ks arbr^ autour de la ville k la pcvrtée da canon furent coupés. FourquQvaMX passa sau& résistance à Loupian, Poussan,

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Cïigean etCournon, et, au lieu de venir camper devant miontpeUier, il alla à Lattes , ancien village dépeuplé et ruinéy distant une petite lieue de Montpellier; il prit et fit razer une ancienne tour qu'il y avoit, api es avoir fait pendre ceux qui la gardoient, et campa le 4 septembre; ce lieu est plus ancien que Montpellier ^ et s'apelloit Castellum-Latara ^ une belle maison ou métairie y apellée Enseiguinade le joint , de manière que Ijattes et cette métairie sont environnés d'eau, d'un côté par la rivière du Lez, et de l'autre par un bras de cette rivière que Ton a fait passer dans un fossé sur le Xies; et vers l'orient est un beau moulin dit de Sainte Sauveur, et la rivière se jette dans l'étang ; il y a là un port où les denrées pour Montpellier arrivent d'Aiguës*^ Mortes et d^ la marine; les environs de Lattes sont pleins de prairies, de grandes campagnes qui fournis"^ sent de bleds comme la Beausse. Fourquevaux campa dana ce lieu> capable de contenir une armée quatre fois plus forte que la sienne, et^ ne se contentant pas de la situation de ce lieu, quoique très-forte > il fit faire des fossés autour de son camp, double tranchée au dedans > des batteries , des remparts et des plattes-formes, de manière que ce camp parut aux amis et aux ennemis inexpugnable, et l'on dit que Fourquevaux^ an lieu d'être veûu assiéger Montpellier, s'étoit venu retrancher pour soutenir un siège ; toutes les maison» à^ la campagne jusqu'à Melgueil furent détruites et brûlées. Fourquevaux envoya attaquer l'isle de Ma^^ guck)niie avec quelques pièces de campagne, et celui ^ui oomi|iâud<>it dedans se rendit moyennant quelque argent»

Le baron de Crussol, voyant la contenance des ca'^

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tholiqucs, et ayant cinq mille fantassins et cinq cents chevaux, alla camper à la portée du canon de Lattes, sur une hauteur où il mit son artillerie, près et en deçà le Mas dit d'Envallat, et au Mas de Boisson; les deux camps commencèrent à se canonner.

Le baron des Adrets arriva avec quatre cents chevaux à Montpellier le i4 septembre ; et le lendemain, ayant conféré avec Crussol et les autres officiers de Farihée, il fit marcher l'artillerie pour aller attaquer le camp de Lattes par trois côtés. Il se chargea de celui du moulin de Saint-Sauveur ; Crussol eut le côté de Montpellier et d'Encivade , et le capitaine Bouillargués du côté des prairies. Fourquevaux se tint dans son camp, et se contenta de faire jouer son artillerie, et tirer ses arquebusiers derrière ses tranchées. Les protestans, ayant voulu attaquer ses relranchemens, furent repoussés vigoureusement, et obligés de se retirer avec perte ; sur quoi des Adrets se contenta de feire^ razer avec son artillerie le haut du moulin de Saint— Sauveur, et de le rendre inutile aux catholiques': xin ci» deux jours après, voyant que Fourquevaux n'étoit pas assez fort pour assiéger Montpellier, et Tétoit trop pour être forcé dans son camp, retourna enDauphiné, elle c<imp des prptestans se débanda.

Fourquevaux, quelques jours après, sortit avec une belle troupe de cavalerie , de l'infanterie et du. canon ; marcha le long du Lez, et s'embusca près d'une métairie dite le Pont Trîncat; il envoya de là quelques coureurs, qui furent jusqu'aux aires de Saint-Denis • pour donner l'allarme à la ville. Crussol fit d'abord sortir des troupes pour poursuivre ces coureurs, qui étant soutenus par les catholiques, les protestans fu-

