‹ MémoiresChapitre 7 sur 47 · PREMIERS TROUBLES · texte numérisé non relu

PREMIERS TROUBLES

Que ceux de la religion eussent esté prévenus au commencement de la première guerre civile sai%s l* accident de Vass^,

[i562] Après que Tedict de janvier eut esté résolu et accordé en la présence du Roy, par Tadvis d'une trèsnotable compagnie des plus sages politiques de ce t*oyaume, pour donner quelque remède à tant de divers et universels mouvement, et les reigler sous les loix publiques, la France ne fut pas pourtant du tout remise en tranquillité, tant à cause de Tardeur qui estoit en ceux de la religion pour s'establir et confermer en la liberté qu'ils avoyent obtenue, que pour la crainte générale des catholiques, qui ne pouvoyent souffrir une teUe nouveauté. Une partie des princes et seigneurs tenans ce parti, estans grandement indignez

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de voir tels accroissemens^ firent ligue secrette (0 ensemble en intention de les réprimer. Et Qomme aucuns d'eux s'acheminaient pour se venir joindre en corps à Paris, survint le desordre de Vassy, où beaucoup de personnes qui estoient au presche furent occises. Et, pource que le fait a esté descrit par les historiens, je n'en feray poi^t davantage de mention. Mop inlfention est seulement de noter, non tant la tristesse qu'il apporta à ceux de la religion^i, comme l'instructiQn qu'ils en prindrent, et le fruict qui en revint. M. le prince de Condé estôit à Paris pour l'establissement de l'exercice public, suivant l'edict du Roy, quand il entendit ceste nouvelle, ce qui le fit entrer en consultation: avec les plus sages seigneurs et gentilshommes qui lors. Taccompagnoient , lesquels jugèrent que ce petit orage estoit XkJfi présage certain d'un plus grand , et qu'il conr venait penser plus loing qu'aux choses présentes. Incontinent, il donna advis à quelques grands de la Cour de ce qui estoit advenu, qui en prindrent l'allarme, et luy conseillèrent qu'il cherchast des préservatifs et remèdes pour luy et pour l'Estat. Il advertit aussi toutes les églises de France d'estre sur leurs gardes : la plus-* part desquelles, imaginans desjà avoir quelque ^epos asseuré, estoient plus ententives à faire bastjr des temples qu'à penser aux provisions militaires pour se défendre. La noblesse de la religion des provinces fut, par ce bruit, merveilleusement resveillée et prompte à se pourvoir d'armes et de chevaux, attendant quel pli

(>) Firent ligue secrette. Il s^agû du triuQwirat formé en 1^61 4^ duc de Guise, du connétable de Montmorency et du maréchal de SaintrAndré. (Voyez Introduction aux Mémoires deMontluc, tom. xx^ page 97.)

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prendrdient les affaires de la Cour et les mouvemens de Paris;

Bientost après arrivèrent en ladite ville messieurs de Guise^ Connestable et mareschal de Sainct André, puis le roy de Navarre, qu'ils avoîent attiré à leurligue, lesquels contraignirent M. le prince de Condé ée de retirer en la ville de Meaux, avec une bonne Suite de noblesse. Estant là, il envoya en diligence vers messieurs l'Admirai et d'Andelot, et leur manda que faute de courage ne l'avoit coiltraint d^abandonner Paris, ains faute de forces, et qu'ils marchassent en di- Kgenee vers luy ; car César n'avoit pas seulement passé le Rubicoh, mais desjà avoit saisi Bome, et ses esten-* dards commençoientà bransler par les campagnes. Ce qu'ils firent inc?oïitîtient avec tous leurs amis et équipage , sans toutefois descouvrir les armes que ceux de la ligue avoîent jà descouverteâ. Là fallut-il séjourner cinq ou six jours, tant pour délibérer de ce que l'on feroit que polir la Cène, qui se celebroit le jour de Pasques. M. l'Admirai, qui n'estoit pas novice es affairée rfEstât, prévoyant que le jeu s'âlloit eschauffer, remonstra qu'il convenbit se renforcer d'hommes diligemment, ou $e préparer à la fuite, et encore craignoit-^ il qu'on eust beaucoup tardé. Mais comme l'onestoit en tels termes , gentilshommes arrivoient inopinément de tous costez sans avoir esté mandez, de maniéré qu'en quatre jours il s'en trouva là plus de cinq cens. Ce renfort les fit résoudre de desloger, et à deux fins : l'une, pour essayer de gaigner la Cour, et s'installer auprès du Rôy et de la Royne (0, et, ne le pouvant

(>) SinsUtller auprès du Roy et de U Jlqjrhe, On a vu, dans les Ménwiresde CAsteinau, que Catherine de Médicis, efirayée de la puis

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faire^ se saisir d'Orléans, pour là dresser une grosse teste si on venoij; aux armes. Ayans dont: recueilli en six jours ce qu'ils n'esperoient pas avoir en un mois , ils s'acheminèrent vers Sainct-Cloud, oii la troupe se. renforça de trois cens bons chevaux, et là ils eurent advertissement que M. de Guise et ses associez s'estoient emparez de la Gour ; laquelle diligence, bien à propos pour eux, rompit le premier dessein de M. le prince de Condé, qui y vouloit faire le mesme, et s'authoriser de la faveur du-Roy, pour la conservation de luy et de ceux de la religion. De Sainct-Cloud ils marchèrent vers Chartres et Angerville, et, par le chemin, rencontrèrent cinq ou six troupes de noblesse; ce qui apporta de l'esbahissement quand on consideroit le soudain rengrossissement de nostre corps, qui n'estoit moindre de mille gentilshommes, qui faisoient bien quinze cens chevaux de combat, plus armez de courage que de corcelets. Après on tira vers Orléans, qui fut pris de la façon que les historiens l'ont décrit. Il faut entendre que si M. le prince de Condé se fust trouvé alors avec peu de forces , qu'il eust esté accablé ou assiégé. Mais quand on vit qu'il estoit puissant pqur tenir la campagne en sujettion, et qu'il parloit un langage aussi brave à ses adversaires que doux au Boy, on ne le pressa pas beaucoup: et, par ce moyen, il eut temps de se prévaloir de plusieurs choses. Voilà le profit qui luy revint de s'estre trouvé fort au commencement. •

Aucuns ont pensé qu'on avoît prémédité cccy de long-temps, ou qu'il estoit advenu par la diligence des

sance des Cuise , penchoit alors pour le parti des protestans , et qu'elle entretenoit une correspondance secrète avec le prince de Condé.

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chefs ; mais je puis affermer que non /pour avoir esté présent, et curieux d'en rechercher les causes. Il est certain que la pluspart delà no])lesse, ayant entendu l'exécution de Vassy, poussée d'une bonne volonté, et partie de crainte, se délibéra de venir près Paris, imaginant , comme à l'avanture , que ses protecteurs pourroient avoir besoin d'elle. Et, en ceste manière, partoient des provinces ceux qui estoient plus*'renommez , avec dix, vingt, ou trente de leurs amis, portans armes couvertes, et logeans par les hoslelleries ou par les champs en bien payant, jusques à ce qu'ils rencontrèrent le corps et l'occasion tout ensemble. Plusieurs d'entr'eux m'ont asseuré que rien ne les fit mouvoir que cela ; et mesme j'ay ouy confesser plusieurs fois à messieurs les princes et Admirai que, sans ce bénéfice, ils eussent esté en hasard de prendre mauvais party.

Par cecy,^il appert combien de fruit on tire quelquesfois des choses dommageables , lesquelles , de prime face apparoissans ruineuses, font neantmoins conoistre après l'événement qu'elles ont apporté bonne instruction. On peut encore apprendre d'icy, voire les plus grands chefs, de ne trop attribuer à leur prudence en la conduite des affaires, tant publiques que particulières; car, encore qu'elle soit un instrument très-nécessaire, si est-ce que quelquesfois elle est comme voilée, né pouvant, parmi plusieurs voyes et procédures, conoistre celle qui est la meilleure pour se soustenir quand ces tempestes inopinées surviennent. Et cela arrive afin qu'elle s'humilie, et aille chercher hors d'elle mesme la cause des bons succez. Sylla, auquel nul de ce siècle ne s'oseroit comparer en science militaire, publioit luy mesme que par le bénéfice de

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la fortane il s'estoit garanty et eslevé. Et toutesfois on verra aujourd'hui des gens qui diront que la fortune des anciens payens (qui ^toit faine )^ et Tordi^e que Dieu tient en la conduite des choses inférieures (.qui est certain), sont des couvertures qu'on prend pour cacher son ignorance, et que (fest l'homme qui, en se guidant mal ou bien, attire son jnalheur ou son bon-^ Jbeur, combien que plusieurs expériences y contrarient. On doit repurger son entendement de telles opinions, et se persuader, encore que l'homme pense et délibère, que c'est à Dieu de donner accomplissement à l'œuvre qu'il entreprend.

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