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m*ent obligés de reculer jusques à la porte du Pila Saint Oeli. Le capitaine Gremian, gentilhomme ^ voisin de Montpellier, jeune et vaillant, n'ayant pas voulu abaôdonner ses soldats,* fut tué avec vingt-cinq fort prè$ du fauxbourg Saint Geli ; les canonniers de la ville firent très-mal leur devoir ce jqur-là, et ils auroientpi,i incommoder beaucoup la cavalerie catholique, lorsqu'elle parut dans la plaine au deçà de }a rivière et du pont Juvénal ; mais ils ne tirèrent que lorsque la cavalerie catholique fut, en s'en retournant, hors la portée du canon. Les catholiques perdirent dans cette action Mossen Peyrot Loppian (0, capitaine espagnol fort estimé, qui reçut un coup d'arquebuse à croc tirée d'une tour du moulin de l'évêque sur le LeZ; : Loppian n'avoit pas été d'avis d'assiéger Montpellier; et comme il représentoit que l'armée n'étoit pas assez forte pour une telle entreprise , on lui dit que Montpellier, n'étant pas une ville de guerre, mais de plaisir, apporteroit le^s clefs trois lieues à l'avance; lorsqu'il fut blessé il se ressouvint de cela, et dit en son langage : Ah ! senor de Joyosa , ahora à Montpellierj tienen mi v^ida , et nos non tenemos las liages W, Quelques jours après. Joyeuse vint au camp de Lattes avec cent vingt chevaux et huit cents fantassins ; et le même jour, qui étoit un dimanche, après avoir dîné au Terrai, château de l'évêque de Montpellier, il alla se présenter devant celte ville ^sur le coteau de Saint-Martin de. Prunet; ceux de sa suite allèrent voltiger sur les ailes de Saint-Jeaq,

{*) Pe^rDt Loppian : Veyro Loppia, chef de bandolicrs espagnols. — >) j4h I senor Je Joyosa, ahora à Montpellier, tienen mi vida, et nos non tenemos las llaues. a Ah ! monsieur de Joyeuse, Inaîntcnaut à Mont-» « pellier ils ont ma vie , et nous n^ayoos pas les clefs. » ^ , , ,. -

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et lâchèrent leurs pistolets ; on ne leur répondit de la ville que par quelques volées de canon. On dit qu'il ne s'avança jusques là que pour reconnottre l'état présent de la ville 9 et les ruines des couvens, des églises et des fauxbourgSy que l'on découvroit tr^rbien de ce lieu là : il en témoigna beaucoup de regret, ayant reçu beau* ooup de services et bon entretien dans cette ville, el fiyantavec lui beaucoup de gentilshommes voisins, qui ^voient dans, \h ville leurs parens et leur^ biens.

Le 27 septembre, So^mmerive et Su^e, ayant assiégé Saint-Gilles avec trois mille Italiens ou Provençaux, le capitaine Grille marçlia au secours avec quinze cents hommes. Dès quHl partit, le camp catholique prit la fuite pour passer une brassière du Rhône sur un pont de bois qu'ils y avoient feit faire. Les pro^ testans, qui ne vouloient que secourir Saint^rGilles, voyant cette déroute, donnèrent dessus, et les catholi-* ques eurent douze ou quin.ze centç hpmiues. tués ou noyés, dix-sept enseignes de perdues, deux gros canons, et leur camp, où il y avoit des meubles très-riches , pillé.

Le premier octobre, le capitaine Grille, revenant victorieux de la journée de Saint-Gilles avec douze cents hommes, étant parti de Lunel après dîné, et mar^ chant sans grand ordre, fut défait aux Arenasses, entre Castelnau et le pont de Salaizon, par les catholiques qui s'étoient embusqués dans les vallons de Garrigues de Gramont; il ne perdit pourtant que deux cents hommes. Le capitaine Bouillargues s'étant retiré par le haut des Garrigues du Crez vers Teiran, Crussol sortit de Montpellier pour le secourir ; mais il apprit la défaite avant d'arriver à Castelnau. Le seigneur de Biza-

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net fut tué du côté des catholi'ques à la fin du combat-

Le lendemain de cet exploit, qui étoit un vendredi , ttn tabourin du camp vint à la ville^ portant une lettre de l'évéque d^Alet> (ils du seigùeur de FEstrange en Vivaraisy arrivé au camp avec Joyeuse pour demander une entrevue au capitaine Grille. L'entrevue se fit le lendemain, samedi, entre le pont Juvenal et le Pont Trincat. On ignore ce qu'ils se dirent ; mais le même )our et le lendemain 4 octobre > Joyeuse et son camp délogèrent de Lattes, et se retirèrent vers Pezenas.

Le camp ainsi levé, le baron de Grussol étal)lit pour gouverneur dans Montpellier le capitaine Rapin, et alla à Nismes où il fut assiéger et prendre La Carbon* niere, qui est une forte tour, seule assise dans le ma-^ rais et étang, et le passage nécessaire pour aller à Montpellier , à Nismes et à Aigues^Mortes.

Le II octobre, on cria à Montpellier un règlement de polioe^ avec ordre aux officiers du Roy d'ouvrir leur auditoire, et à tout le monde d'aller aux prêches et cuir le ministre sous peine de baniment.

Au commencement de novembre, Joyeuse assiégea Agde, contre lequel on tira cinq cents coups de canon; mais les catholiques ayant été repoussés avec perte par le capitaine Senglar, natif de Montpellier, qui Com-* mandoit la garnison. Joyeuse leva le siège.

Pendant ce mois, les catholiquesprirent sur les protestans le bourg Saint Andiol , petite ville sur le Rhône] deux lieues au dessus du Pont Saint Esprit; le seigneur de Saint Remesy étant dedans fut occis^ mais d'abord après le baron de Grussol ayant paru devant la ville, les catholiques l'abandonnèrent.

Au commencement de ce mois de novembre, furent

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tenus lés états des villes, et diocèses protestant à Nis^ ■mes 7 où n'assistèrent que les consuls et envoyés desdites villes, avec autant de surveillans des églises et consistoires. On y élut pour chef du pays, conducteur, protecteur et conservateur, jusques à la majorité du Roy, le comte de Crussol et de Tonnerre, aîné du ba-^ roa de Crussol ; on imposa pour Tentretien des troupes 4oQ,ooo livres, outre les bénéfices et revenus ecclésiastiques; et on régla tout à l'instar des républiques réduites en démocratie. Le 1 1 novembre, le comte de Crussol accepta en la ville d'User, dont il étoit vicomte, publiquement et solemnellement, Femploy présenté par les états de Nismes , sous le bon plaisir du Roi, et pour maintenir ledit peuple en l'obéissance dudit sei-^ gneur.

A la mi-décembre. Joyeuse tint les états du Langue* doc à Carcassonne, où assistèrent les cardinaux d'Armagnac etStrozzi, et où l'on arrêta plusieurs choses contre les protestans et la délibération de l'assemlilée tenue par eux à Nismes.

Le baron des Adrets, soupçonné parles protestans à cause de ses conférences avec le duc de Nemours , fut arrêté par ordre du comte de Crussol, mené au château de Nismes , et sur la fin de janvier à Montpellier mis prisonnier dans Saint Pierre, que l'on nommoit lors le château Saint Pierre; on l'y laissa huit jours', après lesquels on le ramena à Nismes.

Le seigneur de Peraud en Vivarais arriva à Montpellier pour y être gouverneur à la place du capitaine Rapin. Les surveillans et autres ayant l'administration de la ville, firent un roUe de proscription des catholiques qui ne leur étoient pas agréaWes, avec ordre de

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sortir de la ville sans emporter autre chose que dix livres tournois; et le 12 février, on proclama une deffense de rien acheter des catholiques ; mais ce règlement ne fut pas exécuté à la rigueur.

Au mois de mars, fut tenu à Montpellier le synode général ou colloque de tous les ministres des églises de Languedoc, et autres voisines dissipées, où il y avoit bien cent cinquante ministres, et autant d'anciens et de surveillans.

Le vendredi 5 mars, on apprit à Montpellier la mort de M. de Guise, occis devant Orléans par Poltrot le 17 février, dont fut à Montpellier délachée toute Tartillerie en signe de réjouissance. .

Les protestans ayant assiégé Aramon furent obligés de lever le siège.

Le comte de Crussol , ayant resté quelque temps à Valence pour s'opposer au duc de Nemours, entra à la fin de mars dans le comté de Venisce (0; il prit Orange et Serignan, et y eut un de ses frères tué.

Au commencement d'avril, les villes protestantes du Languedoc tinrent leur assemblée à Bagnols par devant le comte de Crussol.

Saint Vidal ayant assiégé Florac, le baron de Beaudiné mai'cha au secours, et l'obligea de se retirer.

La paix conclue en France portant que les prêtres et ecclésiastiques seroient remis en leurs églises et biens, les protestans de Montpellier commencèrent à ruiner le dedans des églises qui restoient, et rompirent toutes les cloches qui étoient en grand nombre, et même à Saint Pierre, où il y avoit quatre tours et beaucoup de cloches, dont deux étoient des plus belles

(0 Lecomtc^dr Venisce : le comtat Tcuaissin.

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et grossies qu'il y eût en France; elles ne pouvoient être mises en branle , et ne sonnoient qu'au batoir : on ne conserva que les cloches de Notre Dame des Tables et de Saint Firmin où l'on préchoit. Lès protestans ne faisoient cela à Montpellier et dans les autres villes où ils étoient les maîtres^ que pour ôter les itioyens d'y rétablir la messe et le service divin.

Le 7 mai , le cardinal de Ghâtillon tenant le parti des protestans; qui depuis ces troubles s'étoit retiré par deçà avec le comte de GrutS&ol en habit de laïque, et qu'on nommoit le comte de Beau vais , le comte de Crussoly et Boucard, chevalier de l'Ordre > envoyé par le prince de Condé, vinrent à Montpellier, où on leur fit la réception la plus magnifique que l'on peut imaginer; on leur alla au devant jusqu'aux Areniers par de-là Gastelnau; ils trouvèrent au pont de Castelnau cent vingt petits enfans chantans tous ensemble les pseaumes de David ; à leur approche de la ville, on delà* cha toute l'artillerie , cjont partie avoit été mise sur les murs de la porte du Pila Saint Geli.

Le dimanche 9 mai, arriva à Montpellier le seigneur de Gaylus, gentilhomme de la chambre du Roi^ et envoyé par ce prince pour faire publier la paix en Languedoc, ce qu'il avoit déjàfait à Toulouse, Garcassonne et Narbonne. Tous ces seigneurs étapt à Montpellier, les états^ du pays de ladite religion du Languedoc s'assemblèrent, et firent leur ouverture le 11. Le comte de Grussol leur ayant déclaré vouloir se décharger de l'administiation du pays qu'il avoit eue jusqu'alors, le lendemain jeudi 12, les états allèrent le prier de continuer sa charge jusqu'à ce que les choses fussent entière meut pacifiées, ce qu'il accepta. Les

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«étais répondirent à Gaylus qu'ils acceptoienty comme très dévots sujets du Boi, Tédit de pacification fait à Amboise le i() mars précédent, et qu'ils firent publier le même jour avec beaucoup de solemnité. Le baron de Crussol courut la lance et la bague.

Le i3 mai y on lut publiquement au prêche la convention passée entre les sur-intendans de la religion et les chanoines de Saint-Pierre, qui leur cédèrent la jouissance de trois temples, Notre-Dame ou La Loge, Saint-Firmin et Saint-Paul. Caylus, ayant les actes de la publication de l'édit, partit le i5, et les états ayant fmi vers le i8, les comtes allèrent à Beziers. Pendant qu'ils y étoient, le comte de Beauvais (0 eut une conférence avec M- de Joyeuse à Mo ntels, entre Narbonne et Capestang; chacunétoit suivi de vingt-cinq hommes 3ans armes : la conférence dura quelques heures, après laquelle Tun se retira à Beziers, et l'autre à Narbonne. Sur la fin de mai, lesdits seigneurs comtes repassèrent à Montpellier, et retournèrent vers Usez.

Le maréchal de Vieilleville, nommé pour l'exécution de l'édit de paix , étant au mois de juin à Lyon, y rétablit la messe , et fit donner trois temples aux protestans. Il alla enDauphiné, au Saint-Esprit et àBeaucaire; il rétablit la messe, et fit cesser les prêches dans les églises.

Au mois de juillet, Caylus revint en Languedoc , envoyé par le Roy pour recevoir des mains du comte de Crussol les villes et pays de la religion , et en icelles commander pour l'exécution de l'édit de paix. Cela

(>) Le cqpite de Beauwais. Le cardinal de ChàUUon , évéque de Beau- V4iis, aroit pris le titre de oomte de celte ville, après avoir embrassé la feli^ion proiestaulc.

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étant fait^ Caylus fit son entrée à Montpellier le samedi matin a aoilt. Le lundi suivant ^ on cônmiença de prêcher à la grande Loge, et puis à TEcole-mage ; Caylus ne put pas rétablir la messe , personne ne s*étant présenté pour la dire, ni pour en demander le rétablissement. L'évêque s'étoit retiré depuis la paix avec quelques chanoines àMaguelonne, où il avoit rétabli la messe aussi-bien qu'à Villeneuve , village qui lui appartenoit : il écrivit à Caylus qu'il ne vouloit venir à Montpellier.

Le dimanche 3 août , Caylus fit publier une lettre du Roy, du 17 juin, qui deffendoit le port des armes^, excepté Fépée et la dagiie aux gentilshommes, et qui ordoiinoit d'enfermer sous la clef toutes les armes à feu dans les villes, ce qui s'exécuta sans résistance; on fit rouvrir neuf ou dix portes de la ville qui avoient resté murées pendant plus d'un an.

M. de Damville, second fils du connétable de Montmorency, ayant été nommé gouverneur du Languedoc sur la démission de son père , partit au mois de septembre, accompagné de cinq cents hommes d'armes et de beaucoup de noblesse qui augmentoit à mesure qu'il avançoit. Il vint pai-Toulouse et Narbonne, où la ville de Montpellier l'envoya complimenter par Ceselly, premier président de la chambre des comptes , Jean Philippi, général des aides, et les seigneurs de Poussan et Figaret. 11 arriva à Montpellier, et y fit une entrée solennelle par la porte de la Sonnerie, le mardi 7 novembre; il logea chez Monsereau, autrement la maison des généraux : à l'entrée de la ville se trouvèrent quelques chanoines de l'église cathédrale et autres prêtres vêtus du surplis , et six cordeliers chantant procès-

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sionnelleH^nt en raccompagnant , chose que Ton n'avoit vue ni ouïe depuis plus de deux ans; on lui présenta un dais magnifique avec ses armes et celles de la ville, sous lequel il refusa de se mettre; sa garde, de cinquante arquebusiers à pied morionnés , marchoit devant Joyeuse, suivi d'une infinité de noblesse. Au lieu d'aller chez lui, il fut à Notre-Dame des Tables, où l'on chanta le Te Deum; Tévêque et le juge-mage revinrent alors. Damville fit généralement désarmer tout le monde, jusques aux épées et dagues; la ville lui présenta une grande coupe d'argent relevée en bosse , dorée de fin or, le couvercle de même , et dans la coupe six belles pièces d'or rondes, fabriquées expressément à la monnoie, chacune pesant cinquante écusd'or au soleil, avec ses armes d'un côté, et celles de la ville de l'autre; on lui présenta aussi deux caisses pleines, l'une de fioles de verre peintes de diverses histoires , et pleines d'eau d'ange j et musquées; l'autre de carrelets dé satin, pleins de diverses poudres odoriférantes , le tout de grande valeur. Le lendemain on dit solemnellement la messe à Notre-Dame des Tables; les prêtres et religieux commencèrent à se montrer, et les gens de justice reprirent leurs bonnets carrés.

Le i6 novembre , Damville partit pour aller au Saint-Esprit. Le 5 décembre, les habîtans des deux religions convinrent de nommer six catholiques et six protestans pour gouverner la maison de ville, ce qui fut approuvé par Damville retournant à Narbonne pour y tenir à la fin de décembre les états, qui âe furent pas favorables à ceux de la religion; ils députèrent, pour faire part de leurs intentions au Roy, Ambres et Bachellerii , premier consul de Beziers.

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Âu moisde janvier 1 564» Damville retourna h Montpellier; et tout fut confirmé le i^** mars par le seigneur deCastelnau-les-PezenaSy gouverneur pour la guerre, établi à Montpellier par commission de Damville. Les protestans faisoient leurs exercices dans la cour du iBayle, et la maison de Formy près la Loge. Le prince de Saleme, grand seigneur du royaume de Naples, qui avoit embrassé la religion protestante , et s'étoit marié à Montpellier dans la maison de Paulian , assistoit au prêche lorsqu'il étoit à Montpellier.

Le 2^ jnin> le Roy, voulant visiter son royaume, donna une déclaration pour deifendre Texerçice de la religion protestante dans les villes où il passeroit. Le 21 septembre^ la garnison de Montpellier fut cassée et réduite à cinquante hommes, et logée dans Saint- Pierre-

Le dimanche 17 décembre,, le Boy ^ venant de Beaucaire et de Nismes, fit son entrée à Montpellier; on lui prépara un reposoir au jardin du seigneur de Villeneuve, gouverneur de ladite ville , au devant du cpu'* vent de Saint-Maur, dit communément de Saint-Mos, où le Boy reçut les harangues de toute la ville. Le 26 décemhre il y eut une processioi^ générale où le Boy aissista. Ce prince partit pour Toulouse le 3i du noéme mois.

h^/^msà 1567, il courut un bruit que 1^5 catholiques voulaient entreprendre quelque chose contre le» protestons v ce qui obligea Joyeuse de se rend? e à Mont-* pellier poar y mettre la paix.

Le 3a septembre, on publia une déclaration du Boji qui ecna&rmoit les édits eçi faveur des protestans. Joyeuse étoit ce jour-là à SfootpeUier, et y reçut la

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